lundi 29 décembre 2008

ouest

J’emporte en vacances l’ "Ouest" de François Vallejo… Justement, j’y vais à l’ouest ! Mon "ouest" à moi, c’est la Bretagne, la région où j’ai vécu adolescente, et un peu plus, et qui est devenue essentiellement une destination de retrouvailles familiales et traditionnelles.

- Mais ce ne sont pas des paysages bretons que je crois reconnaître dans le terroir décrit par Vallejo : le souffle de l’océan aurait peut-être attisé plus encore les folies et les pulsions du maître des lieux… Non, il me semble retrouver plutôt un peu de ma Normandie d’enfance. Même si l’auteur y mêle des lieux issus de sa propre mémoire et de sa propre vie, moi j’imagine parfaitement son histoire aux confins de l’Orne, à la limite de la Mayenne. Je situe bien dans les forêts de mes souvenirs le garde-chasse et sa meute, le baron extravagant et ses maîtresses. Terres à la fois nobles et sauvages, très enrichies depuis, où l’humidité colle à la peau, où la rudesse du climat se confond souvent avec l’humeur du peuple, où les distances cachent les mystères des familles, où les taiseux abritent leurs secrets. Je perçois des odeurs connues... étrange!... la confrontation du maître et de son garde-chasse se situe pourtant il y a un sacré bout de temps, au 19e siècle ! Mais la description du terroir me semble familière, comme si la nature et les taillis gardaient leurs caractères au fil des ans...

- Peut-être ai-je été simplement grisée, abusée, par le style de l’écrivain, jusqu’à me sentir présente, témoin ? Phrases courtes, dialogues intégrés dans le récit, sans véritable repos, du rythme, toujours du rythme : comme j’envie cette manière de dire… Narration, pensées et paroles intimement liées s’écoulent, naturelles, fluides : comment une " façon " si peu conventionnelle de raconter draine-t-elle aussi facilement notre attention et notre curiosité ?

…Si tu prends ton fusil, il t’écoutera.

C’est toi, Eugénie, qui as des idées pareilles ? Pointer le fusil sur notre maître ? Et s’il n’entend pas raison, même avec un fusil sur la panse ?

Tu tireras, Lambert.
Te rends-tu compte, ma femme, de ce que tu dis là !
Je ne sais peut-être pas ce que je dis, mais je te le dis.
Il ne reconnaît pas son Eugénie. Est-ce qu’elle devient folle à son tour ? …


- Enfin cet " Ouest " fascinant offre un nombre incalculable de pistes à explorer aux modestes chasseurs d’écriture comme moi.

Le déclencheur même du récit, le point de départ, est un choc réel, vécu : une photo d’actualité rappelle au romancier l’existence d’un vieux cliché représentant un de ses ancêtres, ce fameux garde-chasse… Je me suis surprise à feuilleter mes albums pour y dénicher l’image qui pourrait m’inspirer une aventure aussi intéressante.

Le châtelain, baron de l’Aubépine, porte un si joli nom qu’on excuse presque d’avance ses frasques… Je choisirais bien un autre patronyme, aussi riche en senteurs, qui me soufflerait l'idée d'une fiction personnelle… Un de ses amis apporte au château un appareil étrange de prise de vue, une machine à faire des photographies…. Et si je retenais un autre objet au destin fabuleux pour créer autour de lui une véritable fresque vivante ?

Je glane aussi quelques amorces de chapitres, très alléchantes : " On a du mal à croire…. Le plus étonnant… C’est venu doucement l’idée. En même temps elle était là depuis le début… Il se dit qu’il est trop tard pour… ". Sans compter quelques mots ou expressions obsolètes, retenus au fil des pages : la " buée" ("lessive " déjà mognotée), le " demi-castor " (la maîtresse un peu " suspecte " du baron), " s’éjouir " (forme ancienne de " se réjouir ")… et je m’amuserais bien aussi avec le " couic "…


Je reviens de vacances, je reviens de l’ouest… Je quittais la fête, et la table, j’oubliais le ciel bleu, régulièrement, pour retrouver mon livre d’histoire, de terre et d’hommes, une bonne compagnie ! François Vallejo affirme que " le rôle de l’écrivain est de donner " ; en suscitant tout ce plaisir de lecture et ces envies multiples d’écrire, il remplit formidablement la mission qu’il s’est choisie, et j'en redemande !

samedi 20 décembre 2008

pause

Comme c'était difficile d'écrire après le dernier message! N'importe quel mot paraîtra futile...

Je voulais juste dire que je faisais une pause pendant la semaine de Noël, et puis je me laissée distraire... Elle est pourtant bien peu de chose la "pause": fonction pratique de nos lecteurs audiovisuels ou, en musique, silence de quatre soupirs... Elle signifie surtout, et bien heureusement, l’interruption momentanée d’un travail, moins tranchante que le break, un moment où l’on dispose de son temps, la pause-café, une période de vacances, quand on peut enfin " se poser "…

Là une réflexion sur les homophones "pause" et " pose " s’impose ! Ils semblent bien complices ces deux-là ! Qu’on les dise avec un o ouvert ou fermé, qu’importe ! Ils ne s’y opposent pas, c’est déjà ça ! Ils arrivent même à se confondre dans un sens commun. Prenez par exemple celui qui " freeze ", pour parler jeune, et doit tenir la " pose " pendant un temps déterminé : il s’arrête, il se met en place, il se pose, il ne doit pas bouger, la pause est obligée!...

Le modèle pose pour l’artiste mais que fait-il lors de sa pause ? Le préposé qui s’accorde une pause cigarette dispose d’un peu de temps pour réfléchir, pour répéter mentalement un exposé, pourquoi pas? Il proposera ensuite sa prose, voire sa poésie, selon son humeur ; il exposera sa position aux opposants éventuels… D'ailleurs il peut les " faire pauser " ceux-là, qu’ils poireautent ! Bref il meuble sa pensée, car s’il " comptait des pauses " cela voudrait dire qu’oisif il se repose…

En tout état de cause, c’est la trêve de Noël, pas toujours reposante pour les familles ! Les enfants, prévoyez au pied du sapin une bonne dose de café pour celui qui s’expose par tous les temps et vient déposer ses commandes : une pensée et une pause chaleureuses pour lui !

Alors bien des choses à tous et bonnes pauses !

mercredi 17 décembre 2008

isolé

A la rentrée de septembre 2008, je fais une orgie de cinéma, j’épuise toutes les sorties en UGC… Comme d’habitude dans ce cas je me tourne vers les programmations des CNP : seul " Versailles " me tente. Un film avec Guillaume Depardieu… Son nom suffit, c’est un être qui me touche et je suis toujours curieuse de le voir. Je ne suis pas déçue, je ressors très émue par mon acteur de cœur. Le rôle lui convient, colle à son look, à sa pudeur : celui d’un homme retranché de tout, obligé de s’adapter par la force des choses et de l’amour à une situation qui le dérange et risque de le tirer de son isolement choisi… Je ne cesse de recommander ce joli film à la fois si tendre et si grave…

- Le 13 octobre j’apprends avec stupeur le décès de Guillaume Depardieu… Et pourtant est-ce bien une surprise ? Son corps a eu raison de lui ; dans l’affrontement perpétuel, il a dû lâcher prise. De toute façon, comment faisait ce garçon, cet homme, pour résister, avec une telle sensibilité, dans un monde aux arêtes si coupantes, et avec un tel besoin de reconnaissance ? Difficile de combattre les faux, les menteurs, les opportunistes, difficile de se faire comprendre, de se faire entendre, d’être soi-même, d’avoir une " légitimité ". Celui qui voulait donner le meilleur était bien fragile…

- Le 21 novembre je vois " Stella " et je m’enfonce dans mon siège lors d’une scène incroyable : dans un coin de bistrot, Alain-Bernard, joué par Guillaume, s’adresse à l’adolescente, après avoir réfléchi, hésité, cherché les mots les plus justes, comme dans la vraie vie, et il lui confie : " Tu vas me manquer… "

- Décembre 2008 : pour les fêtes, des livres sortent sur " l’ange foudroyé " au " destin brisé ". Ça m’énerve un peu, je les lirai peut-être, mais plus tard. Je préfère le recueil des entretiens avec Fogiel, datant de 2004, où Guillaume Depardieu parlait de " renaître "…

" Renaître ", " remonter la pente ", se construire enfin, voilà ce qu’il avait décidé à cette époque, parce qu’il estimait avoir atteint une " maturité ". Mais son objectif était surtout de ne pas " laisser " sa fille Louise s’élever seule, ce qui lui aurait semblé " monstrueux " : " Il faut tenir, tenir jusqu’à ce qu’elle soit assez grande et assez forte… "

- Aujourd’hui, Louise a huit ans. Sans enveloppe de chair, comment son papa va-t-il trouver moyen de se punir de l’avoir laissé, lui qui s’entaillait la peau pour marquer chaque erreur sur son corps ? Encore une injustice de la vie…

Cette fois il n’a pas choisi de s’isoler… Jusque là il s’était forgé volontairement une muraille protectrice, pour affronter le regard des autres qui ne le reconnaissaient pas pour lui-même, qui ne le voyaient que " fils de "... Lui était pourtant sûr d’avoir un talent particulier, d’être une " belle personne ". Il se voulait seul, libre, à l’écart des hommes, mais sans les haïr, juste parce qu’il trouvait le monde et la société insupportables, injustes.

" Ecorché " par les épreuves, " égoïste " par nécessité, " solitaire " par choix, " isolé ", par sa volonté et maintenant par le sort … " Isolé ", c’est exactement ça, dans le sens où Guillaume Depardieu ne ressemblait à personne d’autre et qu’il reste pour nous unique et rare!


A lire bien sûr : " Tout donner " (Guillaume Depardieu avec Marc-Olivier Fogiel, Plon 2004, Pocket 2005). Les deux premiers chapitres sont un peu en fouillis, débroussaillage de l’enfance, tumulte des relations familiales et sociales. Mais il faut continuer à effeuiller ce récit de vie, pour atteindre le moment fort de la naissance de Louise puis le chapitre de l’" épreuve utile " (de l’accident de moto en 1995 jusqu’à l’amputation en 2003).


lundi 15 décembre 2008

partage

Escapade en capitale… Je suis au Casino de Paris… Cabrel fait un tabac ! Évidemment, le public lui est acquis d’avance. Moi je ne le quitte pas des yeux, mais je suis une fan tranquille… Résolument électrique ce concert, les textes et l’amour transportés avec fougue par la musique! Le rythme est enlevé comme on dit, de quoi surprendre ceux qui ne connaissent que les enregistrements studio. Sur Telecaster, Francis s’approche de Freddy Koella, leurs guitares se rejoignent, ils se regardent, ils s’entendent. C’est le mot " partage " qui riffe dans ma tête. Je connais ça, un peu, à mon niveau, très humble : je sais ce qu’apporte de jouer ensemble. J’imagine l’émotion qu’ils ressentent à réunir leurs instruments, je suis sûre qu’ils l’éprouvent à chaque fois. Moi j’adore ma guitare, j’adore jouer seule mais travailler un duo ( mon expérience s’arrête là…) est une aventure sans pareille. Être à la hauteur de l’autre, attentif, le suivre, le rattraper, " se " rattraper, échanger un regard, se mettre d’accord… Le partage est là, communication et fusion implicites, une sensation formidable.

Le Cabrel poète, qui aime et s'engage, fait aussi cadeau de son trésor de mots, c’est ce qu’il a créé, ce qu’il possède, il nous l’offre, il le livre entier, et je pense là aussi à un partage. Toutes ses rimes font un peu partie de nous, nous avons tous l’impression de connaître ses paroles depuis toujours et " tous pareils " nous accueillons le même frisson.

Eh bien nous voilà loin du partage qui divise en portions, qui répartit en lots, qui fractionne, qui lèse parfois et provoque le désaccord et l’affrontement. Etonnant ce mot qui résonne de deux sens aussi opposés ; il est comme partagé lui-même, un comble ! Comme quoi les mots regardent le monde et reflètent son visage et ses contradictions…

Sûr qu’on peut ressentir tout ça ailleurs, mais moi je l’ai éprouvé là !

samedi 13 décembre 2008

humeur

Sans vouloir troubler la vôtre, je me sens d’humeur à vouloir parler d’elle… Exprimons-la cette " humeur " née du latin " humor " signifiant curieusement " liquide " ! C’est qu’au pluriel les humeurs désignent les quatre composantes fondamentales supposées exister dans le corps humain, sang, flegme, bile et atrabile, notre santé dépendant de leur juste harmonie..

On associe déjà à l’excès de chacune de ces humeurs corporelles, réelles ou hypothétiques, un adjectif de tempérament : untel est plutôt sanguin (impulsif), flegmatique (calme et peu réactif), bileux (inquiet), ou atrabilaire (coléreux). Et l’état général des quatre liquides déterminerait une disposition d’esprit ou de caractère que nous appelons l’ " humeur ".

- L’humeur égale génère les compliments mais elle se révèle plus fréquemment variable ou changeante. On peut être sujet à des " sautes d’humeur " ! … La voilà vagabonde, brouillonne ou capricieuse quand elle se balade ou se trouble. Elle s’aggrave en tournant carrément chagrine, maussade ou querelleuse. Hautaine et désobligeante, elle met mal à l’aise. Enfin elle effraie et repousse quand elle se montre noire, massacrante, voire exécrable et qu’elle est " humeur de chien " en somme !

Le mot utilisé seul présente toujours une connotation plutôt négative : on agit par humeur plus que par raison, on montre ou on manifeste de l’humeur, on a ou on garde de l’humeur contre quelqu’un…

- Heureusement, l’humeur s’améliore parfois, devenant câline, charmante, et pourquoi pas folichonne. On la rencontre alors gaie, joyeuse ou satisfaite, enjouée ou excellente. C’est sous cette facette plaisante que les Anglais nous ont emprunté le mot pour créer leur " humour " qui penche jusqu’à la facétie, se teinte d’imagination et de comique.

On dit la mauvaise humeur " contagieuse ". Alors je voudrais bien essayer de généreusement répandre plutôt celle qui est bonne. Mon blog ne contiendra pas trop de " billets d’humeur " ou " coups de gueule ", enfin j’espère !

mercredi 10 décembre 2008

lire

Qui n’a jamais ressenti d’émotion en lisant ? Qui n’a jamais été absorbé par sa lecture, un roman, une poésie, jusqu’à ne plus faire cas de ce qui se passe autour de lui ? Et quand son enfant réclame une histoire, quel parent peut oublier le moment magique partagé autour d’un album ? Lire et plaisir, voilà deux mots également très liés dans mes souvenirs de maîtresse d’école ; cette semaine je les retrouve, associés, au sein de deux expériences remarquables.

- La première est une rencontre amicale organisée par la bib’à dom’ de Lyon : des lecteurs à haute voix, intervenant habituellement auprès de personnes âgées, y ont échangé leurs observations et confié quelques éléments de leur pratique. Le " plaisir " est évoqué à plusieurs niveaux. Le lecteur choisit son texte, un texte qu’il aime, qu’il a eu un plaisir égoïste à découvrir. En offrant son choix, soucieux de partager, d’apporter du bonheur, d’enrichir l’auditeur d’images nouvelles, il ressent le " plaisir " de donner. Et quelle récompense encore lorsqu’il perçoit, dans le regard de celui qui écoute, l’étincelle qui démontre le succès de sa démarche ! " Plaisir " reçu !

- " Lire… quel plaisir ! " c’est aussi le titre d’un projet scolaire européen Comenius pour lequel une école lyonnaise vient d’être récompensée au salon de l’éducation à Paris. L’expérience de l’école Simone Signoret a stimulé la curiosité des enfants de différents pays, ils ont partagé leurs vécus, leurs quotidiens, leurs aventures, leurs désirs, au travers de l’écrit ; motivés, ils ont eu de l’intérêt à s’apprendre, à se découvrir, à communiquer. Lire signifiait bien là s’offrir du plaisir… Et cette sensation constitue un facteur essentiel d’apprentissage.

- Des années d’enseignement au cours préparatoire (un régal !) m’ont également persuadée que la lecture s’apprivoise à condition de favoriser toujours "le goût de lire". On peut y parvenir en montrant à l’enfant les multiples facettes de l’écrit, on lui permet ainsi de découvrir ce qui convient à ses intérêts ; il éprouve alors de la satisfaction, et en redemande. Quand il s’agit de donner aux apprentis lecteurs toutes les chances de réussir, la motivation partagée est une composante essentielle. En préparant les activités, j’aimais moi-même choisir mes albums, varier les supports, chercher ce qui pouvait provoquer la fameuse étincelle dans leurs yeux, si gratifiante. Il est arrivé parfois que mes jeunes élèves captent des informations ou des nuances que je n’avais pas perçues ; j’y voyais l’attention portée à l’aventure que je leur avais offerte, un nouveau plaisir pour moi, un partage fructueux.

Que d’encouragements pour continuer à lire… à plaisir, pour satisfaire nos caprices… avec plaisir, sans prendre de contraintes… et pour faire plaisir !

lundi 8 décembre 2008

lumière

Lumière qui s’imagine…

Tu viens jouer à la lumière ? Allez prends ton laser, ton pinceau magique, sors tes couleurs de rêve et tes rubans d’arc-en-ciel !

Je commence, je ferme les yeux et j’imagine ce que tu peins : c’est une longue arabesque qui distribue des rayons flamboyants dans l’espace.

A toi maintenant, tu devines ce que j’invente ? Oui c’est ça, je jette la lumière sur le monde, je lance un feu d’artifice qui se reflète dans nos rivières, je provoque une salve d’applaudissements étoilés et la féerie enchante ma Terre.

C’est bien, nous partageons tout… Carrousel de tons, manège d’éclairs, nos créations fantastiques, nos rêves en kakemonos, nos chimères polychromes se mêlent à l’éclat des pyramides de photophores animés, au papillotement des lumignons sur les rebords des fenêtres, aux brillances variées de poissons célestes.

L’exubérance lumineuse fait vibrer les corps, agrippe l’émotion qui monte à la gorge, sème des étincelles dans les pupilles, aveugle parfois…

Ah zut, il pleut ! La foule nous compresse et nous porte ; il faut rentrer…




Lumières qui se partagent…

Pour être franche, j’envisageais timidement les sorties du week-end… 5, 6, 7, 8 décembre : Lyon se pare pour la fête des lumières… Gare ! Les visiteurs affluent, la ville se transforme en fourmilière, les rues prennent le risque d’exploser, les " bouchons " saturent. Tous veulent en avoir plein les yeux autant qu’on leur en promet, tous se projettent en tous sens et déambulent, se faufilent, se pressent, jouent des coudes, au risque de voiler l’enchantement… Hésitante mais curieuse, je suis quand même allée voir, et écouter… Couleurs et sons, en toutes places… Pas mal, pas mal, les façades de l’Hôtel de Ville et du musée des Beaux-Arts transformées en coffre à jouets, le théâtre des Célestins habillé de toutes les formes de son art, la fontaine des Jacobins peuplée de poissons exotiques, les berges du Rhône parées de teintes abyssales…Superbe ! Me voilà plutôt réconciliée avec la fête, avec ma ville…

Et ce soir je resterai fidèle à la chaleureuse tradition des lumignons, je surveillerai les immeubles alentour, j’attendrai qu’il y ait déjà un bon nombre de petites lueurs dansantes et j’y joindrai les miennes ; c’est ainsi que les Lyonnais s’approprient leur ville, tous complices pour un moment…

samedi 6 décembre 2008

escampette


" Prendre la poudre d’escampette " ne fait pas partie des " 100 expressions à sauver " réunies par Bernard Pivot. L’"escampette" a du rythme et de la résonance, je ne m’étonne pas qu’elle reste populaire. Quant au verbe occitan " escamper " qui signifiait s’enfuir, se sauver, nous lui préférons aujourd’hui " décamper ", déguerpir, " mettre les bouts "… avec l’idée d’une certaine urgence. La " poudre d’escampette ", la poudre qui fait fuir, se rapporte-t-elle à la mixture purgative très prisée du temps de Molière ? Il peut s’agir aussi d’un mélange explosif qui provoque la fuite ou encore de la poussière soulevée par les montures de marauds en débandade…

Moi, aujourd’hui, j’ai bien envie de " prendre la poudre d’escampette ", je suis de sale humeur et tentée de tout envoyer au diable, ça arrive n’est-ce pas ? En plus mon dessin est raté ! J’essayais de terminer l’agrandissement d’un fragment des " constructeurs " de Fernand Léger et j’ai complètement gâché la mise en couleurs. Je suis effondrée. Je recommence mais sans aucun appétit. Mon attention n’y est plus, je trace des poutres et des transversales n’importe comment. Mon œil se pose de temps à autre sur la couverture du livre de Pivot, à l’angle de mon bureau. L’auteur y est croqué en ange décidé, transportant une pile de livres aux couvertures bleu blanc rouge, lourds ouvrages de littérature française… Et là je divague, je me prends à dessiner grossièrement des petits personnages à l’assaut de mon échafaudage…

… Car les dés sont jetés, rien n’y fera plus, la Terre va à vau-l’eau, l’humanité recherche le monde nouveau susceptible de l’abriter pour repartir à zéro. Les gens sont devenus gris, de trop vivre dans le brouillard trop sale et la succession d’infos trop moroses. Quelqu’un suggère que la planète de Mérève puisse les accueillir ; pourquoi pas ?

Toute vierge, toute couleur de terre nouvelle, elle les attend. Tous s’activent ; ils récupèrent les poutres métalliques qui traînent sur les vieux chantiers abandonnés et construisent un gigantesque échafaudage. Chacun peut emporter un livre, un de ses préférés, enfin un de ceux qui ont été sauvés après les dernières journées de terreur organisées par la milice des ordis. Mieux vaut ne plus y penser, mais les sirènes ont alors retenti durant des heures, il y avait des incendies de papier partout. Les Macs et les Pécés s’étaient alliés pour assiéger toutes les maisons et débusquer tout ce qui ressemblait à un bouquin. Pour en arriver là maintenant, aujourd’hui, à la désespérance ! Gavés d’écrans les gens ne sortaient plus, ne se rendaient plus compte des dégâts. Ils ne se sont plus parlés, plus rencontrés, jusqu’au moment où manquant d’énergie les machines se sont toutes arrêtées, net de net ! Beaucoup d’hommes sont morts de rage et d’impuissance et ceux qui restent grimpent là… Avant d’atteindre Mérève, ils savourent leur nouveau ciel et se laissent aller à imaginer… l’avenir ! Parfois l’un d’eux se pose et déclame avec cérémonie quelques pages de son ouvrage. Puis l’ascension continue, sans regrets ! Ils ont eu raison de décamper, de s’enfuir de leur vieille Terre : la vie sera plus belle dans l’univers de Mérève… peut-être, mais pour combien de temps ?

Je vous laisse, je m’en vais choisir LE livre à emporter là-haut…

jeudi 4 décembre 2008

croquis


A croquer ce petit mot ! Il me trotte dans la tête… Il me rappelle un de mes premiers cours de dessin cette année, le jour où nous avons crayonné les légumes ; moi j’avais appelé ça " Variations sur une courgette ".

" N’oubliez pas vos devoirs pour la semaine prochaine ! Vous finissez le travail d’aujourd’hui ( les variations citées ), vous achetez aussi un petit carnet de
croquis et vous m’en faites un par jour ! "


Quelques exclamations du style " UN PAR JOUR ! ! ", " Oh la la ", " Mais ça va pas être possible ! ! "… Le prof a son bloc personnel sur le bureau, je demande à voir… Il cerne de jolies formes qui ondulent et qu’il colore de teintes vives. Ça fait envie.

Bon, au sortir de l’atelier je passe au " Pinceau magique " avec les copines; chacune choisit son carnet, un peu comme les enfants en début d’année achètent fébrilement leurs fournitures qui sentent si bon, ça motive !
Je rentre à la maison et je ne pense qu’à ça, trouver LE sujet du jour ! Il faut en plus que ça me plaise ! Il faut que je craque pour ce que je veux croquer… Mon bouquet de germinis avant qu’elles ne baissent la tête ? Pourquoi pas ? C’est parti !

Finalement, j’ai trouvé mes modèles chaque jour sans trop de souci. Après les fleurs, ma guitare forcément ! Mon petit Larousse illustré parce que c’est ma bible à moi ! Et puis une bouteille de beaujolais, mes bottes, un canard en grès…


Ils me hantent ces croquis, pourtant je n’y passe pas trop de temps. Ce sont peut-être des croquaillons mais j’y ai pris du plaisir, c’est le principal… Pour cette fois je m’invente le joli nom de "croque-trait" à l’instar du "croque-note", instrumentiste sans trop de prétention, découvert dans mon vieux Littré.

Et par ce blog, est-ce que je joue aussi au "croque-mot" ?

mardi 2 décembre 2008

soie (2)

Pour lire la première partie : soie (1)

Voici la suite de mon histoire de "soie", avec les photos indispensables pour partager l'aventure... Le message est en conséquence bien long, mais comment expliquer autrement?
Je reçois donc mes vers à soie le 12 septembre 2006... ils dévorent déjà!


Les chenilles sont curieusement douces ; elles grossissent et je dois fournir de plus en plus de nourriture, du mûrier, et du mûrier blanc ! Au bout de quelques jours je n’ose plus faire mon marché sur le seul arbre du musée, je prends le métro et le bus jusqu’à Sainte-Foy. Il s’y trouve un champ de mûriers qui fournissait autrefois les magnaneries locales (les " magnans ", " goinfres " en provençal, désignent les vers à soie, ces voraces! et les magnaneries sont les exploitations où l'on pratique leur élevage appelé sériciculture).


Je vais tous les 4 ou 5 jours sur la plantation, tant que mes pensionnaires sont à l’état de chenilles ; j’augmente le nombre de sacs plastique à chaque cueillette, je fais attention de ne pas toujours prendre sur le même arbre, j’aplatis bien mes feuilles au retour et les stocke dans le bac à légumes du réfrigérateur. Les chenilles mangent toujours avec autant d'avidité, elles mastiquent goulûment et bruyamment, je dois leur donner plusieurs repas par jour. La taille des boîtes évolue, il faut un grand bac maintenant que j’emporte à l’école le matin et ramène le soir.

Quelques vers meurent… Le 12 octobre, une chenille gavée se prépare à tisser le premier cocon, elle tourne, elle cherche. Je lui installe des brindilles qui lui permettent d’ancrer sa construction. Puis elle bave son fil de soie sans s’arrêter et s’enferme. Ouf ! La consommation de feuilles diminue au fur et à mesure que les chenilles se mettent à œuvrer !



Après avoir salivé pour ramollir les fils et se frayer un passage, le premier papillon sort de son cocon trois semaines plus tard, le 2 novembre.


Il vit une douzaine de jours environ. Le papillon du bombyx est blanc, il ne mange rien, il ne vole pas car son corps est trop lourd. Le mâle aussitôt libéré cherche une femelle jusqu’à gâcher ses ailes à force de vouloir l’atteindre ; l’accouplement dure parfois plusieurs heures.






Les femelles s’épuisent à pondre des centaines d’œufs. Je garde la première ponte et la conserve au réfrigérateur. Le 14 novembre, le premier papillon meurt et les autres au cours de la quinzaine suivante.



Le 1er mai 2007 j’ai ressorti les œufs et ils ont éclos deux ou trois jours plus tard, sans précaution particulière. Deux nouveaux mois de gavage et d’observations ! Les élèves et moi, je peux même dire aussi leurs parents, mes collègues, ma famille et mes amis, avons ainsi suivi deux cycles complets de vie du bombyx pendant l’année scolaire. Un projet vraiment réussi dans lequel notre visite à la Maison des Canuts s'est trouvée naturellement inscrite…
J’ai gardé longtemps les cocons dans lesquels les chenilles ne s’étaient pas développées, de soyeux souvenirs…

" En le(s) dévidant on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle dame une robe
belle également qu’elle porte avec allure… "
(Jacques Roubaud)

dimanche 30 novembre 2008

pourquoi

A la question récurrente : " Martine, pourquoi as-tu voulu faire un blog ? ", j’ai encore du mal à formuler une réponse satisfaisante, mais je veux bien essayer…

Écrire, j’adore ça ! Depuis toujours me semble-t-il ! J’ai rempli des pages de journaux intimes quand j’étais adolescente puis l’école m’a donné beaucoup d’occasions de rédiger. L’expérience de chroniques, critiques d’ouvrages jeunesse, sur sitartmag, grâce à la confiance des fondateurs du site, a été particulièrement enrichissante ; les réactions des auteurs étaient très gratifiantes. Mais j’ai envie maintenant de revenir à une expression un peu plus personnelle

Les ateliers d’écriture à l’UTA m’apprennent à ne plus avoir peur de traduire par des mots écrits ce qui me passe par la tête, en utilisant des " déclencheurs ". Petit à petit je me défais de la rigueur envahissante que j’apportais jusqu’à présent à la construction de mes phrases.

Partir d’un mot est un prétexte à l’écriture, une contrainte très souple laissant une grande liberté dans le type d’écrit qui en découle.

Et j’ai de plus en plus envie d’en garder les traces ! Le support " blog " m’a tentée, à force de surfer sur internet. Il me semblait bien adapté pour conserver les textes, avec des composantes esthétiques amusantes à travailler.

Écrire pour être lue, en offrant des émotions, des souvenirs, des fantaisies, c’est nouveau pour moi et je suppose qu’il faut du temps pour réaliser tout ce que cela implique. Pour l’instant j’y vois une impulsion supplémentaire. Les réactions des lecteurs sont autant de marques d’intérêt et de reconnaissance et je suis sûre qu’elles m’encourageront à continuer le partage de mes p’tits mots…

vendredi 28 novembre 2008

soie (1)

Ce week-end à Lyon se déroule le marché des soies, rassemblement somptueux que je ne peux manquer. Je sais que je ne craquerai pas devant les coupons mais j’aurai plaisir à effleurer les tissus. Je ressens une tendresse particulière pour cette matière depuis que je connais mieux les vers à soie

Septembre 2006, l’année scolaire débute pour notre classe de CE1. Outre les projets déjà formés à l’intérieur du cycle, j’essaie de prévoir des sorties qui jalonneront le programme ; il faut s’y prendre toujours très tôt. J’ai appris la réouverture de la Maison des Canuts, je monte à La Croix-Rousse et demande une pré-visite. Aïe ! C’est complexe, la démonstration de tissage sur un métier à bras Jacquard me semble intéressante ainsi que la présentation de la vie quotidienne des Canuts au XIXe. Il faut malgré tout venir ici avec une réelle motivation et je ne vois que l’élevage des vers à soie qui puisse réellement préparer le terrain. J’envisage la sortie au printemps suivant, ce qui me laisse du temps pour trouver les petites bêtes et organiser toutes les lectures et activités autour du sujet.

Mais comment se procurer les œufs de bombyx du mûrier ? Quelle est la bonne période ? J’écris, je téléphone, je me décourage et c’est finalement une amie ancienne professeur de bio qui, le 12 septembre 2006, m’apporte de minuscules chenilles ; les œufs viennent juste d’éclore. Je dois me procurer des feuilles de mûrier, il y en a un près du musée Guimet, facile ! Ma copine s’amuse, elle, elle sait que je m’embarque dans une drôle d’aventure qui durera plus de deux mois.

à suivre... soie (2)

mercredi 26 novembre 2008

buée

Avec ce froid soudain, les vitres se sont couvertes de buée… Bien au chaud, je termine la copie d’une photographie en noir et blanc de Dieter Appelt " Der Fleck auf dem Spiegel, den der Atemhauch " ( la tache sur le miroir, la trace de son haleine ?). Mon travail consiste à agrandir l’image que je ne possède qu’en format carte postale, puis tenter de retrouver les nuances de gris, rendre les ombres et la lumière, en utilisant crayons et fusain. Petit à petit j’ai fini par apprivoiser la photo. L’homme se trouve de dos pour moi et face à un miroir, il porte une veste, de costume sans doute, mais sa chemise a le col relâché. Profil et reflet attestent une barbe de deux ou trois jours, peut-être une certaine négligence. Supporte-t-il l’image qui lui est renvoyée ? Il souffle... Sa bouche est ouverte, toute ronde, voilà qu’il s’étonne autant qu’il veut disparaître. Le temps est suspendu ; Dieter Appelt a saisi cet instant unique, ce moment de flou où le reflet se consume, il retient la trace sur le miroir. Mais suggérer cette tache par le dessin, pas facile !

Cette photo aurait bien plu à mes petits élèves, ils l’auraient jouée avec bonheur. Je recherche des infos sur Dieter Appelt via le net, on dit de lui qu’il sculpte ses photos, c’est vrai, elles en sont inquiétantes de réalité…

En voulant traduire le titre de l’épreuve décidément intéressante, je navigue à travers quelques mots, souffle, haleine, " buée " enfin. Encore un nom issu d’un verbe abandonné " buer ", faire la lessive, dont il nous reste aussi la " buanderie " alors que la " buerie " ( lieu où l’on blanchissait les toiles ") est tombée en désuétude… Et la buée ne désigne plus que la vapeur humide sur nos vitres.

Bon je reprends mon dessin, après avoir soufflé un moment…

mardi 25 novembre 2008

retraite

" Alors, comment ça se passe la retraite ? " me demandait prudemment hier soir un ami qui ne m’avait pas vue depuis l’été. J’ai levé les deux pouces parce que je ne trouvais plus de mot… La question est quasi quotidienne et j’ai usé les réponses ! " Super ! Génial ! Tip top ! Le bonheur total ! Pas un instant à moi ! Un emploi du temps de ministre !… "

Hé non, pas de regrets du tout. En plus quand on me raconte ce qui se passe dans les écoles actuellement, les journées allongées par le soutien Darcos renforçant encore l’isolement des maîtres, je suis bien contente d’avoir battu en retraite ! Je me suis enfuie, " retirée " au bon moment.

Savez-vous que le nom " retraite " vient de l’ancien mot français " retraire " correspondant à " retirer " ? Je ne suis pas en " retraitement ", nom construit avec le verbe " retraiter ", donc pas vraiment revisitée ni réopérée… Je l’ai aussi échappé belle quand je pense à " soustraire " et à la " soustraction "… " Retraire " aurait pu donner la " rétraction " (qui existe aussi mais issu de " rétracter ") et alors je me serais sentie rétrécie ou amputée de quelque chose…

Non, vraiment, je me réveille, revivifiée, revigorée, … et veinarde, ça c’est sûr ! A croire que ce sont plutôt toutes ces années de classe qui étaient une période de retraite, d’isolement, à l’écart du monde. A présent et pour l’avenir, de nouvelles cartes, pas encore bien rangées, mais prometteuses, vont me permettre de traiter la vie autrement.

dimanche 23 novembre 2008

mognoter

Non non ne cherchez pas dans le dico, voilà un mot fabriqué maison, prétexte d’un premier billet. Je vais vous expliquer…

Cela fait des jours que je cherche un titre pour ce satané blog. Un blog qui tourne autour des mots et de l’écriture. Mon idée est de retenir un mot entendu ou lu, un mot qui choque, qui me semble déplacé, qui me " prend la tête ", puis me servir de ce mot comme prétexte à fiction, délire, souvenir, poésie chanson… Il faut donc une formule qui prépare un peu à ça !

Ah les jeux de " mots " ne manquent pas ! J’en ai trouvé des tas mais peu ont résisté à la recherche sur Google… Déjà inventés, déjà pris. Tant pis pour " les p’tits mots ", " mot et moi ", " il était un mot ", " amie du mot "… Je finis par garder deux accroches non référencées : " laissons entrer le mot " (bof!) et " mon p’tit mot m’a dit ". Pas complètement satisfaite…

J’essaie aussi de repérer tout ce qui contient la syllabe " mo ", cela devient obsédant je vous jure, dans le métro, dans la rue, sous la douche, je ne pense qu’à " mo ". En atelier d’écriture, nous devons lister des termes puis les apparier, il me reste un orphelin " momie " ! Quand ils sont redistribués, je tire " admonester " ! Je suis " mau "dite, dirait ma fille…

J’épluche le dictionnaire, je tombe par hasard sur " mignoter " et là  : tilt ! La définition est jolie et je m’amuse à répéter "mignoter" "mognoter", ce p’tit dernier m’aurait bien plu… Traiter délicatement les mots, c’est tout ce qui me plait ; les grignoter pourquoi pas, les mettre à mijoter, leur faire exprimer toutes leurs saveurs, jouer avec eux ( " Et si les mots étaient faits pour ça ? " suggérait Boris Vian)… Adjugé ! " Mognoter " ce sera super pour commencer… Promis, les prochains seront des vrais !