mardi 2 décembre 2008

soie (2)

Pour lire la première partie : soie (1)

Voici la suite de mon histoire de "soie", avec les photos indispensables pour partager l'aventure... Le message est en conséquence bien long, mais comment expliquer autrement?
Je reçois donc mes vers à soie le 12 septembre 2006... ils dévorent déjà!


Les chenilles sont curieusement douces ; elles grossissent et je dois fournir de plus en plus de nourriture, du mûrier, et du mûrier blanc ! Au bout de quelques jours je n’ose plus faire mon marché sur le seul arbre du musée, je prends le métro et le bus jusqu’à Sainte-Foy. Il s’y trouve un champ de mûriers qui fournissait autrefois les magnaneries locales (les " magnans ", " goinfres " en provençal, désignent les vers à soie, ces voraces! et les magnaneries sont les exploitations où l'on pratique leur élevage appelé sériciculture).


Je vais tous les 4 ou 5 jours sur la plantation, tant que mes pensionnaires sont à l’état de chenilles ; j’augmente le nombre de sacs plastique à chaque cueillette, je fais attention de ne pas toujours prendre sur le même arbre, j’aplatis bien mes feuilles au retour et les stocke dans le bac à légumes du réfrigérateur. Les chenilles mangent toujours avec autant d'avidité, elles mastiquent goulûment et bruyamment, je dois leur donner plusieurs repas par jour. La taille des boîtes évolue, il faut un grand bac maintenant que j’emporte à l’école le matin et ramène le soir.

Quelques vers meurent… Le 12 octobre, une chenille gavée se prépare à tisser le premier cocon, elle tourne, elle cherche. Je lui installe des brindilles qui lui permettent d’ancrer sa construction. Puis elle bave son fil de soie sans s’arrêter et s’enferme. Ouf ! La consommation de feuilles diminue au fur et à mesure que les chenilles se mettent à œuvrer !



Après avoir salivé pour ramollir les fils et se frayer un passage, le premier papillon sort de son cocon trois semaines plus tard, le 2 novembre.


Il vit une douzaine de jours environ. Le papillon du bombyx est blanc, il ne mange rien, il ne vole pas car son corps est trop lourd. Le mâle aussitôt libéré cherche une femelle jusqu’à gâcher ses ailes à force de vouloir l’atteindre ; l’accouplement dure parfois plusieurs heures.






Les femelles s’épuisent à pondre des centaines d’œufs. Je garde la première ponte et la conserve au réfrigérateur. Le 14 novembre, le premier papillon meurt et les autres au cours de la quinzaine suivante.



Le 1er mai 2007 j’ai ressorti les œufs et ils ont éclos deux ou trois jours plus tard, sans précaution particulière. Deux nouveaux mois de gavage et d’observations ! Les élèves et moi, je peux même dire aussi leurs parents, mes collègues, ma famille et mes amis, avons ainsi suivi deux cycles complets de vie du bombyx pendant l’année scolaire. Un projet vraiment réussi dans lequel notre visite à la Maison des Canuts s'est trouvée naturellement inscrite…
J’ai gardé longtemps les cocons dans lesquels les chenilles ne s’étaient pas développées, de soyeux souvenirs…

" En le(s) dévidant on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle dame une robe
belle également qu’elle porte avec allure… "
(Jacques Roubaud)

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