samedi 6 décembre 2008

escampette


" Prendre la poudre d’escampette " ne fait pas partie des " 100 expressions à sauver " réunies par Bernard Pivot. L’"escampette" a du rythme et de la résonance, je ne m’étonne pas qu’elle reste populaire. Quant au verbe occitan " escamper " qui signifiait s’enfuir, se sauver, nous lui préférons aujourd’hui " décamper ", déguerpir, " mettre les bouts "… avec l’idée d’une certaine urgence. La " poudre d’escampette ", la poudre qui fait fuir, se rapporte-t-elle à la mixture purgative très prisée du temps de Molière ? Il peut s’agir aussi d’un mélange explosif qui provoque la fuite ou encore de la poussière soulevée par les montures de marauds en débandade…

Moi, aujourd’hui, j’ai bien envie de " prendre la poudre d’escampette ", je suis de sale humeur et tentée de tout envoyer au diable, ça arrive n’est-ce pas ? En plus mon dessin est raté ! J’essayais de terminer l’agrandissement d’un fragment des " constructeurs " de Fernand Léger et j’ai complètement gâché la mise en couleurs. Je suis effondrée. Je recommence mais sans aucun appétit. Mon attention n’y est plus, je trace des poutres et des transversales n’importe comment. Mon œil se pose de temps à autre sur la couverture du livre de Pivot, à l’angle de mon bureau. L’auteur y est croqué en ange décidé, transportant une pile de livres aux couvertures bleu blanc rouge, lourds ouvrages de littérature française… Et là je divague, je me prends à dessiner grossièrement des petits personnages à l’assaut de mon échafaudage…

… Car les dés sont jetés, rien n’y fera plus, la Terre va à vau-l’eau, l’humanité recherche le monde nouveau susceptible de l’abriter pour repartir à zéro. Les gens sont devenus gris, de trop vivre dans le brouillard trop sale et la succession d’infos trop moroses. Quelqu’un suggère que la planète de Mérève puisse les accueillir ; pourquoi pas ?

Toute vierge, toute couleur de terre nouvelle, elle les attend. Tous s’activent ; ils récupèrent les poutres métalliques qui traînent sur les vieux chantiers abandonnés et construisent un gigantesque échafaudage. Chacun peut emporter un livre, un de ses préférés, enfin un de ceux qui ont été sauvés après les dernières journées de terreur organisées par la milice des ordis. Mieux vaut ne plus y penser, mais les sirènes ont alors retenti durant des heures, il y avait des incendies de papier partout. Les Macs et les Pécés s’étaient alliés pour assiéger toutes les maisons et débusquer tout ce qui ressemblait à un bouquin. Pour en arriver là maintenant, aujourd’hui, à la désespérance ! Gavés d’écrans les gens ne sortaient plus, ne se rendaient plus compte des dégâts. Ils ne se sont plus parlés, plus rencontrés, jusqu’au moment où manquant d’énergie les machines se sont toutes arrêtées, net de net ! Beaucoup d’hommes sont morts de rage et d’impuissance et ceux qui restent grimpent là… Avant d’atteindre Mérève, ils savourent leur nouveau ciel et se laissent aller à imaginer… l’avenir ! Parfois l’un d’eux se pose et déclame avec cérémonie quelques pages de son ouvrage. Puis l’ascension continue, sans regrets ! Ils ont eu raison de décamper, de s’enfuir de leur vieille Terre : la vie sera plus belle dans l’univers de Mérève… peut-être, mais pour combien de temps ?

Je vous laisse, je m’en vais choisir LE livre à emporter là-haut…

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