mercredi 17 décembre 2008

isolé

A la rentrée de septembre 2008, je fais une orgie de cinéma, j’épuise toutes les sorties en UGC… Comme d’habitude dans ce cas je me tourne vers les programmations des CNP : seul " Versailles " me tente. Un film avec Guillaume Depardieu… Son nom suffit, c’est un être qui me touche et je suis toujours curieuse de le voir. Je ne suis pas déçue, je ressors très émue par mon acteur de cœur. Le rôle lui convient, colle à son look, à sa pudeur : celui d’un homme retranché de tout, obligé de s’adapter par la force des choses et de l’amour à une situation qui le dérange et risque de le tirer de son isolement choisi… Je ne cesse de recommander ce joli film à la fois si tendre et si grave…

- Le 13 octobre j’apprends avec stupeur le décès de Guillaume Depardieu… Et pourtant est-ce bien une surprise ? Son corps a eu raison de lui ; dans l’affrontement perpétuel, il a dû lâcher prise. De toute façon, comment faisait ce garçon, cet homme, pour résister, avec une telle sensibilité, dans un monde aux arêtes si coupantes, et avec un tel besoin de reconnaissance ? Difficile de combattre les faux, les menteurs, les opportunistes, difficile de se faire comprendre, de se faire entendre, d’être soi-même, d’avoir une " légitimité ". Celui qui voulait donner le meilleur était bien fragile…

- Le 21 novembre je vois " Stella " et je m’enfonce dans mon siège lors d’une scène incroyable : dans un coin de bistrot, Alain-Bernard, joué par Guillaume, s’adresse à l’adolescente, après avoir réfléchi, hésité, cherché les mots les plus justes, comme dans la vraie vie, et il lui confie : " Tu vas me manquer… "

- Décembre 2008 : pour les fêtes, des livres sortent sur " l’ange foudroyé " au " destin brisé ". Ça m’énerve un peu, je les lirai peut-être, mais plus tard. Je préfère le recueil des entretiens avec Fogiel, datant de 2004, où Guillaume Depardieu parlait de " renaître "…

" Renaître ", " remonter la pente ", se construire enfin, voilà ce qu’il avait décidé à cette époque, parce qu’il estimait avoir atteint une " maturité ". Mais son objectif était surtout de ne pas " laisser " sa fille Louise s’élever seule, ce qui lui aurait semblé " monstrueux " : " Il faut tenir, tenir jusqu’à ce qu’elle soit assez grande et assez forte… "

- Aujourd’hui, Louise a huit ans. Sans enveloppe de chair, comment son papa va-t-il trouver moyen de se punir de l’avoir laissé, lui qui s’entaillait la peau pour marquer chaque erreur sur son corps ? Encore une injustice de la vie…

Cette fois il n’a pas choisi de s’isoler… Jusque là il s’était forgé volontairement une muraille protectrice, pour affronter le regard des autres qui ne le reconnaissaient pas pour lui-même, qui ne le voyaient que " fils de "... Lui était pourtant sûr d’avoir un talent particulier, d’être une " belle personne ". Il se voulait seul, libre, à l’écart des hommes, mais sans les haïr, juste parce qu’il trouvait le monde et la société insupportables, injustes.

" Ecorché " par les épreuves, " égoïste " par nécessité, " solitaire " par choix, " isolé ", par sa volonté et maintenant par le sort … " Isolé ", c’est exactement ça, dans le sens où Guillaume Depardieu ne ressemblait à personne d’autre et qu’il reste pour nous unique et rare!


A lire bien sûr : " Tout donner " (Guillaume Depardieu avec Marc-Olivier Fogiel, Plon 2004, Pocket 2005). Les deux premiers chapitres sont un peu en fouillis, débroussaillage de l’enfance, tumulte des relations familiales et sociales. Mais il faut continuer à effeuiller ce récit de vie, pour atteindre le moment fort de la naissance de Louise puis le chapitre de l’" épreuve utile " (de l’accident de moto en 1995 jusqu’à l’amputation en 2003).


4 commentaires:

Agnès a dit…

Superbe! J'ai pris 5 minutes pour te lire et j'ai apprécié ces 5 minutes d'évasion!

Agnès

Claudec'h a dit…

"La plume va, court d'elle même, quand c'est le coeur qui la conduit"

DOMINIQUE a dit…

joli le texte sur depardieu

Martine a dit…

D'habitude, une fois le message publié, je ne l'ai plus à me tourner dans la tête. Mais celui-là j'y pense encore beaucoup...