lundi 29 décembre 2008

ouest

J’emporte en vacances l’ "Ouest" de François Vallejo… Justement, j’y vais à l’ouest ! Mon "ouest" à moi, c’est la Bretagne, la région où j’ai vécu adolescente, et un peu plus, et qui est devenue essentiellement une destination de retrouvailles familiales et traditionnelles.

- Mais ce ne sont pas des paysages bretons que je crois reconnaître dans le terroir décrit par Vallejo : le souffle de l’océan aurait peut-être attisé plus encore les folies et les pulsions du maître des lieux… Non, il me semble retrouver plutôt un peu de ma Normandie d’enfance. Même si l’auteur y mêle des lieux issus de sa propre mémoire et de sa propre vie, moi j’imagine parfaitement son histoire aux confins de l’Orne, à la limite de la Mayenne. Je situe bien dans les forêts de mes souvenirs le garde-chasse et sa meute, le baron extravagant et ses maîtresses. Terres à la fois nobles et sauvages, très enrichies depuis, où l’humidité colle à la peau, où la rudesse du climat se confond souvent avec l’humeur du peuple, où les distances cachent les mystères des familles, où les taiseux abritent leurs secrets. Je perçois des odeurs connues... étrange!... la confrontation du maître et de son garde-chasse se situe pourtant il y a un sacré bout de temps, au 19e siècle ! Mais la description du terroir me semble familière, comme si la nature et les taillis gardaient leurs caractères au fil des ans...

- Peut-être ai-je été simplement grisée, abusée, par le style de l’écrivain, jusqu’à me sentir présente, témoin ? Phrases courtes, dialogues intégrés dans le récit, sans véritable repos, du rythme, toujours du rythme : comme j’envie cette manière de dire… Narration, pensées et paroles intimement liées s’écoulent, naturelles, fluides : comment une " façon " si peu conventionnelle de raconter draine-t-elle aussi facilement notre attention et notre curiosité ?

…Si tu prends ton fusil, il t’écoutera.

C’est toi, Eugénie, qui as des idées pareilles ? Pointer le fusil sur notre maître ? Et s’il n’entend pas raison, même avec un fusil sur la panse ?

Tu tireras, Lambert.
Te rends-tu compte, ma femme, de ce que tu dis là !
Je ne sais peut-être pas ce que je dis, mais je te le dis.
Il ne reconnaît pas son Eugénie. Est-ce qu’elle devient folle à son tour ? …


- Enfin cet " Ouest " fascinant offre un nombre incalculable de pistes à explorer aux modestes chasseurs d’écriture comme moi.

Le déclencheur même du récit, le point de départ, est un choc réel, vécu : une photo d’actualité rappelle au romancier l’existence d’un vieux cliché représentant un de ses ancêtres, ce fameux garde-chasse… Je me suis surprise à feuilleter mes albums pour y dénicher l’image qui pourrait m’inspirer une aventure aussi intéressante.

Le châtelain, baron de l’Aubépine, porte un si joli nom qu’on excuse presque d’avance ses frasques… Je choisirais bien un autre patronyme, aussi riche en senteurs, qui me soufflerait l'idée d'une fiction personnelle… Un de ses amis apporte au château un appareil étrange de prise de vue, une machine à faire des photographies…. Et si je retenais un autre objet au destin fabuleux pour créer autour de lui une véritable fresque vivante ?

Je glane aussi quelques amorces de chapitres, très alléchantes : " On a du mal à croire…. Le plus étonnant… C’est venu doucement l’idée. En même temps elle était là depuis le début… Il se dit qu’il est trop tard pour… ". Sans compter quelques mots ou expressions obsolètes, retenus au fil des pages : la " buée" ("lessive " déjà mognotée), le " demi-castor " (la maîtresse un peu " suspecte " du baron), " s’éjouir " (forme ancienne de " se réjouir ")… et je m’amuserais bien aussi avec le " couic "…


Je reviens de vacances, je reviens de l’ouest… Je quittais la fête, et la table, j’oubliais le ciel bleu, régulièrement, pour retrouver mon livre d’histoire, de terre et d’hommes, une bonne compagnie ! François Vallejo affirme que " le rôle de l’écrivain est de donner " ; en suscitant tout ce plaisir de lecture et ces envies multiples d’écrire, il remplit formidablement la mission qu’il s’est choisie, et j'en redemande !

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