mardi 29 décembre 2009

buzz

(Où l'on retrouve Marylin devant sa télé; rappelez-vous roger-bontemps, ou encore gougnafier...)

« Attention question de rapidité… En quatre lettres, marketing bourdonnant sur la toile…»

Ah zut ! Marylin a le mot sur le bout de la langue… C’est qu'elle imagine bien ce dont l'animateur veut parler. Une info qui fuse, une photo qui accuse, une vidéo qui juge. Une rencontre surprise, un nu à scandale, la preuve inattendue d’un mensonge, de l’original, du sensationnel que l’on cherche à partager sans délai…

Marylin s'emporte... Ah ça, quand il s’agit de propager efficacement un bruit, de provoquer un tapage médiatique, quel meilleur véhicule que le web, ce champion en communication, navigation, interaction ? Du vent sur le net peut facilement dégénérer en tempête. La rumeur se diffuse, se répand comme une traînée de poudre, le lien circule, utilise des réseaux compliqués… Agir vite, toucher large, et surtout mesurer la rapidité et l’impact... Inventer, ruser, viser toujours la fulgurance, avec un maximum de répercussion et d’audience.

Marylin délire... Après avoir été lancée à la vitesse de l’éclair, la nouvelle se complaît un moment sur la toile qui s’agite dans le soudain courant d'air. Le vrombissement semble interminable, l’énervement est quasi général. Mais bientôt la mouche a la grosse tête et convulse. Elle risque de s’étouffer d’ambition et d’excès... Évidemment, à force de jouer des coudes à cette vitesse, le tuyau s'est usé... Et c'est comme un soufflé qui retombe ; le phénomène n’en est plus un, le scoop a le blues, redevenu vulgaire événement, actualité, fait divers.

Marylin réfléchit...
Voyons... Il surprend, il excite, il amuse et parfois abuse la foule curieuse… mais ça rapporte! C’est du business !
Un concentré de pub et d'information, qui peut faire mal! Sans pitié pour la cible, comme l'est un rapace, comme l'est une… buse ! ! !

Voilà ! Bien sûr ! Elle a trouvé ! Mais le candidat a écrasé le buzzer et donné sa réponse depuis un moment ! Tant pis ! Marylin va suggérer le p’tit mot à Ginette pour qu'elle le décortique sur son blog… Ça lui plaira de faire le buzz !

mardi 22 décembre 2009

noël

"mon p'tit mot..." prend des p'tit's vacances, alors bon Noël à tous, en particulier ici à tous les ailurophiles...


 Le temps s’égrène
Sur un coin de la cheminée
Tous ont mis de côté leurs peines

Les flammes dansent
Et pétillent au fond de leurs yeux
Aujourd’hui j’ai beaucoup de chance

J'aime à Noël
Quand ils sont là autour de moi
Et que doucement ils m’appellent




Je me laisse faire
Et attendrir et je ronronne
Pupille amande et sans manières






Sur leurs genoux
Je m'abandonne ils me caressent
Je suis leur bon vieux gros matou

samedi 19 décembre 2009

gamines

"gamines", petit roman pétillant, largement autobiographique, de Sylvie Testud, vient d’être adapté au cinéma par Eléonore Faucher. C’est l’histoire d’une quête, la quête d’un père…

A Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, une maman d’origine italienne élève seule, et plutôt bien, ses trois filles : Corinne, l’ainée, la "commandante", Georgette, la benjamine, le simple "troufion", et Sybille la cadette, garçon manqué et casse-cou. Sybille n’a pas la langue dans sa poche, elle a du caractère, de la personnalité. Toujours à vouloir s’affirmer, se défendre…. Sybille est blonde, la seule blonde du clan, alors elle en entend !… Un jour, elle découvre et subtilise une photo, la photo de leur père, celui qu’à la maison on ne nomme pas, dont on craint la venue. Elle s’aperçoit alors qu’elle "lui" doit la couleur de ses cheveux ; plus tard elle saura qu’"Il" est un artiste, un peintre ! Elle, justement, elle aime aussi tellement dessiner ! Mais qui est "Il" vraiment ? Pourquoi ne leur explique-t-on rien ? La fillette couve sa photo ; et la vie continue …. Des années plus tard, Sybille respire la réussite ; actrice, elle apparaît en tête d’affiche, vit à Paris. De retour dans sa ville natale pour une fête familiale, elle croise enfin l’homme de la photo…

"Chacun cherche un père", affirme Marcel Rufo qui invite dans son essai à accepter l'idée que "nul ne saurait se passer d’une instance paternelle". Chaque enfant tente d’harmoniser les différents registres d’un père qui "est toujours une mosaïque d’images mêlant réel et imaginaire". Il s'agit d'équilibrer ces représentations... Sybille parvient à prendre sa place dans le monde malgré l’absence physique de son père ; elle sait qu’ "Il" existe, elle peut se l’imaginer grâce à la photo dérobée, puis en rassemblant peu à peu des paroles et des indices. Tour à tour, elle l’idéalise ou le rejette. Malgré le flou, les questions sans réponses, le poids des non-dits, elle "échappe à la confusion" grâce à la protection d’un "parrain" à l’autorité nécessaire, Salvatore dans le film, le "sauveur", dans le rôle du père symbolique.

Sybille s’en sort aussi par la force du groupe qu’elle forme avec ses sœurs ; les "gamines" aiment prendre des décisions en "réunion" pour faire front ensemble. Des liens étroits se tissent entre elles durant l’enfance et perdurent. Sybille est également portée par la "famille", fière, qui distribue beaucoup d’amour et la soutient, même dans son désir d'indépendance. Ainsi elle peut grandir.

Deux temps se succèdent dans le roman, se répondent dans le film : un moment d’enfance autour de la découverte de la fameuse photo, une page adulte autour de "la" rencontre, de "la" confrontation. L’écriture alerte de Sylvie Testud, ses phrases courtes, donnaient déjà un style très cinématographique à son histoire. Un scénario livré sur un plateau à Eléonore Faucher qui s’est ainsi concentrée sur la direction des acteurs ; ses "gamines" petites, très drôles, jouent juste, emportées par une jeune Sybille (Zoé Duthion) délicieusement délurée et impertinente. Les mines de Georgette (Roxane Monnier) sont irrésistibles. Plus âgées, autour de Sybille/Sylvie Testud elle-même, le trio spontané et émouvant ravit par une évidente complicité.

A lire, à voir pour les douces saveurs d’enfance et de tendresse familiale, pour l'humour, pour l’intérêt d’une quête vitale, si commune et singulière à la fois. En sortant de la séance, on garde le film au cœur et un léger refrain italien dans la tête. Pour l’héroïne, l’histoire n’est sans doute pas non plus terminée… Car, comme le dit encore Rufo, "nul n’en finit jamais avec son père…"

mercredi 16 décembre 2009

façades

Si je décide de les mognoter aujourd’hui, ces « façades », c’est pour me soulager de l’une, source de tracas, mais surtout pour en évoquer une autre heureusement plus attachante…

Ces mois derniers, j’ai beaucoup progressé sur la question du ravalement de mon immeuble ; hélas je me suis préoccupée du dossier à mes dépens, une poignée de copropriétaires aigris ayant focalisé sur moi une colère insensée à l'occasion des travaux. Notre façade est maintenant bien blanche, bien propre, mais l'ambiance qui règne derrière me fait éprouver aujourd'hui plus que de l'amertume ; ça donne l'envie de fuir... Ce que je fais depuis quelque temps, autant de fois que je peux…

Par bonheur, les occasions d'aller voir ailleurs et de se changer les idées ne manquent pas... Pour dessiner par exemple. La semaine dernière justement, un cours était programmé à Bourg-en Bresse ; ce fut un après-midi délicieux qui m’a permis de retrouver un peu de sérénité.

Au musée du monastère royal de Brou, l’exposition était pourtant dotée d’un titre inquiétant : « apprendre à regarder la mort comme un soleil ». La présentation saisissante consacrée à Zoran Music (1909-2005) retrace en effet une vie d'artiste très particulière, celle d’un «voyageur silencieux», profondément marqué par son enfermement à Dachau : « Il a traversé l’épouvante et la vie l’avait quitté mais il était peintre et la peinture l’a tiré du profond de cette nuit de l’âme qui le tenait à l’écart du monde » (Charles Juliet). Trop impressionnée par la force des toiles exprimant la déportation, j’ai choisi de m’arrêter plutôt devant une « Façade à Venise » : charmé par les brumes et les mystères de cette ville, c’est là que Zoran Music s’était établi après l'horreur, y trouvant sans doute une forme de paix. Cette vue particulièrement, intemporelle, avec ses différents plans et ses personnages, certains qui observent et d'autres qui passent, suggère qu’il existe une vie apparente et un ailleurs, elle laisse deviner quelque intrigue et  toutes sortes de voyages possibles… Un peu de mystère et du travail, tout ce dont j’avais besoin !

De retour à la maison, j’ai arrangé mon croquis…

… Un pastel bien sûr assez plat, trop sage, très loin de traduire toute la lumière, la discrétion et la délicatesse de l’œuvre de Zoran Music… Mon dessin a une valeur toute personnelle, il est le souvenir d’une découverte, d’un moment privilégié qui rattrape tout. Accessoirement, il m’aura permis de me réconcilier, sinon avec mes voisins, au moins avec un p’tit mot assez irritant !

samedi 12 décembre 2009

autrui

Aux truies et aux autres ! ! ! 
Confession grotesque d’un écrivain misanthrope… 
(«  Le misanthrope est celui qui reproche aux hommes d’être ce qu’il est. » Louis Scutenaire)

Je supporte mal autrui. Ne serait-ce qu'avoir prononcé le mot me laisse un arrière-goût de cochonnaille sur la langue.

Je l’avoue, je me force à fréquenter les autres. En société je les observe, ils gravitent autour de moi, d’une démarche lourde, promènent vulgairement leurs groins et, copains comme cochons, remuent ensemble la boue et  mangent comme des porcs ! Quel manque de délicatesse ! Devant leurs attitudes grossières, je ne me retiens pas ; un seul de leurs regards porcins me fait gueuler comme un cochon qu’on égorge ! Je peux m'entêter à ne pas vouloir les comprendre, faire la vraie tête de cochon et les imiter ainsi à merveille… Ils me reprochent alors de grogner pour un rien et d’avoir un sale caractère... de cochon !

Je me méfie d’eux, je les sens toujours prêts à me jouer un mauvais tour… à leur façon. Et voilà qu’aujourd’hui ils me tannent pour que je disserte sur eux ! Ecrirais-je aussi comme un cochon ? Ils me prennent donc vraiment pour un des leurs ! Ne suis-je donc rien d’autre, d’un peu plus… d’un peu moins…? Soit ! Je ferai semblant de me préoccuper de leur sort, jouerai l’altruiste et trouverai bien quelques histoires cochonnes à leur soumettre ; elles seront bâclées, torchonnées, car on ne sert pas de confiture aux cochons ni de perles aux pourceaux n’est-ce pas ? Ah la vie n’est pas rose et ce genre de littérature commandée me mettra sur la paille…

Je rentre grommeler et gribouiller solitaire, à l’abri… Dehors, il fait vraiment un temps de cochon.

mardi 8 décembre 2009

lumières

Lyon jardin de lumières, hommage aux temps...

A Lyon, depuis samedi, un pantin escalade la Tour métallique de Fourvière. Cet « homme digital », jardinier en chef d’un espace urbain lumineux et sonore assez particulier, semble superviser l’ensemble des manifestations nocturnes proposées pour cette traditionnelle fête des lumières
(L’homme digital, sur la Tour TDF – un autre, plus petit, Montée des Carmes Déchaussés)



Car la ville se transforme bien en jardin et propose, tout au long de la promenade, d’admirer l’aménagement d’étonnants tapis de verdure, de découvrir de nouvelles variétés de fleurs ainsi que des plantes curieuses et flamboyantes. De quoi ravir les yeux, attiser l’imaginaire, et même parfois s’interroger…

(Mon jardin public, Place Louis Pradel – Le jardin des lumières en fleurs, Montée de la Grande-Côte -  Les mystères de la colline, dans les Jardins du Rosaire)


Les parcours offrent mille surprises scintillantes, bravo ! D’autant que toutes ces illusions utilisent paraît-il des technologies LED qui permettent une très basse consommation d’énergie ; ça vaut mieux par les temps qui courent… Justement, aux Terreaux, on projette une grandiose représentation de ces temps, temps qu'il fait et temps qui passe. Mais avant d'accéder à la place, les artères se bouchent, il faut accepter plusieurs déviations et se laisser aller dans les goulots d’étranglement. Quand même, ça vaut le coup de patienter et de… jouer le jeu ! Attention aux yeux !

(Jouons avec les temps, sur les façades de l’Hôtel de Ville et du Musée des Beaux-Arts)



Grâce à d’autres escales monumentales ou profitant de quelques détours, on revisite des bâtiments familiers, on feuillette un catalogue impressionnant à la gloire du patrimoine. Les spectacles visuels, souvent musicaux, voire carillonnants, rendent hommage à l’histoire, à la préhistoire, aux arts, accordent harmonieusement pierres et lumières, le passé et l’avenir, le réel et le fantastique.

(Carillon et tableaux de lumière, à la Basilique de Fourvière - Les Bâtisseurs, de la Cathédrale Saint-Jean - La nuit au Musée, sur la Grande Roue de la Place Bellecour - La Dolce Vita, sur et autour de la fontaine des Jacobins - Les lumignons enchantés, à la Préfecture - La grotte Chauvet, au Parc de la Tête d'Or)



Et ce n'est pas tout, il y a encore bien d'autres stations magiques! Alors dernière chance ce soir pour profiter!

(Le message du 8 décembre 2008 se trouve au mot lumière.)

samedi 5 décembre 2009

fenêtre

(J'essaie souvent de relier mes histoires en faisant se croiser leurs personnages. Aujourd'hui c’est clairement mon principal objectif ; merci Marylin…)

Décidément, sa télé, son ordi, ces fenêtres soi-disant ouvertes sur le monde la saoulent et l’étouffent… Alors Marylin se lève, repousse vivement sa chaise et se dirige vers la baie vitrée...

Quelle chance elle a ! Cette vue, au-dessus des immeubles et par-delà la ville, ce spectacle quasi magique, l’apaise toujours, elle n’en profite sûrement pas assez. « Toi toi mon toit », fredonne-t-elle en essayant de se détendre un peu… Ce paradis, c’est son luxe personnel. Si haut au-dessus du tumulte, il y a cette forme surprenante de désert, tout en creux, pics et bosses. Ces terrasses et ces toitures, de si calme apparence, cachent pourtant un drôle de jeu ! Dessous se développent tant de bonheurs et de violences, combien de communions et de drames ? Et tous ces gens qui vivent si près les uns des autres et malgré cela s’ignorent et se supportent à peine...

Il y avait Liane dans ce monde étrange. Quelle tristesse… Liane habitait ici, tout près, dans cette maison : jeune fille discrète, polie, dont personne ne soupçonnait ni le désarroi ni ce qu’il faut bien appeler la folie ! Cette pauvre enfant n’a pas trouvé d’autre solution que de se perdre… Pourquoi n’avait-on pas pu, pas su, l’aider ? Parce que chacun est déjà suffisamment occupé à survivre en livrant ses propres batailles?

Alors Marylin pense qu’elle doit faire attention à son amie Mariette qu’elle consolait encore hier au téléphone, Mariette si sensible, si tendre, prête à fondre pour tous les hommes qu’elle croise, Mariette qui fantasme sous les regards de ces mâles et gobe chacune de leurs promesses. Ah ! Quelle proie facile! Ils se moquent bien d’elle !

Pour ce qui touche aux amours, mine de rien, Marylin ressemble un peu à  Mariette ; elle aussi se fait du cinéma, s’imagine des rencontres et des amants. Elle succombe parfois à des sourires charmeurs, consent quelques étreintes. Mais elle évite les serments et sait résister à la tentation de projets communs. Seule la pensée de Roger Bontemps, enfin celui d'autrefois, pourrait lui inspirer quelques regrets…

En revanche Augustin son frère est un faible ! Voilà qu'une voisine semble avoir sérieusement mis le grappin sur lui ; d’après ce que raconte Clélie, la nièce de Marylin, il passe maintenant beaucoup de temps de l'autre côté du palier, avec une grande blonde, une belle plante aux yeux bleus, sympa paraît-il mais plutôt du genre à… collectionner des trophées.

Clélie n’en souffre pas, heureusement ; elle bosse dur pour un bureau d’études situé dans l’immeuble des Rigo. Elle y aurait rencontré "quelqu’un"… Mais Marylin ne pose pas de questions ; le jour où Clélie voudra se confier, elle sera là pour l’écouter…

Quand Marylin ne va pas bien ou qu’elle a de la peine c’est vers Ginette qu’elle se tourne, mais sa vieille copine s’active tellement, toujours par monts et par vaux, entre ses petits-enfants et ses multiples activités, que c’est tout juste s’il ne faut pas la réserver deux mois à l’avance. Son autre précieuse confidente, Zazie, lui manque aussi aujourd'hui : elle l'avait hébergée quelque temps à son retour d'Amérique puis la jeune fille est partie rejoindre son gentil Fabrice. Marylin se vante d'avoir bien facilité leurs retrouvailles ! Le couple élabore même des plans pour l’avenir ! Ah cette Zazie, si pétillante, si rayonnante, qui pourrait être sa fille !

En parlant de rayons, ceux du soleil arrivent par larges coups de pinceau, profitant du moindre écart des nuages pour colorer la ville. Tant mieux ! Ils pénètrent dans la pièce et réchauffent le cœur de Marylin. Son regard se porte au loin où les collines se laissent admirer, fières de leurs belles teintes d’automne. Puis ses yeux se ferment... Elle serait si bien à la mer… Ses doigts touchent le verre de la fenêtre, s’y promènent comme ils dessineraient des formes au hasard sur le sable. Elle enveloppe à présent de ses mains le bas de son visage, et sa tête oscille de droite et de gauche... Marylin se laisse bercer, se laisse aller, elle entend presque un clapotis de vagues, des cliquetis de drisses, et maintenant les appels insistants de goélands bavards…

Non, ce qui résonne là ce sont des coups de sonnette répétés à la porte de l’appartement. La rêveuse émerge, toute engourdie, toute ensuquée comme dirait Clélie. En ouvrant les yeux, Marylin remarque sur les carreaux de superbes traces que la lumière rend encore plus nettes... Elle soupire. En allant répondre aux sommations du visiteur inattendu, elle pense qu’elle va devoir absolument faire ses vitres, ça urge…

mardi 1 décembre 2009

ailurophile

Je viens de découvrir que je suis ailurophile… Vous êtes impressionnés j’espère ! Ah cela vous intrigue ? Soit, je vous dois une petite explication…

Je déambulais hier en librairie au milieu de tous les ouvrages proposés pour les fêtes ( il y a de quoi s'occuper ! ), espérant être séduite par un titre, un nom, ou même une couverture avantageuse car je suis très sensible à l’aspect des choses… J’atterris, tiens comme c’est bizarre, au rayon des dictionnaires, et je remarque un tout récent précis de lexicologie… Le recueil est un bel objet, conçu par les éditions Tana. D’apparence scolaire, plutôt rétro, il se présente comme une sorte de carnet répertoire relié et au papier de qualité. Je le feuillette rapidement, l’ensemble apparaît sobre : un mot par page, sa définition, un exemple d’utilisation, un rébus étymologique et des illustrations humoristiques... Je m’arrête sur ce fameux ailurophile déjà cité : je suis surprise, la dénomination me plaît bien et je me l’approprie déjà… Je continue ma petite exploration et survole d’autres mots mystérieux, classés « difficiles » (avoir une conversation familière est ainsi confabuler ), « complexes » ( qui aime la danse est qualifié de terpsichoréen…) ou « diaboliques » ( le weltschmerz désigne un état  mélancolique...) ; j’en ignorais beaucoup ( la catoptromancie par exemple permet d’interpréter les reflets…) mais certains ne me sont pas totalement inconnus ( merci Brassens pour avoir célébré les superbes fesses d’une Vénus callipyge ). Est-ce le fait que l’auteur de cette sélection soit anglais (!), le choix des mots s’avère parfois curieux : il me semble par exemple que nous pouvons tous nous imaginer un traîne-savates ventripotent ayant subi une rhinoplastie … Mais bon, l’heure tourne et, narguée par une procrastination développée en page 90, je décide de ne pas ajourner l'achat du bouquin… De ma part il s’agit sans doute, encore une fois, d’un acte compulsif dû à un nouvel accès de bibliomanie

Tout cela ne vous dit pas pourquoi je me suis reconnue dans la définition de l’ailurophile ! Je vous laisse chercher ? Répétez donc le mot, doucement… La combinaison débute avec un semblant d’« allure », est-ce le présage d’une particulière élégance ? Oui, sans doute ! Les premières syllabes vous suggèrent aussi une progression animale aérienne ou même aquatique ? Animale certes, mais pour le reste vous faites fausse route ! En tout cas le suffixe promet la passion, la collection, voire quelque obsession… Vous y êtes ! Je suis effectivement amoureuse… des chats (ailuros en grec), et je vous l’ai déjà largement prouvé, ici et !

Mais trêve de grandiloquence ! Sachez tout de même qu’il m’a fallu un nycthémère avant de boucler cet article : un jour entier et toute une nuit pour choisir quelques termes dans le sympathique précis de David Bramwell, traduit par Emmanuelle Pavan. Je ne pense pas vraiment vous épater même si cet objectif est annoncé en première de couverture, mais j’espère au moins vous mettre en appétit : amusez-vous, régalez-vous comme moi ne serait-ce qu’en essayant de prononcer ou de réécrire quelques-uns de ces mots… Bon courage !

Je vous salue bien bas… Kowtow !

vendredi 27 novembre 2009

amertume

billet d'humeur... heureusement c'est plutôt rare!

Qui suis-je ?

Je fais tout très bien, je suis jeune (si si, puisqu’on me le dit !), dynamique (!!), j’ai du temps (!!!), je me déplace facilement, je peux aller aux réunions pour les comptes ou les chantiers, je suis là quand passe un technicien d’ascenseur ou un déboucheur de canalisations, je signe les fiches d’intervention, j’ouvre au gars qui relève les compteurs, au ramoneur ; à l’occasion je repositionne un groom, bricole un arrêt de porte... J’écoute, je transmets, j’ai un ordinateur alors je tourne quelques lettres, je corresponds avec le syndic ; il m’arrive de faire des copies de documents et de les diffuser à un copro quand il le demande, même quand il y en a 20 pages ; j’affiche dans le hall de l'immeuble des comptes-rendus et des informations.

Ah ça j’affiche très propre !

« Très bien ce que vous avez écrit, mais vous auriez dû … » aller voir ici, dire plutôt ça…
Ou alors, avec un haussement d’épaules et pffft… « Ah mais qu’est-ce que vous nous mettez encore ? Qui va les lire vos paperasses ? »

Je fais tout très bien, c’est vrai, mais je devrais aussi passer voir chacun pour lui expliquer de vive voix les détails des travaux prévus dans la maison, car on n’est au courant de rien ici c’est incroyable. Je devrais enquêter pour savoir quoi et surtout qui a bouché le vide-ordures, pour le faire payer lui et pas « les autres », y'a pas de raison. Je devrais montrer à la femme de ménage comment nettoyer les plinthes et les sols avec un minimum de matériel et le plus vite possible, pour que ça nous coûte moins cher. Je devrais surveiller le hall et la cage d’escalier pour virer les gens louches et les clochards et m’appliquer à ce qu’on ne dégrade ni ne vole rien, vous vous rendez compte, quelle époque... Mais surtout je devrais cesser de réclamer que certains copropriétaires me parlent gentiment, ils sont âgés, leur humeur est donc respectable. Je devrais arrêter de vouloir tout commander, me dispenser d’influencer des votes, stopper les dépenses inutiles. Mais bon, je suis une femme ! Un homme, ce serait mieux.

Je fais tout très bien, je jetterais bien l’éponge mais qui veut ma place ? Je fais tout si bien, pour rien.

lundi 23 novembre 2009

aventure

Mon p’tit mot fête sa première année… Et ça roule ! "Mognoter" correspond maintenant à un domaine et avec ses 112 messages, le site se porte vraiment bien…

Vous m’avez encouragée alors je l’ai bien nourri mon blog, c’est vrai ! J’ai lu dans un horoscope qu’un petit sagittaire exige un maximum d’attention, je confirme, il faut assurer pour qu’il vive ! J’ai été tentée de l’abandonner plus d’une fois, je l’avoue. Certains jours je ne trouvais aucun mot qui me convienne ou à lui mettre sous la dent. Et je me disais à quoi bon, ces p’tits messages sont trop futiles, trop optimistes, avec ce que vit le monde autour de moi, j’exagère ! Et finalement je m’y suis toujours remise. Aujourd’hui j’éprouve une tendresse particulière à le feuilleter pour y retrouver mes personnages : j’aime relire par exemple l’histoire de ce clochard, le Moboss, avec son inséparable dictionnaire… Et je suis heureuse d’avoir pu partager mes émotions et écrire sur quelques êtres chers, amis ou proches, qui se sont envolés, Marie-Christine, Pierre

Quand je prépare un p’tit mot, je m’y consacre complètement, je ferme les écoutilles, je deviens insupportable tant je suis absente. J’y pense sans cesse, je construis ou je corrige des phrases dans ma tête en faisant la cuisine ou les courses, en cours de gym ou dans le métro…

Ça me rappelle… Tellement j’étais absorbée, occupée à griffonner quelques notes forcément essentielles dans un petit carnet que je trimbale toujours dans mon sac, il m’est arrivé une inoubliable fois de louper le terminus à Perrache… La tête du conducteur ! Je le vois encore longer le flanc de son train immobilisé : moi j’étais dans le dernier wagon, en compagnie de deux ados à capuche et sono… Eux s’étaient volontairement laissés embarquer sur la voie de service… Je n’avais pas réalisé, je me demandais pourquoi on s’était arrêtés en plein tunnel.  Je crois avoir songé d’abord, tranquillement, à une panne, et vraiment il est gonflé celui-là qui semble nous questionner et nous enguirlander à travers la vitre. Les p’tits jeunes se sont levés, leurs regards sont passés vite fait sur moi qui m’étais ratatinée, tétanisée, sur ma banquette… Ils se sont tournés vers le gars des TCL et, plantés face à lui toujours derrière le carreau, ils ont écarté les bras, levé les coudes, et ont lancé sur un ton agressif, un peu comme un défi : alors quoi, dis ça te gêne ?
L’autre a forcé la voix et l’on entendait ses mots un peu étouffés :  vous avez pas entendu l’annonce ? Il avait l’air blasé… Il a haussé les épaules et il a recommencé à avancer. Heureusement, je l’ai entendu ouvrir la porte de la cabine. Les gamins se sont rassis sans faire attention à moi : je n’en menais pas large, serrais encore les fesses et me cramponnais à mon carnet de combat… Le métro a redémarré, on est repartis dans l’autre sens…
Ouf ! La cruche que j’étais l’avait échappé belle ! J’ai mis du temps avant d’oser raconter ça,  j’avais eu très peur sur le coup et trop la honte après. J’aurais pu aussi m’en servir comme enclencheur pour un thriller infernal, mais non… Ça viendra peut-être…

Penser à écrire suffit donc à me rendre la vie dangereuse. Ecrire me met en péril car je montre beaucoup ce que je suis. Mais je persiste, volontaire. J’ai souvent l’impression de me créer un monde parallèle et la transition avec la réalité est parfois difficile à gérer. Mais il faut croire que ça me plaît de décoller ainsi. C’est mon plaisir. Je dois à mes p'tits mots de belles rencontres, bien réelles, des correspondances amicales, et tous vos retours et commentaires qui me motivent énormément. J’ai très bien entendu ceux qui m’ont suppliée afin que je publie des messages plus courts, plus digestes, hélas je n’y arrive pas… Mais sachez bien, vous tous, lecteurs fidèles et passants : vous comptez beaucoup pour moi ! Grâce à vous, mes p’tits mots me disent toujours quelque chose et la p’tit’ aventure continue…

vendredi 20 novembre 2009

pic

Rappelez-vous ce que j'avais promis à la fin de chats ! On retrouve donc ici Indigo, dans la loge de Margot Bégonia ( go, rentrée(2) ), mais on aura aussi des nouvelles de Gina (grue, voeux)...

***

-  Ah ! Gaston tu tombes à pic, tu n’as pas vu l’Indigo par hasard ? Je ne le vois nulle part ici, je me demande quand est-ce qu’il a pu s’échapper !

Moi, je suis réveillé forcément, le voisin appuie toujours sur la sonnette comme si Margot était sourde comme un pot ; et je l’entends, elle, qui grommelle maintenant en le faisant entrer ; j’imagine qu’elle en profite pour jeter un coup d’œil dans le hall, à droite, à gauche. Puis la porte couine, claque, et la patronne se met à gronder…

- C’est pas vrai ça !

- Je n’ai pas remarqué ne serait-ce que le bout de la queue de ton matou, et ta Ségo va te sonner les cloches s’il s’est encore fait la belle !

- C’est terrible hein, depuis que cette Gina a emménagé, il est devenu complètement fou, intenable ! Combien de fois est-ce que je l’ai retrouvé sur le palier du 1er, à miauler et à tourner en rond sur le paillasson de la petite?

- Ben tu m’étonnes, il n’est pas idiot tu sais, il s’ennuie, il cherche la compagnie, il sait que la jeune fille n’est pas toute seule et ça le travaille !

Hé hé, pourquoi n’aurais-je pas le droit moi aussi de conter fleurette, comme lui, Gaston, quand il vient voir Margot ? S’il croit que je ne comprends pas son manège ! Et voilà qu’il continue sur un ton mi-miel, mi-coquin...

- Et tu sais comment elle s’appelle sa chatte, toi qui te piques d’être toujours bien renseignée ?

- Je ne m’en souviens plus…  Silhouette, girouette, pirouette, un truc comme ça ! Mais on s’en fiche ! Je suis sur ma machine depuis au moins deux heures à couper, à coudre, à piquer ; Indigo était pourtant bien là quand j’ai commencé ! Même que j’ai dû le houspiller, il était prêt à sauter dans le panier de pique-nique, non mais tu te rends compte, il nous aurait bien piqué le pâté, ce chameau, je le connais !

Ça c’est sûr, ça sentait drôlement bon ! Tant pis pour moi ! Mais elle aurait pu faire attention : quand elle a planqué le morceau, j’ai reçu le couvercle de la boîte sur le nez, alors forcément j’ai décampé sans demander mon reste et je me suis planqué !

- Je monte voir si tu veux !

- Merci, Gaston ! Attention si tu rencontres le vieux Malinois ! Il m’a téléphoné tôt ce matin, je ne sais quelle mouche l’avait encore piqué ! Je lui ai dit que j’étais de congé et il a menacé d’appeler le syndic : trop de tapage dans la maison comme d’habitude, et aujourd’hui trop de bruit dehors ! Ben je lui ai dit oui mais qu’est-ce que j’y peux s’ils attaquent le trottoir au marteau piqueur, il faut bien qu’ils creusent pour les travaux du gaz…  Tu sais ça sentait fort hier, même que lui aussi s’était plaint ! Enfin bref, si tu le vois ce grincheux, ne t’y frotte pas, surtout dis que tu n’as pas le temps !

- T’inquiète ! A moi il ne dit jamais rien, tu verrais sa trombine quand il me croise ! Il croit comme je bosse au bar que je me pique le nez à longueur de journée, alors il joue toujours au dégoûté, au Môssieur … Ah ! Je suis du bas étage, de la gnognotte, tu penses si ça me fait marrer ! Alors pour rire je gonfle les pecs, je le regarde bien droit, style gros dur, et ça lui fait peur !

- Ah j’imagine ; vas-y alors, je voudrais récupérer ce maudit chat avant qu’on parte. Moi je vais mettre un peu d'ordre dans la loge !

Encore la porte, qui grince derrière Gaston, et j’ai de nouveau Margot dans mon champ de vision... Je la vois hé hé mais elle ne s’en doute pas !! Elle est de retour près de sa table toute encombrée, elle éteint sa vieille Singer Starlet que je déteste, tasse ses tissus, range en vrac ses ciseaux, bobines et canettes dans le fourre-tout à couture et peste en se piquant sur une aiguille qui traîne. Oh la ! Elle approche, elle va vouloir tout rentrer dans l’armoire ! Ça y est, elle s’est aperçue qu’elle en a laissé l’un des montants entrebaîllé, elle se doute déjà de ce qu’elle va découvrir à l’intérieur. Gaaarde à moi ! Un courant d’air me souffle les poils, une rafale de lumière me vrille les yeux que j'étire en amande pour avoir l’air de rien, j’ai juste les oreilles qui pointent malgré moi... Hélas, je n'ai pas le temps de lui faire le moindre ronron de bienvenue…

- Ouste ! Et puis quoi encore !

Dommage, j’aurais bien repiqué un roupillon sur les serviettes moelleuses, mais bon elle m’éjecte manu militari et j’essaie d’accompagner le mouvement, j’ai chaud aux fesses.

- Au piquet mon ami !

Je me réfugie sous le radiateur… Elle case son bazar sur une étagère, repousse les deux battants de l’armoire et tourne la clé… Voilà le père Goyave qui rapplique, il re-sonne (aïe mes tympans !), ouvre la porte, écarte les bras, l'air vraiment désolé...

- Chou blanc, ma reine !

- C’est bon je l’ai trouvé ! Il était là ! Attends, Gaston, je rajoute ma piquette dans le panier, ne fais pas cette tête-là, je ne vais quand même pas nous prendre un grand cru ! On part dès que Ségolène arrive ! Dis donc tu ne t’es pas coiffé ce matin, je n’avais pas remarqué ça tout à l’heure, et te voilà encore fichu comme l’as de pique, heureusement que je ne suis pas regardante hein !

Je trouve aussi que Gaston se laisse aller dès qu’il ne va pas au boulot ; il a une tenue plutôt classe quand il part au « Pic’Assiett’ », le snack où il bosse: chemise rayée dans le bon sens, cravate mince, gilet smart et pantalon droit. Mais quand il est de repos, c’est béret de travers, jean troué et bretelles moulantes… Oh oh, voilà du monde, branle-bas de porte et de combat !

- Bonjour Grand-mère ! claironne Ségolène. Je viens de voir Gina dans le couloir, tu te rends compte, elle s’en va voir son ami Oscar à Londres, quelle chance elle a, Notting Hill, Piccadilly, Big Ben, j’ai tout ça dans mon livre d’anglais… Elle demande si on peut garder son chat la semaine prochaine, dis c’est possible ?  Moi je veux bien m’en occuper …

Ah, voilà qui est  intéressant, je me redresse et ose le bout du museau entre plinthe et ourlet de rideau… J’ai le droit de suggérer que je suis d’accord, non?

- Le garder ? ronchonne Margot, ben on peut monter lui donner à manger si elle veut à sa bête mais c’est une chatte, alors la prendre ici, avec ton Indigo qui est un peu chaud, ça craint ! Il vaut mieux pas.

Zut alors, n’importe quoi ! Comme si je ne savais pas me tenir ! Gina apparaît à son tour derrière Ségolène. Gina est très grande et très jolie, et j’ai déjà vu son fameux Oscar par la fenêtre. Il est venu pendant les petites vacances, il la serre tout le temps très fort, c'est un géant à la peau toute noire qui me fait toujours un signe, sympa, je l’aime bien, alors je lui réponds en me frottant contre la vitre…

- Ça sera très bien Madame Bégonia si vous allez la voir et la nourrir ! Ce sera comme ça vous arrange. Je passerai vous donner les clés demain et toutes les provisions pour Picouette. Vraiment je vous remercie beaucoup.

Picouette… Je rêve ! ! ! Je transpire tout d’un coup, je suis sous les tropiques ! Quel prénom délicieux et prometteur ! La pauvrette, la doucette, elle va se sentir si seule ! Je trouverai bien un moyen de… Quels merveilleux jours en perspective !

- Allez c’est pas tout ça, en route Gaston ! Quand faut y aller..! A l’assaut de… c’est quoi le nom déjà ? Les rochers du Pic Froid ? Non, Py Froid ! A plus tard Gina ! Et toi ma chérie, à ce soir ! Fais-toi une salade ce midi, avec du thon si tu veux, y'en a dans le placard, du Saupiquet, le meilleur. Et je t’ai pris un DVD, ça devrait te plaire, le Pic de Dante !

mercredi 18 novembre 2009

modernes

Les cours de dessin ont repris ; pour cette première sortie sur le terrain nous avons rendez-vous au Musée des Beaux-Arts où « Les Modernes s’exposent »…

Ces Modernes sont donc regroupés, en accrochage temporaire, le temps que les galeries dédiées aux collections permanentes s’offrent quelques travaux nécessaires. Les Lyonnais connaissent déjà la plupart des œuvres présentées mais ce nouveau parcours en permet une re-découverte intéressante. L’occasion aussi de mettre en valeur des artistes méconnus du XXe siècle : leurs réalisations côtoient ici celles de grands maîtres aux noms illustres, tels Picasso, Matisse, Dubuffet, Bacon… La promenade se révèle magnifique et chacun d’entre nous choisit de croquer quelques scènes ou des détails qui l’attirent particulièrement. Je suis moi-même fascinée par quelques visages, et surtout par une Douleur puissante de Henry de Waroquier…


A partir de ces crayonnages, nous travaillons ensuite chez nous, puis en cours, conseillés par notre professeur, et de nouveau à la maison. Je regroupe ainsi quelques-uns de mes portraits, grossièrement copiés, en une sorte de vitrine que je trouve après coup très «européenne»…


 En les encadrant d’une figure à la pose méditative peinte par le Suisse Cuno Amiet et d’une autre plus neutre, quasi photographique, réalisée par l’Italien Gino Severini, je voulais sans doute atténuer la souffrance traduite par le français Henry de Waroquier, et apaiser la dureté des traits gravés sur ses personnages par l’allemande Käthe Kollwitz.

Je dois à ces quelques Modernes une belle ballade et d’agréables moments de travail. Je vais maintenant pouvoir retourner au Musée et me laisser transporter par d’autres impressions, il y a tant à voir, tant à prendre, tant à admirer.

Le peintre Ossip Lubitch, 1932, par Cuno Amiet, 1868-1961
Douleur, vers 1943, par Henri de Waroquier, 1881-1970
Hommage à Karl Liebknecht, 1919, par Käthe Kollwitz,1867-1945
La famille du peintre, 1936, par Gino Severini, 1883-1966

samedi 14 novembre 2009

point

Le temps est devenu bien rude pour les signes, l’écriture ne les nourrit plus. Ces taiseux, habitués à travailler depuis toujours en silence et à se laisser deviner, ne savent comment, aujourd'hui, se faire entendre ; il faut pourtant qu'ils résistent et qu’ils soient forts face à tous les réseaux et supports modernes qui ont tendance à se passer de leurs services, ils doivent bien continuer à vivre!

Contraint à l'intérim, Monsieur Point vient donc d’accepter un job idéal, à l’ancienne. Une aubaine ! Il s’agit par sa seule présence et son autorité naturelle d’assurer et de maintenir l’ordre. Facile, il sait faire! Peut-être aura-t-il tout juste besoin, quelquefois, de montrer le poing, pour arrêter la bousculade et rétablir le calme. Car il conviendra que le ton s’apaise quand les clients passeront devant lui après s'être éclatés dans la phrase. Ces effrontés, lettres isolées ou mots insouciants, pourront ensuite, à loisir, s’égailler dans une marge souvent déserte aux heures tardives ; et s’ils jugent  l'espace trop vide, trop ennuyeux, trop blanc, eh bien ils n’auront qu’à sauter une ligne, s’imposer au seuil d’une autre discotexte, rentrer dans un nouvel énoncé et se plonger dans une ambiance d'histoire toute neuve. Mais ce ne sera plus l’affaire de Monsieur Point qui aura suffisamment de boulot à son poste. Oui il se sent capable de relever le défi. Cet emploi de vigile arrive à point nommé. Question rémunération, il ne discutera point : il tourne en rond, à vide, depuis trop longtemps.

Ce premier soir, juste avant de se planter en sortie de phrase, au point de passage et de contrôle obligatoires, notre bonhomme s'attarde à faire le point sur l’étendue de sa garde-robe et des accessoires. Car le costume fait le Point n’est-ce pas ? Il se doit d’être toujours convenable, prêt à adapter sa tenue à toute situation : smoking et chapeau droit pour être digne, marquer son intérêt ou exprimer son admiration, veste plus décontractée et feutre rond pour manifester sa surprise et tourner quelque question. Il prépare une virgule, baguette d'appoint, pour l'assister au cas où il aurait à séparer deux groupes indépendants. Il s’assure aussi que sont disponibles, en réserve, ces tirets bien pratiques pour faire parler. Il note la présence d’une paire de crochets et d'un jeu de parenthèses (ça peut toujours servir) qui lui permettront au besoin d'isoler une proposition. Enfin il vérifie le bon fonctionnement des haut-parleurs, guillemets qu’il commandera à distance si quelque annonce doit être lancée.

Allons, au travail, la foule est compacte, quelques têtes dépassent, majuscules à surveiller qui veulent souvent jouer aux plus fortes et ne savent pas toujours bien à quel nom s’accrocher. Les lettres se regroupent, les mots se forment et cherchent à évaluer les espaces qui les séparent; il arrive qu'ils se touchent, fassent la chenille et puis se repoussent; ils tentent de rimer, se trouvent des affinités, accordent leurs terminaisons, échangent des places. Certains veulent déjà prendre l’air mais Monsieur Point veille et les apostrophe : leur départ a-t-il du sens, n’ont-ils rien oublié, leurs chapeaux, leurs accents ? Se sont-ils assurés de n'être pas irremplaçables? Un seul article peut manquer cruellement; et qui comprendrait alors tout ce que cette agitation signifie? Il est important de bien leur mettre les points sur les i, à tous ces drôles, avant qu'ils quittent l'endroit!

Par moments il y aurait certainement du travail pour au moins trois... Non, ils risqueraient de se perdre en bavardages et seraient vite suspendus... Même pour deux, le patron ne se laissera sûrement pas influencer. Impossible de lui exposer un nouveau point de vue, inutile de lui citer des exemples! Il ne sert à rien de lui donner des explications ni d’énumérer des raisons! Allons c'est ainsi, il n’est pas question que le chef embauche plus qu'il n'en faut, il l'a dit et redit: "Un Point, c’est tout !"

mardi 10 novembre 2009

chats

Après avoir lu les aventures toutes neuves d'Astuce, cet adorable chaton très curieux imaginé par Marie-Laure (à rencontrer ici) et Laëtitia Bigand, d’autres chats ont surgi de ma mémoire. Toute une histoire se rapporte à chacun de ces amis, un seul nom correspond et évoque chaque fois un être bien particulier, qu’il ait été compagnon de vie ou héros de fiction; s'y rattachent des anecdotes, des images douces et quelques pensées tristes.

Tout comme Astuce se montre espiègle et rusé, follement désireux de connaître le monde «interdit», certainement fascinant, qui se cache «derrière la porte» de sa maison, Milton était aussi un découvreur, un aventurier gourmand, friand d’expériences. Mes apprentis lecteurs l’aimaient beaucoup et nous nous régalions en classe de ses aventures et de ses bonheurs simples. Au CP les enfants appréciaient de même Bigoudi qui fut quelque temps un auxiliaire de méthode. Quant à Bijou, je me souviens des aventures de ce fripon: mes garçons, au cours élémentaire, devaient en lire chaque soir un épisode dans leur « livre de lecture courante » et l'animal s'était comme installé parmi nous. Toute la famille regardait aussi Disney et nous avons visionné ensemble un nombre incalculable de fois les célèbres "Aristochats" pour y retrouver entre autres l’élégante Duchesse et le séduisant O’Malley, baroudeur des gouttières. Ces héros à aimer, d'apparences si familières, continuent à faire rêver nos petits tout en les initiant au monde. Ils leur parlent de dangers et de risques, mais en les persuadant de rester confiants; ils leur font aussi espérer le bonheur et l'amour.

Nos vivants compagnons d’existence apportent encore plus concrètement, à tout âge, une bonne provision d’émotions et de tendresse; ils nous aident à surmonter les épreuves, deviennent vite nos indispensables, nous enseignent la vie, et, hélas, la souffrance et la mort. Moi j’ai le souvenir d’une Bibiche tigrée qui, dans mes plus tendres années, nous rejoignit in extremis au moment d’un déménagement ; elle eut de nombreux chatons dont elle s’évertuait à cacher les naissances mais que l’on retrouvait toujours et qui furent le plus souvent noyés ; elle-même mourut empoisonnée par d’affreux jardiniers qui la jugeaient indésirable. Plus tard il y eut un dénommé Moustille, gris magnifique, trop vite happé par une voiture. Et enfin Ceceau, le tout noir, fut choisi car il était le plus moche de sa portée ; il hérita de ce nom curieux en souvenir des paroles d’une chanson haïtienne : celui-là, qui fut sans doute le compagnon le plus fidèle et le plus précieux pour moi, souffrait des reins et nous l’avons soigné si longtemps…Depuis, je n’ai plus jamais voulu reprendre de chat à la maison.


Cependant j’ai trouvé un moyen de m'en remémorer quelques douceurs essentielles ; tout simplement je me suis inventée un minet complice d’écriture et j’en ai fait le personnage central de quelques-unes de mes histoires ; ainsi est né Indigo. Ses yeux voient et racontent un peu de mon quotidien ; ma plume le couve et le préserve. Il vivra le plus longtemps possible. Bientôt, en plus d’un foyer chaleureux qu'il possède déjà, je lui donnerai une amie, une chatte qu'il brûle de connaître depuis la trop lointaine rentrée de septembre; elle s'appelle… Non, patience, je vous le dirai plus tard…

vendredi 6 novembre 2009

vague

A l'issue d'un atelier d'écriture, en octobre, j'avais gardé en moi, comme en réserve, ce mot "vague" qui avait circulé dans nos textes et qui me plaisait bien. Le voilà enfin mognoté...

La consigne est vague ce matin… Il faut écrire les premiers mots qui nous passent par la tête… Facile à dire… Mais moi je n’ai décidément rien d’intéressant à partager aujourd’hui. Je me sens un peu triste, depuis le réveil, sans cause légitime, et le temps affiche un vague chagrin qui colle bien à mon humeur. J’ai un peu peur des pensées que je vais rencontrer, je manque de confiance, je doute de faire bonne impression parmi mes collègues d’atelier et même de leur en produire une seule! Frissons diffus, ondulations du cœur… «Vague à l’âme» : ce sont ces derniers signes que je répands à la va-vite et en titre provocateur au travers de ma feuille…

A l’esprit de vagabonder maintenant grâce à cet enclencheur indéfinissable. Mais je sèche... Je ne peux pas rester dans "le" vague ni dans le creux de "la" vague ! Tout est permis, toutes les divagations, pourquoi me plaindre ! Je ne vais pas en faire tout un cinéma! Faut-il rappeler la nouvelle vague et faire plaisir aux nostalgiques, ou balancer une vague d’expressions d'actualité? Je pourrais parler de la vague de froid qui s’est abattue sur la région ou encore évoquer la vague de touristes qui a envahi nos rues pendant ces courtes vacances ! Et pourquoi ne pas m’étendre en quelques mots sur le sort de ce terrain vague, là derrière, désormais interdit aux voitures, une honte n’est-ce pas ? Le sujet provoquera une vague de récriminations, quelqu’un se pâmera de colère, un autre fera un malaise vagal, j’aurai été à l’origine d’une onde de choc...

Et "vogue" la galère ! La "vogue", mais oui, pourquoi ne pas partir plutôt d'un "vogue à l'âme"; c'est joli non? Ah zut, j'y pense, il se peut que ma "vogue" alarme encore plus l’assemblée! Les coeurs risquent de balancer, les estomacs de chavirer, car ils s'imagineront à la Vogue de la Croix-Rousse, dans le Speed, ce manège diabolique, attraction extrême de notre foire d'automne...

Ah mais je ne veux pas que les gens se disputent ni qu'ils s'en rendent malades! Décidément, je renonce à vogabuller. Adieu, je pars, je sors prendre l'air de la cité, je laisse tomber et m'en vais villevoguer tranquille... A la prochaine!

Pourvu que ce soir devant mon écran je n'éprouve pas de blogalâme...

mardi 3 novembre 2009

foule

D’une escapade automnale dans ma chère capitale, du délicieux itinéraire que je m’étais aménagé, il me reste dans la tête des images resplendissantes, toutes ensoleillées. J’adore Paris, je m’y sens chez moi plus que partout ailleurs, eh oui, et quelques larmes de nostalgie se sont encore perdues dans un tapis de feuilles au Jardin des Tuileries.


Tiens justement, les promeneurs étaient nombreux ce jeudi-là longeant les pelouses et autour des bassins, mais c’est une « foule » plus dense et plus originale qui m’a attiré au détour d’une allée, une sombre scène de bronze que je n’avais encore jamais remarquée. Cette impressionnante représentation, saisissante de vie, oppressante aussi, du sculpteur anglais, et français d’adoption, Raymond Mason, fut réalisée de 1963 à 1967. Curieuse de mieux connaître le personnage, j’en ai découvert à mon retour, grâce à internet, d’autres compositions originales, certaines hardiment colorées, et une « foule illuminée » plus récente, datant de 1985, qui offre une vision encore plus violente et désespérée…



Mais lors de ce jeudi de retraite buissonnière, je me suis aussi retrouvée, un peu plus tard, à Beaubourg : encore d’heureux souvenirs à brasser… Il y avait foule au Centre Pompidou, mais peu importe… Après une escale à l'expo Soulages, que je ne connais pas assez pour apprécier vraiment, une fois redescendue dans les galeries du Musée d’Art Moderne, le temps s’est arrêté, bonheur et paix assurés. J’ai revisité les toiles familières et profité de bonnes surprises sur l’actuel parcours consacré aux artistes femmes. Parmi les œuvres proposées, j’ai particulièrement apprécié ce superbe et mystérieux panneau mural en 3 dimensions, réalisé en 1966, un élan abstrait de l’américaine Lee Bontecou.



Bien sûr il y a eu, en cette journée, une foule d’autres objets, d’autres photos, d’autres scènes qui m’ont donné beaucoup de plaisir, mais j’ai choisi de partager l'émotion ressentie devant ces deux sculptures, de Raymond Mason et de Lee Bontecou: si différentes, construites à la même époque, s'imposant l'une et l'autre et tout autant surprenantes...

dimanche 1 novembre 2009

bagnoles


bagnoles mognotées...

Les bagnoles appartiennent sans conteste à notre langage familier. Désignant aujourd’hui, d'occasion ou non, toutes sortes de voitures, sages ou nerveuses, vulgaires ou racées, modèles de série ou prototypes, vieux tacots ou super caisses, elles visaient autrefois plutôt des autos déglinguées ou encore des véhicules construits avec les moyens du bord. Les bagnoles se seraient en effet formées à partir des "bannes", nom donné à des espèces de tombereaux utilitaires, "bennes" sommaires constituées de paniers tressés et montés sur roues. On affubla ensuite les bannes d'un suffixe diminutif, sur le modèle des carrioles. Furent aussi nommés bagnoles certains wagons de chemin de fer servant au transport des chevaux.

Alors que se dessinent dans mes souvenirs les images de tant de vanniers qui fabriquaient entre autres, certainement, ces dites bannes, alors que tant de chevaux peuplaient et parcourent encore les paysages de sa région, la ville de Bagnoles de l’Orne, tendre décor de mon enfance, ne tire son nom ni des uns ni des autres. Il est ici question de "bain", ce mot étant également à l’origine d’autres appellations de lieux comme Bagnolet, Bagneux, Banyuls, Bagnères-de-Bigorre… Et si les "bagnes" vous font penser à ces prisons terribles où l’on détenait esclaves ou forçats, c’est que les premiers furent en fait construits, en Afrique, en Italie, à l’emplacement d’anciens établissements de bain, ou dans des ports et sur des îles. Quant à la station thermale de Bagnoles de l’Orne, elle est plus heureusement un site de soins dont l’eau de source inspira aussi de belles légendes. Son accès facile tenta les Parisiens au début du XXème siècle; encore renommée aujourd’hui pour ses cures, elle affiche toujours une certaine élégance, le cadre idéal par exemple pour un défilé de voitures de collection.

Nous voilà donc revenus aux fameuses bagnoles automobiles, et je vous propose une petite improvisation, une réflexion légère sur le triste sort de nos voitures ordinaires.


bagnoles improvisées…

Clio avait eu une enfance heureuse, préservée, rurale; choisie après mûre réflexion, attendue avec impatience, elle avait été réceptionnée et accueillie en toute confiance, puis couvée, entretenue, choyée, dorlotée, régulièrement sortie et aérée. Consciente de ne manquer ni d’amour ni de soins, elle se montrait obéissante, réactive, et toujours reconnaissante; elle tenait vraiment la route. Aucune panne de régime! Elle démarrait au quart de tour, ronronnante et souple. Jamais aucun dérapage, aucun soupçon d’aventure, elle se dévouait au seul service de son maître, un vieux solitaire dont elle était l’unique trésor.

Hélas, un jour, c’est son moteur à lui qui lâcha, et Clio fut vendue, bradée, cédée au premier venu, un jeune fou qui la propulsa à la ville.

Là, quotidiennement malmenée, prêtée, ballottée d’un chauffeur à un autre, chavirée, tamponnée, cabossée, régulièrement taxée, elle devint simplement utilitaire, pro du porte à porte, sans cesse en compétition, sur des lignes ronflantes et soumises au vertige de feux indécis, ou dans des files interminables et impatientes. La nuit elle dormait dehors, parfois sur le trottoir, livrée à elle-même. Elle fut violée, volée, maquillée, puis abandonnée, récupérée, ses blessures grossièrement colmatées. Au fond de l’impasse glauque où elle constituait une proie facile pour les maraudeurs, un monospace tuné prit l’habitude de se garer à son flanc. Picasso, dit-il s'appeler, rien que cela! Mais le nouveau voisin d'abord arrogant se révéla amical. Dans cette nouvelle et triste vie où tout déroutait la pauvre Clio, où elle se sentait déboussolée à force de parcourir la cité en tous sens, il devint son confident. Il la faisait rêver par ses récits de concours et de grandeur passée.

Mais un jour quelqu'un ordonna de les "enlever": ils gênaient, tout simplement... On les remorqua ensemble, par un sombre matin; on les parqua et on les oublia. Il n'y avait plus que deux épaves épuisées, démontées, dépecées: pourquoi donc s’étaient-elles décarcassées toute une vie? On brûla les restes de l’un après l’avoir décomposé en pièces détachées; l’autre fut seulement et salement compressée… Qui s'en souvient encore aujourd'hui?

samedi 24 octobre 2009

p'tit mot en pause
pour quelques jours
je prends le temps
de mettre à jour
pas mal de choses

lectures, dessins,
et p'tit ménage
aussi le temps
d'un court voyage
et je reviens

à bientôt

lundi 19 octobre 2009

cadeau


Qu’on se le dise : cette semaine est bleue, dédiée aux personnes âgées. Je regrette qu'on n'en fasse pas plus ample publicité. Ainsi votre commune, votre arrondissement, organisent ces jours-ci, du 19 au 25 octobre, un certain nombre de manifestations dont l’objectif est de mettre en évidence les actions menées toute l’année pour vaincre l’isolement de nos aînés. Le thème de cette édition 2009 met l’accent sur la communication entre toutes les générations : pour vivre ensemble nos âges et nos cultures, restons connectés ! L’idée de « connexion » permet d’insister sur l’importance des réseaux de relations, sur la nécessité de préserver les liens sociaux. "La Bib' à Dom'" ici, à Lyon, est un exemple d'association qui s'attache justement à entretenir ces liens grâce au portage/partage des livres.


Quant à moi, à l'occasion de cette semaine bleue, je souhaitais publier ce texte "cadeau", cette émotion... (Merci Marcelle, pour m’avoir offert votre histoire et autorisée à prendre en photo ce joli tableau!…)



«Vous aimez ce tableau Martine? C’est que moi aussi je l’aime beaucoup! Et vous savez… Il a une histoire!

Il y a tant d’années déjà… Mon mari voulait me faire un cadeau d’anniversaire. Il m’a demandé ce qui me plairait; moi, j’avais envie d’une petite table roulante, vous voyez, une sorte de desserte… Alors il m’a emmenée chez un antiquaire qu’il avait repéré, en espérant que je trouverais là, peut-être, mon bonheur. A peine entrée dans la boutique, quand j’ai vu ces enfants, j’ai été conquise, tout de suite. Et j’ai dit à mon mari : « Comme ils sont beaux… Voilà! C’est ce tableau que tu peux m’offrir! »

Mais quand il a transmis mon choix au marchand, celui-ci lui a répondu que ce n’était pas possible, qu’il pouvait lui demander n’importe quoi d’autre, mais que cet objet-là n’était pas à vendre… Quelle déception! J’ai fait le tour du magasin, comme une âme en peine, rien d’autre ne m’intéressait. Et Joseph! Il était bien malheureux, il désirait tant me faire plaisir! Enfin, le commerçant est revenu vers moi, il a soupiré et dit: « Vous le voulez vraiment ce tableau, ça se lit dans vos yeux! Alors d’accord! ».

Et depuis ils sont avec moi ; vous comprenez, ces enfants, si beaux, tellement… nature, moi qui n’ai pas pu en avoir et qui suis bien seule maintenant, ils me tiennent compagnie… »

vendredi 16 octobre 2009

lecture




Désormais, en parcourant le Musée des Beaux-Arts, je prêterai au tableau de Fantin-Latour une attention nouvelle, sans me contenter de la seule impression sévère qu’il me faisait jusqu’alors. Impossible à présent d’ignorer la «re-lecture» photographique et résolument contemporaine conçue pour la Biennale par l’artiste malaisien Hoy Cheong Wong. Quel choc en découvrant cette dernière interprétation ! Je juxtapose les images et essaie de comprendre… En quoi sont-elles semblables? Y a-t-il tant de différences? Puis-je dissiper le malaise? Que faut-il retenir?












Même décor, même espace, même calme ambiant. Deux femmes aux robes longues et sombres. L’une lit, face à nous, concentrée, la tête reposant légèrement sur la main libre; l’autre, de profil, au premier plan, écoute sans doute, à moins qu’elle ne soit… ailleurs…

Les dossiers des chaises apparaissent sur le cliché plus ouvragés, le pied du vase plus fin, le motif de la nappe plus serré, sans géométrie flagrante ; ces indices témoignent-ils d’une plus grande aisance, d’une tendance à la fragilité, d’une sorte de désordre nouveau?
Le livre d’aujourd’hui, à la couverture rigide, s’étale, plus grand de savoirs accumulés, si lourd et encombrant qu’il faut maintenant le poser sur la table.

Évidemment, plus que ces changements dans le décor, ce sont bien sûr les voiles qui surprennent sur la photographie, ces tissus épais qui cachent les visages et les chevelures des deux femmes. Cette trop réelle actualité me dérange… Mais finalement, sur la peinture ancienne, les deux figures acceptent nos regards et nous n'y voyons pas pour autant d'expression particulière; leurs émotions sont toutes intériorisées, naturellement voilées... L'œil nettement ouvert de l'auditrice contemporaine appréhende presque plus fièrement le monde qu'on lui rapporte ou les histoires qu'on lui raconte; son regard se dirige résolument vers l'horizon... Il y a comme une contradiction qui me déstabilise.

Sur chacune des représentations, les femmes se tiennent dans les mêmes postures un peu rigides, et dans chaque scène s'accommodent d'une certaine distance. La relation entre celle qui lit et celle qui reçoit n’est au fond pas différente, à quelque époque que ce soit. Le récit offert emporte les unes et les autres, dirait-on, dans un espace intime particulier, réservé: entre les livres et les femmes, n'existe-t-il pas effectivement « une affinité secrète » (Laure Adler)? Par-delà les apparences, au-delà de ces habits qui font oublier le sujet-titre du tableau original, je retiens donc ce pouvoir immense de la lecture, cette permission d'évasion qui perdure, intemporelle... et qui me rassure.

lundi 12 octobre 2009

madeleine

Lorsqu'il est commun, ce nom aux sonorités mélodieuses évoque un célèbre petit gâteau dodu. Mais lorsqu'on lui donne sa majuscule, alors il désigne la sainte, honorée par de multiples toponymes, inspiratrice d'oeuvres d'art; il devient le prénom de femmes que l'on chante et que l'on aime... Elles sont si nombreuses, ces « madeleines » et ces « Madeleine », que je choisis d’en faire ici une courte sélection tout à fait personnelle !


D’abord j’aime la friandise moelleuse, cette madeleine maison ou, encore mieux, de Commercy, qu’il est souvent bon d’assurer en réserve pour les petits creux du matin (clin d’œil à ma fille…).


Ce doux délice ne réveille pas toujours chez moi mes souvenirs de goûters d’enfance, comme la fameuse madeleine de Proust, mais il est vrai que son côté coquillage ou son allure petit bateau chatouille la mémoire et encourage l’imaginaire…

C’est plutôt le nom propre qui ravive en moi quelques images… J’étais très attachée petite à une maison que possédait mon père: elle se trouvait dans un village normand très coquet, Tessé-la-Madeleine, qui a hélas fusionné depuis avec une station voisine plus prestigieuse.

A cette même époque, années 60, Jacques Brel espérait Madeleine, «tellement jolie, tellement tout ça»; je l'ai mieux écouté et apprécié plus tard… Je retrouve aujourd’hui le texte de la chanson dans un joli roman bretonnant d’Amanda Sthers: son personnage Rémi Kerguikou l'entonne dans un karaoké devant une Madeleine un peu triste qui, hélas, pense à un autre, un nommé Castellot, tellement tout beau. Voilà d’ailleurs une petite histoire émouvante, bien tendre à déguster, pas mélo pour autant, je veux dire qu'elle ne fait quand même pas pleurer son lecteur à chaudes larmes, comme une madeleine...

Alors si cela vous tente... Bonne lecture! Ou bon appétit!

mercredi 7 octobre 2009

avenir

100ème message!!! Déjà 100 p'tits mots!!!

Je fredonne souvent la chanson "Au bord de l'eau" et je cherche depuis plusieurs semaines à construire une histoire autour. Le caractère de Fabrice (Veille), me semblait correspondre au profil du personnage évoqué par Gérald de Palmas. Ce personnage, on le rencontre d'ailleurs fréquemment dans ses textes, il est à la dérive, son passé et ses rêves ne le laissent pas en paix, il paraît toujours en quête d'identité et d'amour. Pour Fabrice, il y a de l'espoir; l'avenir prend corps grâce à Zazie déjà mise en scène ici et .


Il lui a donné rendez-vous ce matin, sur le port… Il a quelques minutes d’avance. Le soleil n’arrive pas encore à traverser la couette épaisse et grise que forment les nuages, le ciel est ainsi plombé, l'air déjà lourd. Des goélands, dont les cris vrillent l'espace, planent au-dessus de la vase... Une mouette à l'allure de capitaine du port, perchée sur un mât, scrute l'horizon au-delà du môle. Une odeur d’essence se mêle à celle de la marée. Fabrice décide de marcher jusqu’au bout de la jetée, il se sent fébrile et voilà qu’il frissonne : la nuit a été trop courte, il a encore des accords de violon dans la tête, un goût de bière au fond de la gorge, le corps flou… La brise poisseuse ne lui fait pas trop de bien, et il sent monter cette peur qu'il connaît bien... ce dépit de lui-même. Il se trouve si empoté, si timide: tiens, comme le temps ici, jamais vraiment décidé à s’affirmer. Il ne trouvera pas les mots, il va bafouiller c’est sûr. De toute façon, le peu qu’il arrive à prononcer ne correspond jamais à ce qu’il ressent vraiment.

Timide oui, et même renfermé, c’est ce qu’il est, ce qu'on a toujours dit de lui. Sur les bulletins scolaires il y avait aussi : effacé, réservé. Un prof qui prenait son silence pour une révolte l’avait une fois traité de marginal. Alors qu’il était tout sauf rebelle, seulement un fils parfait qu’on avait choyé, dorloté, dont on avait préservé l'enfance de tous les manques, entouré l'adolescence par une intendance confortable. Il avait grandi dans un cocon familial irréprochable où nulle personnalité ne peut se construire vraiment. A 18 ans pourtant, le bac en poche, il était parti en ville, pour voir! Et le tourbillon, un semblant de liberté, lui avait plu... Fabrice s’était d'un coup, tout entier, offert au monde, se grisant des humeurs urbaines et de quelques paradis faciles. Il acceptait des boulots sans horaire raisonnable, barman, coursier... Mais c'était encore un être à part, solitaire, souvent perdu dans ses pensées, ailleurs. Les parents avaient laissé faire, curieusement, sans doute parce qu'il leur restait la petite Sophie à la maison. Fabrice revenait les voir, à dates forcées, et alors ses sentiments bataillaient ; d’abord heureux de les retrouver, il se mettait vite à étouffer, il lui fallait repartir…

Il avait aussi tenté quelques voyages, son argent y passait. Après avoir visité quelques contrées exotiques, des déserts de toutes sortes, des cités époustouflantes de tentations et de promesses, un jour il avait posé son sac ici, au Connemara. Alors qu’il aurait dû haïr ces paysages sauvages et humides si semblables à ses souvenirs d’enfance, il s’y était étrangement senti bien. Dans un pub, l'été dernier, il avait croisé Zazie; elle venait chaque année passer quelque temps chez un oncle installé à Clifden, elle lui avait servi de guide. Pendant toutes ces heures passées ensemble, au bord de la mer, elle respectait ses silences. Envoûté, éperdu de bonheur, il aurait quand même dû lui confier son amour mais n’avait pas osé. Depuis, impossible de l'oublier! Elle peuplait toutes ses pensées. Ils avaient échangé ces derniers mois quelques mails, insignifiants ; il savait juste qu'elle séjournait à New York et s'essayait à l'écriture. Lui, de son côté, avait travaillé, travaillé, repris son quotidien trépidant. En juillet elle était rentrée en France discrètement, il avait tenté de la joindre plusieurs fois à Paris, conversations brèves, échanges formatés, désirs latents ... Bousculant ses réticences, et grâce à son amie Marylin, il l'avait enfin persuadée: ils se retrouveraient ici, dans ce pays magnifique...

Enfin un coin de ciel bleu au-dessus des terres... Et voilà Zazie qui descend le chemin, près de la cale encombrée; elle essaie de contrôler ses cheveux qui jouent de son élan et du vent. Elle l’aperçoit. Ils sont vraiment seuls sur le port mais elle l’appelle comme si elle prenait du plaisir à lancer son prénom. Ils s’approchent l’un de l’autre, il pose une main sur le bracelet qu’elle porte au poignet, un cadeau. Elle, elle lui effleure la joue, doucement, et dit sur un ton charmant, un peu coquin : « Tu es toujours aussi beau, avec ton air ténébreux… ! » Son rire l’enchante, gomme les semaines de délire et les reproches qu’il se fait. Il ne dit rien, il lui prend la main maintenant, il l'emmène. Ils embarqueront tout à l'heure pour Inishbofin. Ils se régaleront là-bas des paysages de l’île, en feront le tour au gré de leurs rires, se poursuivront comme des gamins jusqu’au bord des falaises, contempleront le spectacle de l’océan à perte de vue.
Elle comprendra ses gestes qui parleront de tendresse et d’amour mieux que des phrases... Aujourd'hui, cette fille, cette vie, l'appelle. Il la persuadera qu'ils sont faits pour regarder ensemble jusqu'au bout de leurs envies, vers l'avenir.