mercredi 28 janvier 2009

reflet

Avez-vous déjà essayé de lister les choses perdues au cours de votre vie, ou celles qu'on vous a volées? Eh bien ma mémoire n'en retrouve pas tant que cela... Quelques-unes seulement me reviennent, liées à de grosses déceptions, des scènes familiales, des incompréhensions. Y penser m'a permis néanmoins de récupérer l'une d'entre elles, précieuse et jolie surprise.


J'ai d'abord pensé bêtement à cette roue de secours dérobée dans un parking en sous-sol à Sèvres par un amateur qui n'aimait sûrement pas le travail proprement fait... Je regrette aussi ce mémoire, résultat de nombreuses heures de travail, prêté à une stagiaire qui a bizarrement toujours repoussé le moment de me le rendre... les volumes d'une encyclopédie Quillet évaporés lors d'un déménagement et qui autrefois me semblaient contenir le monde... le petit jardin de mon enfance où les haies de buis protégeaient les jeux et les rires avec mes cousines... mon baigneur, ce bébé en celluloïd donné sans que je le sache tout de suite à des petits réfugiés venus d'Algérie en 1962.

J'ai aussi oublié à quel endroit de passage ont pu rester certaines photos, dont celle de ma mère à Rome devant le Colisée, prise dans les années 30 au cours d'un voyage de normaliennes et qu'elle me montrait toujours avec bonheur. Et il y a enfin ce cliché extra ordinaire que je croyais perdu, rappel d'un Noël d'enfance:


Je me suis entêtée à chercher et l'ai redécouvert ces jours derniers au fond d'un vieux portefeuille, simplement rangé parmi les rares tirages où figure mon père. C'est une photo magique. Me voilà un matin de Noël, en 60 et des poussières, petite fille gâtée, gourmande, juste avant d'ouvrir mes nombreux cadeaux. Je venais de trouver la tasse de café vidée par le père Noël, preuve irréfutable de son passage. Il avait laissé une boîte de chocolats pour ma famille et surtout plein de paquets pour moi: cette année-là j'ai dû recevoir une poupée Bella, une panoplie d'infirmière ou de doctoresse avec stéthoscope et seringue, un petit piano, une trottinette... trop, j'ai toujours eu trop...


Alors voyez-vous le visage confondu dans la tapisserie du mur et qui semble se glisser entre deux branches du sapin? Sans doute une empreinte de négatif, une superposition au moment du développement, en tout cas un joli mystère pour nourrir mon imagination d'enfant. Un reflet surnaturel, un gentil fantôme, un esprit bienvenu, un ange gardien... une mine où je me retrouve un peu, un double, une jumelle... en tout cas une évidente amie qui a longtemps accompagné mes rêves!

lundi 26 janvier 2009

autoportrait

Apporter une photo
Et ensuite un miroir...
Imiter Picasso?
C’est sûr on va s’en voir !

Faire son autoportrait
Satanée entreprise !
Bien avant qu’il soit prêt
Je vais piquer ma crise…

Regard dans le miroir,
Lunettes qui me défient,
Déjà sombre départ,
Mon fusain se méfie.

Tout d’un coup je me lance !
Cheveux, raie, frange et front,
Quelques ombres qui dansent,
L’ovale jusqu’au menton.

Les oreilles je les croque,
Un œil s’égare en coin,
L’autre bat la breloque,
Le nez j’y arrive point.

Rides se multiplient,
J’évite de compter !
Quelques-unes j’oublie
Ou veux les estomper.

Ah terminé ça y est !
Le prof passe la revue…
" Ça a bien fonctionné ! "
Oui mais je n’en peux plus !

Quand même satisfaite?
Pas trop du résultat,
Mais d’avoir fait la tête
Et rempli le contrat.

Je l'ai plongé enfin
Au fond du plus secret
Des cartons à dessin...
Visage autosoustrait…

jeudi 22 janvier 2009

ravaler

Dans mon immeuble, comme partout, les réunions du Conseil Syndical ce n'est jamais très folichon. En ce moment nous avons, en plus, des dossiers plutôt chauds dont, vous avez deviné... le projet de ravalement des façades! Eh oui notre quartier BCBG ne saurait supporter quelque élément d'allure douteuse... Bref, nous baignons dans les perspectives, les vérifications et les comparaisons; les chiffres nous valent bien du souci et l'addition se révèle d'avance salée!

Poursuivie par la chose, je finis par ouvrir mes dictionnaires... pour me détendre... D'habitude se soucie-t-on des mots dont on saisit spontanément la signification? Quel besoin de les décortiquer? Ainsi pour celui-ci je ne m'étais jamais posé la question! Or "ravaler", s'il ne se prononce ni ne sonne agréablement, est assez reposant, tout simple dès lors qu'on a trouvé son radical: le "val"... Il suffit de comprendre que l'on descend toujours, en direction de la vallée, et que l'on baisse donc de niveau... "A val" vous fait suivre la pente du ruisseau, et gare si vos affaires se perdent et s'en vont "à vau-l'eau"! Quant à l'avalanche, elle fait bien dévaler des tonnes de neige sur les flancs de la montagne.

Le mouvement de haut en bas se retrouve lorsque vous "avalez" un quelconque aliment, il descend dans le gosier, vous le gobez, vous l'absorbez. Il est forcément ainsi dissimulé au regard... Et quand vous le "ravalez", c'est pour mieux encore assurer son ingestion, et vous gardez bien en vous ce qui aurait pu éventuellement refaire surface.

Facile alors de composer des expressions imagées telles que "ravaler sa colère ou son dégoût" quand on n'ose les exprimer, "ravaler une boutade" qui aurait pu choquer, "ravaler sa salive ou ses paroles" pour retenir et contenir ce qu'on allait laisser s'échapper. D'ailleurs il est toujours conseillé de réfléchir ou de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler car "une fois que les mots ont passé vos lèvres, on ne peut pas les ravaler" (Mary Lawson). Et si c'est votre interlocuteur qui vous fait ravaler vos paroles, il vous "rabaisse", vous dénigre, vous ôte toute velléité de parler à nouveau. Vos mots vous rentrent dans la gorge, à faire mal, à vous étrangler de contrariété. Certains peuvent médire de leurs collègues, les rabaissant en public, "ravalant" leurs actions au niveau le plus bas. Il arrive que des êtres aillent jusqu'à se ravaler eux-mêmes, ils s'expriment, certes, mais pour s'avilir, jusqu'à se traîner dans la boue...

C'est encore un dépouillement qu'évoque le ravalement de l'arbre dont on taille les branches de charpente à faible distance du tronc, et c'est une dépréciation que suggère le ravaudage d'un travail dont le rafistolage grossier atténuera la valeur. Mais c'est le mouvement qu'on retrouve dans le ravalement du mur qu'on nettoie de haut en bas. Nous voilà revenus à notre point de départ: "ravaler" nos façades, le fameux sujet qui risque, lui, de ravager nos porte-monnaie et nos économies!

Bon, j'entends qu'on me propose de ravaler mon blog en choisissant un autre modèle... Non non, sans façon, pour l'instant c'est très bien comme ça!

lundi 19 janvier 2009

marionnettes

Encore un récit d'école, comme "nuages", "soie(1)" et "soie(2)", mais l'aventure date d’un autre temps…

Rappel d’un début de carrière…

Mon parcours professionnel est comme on dit "atypique". A ma sortie de l’École Normale en 1975, je suis restée dans les classes élémentaires pendant seulement une année et demie !
En janvier 1977 j’acceptais à Quimper un poste d’éducatrice en internat à l’ENP, École Nationale de Perfectionnement (on dit aujourd’hui EREA, Établissement Régional d’Enseignement Adapté). Cette école recevait des filles ayant connu des difficultés scolaires au cours de leurs années de primaire ; beaucoup étaient issues des classes de perfectionnement (ces classes n'existent plus aujourd’hui). Le recrutement était féminin en raison des ateliers professionnels proposés. Les élèves passaient en général 5 ans à l’ENP : une "sixième" et une "cinquième" aménagées, suivies de 3 années d’apprentissage.

Je m’occupais principalement des plus jeunes, activités du soir, du mercredi, du week-end, surveillance des dortoirs et des repas. Travailler dans cette école m'a plu, j’étais jeune, sans charge de famille, donc je supportais facilement des horaires très irréguliers ; je suis même partie en stage de spécialisation pour obtenir ce qu’on appelait à l’époque un CAEI, certificat d’aptitude à l’éducation des enfants et adolescents déficients ou inadaptés (aujourd’hui appelé CAPSAIS) option déficients intellectuels… Par la suite, j’ai continué à exercer en ENP à Paris puis à l'hôpital de Garches, en tant qu'éducatrice en externat. Enfin j’ai repris le titre d'institutrice à Chaville en classe de perfectionnement. Je n’ai rejoint les cours dits "ordinaires" qu’en 1991.

Je garde de mon travail auprès des élèves de "perf " des souvenirs plutôt agréables, grâce à la liberté que nous avions dans nos choix, la confiance qu’on nous accordait, grâce aussi à la solidarité au sein des équipes enseignantes où l’entente était évidemment nécessaire. Les enfants avaient leurs particularités, accumulaient des comportements difficiles et des performances scolaires toujours insuffisantes mais nous essayions de trouver les moyens de les apprivoiser, de les intéresser et de les faire progresser ; nous fixions nos objectifs en conséquence.


Pour ma part, au cours de toutes ces années je n’ai pas cessé d’utiliser les marionnettes, et spécialement les "marottes" à tige, comme supports d’expression et vecteurs d'apprentissage. Ce fut le thème de mon mémoire pour le CAEI en 1980 ; en parallèle j’avais recueilli de nombreuses histoires, récits et dialogues, créés par des élèves de 6e et de 5e au cours des "animations marionnettes". Souhaitant inciter d'autres groupes à imaginer, jouer et même représenter leurs propres scénarios, j'avais écrit une présentation expliquant la démarche que j'avais suivie. Ces conseils techniques et pédagogiques sont peut-être encore valables aujourd’hui…

Marionnettes en scène

J’insistais d’abord sur une organisation matérielle simple.

Il fallait que la marionnette se construise simplement et rapidement puisqu’elle était considérée comme un "moyen" d’expression et non comme le seul résultat d’un travail manuel.

D’ailleurs tout objet usuel pouvait prendre vie au cours d’une animation et même jouer le rôle principal (une chaise, une boite, un téléphone…). D’autres "choses" pouvaient être fabriquées, à plat ou en volume, fixées ou non sur une tige de manipulation (un arbre, un soleil, une maison…).

Ce sont les personnages que l’on cherchait donc à représenter par des "marottes" à tige et robe ample, à manipuler par le bas (bâtons en rouleau de journal ou bois, têtes en papier, bouteille ou tissu, costume de crépon ou d’étoffe).
Les animaux étaient construits de la même façon que les personnages, souvent avec du carton ondulé : il importait de bien les "caractériser", de trouver "le" détail qui permettait de les reconnaître aisément (la queue de l’écureuil, la crête du coq…).

Pour le castelet, nous prenions deux portemanteaux "perroquets" 

qui supportaient une large barre tendue, on y fixait un drap pour paravent. A l’arrière nous avions la place de tenir debout, nous prévoyions des bancs pour poser soigneusement notre matériel et gérer la sonorisation.

La réalisation d’un décor n’était pas un facteur indispensable pour la représentation, un objet suffisait pour évoquer le cadre de l’action ; la mise en scène et les enchaînements musicaux suggéraient les changements de lieux.

L’accent était nettement mis sur l’animation et la création.

- Je prenais les élèves dans le cadre de leur classe dont l’effectif était de 15 ou 16. Groupées par affinités, elles écrivaient des scénarios dont on recherchait ensemble la cohérence. Chaque équipe préparait son intervention à l’aide d’un "canevas". Au départ il fallait par exemple choisir un objet, une chose… définir qui utilisait cet objet, cette chose… pour quoi faire… situer l’action en lieu et en temps… décrire cette action… trouver un événement soudain qui faisait évoluer la scène… et surtout conclure ! Une fois élaboré le scénario, on listait les éléments nécessaires : objets, marionnettes, animaux, décors.
Les groupes se représentaient mutuellement leurs saynètes, chacun veillant à respecter l’histoire imaginée, personne n’étant enfermé dans un texte précis à dire. J’aurais aimé filmer ces jeux…

- En atelier, le soir, le mercredi et le week-end, avec un effectif réduit de 7 ou 8, il restait à fabriquer les marionnettes et peaufiner les spectacles. Les histoires évoluaient tout au long de la fabrication et lors des premières mises en scène.

- Il y avait une progression dans les représentations pour donner de plus en plus de responsabilité aux élèves.
On commençait par des représentations où prédominait la musique : on y montrait les marionnettes réalisées au cours des séances d’atelier. Chaque type de marottes défilait ou dansait sur un fond musical différent, les transitions étant assurées par des dialogues simples, mis au point à l’avance.
Dans les représentations suivantes prédominait le récit. Une élève placée devant le castelet lisait l’histoire. Ainsi récit et musique guidaient, soutenaient, rassuraient le jeu des manipulatrices qui pouvaient d’ailleurs prendre la parole à certains moments.
Enfin on proposait des représentations où prédominait le dialogue. L’histoire élaborée en commun se divisait en plusieurs scènes à l’intérieur desquelles les marionnettistes composaient les dialogues, sous réserve de conserver le déroulement général.

Que d’émouvants souvenirs d’improvisation avec les marionnettes, un réel bonheur à coordonner et à mettre en scène, des applaudissements qui nous encourageaient, mais de nombreux flops aussi ! C’est la vie ! Il me reste seulement quelques photos…

samedi 17 janvier 2009

absence

Au théâtre du Point du Jour ce soir-là c’est le deuxième " lundi carton blanc pour Bonnaf’ ". Surprise ! Jacques Bonnafé " lit " un texte de John Berger. La première fois il déclamait par cœur une dense " allocution poétique ", et voilà qu’il nous fait une lecture ? Je pense : c’est une intro, il va bien abandonner ses feuillets, à un moment ou à un autre… Et non ! Il continue à suivre son texte des yeux, mettant quelques passages en scène, le tout sur fond d’accordéon : accompagnement simple, magique, tout naturel.
Je me laisse prendre à l’histoire mais parfois je lâche prise, mon attention s’évade et j’ai quelques petites " absences ". Pourtant je récupère toujours le fil… Cette évocation de la vie paysanne, cela me parle, cela me touche, même si mes propres souvenirs se rattachent aux terres normandes… Et puis je voudrais bien savoir : ce Félo du Jura, sera-t-il tenté par la petite couturière de la noce ? Ce brave paysan, chasseur de taupes à l’occasion, qui vit seul dans sa ferme depuis la disparition de sa mère, il a bien besoin d’une paire de bras supplémentaire non ? Seul son accordéon lui tient compagnie. Il ne régale de notes que ses vaches et elles s’en moquent bien ! Je vois parfaitement les images ; le personnage imaginé par John Berger s’agite pour moi ; je comprends et j’intègre aussi ses peines, ses souffrances, sa solitude, sa colère parfois… Après la disparition de la vieille Albertine, Félix s’est trouvé désemparé, abruti par le manque ! Je retiens qu’ " il sentait cette absence pénétrer la chaleur de son propre corps et s’y transformer en douleur " : je me répète la phrase et me l’approprie. Dès le lendemain du spectacle, j’emprunte à la bibliothèque " Joue-moi quelque chose " d’où est tirée la nouvelle " L’accordéoniste ", je relis avidement le récit et retrouve la citation ; elle traduit trop bien ce que je connais.

L’absence est mot courant et sujet sensible. L'absence que supporte Félix est un éloignement définitif du pilier de sa vie, une défaillance qu’il n’avait jamais envisagée, pourtant inscrite, prévisible. Sa mère était là, elle ne l'est plus et il ne sait tout simplement pas comment s’en passer. Qui n’a pas connu, éprouvé, subi cette expérience d’absence ? Quand elle est perte d’un être dont on a partagé des moments d’existence, elle correspond bizarrement à une envie, envie de retrouver celui qu’on a perdu, de rattraper les moments heureux, envie de sa présence d’autrefois, sans plus tenir compte des incompréhensions ou des différents passés. Ce désir qui ne peut se satisfaire provoque beaucoup de peine et de douleur, souvent un sentiment d'injustice et d'impuissance. Le souvenir se réveille pour un rien; un geste, une odeur, une photo avivent la mémoire, un objet rappelle le passage d’une main ancienne, on ne peut pas y échapper, c’est pour toujours…

Il se trouve que je lisais cette semaine " La place " où Annie Ernaux, après la disparition de son père, éprouve le besoin de rassembler tous les événements de sa vie à lui, une manière de le retrouver, de le comprendre, de " renouer un lien " : elle se fait le témoin d’un parcours, alliant bonheur et trouble. Elle ne parle pas d’ " absence ", elle ne dit pas que son père lui manque, elle montre qu’il fait et reste partie d’elle. Est-ce qu’écrire cette sorte d’hommage est une façon de dire sa douleur ?
Au cinéma, les seniors qui chantent " I feel good " me font rire de bon cœur. Mais le décès de deux choristes quelques jours avant leur show final me donne des frissons d’émotion dans tout le corps ; la détermination des autres chanteurs du groupe, si pugnaces et pudiques à la fois, à se produire malgré tout, malgré la cruelle absence de leurs amis, et pour leur faire honneur, cette résolution est une leçon de vie, de performance et d’énergie.

La perte imprègne donc nos corps vivants, comme le décrit John Berger, et la mélancolie installée se manifeste de façon récurrente, même dans le silence. La musique aide à supporter la privation, l’écriture soulage une âme, ce sont des réponses singulières, des patiences personnelles… Chacun compose à sa manière avec l’absence

lundi 12 janvier 2009

bosse

Et voilà une petite histoire écrite après avoir lu "Mots pour maux", collection de nouvelles "où les maux sont mis en mots" (Philippe Grimbert). Je n'ai pas aimé tous les textes du recueil mais j'ai un faible pour l'araignée au plafond et l'agence de Miss Casse-Pieds...

Le Moboss

Les trois garçons entament la descente du boulevard, le pas alerte, les sacs bringuebalent sur les dos sauf pour Jérémie qui tient sa gibecière en bandoulière. Ils parlent fort, tout d'un coup s'esclaffent, leurs voix se chevauchent, quelques passants s'écartent sur leur passage... Non loin du carrefour, juste avant d'arriver devant la porte du Balto, leur boîte favorite, Jérémie s'arrête, pile. De loin il a aperçu le Moboss, le pauvre hère de la fontaine, en solo vacillant à sa place habituelle, feuilletant son dictionnaire usagé et haranguant les promeneurs.
"Allez Jérémie, on va être en retard!!
- C'est bon, je vous rejoins, ne vous occupez pas de moi!
- Écoute on a juste une heure, ne traîne pas, lance Jonathan, son frère, après les parents vont râler!
- Laisse, tant pis on jouera sans lui, de toute façon c'est pas son truc..."
Les deux amis poussent la porte de la salle de billard.

Jérémie se retourne vers le centre de la place d'où lui parviennent des bribes du discours incantatoire aviné de Moboss. Le vieux brandit maintenant son antique ouvrage à bout de bras et déclame sa liste de mots, visiblement il en est ce soir aux pages M...
"Mugiiissement, muuuguet,, muuuid, mulaaard, mulasssssier, mulââââtre... ah ah!"
Jérémie connaît la musique des mots de Moboss, toujours la même mélodie, ça dépend juste de la page et des sonorités... Moboss abuse toujours de consonnes ou de voyelles, il les traîne ou s'en moque, au gré de son humeur ou du rhum... Le jeune homme s'approche, mais décidément qu'est-ce qui l'attire chez ce vieux? Il contourne le bivouac, cherche quelques sous dans sa poche de veste et se penche pour les poser sur la couverture élimée. Le clochard l'aperçoit juste à ce moment.
"Mu-ni-ci-pa-li-té, municipppe, muniffficence, MUNIFICENT..."
Jérémie, hypnotisé par le regard de Moboss, glisse à terre. Les autres gens ne font que passer, échangent parfois entre eux des regards entendus ou quelques paroles convenues, pauvre homme, vraiment il ne fait de mal à personne, rigolo presque, cette manie de réciter le dico, quand même pas facile de traîner sa bosse...
Justement Moboss se tait, s'affale près de Jérémie, se roule, son dos difforme prend toute la place, il relève la tête, ses rides sont creusées, sa peau rouge et boursouflée par endroits, et l'odeur!!!
"Alors mon garçon, fidèle au professeur!!!
- Bien sûr Moby, je viens faire ma petite provision...
-Touche, touche petit, sers-toi direct!"

Jérémie avance la main, il la promène sur le dos de Moboss, le vieux est comme soulagé. C'est un rituel, le mendiant raconte que sa bosse date de l'enfance; fils de bibliothécaire et petit rat des étagères, déjà voûté, sa difformité s'était accentuée à force de se pencher sur les livres, d'emmagasiner tous ces mots, de se faire le dépositaire d'un savoir millénaire. Gamin il se sentait le réceptacle idéal, le maître du monde, il avait de la place, il pouvait transporter toutes ces encyclopédies mieux que tous, il avait le temps, le devoir. Et peu à peu sa bosse avait pris du volume (!), sa différence aussi, sa famille l'avait renié, trop original, trop moche, trop fou... Alors il avait parcouru la Terre...
Avec l'âge, il reste de plus en plus longtemps au même endroit, dur de rouler de ville en ville sa bosse gavée de mots. Il est ici, dans le quartier de Jérémie, depuis des semaines. Il passe les journées dans un coin du centre culturel, il ne gêne personne, il lit tout ce qui lui tombe sous la main; à la fermeture il rejoint la fontaine avec son unique bien, son Larousse, et le soir il regagne son bout de tunnel! Jérémie et quelques autres lui portent parfois des provisions mais le jeune garçon est le seul qui reste, qui écoute, qui a deviné la magie du personnage. Un jour Moboss lui a confié que le poids des ans et des mots devenait insupportable. Jérémie a voulu le consoler, le soulager, le prendre dans ses bras; il a passé la main dans le dos du vieillard et celui-ci a ressenti une étrange douceur, enfin une complicité, une franche amitié. En échange c'est comme si des mots s'étaient échappés de la bosse, les mots trop difficiles et obscurs, vraiment lourds à porter, ceux qui avaient besoin d'une nouvelle jeunesse: blettissure,extranéité, potestatif, welwitschia... Jérémie avait accepté de s'en charger. C'est ainsi de temps à autre, le garçon vient s'approvisionner, il allège le fardeau de l'ancêtre; à l'école on dit de lui qu'il est de plus en plus érudit...
"J'y vais, dit-il doucement à Moboss, à demain peut-être, même heure, même chaîne!
- C'est ça mon gars!..."

Jérémie s'accroupit, essaie de se déplier, ah la la, il faudrait un peu de gym supplémentaire pour rétablir cette colonne qui se voûte chaque jour un peu plus, il a de plus en plus de mal à se relever! D'ailleurs Jonathan le dépasse maintenant, lui n'a qu'une petite bosse, là derrière le crâne, celle des maths!

samedi 10 janvier 2009

soldes

Alors cette image du démarrage des soldes, bon, de quoi rire quand même... ou s'affoler quand on se rend compte avec quelles autres actualités elle se trouve mêlée! Le rideau du grand magasin se lève, il est 8 heures tapantes, la soldatesque se penche, se baisse à ras du sol pour passer, chacun pour soi, le plus vite possible, et devant tous les autres! Pas de solidarité! Et après c'est la cavalcade jusqu'aux bacs pour fouiller choper la meilleure affaire ou mettre le grappin sur ce qu'on avait repéré la veille, hommes femmes, tous fiévreux... D'accord je conçois qu'on attende ça, parce qu'on ne peut que regarder ses sous en ce moment, soit! Et c'est la meilleure occasion pour vider les cartes cadeaux reçues à Noël, ok! Mais quand même, ne serait-ce pas une occasion de stress supplémentaire? Et l'équipée ne se solde-t-elle pas souvent par une certaine déconvenue? Là aussi ne faut-il pas être le meilleur ou le plus rusé?

Et si vous avez trouvé votre bonheur, dites-moi, les soldes auront été pour vous intéressants ou intéressantes? Ah!!! Cela demande au moins une courte réflexion non?
Eh bien les soldes sont masculins bien sûr... puisqu'en fait les boutiques vendent "le" solde de leurs marchandises. Comme on dit "un" prix, "un" budget, "un" porte-monnaie, "un" rabais, si on veut essayer de se rappeler du genre. Et même s'il s'agit de dépenses et d'économies, données féminines!!! La solderie est ouverte toute l'année, mais les soldes sont exceptionnels! On peut s'y perdre.

A la banque on vous parlera aussi d' "un" solde, créditeur j'espère, ce qui vous reste après les nombreux retraits du mois dernier! Ce solde-là est à cultiver, à entretenir. Gare au solde débiteur ou encore au reliquat à payer, surligné au bas d'une facture... Bien des sous tout ça, des soucis aussi! Comptes négatifs, positifs, tous ces soldes au masculin sont girouettes quand même, à vous faire perdre la tête!

Quant à "la" solde, paie du soldat, elle sera toujours la bienvenue, même une demi-solde! Dommage qu'au figuré cette solde devienne péjorative: en tout cas, je vous l'affirme, en écrivant ici je ne trouve d'intérêt que personnel et ne suis à la solde de personne!

Le sou reste étymologiquement l'origine italienne commune au(x) solde(s) et à la solde qui tous et toutes tournent autour d'argent et de chiffres.
Si vos courses se soldent par une moisson d'achats avantageux, alors bravo, les stocks seront bazardés, les magasins dégarnis pour mieux vous servir ensuite, les commerçants heureux et optimistes, c'est parfait pour le moral des troupes! Bons soldes!

mercredi 7 janvier 2009

nuages

Comme je l'ai fait pour les vers à soie, voici le récit d'une autre aventure passionnante vécue en classe, cette fois autour de l'eau... et des nuages ! La chanson suivante, écrite et composée par mes élèves de CE1, en janvier et février 2008, à partir d'un récit de Jack Chaboud, mérite qu'on raconte son histoire:

FABIEN, LE MAÎTRE DES NUAGES

1
Fabien rêve dans la classe
Il va haut dans les nuages
La maîtresse parle d’Afrique
Pays qui ont besoin d’eau
Refrain :
Cumulo-nimbus
Alto-cumulus
Cumulo-nimbus
Cirro-stratus
2
A la radio le griot
Allo maître des nuages
Notre terre se déchire
Enfants pleurent et vaches meurent
Refrain :Cumulo-nimbus
Alto-cumulus
Cumulo-nimbus
Cirro-stratus
3
Fabien fonce sur le tarmac
Et rassemble ses nuages
Toute la bande s’envole
Partis pour le grand voyage
Refrain :Cumulo-nimbus
Alto-cumulus
Cumulo-nimbus
Cirro-stratus
4
Leader à tango zoulou
Papa bravo à leader
Voilà des hommes en détresse
Larguez l’eau à gros baquets
Refrain :Cumulo-nimbus
Alto-cumulus
Cumulo-nimbus
Cirro-stratus
5
Grosse averse et giboulée
Le griot est tout mouillé
Fabien redescend sur terre
Il n’est plus dans les nuages
Dernier refrain :
Cumulo-nimbus
Alto-cumulus
Cirro-stratus
MISSION ACCOMPLIE



L'année scolaire précédente, en 2006/2007, pour toutes les classes de CP/CE1, les contes, les expériences, les sorties étaient associées au thème de l'eau; le spectacle choral s'intitulait "Si l'eau m'était chantée...". Tout un programme! Lectures, chansons et observations mettaient en évidence la présence, le rôle, l'importance de l'eau dans la vie des hommes, des animaux, des plantes. Une fois cette année passée, il a semblé à toute l'équipe qu'on ne pouvait pas en rester là: aussi, en 2007/2008, le projet a-t-il été reconduit sous le titre "Compte-moi l'eau d'ici et d'ailleurs". Il insistait sur les aspects écologiques et humanitaires; il s'agissait de faire prendre conscience de l'inégale répartition de l'eau dans le monde et d'étudier les comportements à favoriser pour la préserver. Nous avons également pris l'engagement de participer à la construction d'un puits au Mali par l'intermédiaire de l'association Via Sahel Toulouse . Alors, pour récolter des fonds, nous nous sommes lancés dans l'élaboration d'un CD original: il contiendrait des chansons créées par les enfants, une par classe, paroles et mélodies, avec la contribution des maîtresses et de notre indispensable professeur de musique.
Dans ma classe, en septembre et octobre 2007, nous avons donc écrit une chanson à partir de "L'oiseau de pluie" de Monique Bermond, un album du père Castor; c'est cette chanson qui a été gravée sur le CD destiné à la vente. Mais devant l'enthousiasme des enfants je me suis prise au jeu et nous avons renouvelé cet exercice de création: en novembre et décembre, c'est un conte du Mali, "Lièvre, Chacal et Tam-Tam", qui a servi de support. Puis en janvier 2008, nous avons entamé la lecture de "Fabien, le maître des nuages", une histoire toute neuve parue à l'automne précédent. Il se trouve que je connaissais bien l'auteur: j'avais déjà eu l'occasion de travailler avec l'écrivain lyonnais Jack Chaboud en 2000 et 2001 pour les aventures de son Léopard Nicolos... L'album avec Fabien était en l'occurrence un écrit différent, très documenté, une quête non dénuée de poésie, contenant beaucoup de vocabulaire autour de l'aviation (escadrille, tarmac...), un clin d'oeil à Saint-Exupéry ("En plein désert, un petit garçon qui discute avec un mouton agite une rose..."), et surtout de nombreuses informations sur les nuages (cumulonimbus annonciateurs d'orage, cirrostratus "drapés dans leurs minces voiles blancs")... Une mine d'or pour notre projet scolaire!

J'ai donné à lire à chaque élève, petit à petit, les épisodes du voyage de Fabien. Ensemble, en classe, avec l'album, nous avons accompagné le jeune héros en découvrant les belles illustrations particulièrement sensibles, entre réel et fantaisie, d'Adrien Chapuis. Le texte était difficile et nous ne l'avons pas étudié en compréhension "fine", mais il a servi de prétexte pour de nombreux exercices de français; il s'est révélé une invitation sympathique à l'observation du ciel et un riche creuset de mots pour la création d'une chanson. Celle-ci a été construite au fur et à mesure de la lecture. Après le premier épisode, les enfants ont trouvé quelques paroles possibles, puis une élève a fredonné un air pour les accompagner: j'ai essayé de retrouver sa mélodie sur la guitare et fait quelques arrangements. Le refrain s'est imposé tout seul grâce aux sonorités curieuses des noms de nuages. A force de mieux les connaître, les enfants ne ricanaient plus avec leurs terminaisons, parce qu'au début ils trouvaient que les cumulus, stratus, cirrus, cumulonimbus et autres nimbostratus sonnaient vraiment de façon... bizarre et même ridicule! Ah ces mots-là, nous les avons bien mognotés avant l'heure! Puis les nouveaux couplets ont été inventés au rythme du récit, en respectant l'histoire, en gardant des mots particulièrement appréciés, en comptant les syllabes orales de chaque phrase, sans trop se focaliser sur les rimes.

Le bilan de cette expérience inédite a clairement été positif... Mes petits élèves ont énormément donné et fait beaucoup d'efforts, en particulier lorsqu'il a fallu finaliser la chanson pour se produire en public. Que de répétitions et d'acharnement de tous côtés! Nous avons donc chanté devant les autres classes et, pour couronner le tout, devant Jack Chaboud et Adrien Chapuis qui nous ont fait la gentillesse de venir tous les deux passer une après-midi à l'école. Un moment très émouvant pour tous! Grâce au maître des nuages, nous avions réussi à lire, écrire, créer, chanter, partager et communiquer, c'était une situation très motivante.

Le problème c'est qu'après cela eh bien mes élèves regardaient en l'air et partaient dans les nuages encore plus qu'avant!!!

lundi 5 janvier 2009

souffle

Tous les ans à la même époque je me fais la même réflexion, je n'aime pas cette période d'après fêtes. Toute l'énergie déployée avant Noël, toute la fièvre acceptée en décembre, retombent comme les restes d'un soufflé dont on aurait soigneusement préparé la cuisson, dont on aurait mangé un bout à temps, mais qu'on n'aurait pas pu finir. Survoltée sur le coup, gavée de foule, de nourriture et de clinquant, délestée de mes euros pour les bonnes causes, essoufflée par les courses de toutes sortes, il me semble que dès le 1er janvier je ne sais plus trop où j'en suis: et comme tout le monde je cherche à rétablir des repères, c'est l'heure des bilans...


Prendre du recul, sur un an ça va on ne risque pas trop de se perdre; on compile les souvenirs, on se rassure en tirant quelques leçons. C'est facile de se revoir dans une année passée, les images sont fraîches pour les flash-back, pas encore triées par la mémoire, le coeur reste impressionné par les rencontres, les surprises et les défaites, le corps garde la trace de quelques douleurs. On fait tous ça, et on se dit surtout que le 31 décembre à minuit les actions les plus douteuses ont été pardonnées, voire effacées... On prend de réelles résolutions en espérant que les bonnes choses perdurent. Et si c'était aussi simple...

En ce qui me concerne, année 2008 cuvée exceptionnelle, jugez du peu, on ne part en retraite qu'une fois dans sa vie... Pour le coup c'est un bilan de plus de trente ans à travers un seul que j'ai dû faire... Et là danger! la détonation est forte, son souffle déstabilise, le recul est violent! J'ai manqué d'air un moment, et à brasser le passé, j'ai eu bien du mal à me récupérer. Ma retraite toute neuve s'est emmêlée avec une série de découvertes, de rencontres et de disparitions, comme quoi tout arrive toujours en même temps, attention au château de cartes, et je me suis dit c'est trop je vais exploser. Mais non, au final, ça tient, je respire, il y a beaucoup de bon à venir n'est-ce pas? Plus besoin de se battre, plus rien à prouver, du temps pour souffler, ça vaut le coup! Alors pour 2009, pas de projet, tout peut arriver... ou rien... je vais juste continuer à apprendre... et à écrire... Je prendrai les bonnes idées qui arriveront, ou les idées tout court... Que le hasard me les souffle! Je ne pourrai pas améliorer le monde à moi toute seule, dommage, mais je veux bien contribuer à divertir, éventuellement...

N'empêche, je n'aime pas ces premiers jours de janvier, je souffre un bon moment avant de récupérer suffisamment de souffle, c'est sportif mais ça se passe toujours ainsi... alors encore cette année...

samedi 3 janvier 2009

fantasmes

...ou quatre petites fantaisies d'écriture avec les contraintes d'amorces citées dans le billet "ouest"


Les fantasmes de Mariette

1

Le plus étonnant c'est d'avoir réussi à résister; après être passée cent fois devant la porte cochère du 72, aller retour aller retour, Mariette se décide à partir pour de bon...Qu'est-ce qui la fait fuir finalement? La peur? De le retrouver peut-être avec une autre? Et alors qu'aurait-elle fait? La rupture aurait-elle pu se révéler définitive?... Mais non, ce pauvre Johnny se serait confondu en excuses, la rappelant, la suppliant de lui pardonner, et ce serait reparti pour un tour. Elle doit garder une distance suffisante, faire croire qu'elle ne se soucie de rien, qu'elle n'a pas si envie que ça de le revoir, le faire languir... Et qu'elle, petite Mariette, meure d'impatience, cela n'a pas d'importance. Non, elle a bien fait de ne pas entrer, c'est lui qui doit faire un signe, c'est lui qui doit avoir besoin d'elle, il faut qu'il vienne la voir avec des yeux pleins de désir et là elle l'aura tout entier.

2

C'est venu doucement l'idée. En même temps elle était là depuis le début puisque l'objectif était de séduire Norbert... Il fallait seulement trouver le meilleur moyen pour y parvenir... Après sa déconvenue avec Johnny, elle avait tellement besoin de remplir son cœur!
Norbert c'était son voisin de palier, une gravure de mode, l'élégance idéale, le summ'homme quoi! Pourquoi lui serait-il inaccessible? Depuis plusieurs semaines, guettant l'apparition de Norbert sur leur palier, Mariette rivait son oeil à celui de la porte au moindre bruit! Les jumelles restaient toujours à portée de main près de la fenêtre du salon, au cas où Norbert apparaîtrait sur le trottoir d'en face! Mariette ne vivait plus que dans l'attente et dans l'observation. Elle avait établi les horaires d'entrée et de sortie de Norbert avec d'autant plus de facilité que l'emploi du temps de ce garçon paraissait réglé comme du papier à musique! Un maniaque? Mais sans petite amie pour lui rendre visite en tout cas, et la concierge n'avait rien de croustillant à raconter sur lui, pas la moindre amorce de reproche, au contraire, un personnage aussi charmant, pensez donc, qui donnait toujours de bonnes étrennes... Un solitaire? Quand même, c'est bizarre, un homme aussi séduisant!!!

Alors pour l'attirer, Mariette avait décidé de jouer le mystère. Un soir, il y a quelques semaines, elle avait éparpillé ses affaires sur le paillasson devant sa porte entrouverte, fait l'affolée, l'écervelée, mais pas trop longtemps, juste pour entamer la conversation!!! Elle avait joué la craintive... et pourrait-il veiller chaque soir en rentrant chez lui que tout était ok pour elle? Car oui elle se sentait menacée (!), traquée (!)...

Et ça avait marché!!!... Chaque soir désormais, à 20 heures tapantes, avant de regagner son appartement, il s'enquérait de sa présence, de sa santé...

Elle était devenue composante de la journée de Norbert, un repère essentiel, indispensable; celui-là elle le tenait!!!... Ce soir, elle en était sûre, il serait à ses pieds!

Justement, là, elle l'entend qui sort de l'ascenseur, la porte palière grince et claque, Mariette lisse sa tunique sur ses hanches, un coup d’œil dans le miroir, il sonne...

3

On a du mal à croire que certaines rencontres puissent se révéler de vrais coups de foudre! Mariette se rappelait bien quand elle avait fait la connaissance de Tristan; c'est Norbert qui avait organisé leur entrevue, on se demande encore pourquoi d'ailleurs... Donc cette fois-là, terrassée par l'émotion, car les affaires de coeur pour Mariette étaient toujours passionnelles, elle s'était bel et bien effondrée au premier échange de regard... Et Tristan avait été obligé d'appeler le Samu... A son réveil, le tout nouvel élu la contemplait avec une inquiétude si charmante... Mariette avait d'emblée oublié Norbert, sur qui elle avait pourtant fondé beaucoup d'espoir il n'y a pas si longtemps. Elle ne lâcherait pas son remplaçant...

Après ça Tristan et elle ne s'étaient plus quittés, enfin jusqu'à ce que le pauvre gars se rende compte du guêpier dans lequel il s'était fourré! Mariette l'avait enfermé dès le premier jour dans un carcan de jalousie, des questions à n'en plus finir, sur sa vie amoureuse, ses amis, il aurait dû se méfier...

S'il a du mal à partir maintenant, c'est seulement que les prouesses sexuelles de Mariette le maintiennent en haleine, sinon... Le problème c'est qu'elle parle de plus en plus souvent de vie commune, de foyer, et Tristan commence à avoir très peur!!! Le seul moyen de s'en sortir serait de provoquer chez elle un nouveau fantasme, de lui suggérer une nouvelle aventure... Voyons, pourquoi ne pas, par exemple, lui imaginer un amoureux transi qui se manifesterait par des lettres passionnées?

4

Il se dit qu'il était trop tard pour la séance de 18 heures à l'Astoria, dommage, ça lui aurait fait du bien de se plonger dans une salle obscure après cette lourde journée de travail. Il remonte la rue en songeant à la bonne douche chaude qu'il va goûter dans quelques minutes, ensuite il verra bien, ça dépendra du contenu de son frigo, de qui l'aura contacté par mail, et du programme télé!

Dans le hall de son immeuble, une jolie femme semble attendre une réponse à l'interphone, tiens pas mal je ne l'avais jamais vue dans le coin... Ah peut-être que si, elle ressemble à cette fille de l'immeuble en face, il l'avait remarquée il y a quelque temps déjà, à sa fenêtre, elle semblait épier quelqu'un avec des jumelles! Allez il se lance... Je peux faire quelque chose pour vous?

Non non enfin oui, je vous attendais!

Pardon? On se connaît?

Eh bien vous m'avez écrit, toutes ces lettres, c'était tellement gentil, je voulais vous remercier! Tous ces compliments, je suis vraiment touchée, et je vous trouve aussi très beau, tout à fait à mon goût!

Mais... Ah bon, il doit y avoir un malentendu!

Je vous en prie, ne faites pas le timide, je vous suis... Nous nous expliquerons autour d'un verre...

jeudi 1 janvier 2009

optative

Une formule "optative" exprime le souhait... Voilà, finalement j'opte pour ce titre-là aujourd'hui ! "Optatif" rime trop facilement avec définitif, alors j'ai préféré son féminin qui semble plus ouvert à l'avenir. Plus original que "voeu" qui vous sera distribué "en veux-tu en voilà"! Plus brutal aussi, certes, mais presque optimiste il tonne et se fait donc entendre! Un bon début qui propulse, et hop, vers une suite plus hardie! Un mot qui donne de l'allant, n'est-ce pas ce qui convient aujourd'hui ? Que vos désirs et vos envies se réalisent au cours de cette année, que vous puissiez choisir les meilleures options, que votre vie soit la meilleure possible, c'est bien ce message que je veux vous envoyer!!!