lundi 19 janvier 2009

marionnettes

Encore un récit d'école, comme "nuages", "soie(1)" et "soie(2)", mais l'aventure date d’un autre temps…

Rappel d’un début de carrière…

Mon parcours professionnel est comme on dit "atypique". A ma sortie de l’École Normale en 1975, je suis restée dans les classes élémentaires pendant seulement une année et demie !
En janvier 1977 j’acceptais à Quimper un poste d’éducatrice en internat à l’ENP, École Nationale de Perfectionnement (on dit aujourd’hui EREA, Établissement Régional d’Enseignement Adapté). Cette école recevait des filles ayant connu des difficultés scolaires au cours de leurs années de primaire ; beaucoup étaient issues des classes de perfectionnement (ces classes n'existent plus aujourd’hui). Le recrutement était féminin en raison des ateliers professionnels proposés. Les élèves passaient en général 5 ans à l’ENP : une "sixième" et une "cinquième" aménagées, suivies de 3 années d’apprentissage.

Je m’occupais principalement des plus jeunes, activités du soir, du mercredi, du week-end, surveillance des dortoirs et des repas. Travailler dans cette école m'a plu, j’étais jeune, sans charge de famille, donc je supportais facilement des horaires très irréguliers ; je suis même partie en stage de spécialisation pour obtenir ce qu’on appelait à l’époque un CAEI, certificat d’aptitude à l’éducation des enfants et adolescents déficients ou inadaptés (aujourd’hui appelé CAPSAIS) option déficients intellectuels… Par la suite, j’ai continué à exercer en ENP à Paris puis à l'hôpital de Garches, en tant qu'éducatrice en externat. Enfin j’ai repris le titre d'institutrice à Chaville en classe de perfectionnement. Je n’ai rejoint les cours dits "ordinaires" qu’en 1991.

Je garde de mon travail auprès des élèves de "perf " des souvenirs plutôt agréables, grâce à la liberté que nous avions dans nos choix, la confiance qu’on nous accordait, grâce aussi à la solidarité au sein des équipes enseignantes où l’entente était évidemment nécessaire. Les enfants avaient leurs particularités, accumulaient des comportements difficiles et des performances scolaires toujours insuffisantes mais nous essayions de trouver les moyens de les apprivoiser, de les intéresser et de les faire progresser ; nous fixions nos objectifs en conséquence.


Pour ma part, au cours de toutes ces années je n’ai pas cessé d’utiliser les marionnettes, et spécialement les "marottes" à tige, comme supports d’expression et vecteurs d'apprentissage. Ce fut le thème de mon mémoire pour le CAEI en 1980 ; en parallèle j’avais recueilli de nombreuses histoires, récits et dialogues, créés par des élèves de 6e et de 5e au cours des "animations marionnettes". Souhaitant inciter d'autres groupes à imaginer, jouer et même représenter leurs propres scénarios, j'avais écrit une présentation expliquant la démarche que j'avais suivie. Ces conseils techniques et pédagogiques sont peut-être encore valables aujourd’hui…

Marionnettes en scène

J’insistais d’abord sur une organisation matérielle simple.

Il fallait que la marionnette se construise simplement et rapidement puisqu’elle était considérée comme un "moyen" d’expression et non comme le seul résultat d’un travail manuel.

D’ailleurs tout objet usuel pouvait prendre vie au cours d’une animation et même jouer le rôle principal (une chaise, une boite, un téléphone…). D’autres "choses" pouvaient être fabriquées, à plat ou en volume, fixées ou non sur une tige de manipulation (un arbre, un soleil, une maison…).

Ce sont les personnages que l’on cherchait donc à représenter par des "marottes" à tige et robe ample, à manipuler par le bas (bâtons en rouleau de journal ou bois, têtes en papier, bouteille ou tissu, costume de crépon ou d’étoffe).
Les animaux étaient construits de la même façon que les personnages, souvent avec du carton ondulé : il importait de bien les "caractériser", de trouver "le" détail qui permettait de les reconnaître aisément (la queue de l’écureuil, la crête du coq…).

Pour le castelet, nous prenions deux portemanteaux "perroquets" 

qui supportaient une large barre tendue, on y fixait un drap pour paravent. A l’arrière nous avions la place de tenir debout, nous prévoyions des bancs pour poser soigneusement notre matériel et gérer la sonorisation.

La réalisation d’un décor n’était pas un facteur indispensable pour la représentation, un objet suffisait pour évoquer le cadre de l’action ; la mise en scène et les enchaînements musicaux suggéraient les changements de lieux.

L’accent était nettement mis sur l’animation et la création.

- Je prenais les élèves dans le cadre de leur classe dont l’effectif était de 15 ou 16. Groupées par affinités, elles écrivaient des scénarios dont on recherchait ensemble la cohérence. Chaque équipe préparait son intervention à l’aide d’un "canevas". Au départ il fallait par exemple choisir un objet, une chose… définir qui utilisait cet objet, cette chose… pour quoi faire… situer l’action en lieu et en temps… décrire cette action… trouver un événement soudain qui faisait évoluer la scène… et surtout conclure ! Une fois élaboré le scénario, on listait les éléments nécessaires : objets, marionnettes, animaux, décors.
Les groupes se représentaient mutuellement leurs saynètes, chacun veillant à respecter l’histoire imaginée, personne n’étant enfermé dans un texte précis à dire. J’aurais aimé filmer ces jeux…

- En atelier, le soir, le mercredi et le week-end, avec un effectif réduit de 7 ou 8, il restait à fabriquer les marionnettes et peaufiner les spectacles. Les histoires évoluaient tout au long de la fabrication et lors des premières mises en scène.

- Il y avait une progression dans les représentations pour donner de plus en plus de responsabilité aux élèves.
On commençait par des représentations où prédominait la musique : on y montrait les marionnettes réalisées au cours des séances d’atelier. Chaque type de marottes défilait ou dansait sur un fond musical différent, les transitions étant assurées par des dialogues simples, mis au point à l’avance.
Dans les représentations suivantes prédominait le récit. Une élève placée devant le castelet lisait l’histoire. Ainsi récit et musique guidaient, soutenaient, rassuraient le jeu des manipulatrices qui pouvaient d’ailleurs prendre la parole à certains moments.
Enfin on proposait des représentations où prédominait le dialogue. L’histoire élaborée en commun se divisait en plusieurs scènes à l’intérieur desquelles les marionnettistes composaient les dialogues, sous réserve de conserver le déroulement général.

Que d’émouvants souvenirs d’improvisation avec les marionnettes, un réel bonheur à coordonner et à mettre en scène, des applaudissements qui nous encourageaient, mais de nombreux flops aussi ! C’est la vie ! Il me reste seulement quelques photos…

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