jeudi 22 janvier 2009

ravaler

Dans mon immeuble, comme partout, les réunions du Conseil Syndical ce n'est jamais très folichon. En ce moment nous avons, en plus, des dossiers plutôt chauds dont, vous avez deviné... le projet de ravalement des façades! Eh oui notre quartier BCBG ne saurait supporter quelque élément d'allure douteuse... Bref, nous baignons dans les perspectives, les vérifications et les comparaisons; les chiffres nous valent bien du souci et l'addition se révèle d'avance salée!

Poursuivie par la chose, je finis par ouvrir mes dictionnaires... pour me détendre... D'habitude se soucie-t-on des mots dont on saisit spontanément la signification? Quel besoin de les décortiquer? Ainsi pour celui-ci je ne m'étais jamais posé la question! Or "ravaler", s'il ne se prononce ni ne sonne agréablement, est assez reposant, tout simple dès lors qu'on a trouvé son radical: le "val"... Il suffit de comprendre que l'on descend toujours, en direction de la vallée, et que l'on baisse donc de niveau... "A val" vous fait suivre la pente du ruisseau, et gare si vos affaires se perdent et s'en vont "à vau-l'eau"! Quant à l'avalanche, elle fait bien dévaler des tonnes de neige sur les flancs de la montagne.

Le mouvement de haut en bas se retrouve lorsque vous "avalez" un quelconque aliment, il descend dans le gosier, vous le gobez, vous l'absorbez. Il est forcément ainsi dissimulé au regard... Et quand vous le "ravalez", c'est pour mieux encore assurer son ingestion, et vous gardez bien en vous ce qui aurait pu éventuellement refaire surface.

Facile alors de composer des expressions imagées telles que "ravaler sa colère ou son dégoût" quand on n'ose les exprimer, "ravaler une boutade" qui aurait pu choquer, "ravaler sa salive ou ses paroles" pour retenir et contenir ce qu'on allait laisser s'échapper. D'ailleurs il est toujours conseillé de réfléchir ou de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler car "une fois que les mots ont passé vos lèvres, on ne peut pas les ravaler" (Mary Lawson). Et si c'est votre interlocuteur qui vous fait ravaler vos paroles, il vous "rabaisse", vous dénigre, vous ôte toute velléité de parler à nouveau. Vos mots vous rentrent dans la gorge, à faire mal, à vous étrangler de contrariété. Certains peuvent médire de leurs collègues, les rabaissant en public, "ravalant" leurs actions au niveau le plus bas. Il arrive que des êtres aillent jusqu'à se ravaler eux-mêmes, ils s'expriment, certes, mais pour s'avilir, jusqu'à se traîner dans la boue...

C'est encore un dépouillement qu'évoque le ravalement de l'arbre dont on taille les branches de charpente à faible distance du tronc, et c'est une dépréciation que suggère le ravaudage d'un travail dont le rafistolage grossier atténuera la valeur. Mais c'est le mouvement qu'on retrouve dans le ravalement du mur qu'on nettoie de haut en bas. Nous voilà revenus à notre point de départ: "ravaler" nos façades, le fameux sujet qui risque, lui, de ravager nos porte-monnaie et nos économies!

Bon, j'entends qu'on me propose de ravaler mon blog en choisissant un autre modèle... Non non, sans façon, pour l'instant c'est très bien comme ça!

Aucun commentaire: