vendredi 27 février 2009

gras

(bouillon de mots cuisiné mardi dernier avec beaucoup de fantaisie et un maximum de "gra(s)")

Il était une fois un homme grassouillet qui s'appelait M. Graf; né il y a bien longtemps à Belgrade, il végétait aujourd'hui, loin de sa terre natale, dans un emploi de banal gratte-papier au sein d'un cabinet d'assurances de la ville de Grasse. Il avait toujours envié ses supérieurs bourgeois et ingrats dont les noms étaient gravés sur une plaque dorée à la porte de l'immeuble. Le pauvre homme n'était hélas jamais monté en grade. Ses collègues disaient de lui qu'il était quand même "grave", ce qui laissait sous-entendre bien des choses...

Les patrons étaient plutôt sympas de le garder, avec tous ses défauts! M. Graf arrivait toujours en retard, c'était le champion de la grasse matinée! Bien sûr, pour gagner du temps, il ne prenait même pas le temps de se laver et donc se pointait chaque jour ouvrable avec un look affligeant, barbe folle et cheveux gras. On n'aimait guère sa compagnie: il partait d'un rire gras à la moindre plaisanterie, affectionnait les allusions graveleuses dans les conversations et, plusieurs fois, il avait causé du grabuge au bistrot voisin. Décidément, il était disgracieux et repoussant.

Maintenant plus personne ne l'invitait à partager un repas; de toute façon il était trop difficile, il n'aimait que le foie gras et les gratins. Quand ses collègues voulaient fumer ou discuter le bout de gras, ils sortaient devant l'immeuble en évitant sciemment d'avertir M. Graf. Mais celui-ci ne s'en formalisait pas; il se fichait bien d'être dans leurs bonnes grâces, il avait connu d'autres affronts! A l'école, autrefois, les autres élèves l'appelaient "Gras-Double"; adolescent il était la risée de tous, le "gras du bide" et souffre-douleur de service! Alors qu'on ne s'occupe pas de lui, ça lui allait plutôt bien!

Ça ne l'empêchait pas d'avoir des distractions. Pour se détendre et provoquer la chance, il s'essayait populairement au grattage et affectionnait les bancos. Il aimait aussi l'orthographe et la grammaire, participant à des concours de dictées et autres rencontres de scrabble! Mais ce qu'il aimait par-dessus tout, pour s'occuper, chez lui quand il avait gravi ses cinq étages, ou au bureau puisqu'il s'y trouvait donc isolé, c'était dessiner: au crayon et au pastel bien gras! Son graphisme était particulier et faisait penser aux graffs bombés sur tant de murs aujourd'hui!

Cependant, il manquait d'exercice physique et les kilogrammes s'accumulant, son centre de gravité devint ingérable. Il ne pouvait plus atteindre ni gratter un certain nombre d'endroits de son corps et sa démarche ressemblait de plus en plus à celle d'un plantigrade solitaire. Un jour il se laissa tomber au pied d'une plante grasse qui se trouvait dans un coin de son salon, il s'égratigna les mains en voulant se rattraper, et parvint tant bien que mal à agripper le fil du téléphone pour appeler à l'aide. Il fut transporté à la clinique des Gratte-Ciel. Depuis ce jour, hélas, M. Graf était grabataire.

Au bout de son lit, on agrafa une feuille qui comportait plusieurs graphiques, courbes de masse corporelle, comparaisons d'examens, etc... Des professeurs gravitaient autour du lit pour étudier son cas. Des infirmières le nourrissaient de fruits, ananas et grappes de raisin entre autres. Elles lui apportaient aussi toutes sortes de supports pour lui permettre de dessiner sinon il se contorsionnait pour atteindre le mur et y griffonner ses humeurs. Son état s'aggravait de jour en jour. On le retrouva inanimé par terre, un mardi matin de février, il avait voulu se lever et s'était écrasé, étouffé! Le sol était jonché d'esquisses qu'un interne artiste confia à la gazette locale: succès incontestable, accueil triomphal de la publication, record de ventes! Les gratifications posthumes permirent la gravure en lettres dorées, sur la pierre tombale, de l'épitaphe suivante:

Ci-gît Pietr Otto Graf
graffiteur tardif
Grassois d'adoption
disparu le Mardi-Gras
de l'an de grâce 2009

mercredi 25 février 2009

parc (1)

Objectif parc!


Sammy adore le dimanche quand il fait assez beau pour que maman propose une balade le long de la plaine africaine au Parc de la Tête d'Or . Elle n'a qu'à prononcer le mot "mangouste", c'est magique, Sammy se dirige aussitôt vers le placard à chaussures. Les mangoustes, ce sont ses nouvelles amies. Elles lui font penser à l'histoire du Roi Lion dont il a déjà regardé le DVD au moins trois ou quatre fois déjà.


Allez on y va! On y va! Ce qu'ils sont longs à se préparer! Il faut habiller Anna, lui mettre son espèce de combinaison qui lui fait des boudins partout, lui enfiler les gants avec le fil qui s'entortille dans les manches, lui mettre les bottes et l'installer dans la poussette. "Arrête de gigoter! " supplie maman qui doit encore vérifier que le biberon est bien calé dans un coin du sac. Maintenant Sammy se fait disputer parce qu'il n'arrive pas à fermer tout seul son manteau... Et zut ! Il doit aussi se battre avec ses lacets, c'est trop compliqué ! Il voudrait bien des scratchs comme sur les baskets de Max, son meilleur copain! Enfin, c'est fait ! Ils sont presque partis ! Mais papa met du temps à éteindre la télé : "C'est la fin du zapping, deux secondes! ". Voilà, ça y est ! Tout le monde est sur le palier, l'ascenseur est là. Les quatre s'y engouffrent, obligés de se serrer, "à cause d'Anna forcément" pense Sammy. Maman écrase son sac à dos contre la paroi, elle tâte ses poches, oui elle a son appareil photo, alors là impossible qu'elle parte sans! Sammy, lui, emmènerait bien son Winnie sauf qu'il ne veut pas avoir l'air bébé ; Winnie c'est son ami depuis longtemps mais il paraît qu'il faut "grandir" ! Maman fait des traits sur le bord de sa porte d'armoire, ça ne suffit pas, elle dit aussi qu'il faut grandir "dans la tête", et pour ça apprendre à se débrouiller tout seul, à sortir sans doudou par exemple ! ! !


Sur le trottoir Sammy veut courir, il tire sur la main de papa, et saute! Ils prennent de l'avance mais il faut toujours attendre aux feux le petit bonhomme vert, et de l'autre côté de la rue, recommencer à faire mine de s'enfuir tous les deux. Pendant ce temps Anna s'est endormie, c'est toujours la même chose, ça la berce de se promener; là Sammy est drôlement content, ils auront peut-être un peu la paix au parc. Si elle continue sa sieste, papa et maman ne se disputeront pas pour la consoler et ils pourront aller voir tous les animaux, tous ceux qu'il préfère, et ses mangoustes bien sûr... et grimper sur les épaules des grands pour voir loin. Une dernière rue à traverser et Sammy aura la permission de lâcher la main de papa pour aller shooter dans tes feuilles ; il faut encore être poli au portail, laisser sortir les gens, c'est comme dans le métro; il y a du monde, des joggers, des bavards, des très vieux, des enfants, et beaucoup de poussettes, de trottinettes, de vélos...


Voilà! Sammy s'envole, " Sammy ! Mais ne cours pas comme ça, reste là ! " Bouh ! Les parents sont insupportables ! Sammy grimpe sur l'herbe, c'est mouillé, maman ne s'en est pas encore rendue compte... Et si ! " Sammy ! Descends ! Tu vas ramasser un coup de ballon ! Sammy ! tes baskets ! ". On file, tout droit, le petit bonhomme voit déjà les daims; beaucoup se trouvent dans les fossés qui entourent leur prairie, ils sont venus à la rencontre des visiteurs. Maman râle parce qu'il y en a qui leur lancent du pain! "N'importe quoi !" dit-elle... Sammy voudrait bien les nourrir aussi mais il paraît que c'est interdit ; c'est marqué là-bas, sur la pancarte, Sammy croit sa maman. Lui, de toute façon ne comprend pas ce qui est écrit ; dans sa classe il n'y a qu'Alban qui pourrait lire les mots sur le panneau, et encore ! Parfois il ne veut pas montrer qu'il sait... La petite famille continue sur l'allée qui longe l'enclos, Sammy traîne les pieds, ça fait du bruit et de la poussière. "Sammy, non! Tu empoisonnes tout le monde !". Un daim se met à bramer, un mâle, il a des longs bois, plats au bout ; son chant n'est pas joli dis donc, il n'a pas honte celui-là!


Oh la la ! Anna se réveille on dirait, maman va rester avec elle dans le jardin près du manège et du théâtre de Guignol, elle donnera le biberon. " Et nous on va faire le tour par la maison des girafes, et je veux voir la famille de Timon, la mangouste ! Si ! ! ! " trépigne Sammy. Gagné! Papa et Sammy se dirigent enfin vers la grande plaine africaine.


à suivre... parc (2)

dimanche 22 février 2009

photos


De mes promenades, escapades ou voyages, j'aime rapporter des photos. Je suis très sensible aux paysages et les collecte plus que les portraits. Revisiter ces images me procure des sensations agréables.
Je les trouve belles, tout simplement. Mais l'idée en est toute personnelle, toute relative, liée à mes souvenirs, et je comprends que ce qui me touche peut tout à fait laisser d'autres personnes indifférentes.













J'entends qu'on s'amuse de ma prédilection pour les reflets... C'est tellement vrai! Je les cherche! Quelques-uns me fascinent.













Je suis avide d'étangs miroirs, de fleuves tranquilles qui réfléchissent leurs berges, de vieux ports qui bercent des bateaux colorés, et même d'immeubles qui se muent en trompe l'oeil.















Ils me paraissent tellement moins oppressants quand je joue avec eux. Ils me rappellent ces glaces déformantes devant lesquelles on se pose à tout âge, guettant joyeusement les silhouettes monstrueuses qu'elles renvoient.

Mais c'est tout de même l'eau la plus réceptive et la plus experte en transformations.










 




Les reflets sont uniques et fragiles, ils absorbent les couleurs, épousent l'onde, le gré des vagues et la teinte du ciel, idéalisent la nature et la réalité. Des artistes ont su les dessiner, capables de saisir un instant et de le peindre.

Je me contente de fixer une magie, un bonheur volatile, pour tenter de retrouver ensuite des émotions en parcourant ma petite galerie de photos.









(Marseille, Lyon, New York, Rome, Sète)

vendredi 20 février 2009

tarte

Que diriez-vous de partager avec moi un peu de ce dessert? Allez, laissez-vous tenter par ce petit mognotage gourmand. "Tarte" est un mot facile, mais pourquoi pas? Moi c'est un mot qui me parle, qui me donne envie, et le déguster ici, même plutôt sucré que façon quiche, ne nous fera pas prendre un gramme. Sauf si la recette évoquée nous précipite finalement en cuisine...


"Ma" tarte existe, oui oui pour de vrai, pâtisserie incontournable que tous mes amis connaissent car hélas ils n'ont pu y échapper! Aux pommes... donc très banale: quelle famille n'a pas la sienne, "sa" recette transmise de génération en génération, pâte maison, garniture disposée comme ceci ou comme cela? Ici, comme chez vous peut-être, c'était la spécialité de ma mère, sauf que je m'étais découragée très vite de l'imiter, les quantités étaient si rigoureuses, la mise en scène si exigeante qu'il a fallu des années avant que je me lâche, tellement j'étais sûre que je n'y arriverais jamais! Pas d'la tarte de vouloir égaler sa maman! C'est par hasard que je me suis lancée, parce qu'une copine, inconsciente de mes talents culinaires, m'avait confié la responsabilité d'un dessert campagnard: n'ayant pas sous la main tout ce qu'il aurait fallu pour satisfaire les besoins inscrits dans mes souvenirs, j'ai dû improviser... et depuis, voilà, je suis devenue une grande routière de la tarte aux pommes, j'ai brisé mes chaînes, et la pâte!


Attention, si ma recette ne vous intéresse pas, il vaut mieux passer ce paragraphe et y revenir quand vous en aurez besoin! ... Donc mon grand souci, depuis que j'ai un peu plus confiance en moi, est de penser à préparer la veille mes 125g de beurre demi-sel pour les utiliser le lendemain à bonne température. Sinon impossible d'obtenir une bonne consistance de pâte qui risquerait après cuisson d'être trop friable ou cassante! Bref, si j'ai heureusement prémédité de pâtisser, je peux alors ajouter au beurre, qui est à point, un oeuf, une pincée de sel, deux petites cuillerées à soupe de sucre et un sachet de vanille, mélanger le tout et verser peu à peu, patiemment, 250g de farine. Alors là je mets du temps! Je pétris à la main, j'ai un robot mais bon, je crois que j'aime tripatouiller... jusqu'à obtenir une balle enfin homogène; je farine souvent mes doigts pour rendre la tâche plus facile. Puis j'étale à la paume dans un grand moule chemisé ou parfois dans des modèles réduits, sans rouleau, un verre suffit pour m'aider à aplatir. Je pousse la pâte vers les bords, et tourne, et égalise... Je remonte bien sur les parois et surtout je garde tout ce qui déborde: petits plaisirs et récompenses pour les curieux qui passent me visiter en cuisine. J'allume mon four, sans le programmer trop chaud; il me reste à étaler un peu de compote sur ma pâte et couper trois ou quatre pommes en tranches fines; je les compose en arrondi bien large et régulier sur le pourtour puis en formation improvisée au centre, selon la place et mon humeur. Je saupoudre et j'enfourne, entre 20 et 30 minutes, car je surveille!!! Encore un peu de sucre au sortir du four, ça y est! Le mieux est ensuite de déguster encore tiède: partager dans le moule ou distribuer les tartelettes...


La recette, d'accord c'est fait dites-vous, mais alors pourquoi "tarte"? Eh bien remontez jusqu'à "tordre" pour "imprimer un mouvement de rotation", passez prendre un peu de "tourte" qui est déjà une "pâte disposée en rond", et influencez-la d'un peu de "tartre", eh oui, en raison de la "croûte" sur les rebords. Vous obtenez bien une tarte et non une plate galette!


Quant à la renverser façon Tatin, ce n'est pas mon truc, et je n'utilise guère la crème, sauf lorsque ma garniture contient du chocolat ou des pralines (mmm!!!). Quand je pense qu'on fait voler des "tartes à la crème" dans les salons juste pour qu'elles atterrissent et dégoulinent sur une face en vogue! Au diable les entarteurs et les entartés, les enragés du burlesque, quel gâchis! Il paraît qu'on en jetait autrefois sur les acteurs comme on balançait des oeufs ou des tomates, montrant ainsi qu'on jugeait la pièce d'une grande banalité. Molière, lui, a repris l'expression "tarte à la crème" dans ses dialogues de théâtre, la faisant répéter par un personnage prétentieux de manière si ridicule que son discours, pour paraître à la mode, en est encore plus vide. Depuis, la locution évoque le lieu commun et la formule ressassée. D'où la recommandation de ne pas servir au cours d'une conversation trop de tartes à la crème!!


Le problème c'est qu'on peut aussi vous flanquer une "tarte", nature en somme, c'est-à-dire vous infliger une bonne gifle comme si vous étiez un vulgaire Tartempion! On peut même vous juger trop cloche ou insignifiant, trop tarte, voire tartignolle, et vous recevoir sans égard dans un salon carrément tartouse!


Ma "tarte" s'est décidément fourvoyée dans la bouffonnerie et la farce, moi qui voulais vous mettre en appétit... Pardonnez-moi d'avoir étalé mon propos car même s'il s'agit d'une bonne cause et de bonne chère, c'était encore une bien longue tartine!

lundi 16 février 2009

tenir

Voici mon dernier texte rédigé en atelier, à l'UTA : suite à la production de cadavres exquis, nous devions nous en inspirer pour écrire un récit en "je".

***

Au-delà des barreaux j’aperçois cet arbre, mon complice d’un matin, dont les branches presque nues tentent d’agripper le ciel. Quelques feuilles résistent encore, chétives et recroquevillées, elles ne peuvent se résoudre à quitter leur hôte. « Si je me laisse faire par le vent, si je me résigne, je vais au casse-pipe ! » semble dire l’une d’entre elles… « Et pourtant je finirai bien par me jeter à l’eau… » Elle tremble de froid et de peur.
Car tout en dessous c’est vrai que miroite la rivière, attirante de tous ses reflets. Les dernières feuilles désolées s’en iront au fil de l’eau, se remémorant leur élégance passée. Auront-elles le temps et suffisamment de force pour conter aux berges leur vie radieuse et mouvementée, pour transmettre leur confiance dans le renouveau prochain et les convaincre d’être patientes.

Perdue dans ma rêverie, moi, derrière la fenêtre, j’imagine le discours que préparent mes amies lasses mais comblées. La voix flétrie, l’une rapporte comme au printemps dernier elle était fringante et jolie, prête à mordre la vie à pleines dents, jouant de toutes ses nervures. Le vent lisait l’avenir sur son limbe comme on le devine sur une main : les aventures des saisons, les épreuves du soleil, les épices du temps. Pas de solitude, jamais, grâce au babillage des feuilles voisines, aux visites des oiseaux railleurs qui chantaient à tue-tête… Puis les couleurs ont passé. Et un matin terrible de froid, elle s’est rendu compte que l’horizon de ses compagnes s’éclaircissait. Elle, elle voulait tenir, tenir à son maigre pétiole : c’était encore si bon de voir toute la Terre de là-haut. Elle voulait encore capter quelques images de son monde pour les emporter avec elle.

Et cette voix imaginaire et tremblante maintient mon regard vers l’extérieur, j’oublie que je suis enfermée. Ici je tiens grâce à mon maigre stylo, je m’accroche. Tout à l’heure je me lancerai, je raconterai moi aussi combien j’ai aimé la vie.

samedi 14 février 2009

amour


L’amour s’écrit plus facilement en poésie,
est-ce donc une fantaisie ?


Pour moi ce qu’est l’amour
Mais c’est tellement énorme
Que je vais faire très court
Pour une fois en somme !


J’aime qu’on m’aime c’est sûr,
Envie démesurée
De plaire et qui m’assure
Quelque part d’exister.
Mais je veux donner tant,
Et je m’y prends si mal,
Je crois que je ne rends
Pas tout à part égale.


C’est l’amour qui me porte
Et qui remplit ma vie,
Ce qui me fait si forte.
Je ne suis rien sans lui,
Sans vous, enfin sans toi,
Même si mon cœur est fou,
Et n’a pas trop de loi.


J'aime vous, là, c’est tout !

mercredi 11 février 2009

ménage

"Le ménage attendra bien!!!" Encore une fois je remets à plus tard, ce qui m'arrive si souvent depuis septembre dernier. Je me dis toujours que j'ai le temps... Quand je travaillais, pas de problème! Je passais les mercredis matins à manier le plumeau, l'aspirateur, le seau et la serpillière. Je m'astreignais à tout faire, impeccable! Mais là maintenant? Je trouve des choses sans cesse plus urgentes. "Je ferai le ménage demain puisque je n'ai rien de prévu!!!" Tu parles! Je bâcle quasiment tout le vendredi soir l'air de rien... A ne pas répéter bien sûr...

Aujourd'hui m'inquiéter du mot "ménage" me semble une excuse tout à fait satisfaisante. Pour mieux accomplir une tâche ne faut-il pas s'informer sur sa nature et sa finalité, en comprendre le fondement et l'intérêt ? Je ne suis pas déçue: l'origine se trouve au "manoir", ce qui donne tout de suite un peu de caractère à ma recherche! La ménagère (car qui parle de "ménager"?) y a bien sûr fort à faire et du pain sur la planche...

- Au "manoir" on y "demeure", c'est une "maison" et l'on se représente bien tout ce qu'elle contient: meubles, ustensiles, pièces de vaisselle,"articles de ménage" nécessaires à la vie quotidienne. On "monte son ménage", on "emménage", on "déménage". Petite je ne possédais qu'un ménage de poupée, une dînette, ça faisait rêver; mais on grandit et tout évolue, on joue moins...

- Il s'agit d'entretenir cette maison et tous les objets qu'elle renferme, de "vaquer aux soins du ménage", de "tenir son ménage", de "faire le ménage". C'est vrai, là, quand je vois toute la poussière sur le bois noir de mon bureau, et particulièrement sur l'ordinateur, cela devrait me booster un peu; je n'aime pas non plus les vitres sales, ni le désordre des journaux, ni la vaisselle qui s'impatiente; il m'est même arrivé de paraître maniaque... Je ne pensais certes pas jusqu'à présent comme Grégoire Lacroix: "Avec moi, le ménage c'est aussi taudis aussitôt fait". Je m'appliquais à l'ouvrage, en véritable fée du logis! Mais il faut admettre qu'il n'existe rien de plus frustrant ou de plus ingrat : on doit toujours s'y remettre, le tout est de décider à quel rythme, n'est-ce pas? Sans exagérer comme Joan Rivers: "Je déteste faire le ménage. Vous faites le lit, la vaisselle et six mois après, tout est à recommencer."

- Autrefois on créait chez soi, par économie et nécessité, un pain, un jambon, une liqueur ou une toile dits alors "de" ménage, des productions particulières... Après avoir abusé du tout préfabriqué, on redécouvre aujourd'hui le goût du fait maison, par crainte ou par plaisir. Quant à moi, je dirais bien que je fais des quiches ou des tartes de ménage, mais c'est tout!

- Il faut encore administrer l'ensemble de l'habitation et gouverner les dépenses, "conduire le ménage", "avoir l'esprit de ménage et d'économie", s'occuper du budget. Voilà qui est intéressant et semble d'un coup rendre la corvée plus noble...

- Le ménage désigne enfin les personnes qui composent la famille résidant au logis, on s'inquiète de la "consommation des ménages", mais on pense plus généralement aux deux personnes qui se sont associées pour fonder le foyer, mariées ou non. Ah! Se mettre "en" ménage! "C'est aller fatalement au surmenage", d'après Jacques Sternberg... Sans commentaire!

- Aïe! Puisqu'on parle des couples, n'entend-on pas alors murmurer ces questions indiscrètes: le ménage est-il uni, bien assorti, font-ils "bon ménage"? Ou s'entendent-ils comme chien et chat, êtes-vous témoins de leurs "scènes de ménage", font-ils si "mauvais ménage"? Et Monsieur, aurait-il "ménage en ville"?

Mais revenons à nos moutons, au labeur... Je remarque que mes amies célibataires n'échappent pas aux obligations domestiques! Être "en" ménage et le faire ne sont donc pas intimement liés. La besogne s'avère incontournable. Je relève quelques idées positives pour la défense du mot si banal que j'ai choisi aujourd'hui: économie, soin, entretien d'objets partagés. Mais elles ne suffisent guère à me motiver. Comprenez que je "me" ménage! Je crains trop d'agitation et de remue-ménage, à mon âge! Pour l'heure, je leur préfère un remue-méninges pantouflard... Il fera encore jour demain!

dimanche 8 février 2009

go

(petite fantaisie née de mes promenades en ville et de la contemplation des mégots...)

Les "go" d'Indigo

Je m'appelle Indigo, c'est à ma petite maîtresse Ségolène que je dois ce nom-là... A l'époque où je suis né elle apprenait les couleurs de l'arc-en-ciel; dans la comptine elle adorait ce mot à la mélodie un peu mystérieuse... Mais je l'ai échappé belle car sa grand-mère lui avait suggéré de me nommer Nigaud ou Dingo, vu le nombre de bêtises que j'accumulais! Forcément un nom c'est pour la vie, j'ai gagné au compromis...

Vous me voyez sûrement en passant devant la fenêtre où, avec l'âge, je paresse maintenant toute la journée... Mais si! Juste à côté de la porte d'entrée du 38, derrière la vitre de la loge. Certains s'arrêtent pour tapoter sur le carreau, surtout quelques gones qui voudraient bien attirer mon attention et me faire peur; je comprends bien leur petit jeu, et alors là je me gausse franchement! S'ils croient me surprendre! Je fais semblant de me réveiller, tranquillement, je les contemple un instant d'un air à la fois fier et goguenard. Puis comme je me sais protégé et sur mon territoire, je referme benoîtement les écoutilles... Il y en a aussi beaucoup qui restent là devant, sur le trottoir, à gauder leurs cigarettes; ils discutent parfois un bon moment, ce sont les employés du bureau d'études installé au 4e, des habitués. Ils descendent régulièrement, ils me regardent à la dérobée, m'envoient des oeillades plutôt sympathiques, je suis sûr qu'ils envient mon sort. Mais ma vraie patronne, la concierge Mme Bégonia, elle, elle ne les aime pas ceux-là, elle dit qu'autrefois il y avait des ramasseurs de mégots et que c'est un p'tit boulot qui devrait réapparaître, parce que ça n'était pas prévu au départ, dans son contrat, de devoir ramasser toutes ces saletés!!!

C'est que depuis quelques mois, ils sortent systématiquement pour fumer leurs clopes, ils s'installent bien gentiment devant la porte de l'immeuble et l'air de rien finissent toujours par balancer leurs mégots d'une pichenette... Le soir, il faut voir les cadavres agglutinés au bord du trottoir et dans le caniveau... "Une honte, je vous dis, une horreur!" s'égosille Margot Bégonia tout en maniant le balai et la pelle avec rage et dégoût... Quand il pleut c'est le comble, les mégots s'agglomèrent et forment un vrai marigot en contrebas du mur, juste au-dessous du rebord de ma fenêtre. Parfois Margot fait une pause, profitant du passage d'un voisin pour lui expliquer la bêtise de sa tâche, car "ces égoïstes, ces rigolos qui tètent à gogo, ces anti-écolos, savent-ils au moins combien de temps il leur faudrait à ces déchets-là pour se dégrader tout seuls? Pensent-ils que c'est la nature qui les gobe en une nuit, eh non c'est moi qui m'y colle!"... Puis elle se calme en papotant, échangeant ou récoltant quelques ragots...

Ah mais c'est que moi, petit chat des villes, j'aime bien l'écouter car je les connais tous, les gens d'ici: la petite ado gothique du 5e, oui je l'ai vue moi aussi frayer avec le fils des Rigo qui eux occupent tout le grand appartement au dernier étage. Les jeunots roucoulent et se bécotent sous la pergola du jardin public d'en face, et de mon observatoire je les devine à travers les grilles... Il y a le gamin du 1er qui jette ses Lego sur la tête des passants: "Ah celui-là, dit Mme Bégonia, si je l'attrape!" Et la vieille dame du troisième palier, elle, elle est toujours en goguette avec son prince charmant: "Il a au moins vingt ans de moins qu'elle non? Un vrai coq d'ailleurs, à la coiffure gominée, et qui joue au godelureau"... Quant à ce ténébreux gorille du second, un vieux bigot, il fait peur et pitié à la fois, toujours à ergoter et contestant tout, et méfiant, et pingre: "Et si vous saviez comme il mégote sur les étrennes chaque année..."

Bon, une fois revigorée, et les derniers gogos trop bavards enfuis, Margot la truculente récupère ses outils et sa poubelle débordante, disparaît quelques minutes et nous rejoint enfin... Ce soir, Ségolène s'inquiète du dîner, elle aimerait bien que sa grand-mère lui prépare des pâtes, elle ajouterait du gorgonzolla et... Parfait mais moi, moi! Je me redresse sur mes quatre pattes ankylosées, m'étire dans un sens, puis dans l'autre, saute prestement sur le tapis et navigue entre les tibias de mes protectrices, et je miaule et je minaude... "Pour toi Indigo? Ah celui-là, ce goinfre, tu veux que je te dise tout de go ce que tu es, mais tu es un goret oui! Un chat qui se goberge et gobichonne, nourri grassement aux godiveaux..." Oh la la, là voilà repartie, et c'est pas ça qui me donne à manger!

"Coucou Mme Bégonia!" La porte s'est entrouverte sur Gaston Goyave, le barman qui habite près de chez nous au rez-de-chaussée. "Entre, entre mon gars, dis donc viens t'asseoir si t'as fini ta journée, je vais t'en sortir un de derrière les fagots, pas un Château Margaux, mais tu m'en diras des nouvelles!" Gaston ne se le fait pas répéter deux fois, il entre... "Eh! Enlève tes godillots... Mon parquet!" Il s'installe, tire son paquet de tabac à rouler... Non il ne va pas se mettre à fumer? Margot laisse faire, pousse les copies de sa petite-fille et pose deux gobelets sur la table. "A la tienne, bois à gogo, tu vas voir ce que tu vas voir... Veux-tu même danser un tango, je me sens d'humeur à faire la fête! Allez Ségolène, musique! Et si t'entends le bigophone, tu réponds, nous on cause du pays, entre parigots..."

golène obtempère, elle soupire un peu, mais elle a l'habitude. Puis elle cale ses affaires de classe sous un bras , me soulève de l'autre et hop nous émigrons dans la cuisine. "On va se débrouiller tout seuls, me confie-t-elle, on va bien trouver ce qu'il nous faut dans le frigo!" Elle nous pose doucement, ses feuilles et moi. Elle me file le contenu d'un berlingot de lait en plus de ma ration de croquettes; pour elle, tant pis pour les pâtes, elle sort les restes d'un gigot et d'un plat de veau marengo dont elle fait deux petits tas égaux... Mmm! J'espère en profiter un peu!...

On entend Roberto Goyeneche et des rires depuis la pièce voisine... Pas d'inquiétude pour les humains! Pour moi non plus, car une fois terminés nos repas frugaux, je m'installerai confortablement sur les genoux de Ségolène et reprendrai mes rêves où je les avais abandonnés tout à l'heure; et elle, eh bien elle se plongera sûrement dans son roman, je crois que c'est "La joueuse de go"...

mercredi 4 février 2009

pêche

"T’en fais des choses Martine dis donc !" A cela je m’amuse parfois à répondre: "Dame ! Je suis une retraitée pêchue !". Voilà un adjectif dont mon fils abuse tant et plus, pour tout et rien! Moi je ne m’approprie pas sans raison ce nouveau mot à résonance plutôt… familière… Non, c’est que l’exemple figure bel et bien dans le Larousse ! Je me contente de parfaitement illustrer la définition du dictionnaire... D'ailleurs elle me convient : "en forme, dynamique"... L’idée est positive, gratifiante, et en plus assez vraie : j’ai cette chance d’"avoir la pêche"… Je la cultive…

Mais qu’est-ce que cela veut démontrer au juste ?
Exprimer que j’ai suffisamment de force pour vous mettre un pain, vous balancer une beigne, vous mettre une bonne pêche ? C’est un peu fort !
En revanche il me plaît que l’on puisse faire référence à des recherches fructueuses ou à des expériences réussies qui auraient conforté en moi le goût de vivre et l’envie d’aller toujours de l’avant… à l’instar du patient et fier sportif en rivière qui oublie ses retours bredouille et se motive par le souvenir de ses bonnes pêches.
Bien sûr il me plairait aussi qu’on pense à la saveur de ce fruit appétissant et fragile qui à la belle saison s’abreuve de soleil. Tendre, sucrée, juteuse, telle est souvent la chair de la pêche. Sa peau est douce aussi… et ne prête-t-on pas un aspect agréable à celle qui a un teint de pêche ? Mais bon là ça s’adresse aux jeunes filles…
Qu’importe… pour ces connotations de force, saveur, jeunesse, je suis heureuse de "garder la pêche". Je crois que je préfère même cette expression au seul qualificatif pêchue auquel le "u" confère une nuance légèrement péjorative et moqueuse, une consistance un peu molle et futile, un côté peut-être grossier et dédaigneux. A certains le mot "pêchu" peut aussi poser un problème d'orthographe; je le rencontre beaucoup avec un accent aigu mais le Larousse lui attribue naturellement celui de la pêche qui est circonflexe. Et pour y penser il suffit de se représenter le chapeau du pêcheur ou de s'imaginer à l'abri sous les branches du pêcher...


Tiens! Cela me donne envie de relire quelques pages du récit insolite de Roal Dahl " James et la grosse pêche " ! Je m'y mets tout de suite après avoir mis en ligne mon article de pêche (!).

Je me dépêche...

dimanche 1 février 2009

carré

Mon voisin se contorsionne pour ramasser son porte-mines qu'on croirait en or massif... Bijou indispensable pour faire une grille de sudoku niveau 2 dont il vient de remplir laborieusement quelques petits carrés!! Ça ne doit pas être son truc... Je lui aurais pourtant donné du 4 quand je l'ai aperçu au bout du wagon, géant aux épaules carrées, engoncé dans un costard rayé super classe, cravate serrée au col malgré la touffeur de l'air. Aspect sélect, solide et sérieux, il doit être carré en affaires celui-là! En tout cas, élégance voyante incongrue en ce lieu... et par ce temps... Bref, le voilà près de moi maintenant, jambes croisées coudes étalés, et je n'ose guère bouger, coincée entre lui et la fenêtre; je jure que je prendrai une place couloir la prochaine fois!


J'ai plus ou moins calé mon sac par terre, entre mes mollets et le siège. N'empêche! Voilà qu'il se répand sur les baskets du professeur assis en face de moi et qui feuilletait ses copies... des épreuves de maths d'ailleurs, j'ai bien repéré les équations et les racines carrées!


"Oh pardon! Excusez-moi...


- Je vous en prie, ce n'est pas grave..."


Echange forcé de banalités, facilité par les inconvénients de la réservation en carré plutôt qu'en duo, il faudra vraiment que je fasse plus attention au choix de ma place... Là il s'agit toujours de "défendre son pré carré" avec conviction tout en restant le plus citoyen possible...


De l'autre côté de l'allée, donc dans un inconfortable carré semblable, une femme se décharge au portable et raconte dans les moindres détails sa toute récente virée à La Part Dieu...


"Tu ne vas pas me croire, j'ai plongé la main au fond du bac et j'ai sorti exactement ce que je cherchais, oui un carré Hermès, ah quelle affaire, je te le montrerai tout à l'heure!"


... Et ça continue, et je ne pourrai décidément pas me concentrer sur mon polar de la collection "Carré noir" emporté pour me détendre pendant le trajet...


Trois ados accompagnent la bavarde et poursuivent une joyeuse partie de cartes, l'un dévoile bruyamment son carré d'as...


L'enseignant range ses dossiers dans un cartable qui a dû beaucoup bourlinguer; il en ressort une tablette de chocolat dont il me propose un carré... J'accepte! Sympa! Je préfère, vu où nous sommes, qu'il sorte ce genre de gâterie plutôt que sandwich au pâté et carré de l'Est!


Une jeune dame, coiffée au carré, s'arrête à la hauteur de nos sièges et semble vouloir nous tenir compagnie... Un bébé en kangourou... Et tout l'attirail qui va avec! Elle s'installe face au premier de la classe, libère son petit de la poche...


Jingle SNCF... La voix mal assurée du conducteur grésille...


"Mesdames, Messieurs, le personnel d'accompagnement...


Mais oui je t'assure je l'ai eu à 50%...


... et l'équipe de restauration Chefexpress vous souhaitent..."


L'enfant s'agite...


"... la bienvenue à bord du TGV numéro 6618..."


Ça y est il pleure...


"... à destination de Paris Gare de Lyon."


La maman farfouille dans son fourre-tout...


"Nous mettons un bar à votre disposition..."


Chic, apparition du biberon...


"... ainsi qu'un service de restauration rapide..."


Gouttes de lait qui débordent...


"... en voiture 4 au centre de la rame."


... et giclent sur le pantalon de costume...


"Nous sommes à votre entière disposition...


Oh je suis désolée!...


... et vous souhaitons..."


Notre dandy se déplie, furibard, je le sens d'humeur à mettre la tête au carré à l'agent SNCF qui se pointe justement...


"... un agréable voyage!"


Animation garantie: carré TGV... carré magique!