lundi 16 février 2009

tenir

Voici mon dernier texte rédigé en atelier, à l'UTA : suite à la production de cadavres exquis, nous devions nous en inspirer pour écrire un récit en "je".

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Au-delà des barreaux j’aperçois cet arbre, mon complice d’un matin, dont les branches presque nues tentent d’agripper le ciel. Quelques feuilles résistent encore, chétives et recroquevillées, elles ne peuvent se résoudre à quitter leur hôte. « Si je me laisse faire par le vent, si je me résigne, je vais au casse-pipe ! » semble dire l’une d’entre elles… « Et pourtant je finirai bien par me jeter à l’eau… » Elle tremble de froid et de peur.
Car tout en dessous c’est vrai que miroite la rivière, attirante de tous ses reflets. Les dernières feuilles désolées s’en iront au fil de l’eau, se remémorant leur élégance passée. Auront-elles le temps et suffisamment de force pour conter aux berges leur vie radieuse et mouvementée, pour transmettre leur confiance dans le renouveau prochain et les convaincre d’être patientes.

Perdue dans ma rêverie, moi, derrière la fenêtre, j’imagine le discours que préparent mes amies lasses mais comblées. La voix flétrie, l’une rapporte comme au printemps dernier elle était fringante et jolie, prête à mordre la vie à pleines dents, jouant de toutes ses nervures. Le vent lisait l’avenir sur son limbe comme on le devine sur une main : les aventures des saisons, les épreuves du soleil, les épices du temps. Pas de solitude, jamais, grâce au babillage des feuilles voisines, aux visites des oiseaux railleurs qui chantaient à tue-tête… Puis les couleurs ont passé. Et un matin terrible de froid, elle s’est rendu compte que l’horizon de ses compagnes s’éclaircissait. Elle, elle voulait tenir, tenir à son maigre pétiole : c’était encore si bon de voir toute la Terre de là-haut. Elle voulait encore capter quelques images de son monde pour les emporter avec elle.

Et cette voix imaginaire et tremblante maintient mon regard vers l’extérieur, j’oublie que je suis enfermée. Ici je tiens grâce à mon maigre stylo, je m’accroche. Tout à l’heure je me lancerai, je raconterai moi aussi combien j’ai aimé la vie.

1 commentaire:

gisèle a dit…

C'est encore moi qui te lis comme chaque jour. Ton dernier texte est vraiment bien écrit. Bravo.