mardi 31 mars 2009

pardon

Ce récit est également en ligne sur le site Télérama Wizzz dans le cadre d'un concours d'écriture autour de deux photographies de Robert Frank . Il s'agissait d'imaginer une nouvelle dont une image est le point de départ et l'autre son point d'arrivée...


Je sais, tu penses souvent à Betty Rose ! Tiens, je te confie cette photo. Cette image de bonheur simple parle d’un temps que nous ne pourrons jamais recréer qu’au fond de nos souvenirs. Tu sauras ? Tu étais si petit, un mouflet ! Ce matin, mon mauvais passé me rattrape, les flics vont m’emporter, m’enfermer, mais je veux te raconter tout cet amour qui a bercé tes premières années. Je ne regrette pas mon rêve américain, tu me pardonneras dis ? Mais on ne peut pas agir contre le destin, n’est-ce pas ? Il était écrit que je reviendrais à Paris…

Admire le sourire de Betty Rose ! Comme nous avons été heureux dans ce domaine que j’avais acquis en arrivant en Caroline du Sud. Betty Rose y était ancrée depuis son enfance, elle menait la demeure tambour battant ; elle a continué, seule femme jusqu’à l’arrivée de ta maman. Ah, elle, ma belle, mon Angelina, je l’ai rencontrée au cours d’une fête des moissons. Avec les exploitants du coin nous étions tous rassemblés, fatigués d’avoir œuvré tant de jours. Mais nos corps marqués avaient encore l’énergie pour danser ! Ah ma douce, comme elle rockait ! J’étais ébloui ! Puis ma maison lui a plu, elle y a installé son cœur, ajouté son âme… Betty Rose et Angelina se sont adoptées tout de suite, égayant les galeries, les jardins, les cours, les enclos, les champs, de leur bonne humeur et de leurs rires. Quand tu es né, c’est Betty Rose qui t’a reçu, c’est elle qui t’a fait pousser ton premier cri. Puis elle t’a aidé à marcher, elle s’occupait de toi quand ta maman et moi parcourions en tous sens le domaine dans mon pick-up. Nous avions tant d’espace et tant d’ouvriers. Tu t’accrochais à ses jupes, elle te berçait de douces mélodies, tu aimais ses bras, ses rondeurs rassurantes…

Et puis un jour ce bonheur simple s’est envolé… Je vous avais emmenés en ville, Angelina et toi, je devais commander de nouvelles machines… Une tornade nous a retenus pendant des heures interminables. De retour au domaine il n’y avait plus rien, un désastre, terres balayées, hommes disparus, ensevelis, et Betty Rose… La vie ne voulait donc pas que je profite d’elle, et là je commençais à payer… Toi tu es devenu impossible, tu cherchais Betty Rose, ton indispensable ; ton chagrin nous bouleversait... Mes propres nuits devenaient infernales. J'ai décidé Angelina. Nous sommes revenus en France.

Car il s’agit bien d’un retour pour moi, six ans après cette traversée dans l’autre sens, quand j’avais fui, quitté Montrouge, erré jusqu’à la mer, jusqu’à trouver un paquebot vers l’Amérique… Une Amérique, un ailleurs où je croyais pouvoir construire un avenir. Mais aujourd’hui je vais te laisser grandir à Paris. Moi, je vais me laisser emmener, je ne lutterai pas, j’avouerai les circonstances, je reconnaîtrai les faits. Il y a six ans, j’ai cru le rêve à ma portée ; devant moi ce coffre ouvert, cette fortune, je n’ai pas pu résister, j’ai pris. Et ce gars arrivé au même moment, qui m’a agrippé par l’épaule, c’est vrai je l’ai frappé. En tombant son crâne s’est fracassé sur la pierre d’un établi, j’entends encore le choc, la brisure, un cauchemar. Mais c’était un accident je te jure. Je me suis enfui, emportant le sac, l’argent. Comprends-moi, la vie était misère, tu sais, ces entrepôts, ces hangars, ce travail de chaîne, ce désenchantement d’après-guerre, je n’en pouvais plus. C’était l’occasion…

Je vais tout payer maintenant, le prix de ma faute, je les entends qui arrivent. Imagine-moi autrefois quittant ma banlieue avec l’espoir de conquérir le monde, pardonne-moi, prends soin de ta maman et garde Betty Rose dans ton cœur ! A bientôt mon fils !

samedi 28 mars 2009

quais (2)

[Toujours pour être en phase avec le festival Quais du polar, suite de fantaisie... assez loufoque, je l'avoue! Pour lire la première partie : quais (1)]


Extrait du quotidien " Les beaux quais de Lyon ", 28 mars 2009 :

Le Prix des lecteurs Ponts du Thriller est décerné cette année à l’ouvrage posthume de Gladys de Vitton : " De Tipp en Tipp ". Notre célèbre plume lyonnaise, déjà lauréate en 2007 et 2008 du même festival a, hélas, tragiquement disparu au cours de la nuit du 8 décembre dernier, nous vous en rappelons ici les circonstances…

Gladys de Vitton, quinquagénaire et célibataire endurcie, enchantait nos cauchemars depuis plusieurs années avec son héros infaillible et incontournable, le serial killer Brad Tipp, amateur de rombières et de vieilles dentelles. Or, en cette dernière soirée des lumières, voulant tester l’atmosphère du quai, Gladys déambulait sur la promenade des Abysses et profitait des ultimes illuminations. Selon les éléments de l’enquête menée par le commissaire Mitage, elle avait chargé sa femme de ménage, Mme Margot Bégonia, de cacher sur son chemin une espèce de billet de menace sensé avoir été rédigé par l’odieux Tipp, message laconique indiquant juste son intention de tuer… Gladys tenait à se mettre en situation pour vérifier l’enchaînement des faits délirants de son intrigue ; hélas elle mettait en scène sa propre fin ! Car Brad Tipp se trouvait justement sur le quai du repentir ce soir-là… Il en avait plus qu’assez d’être considéré comme l’ennemi public numéro 1 ! Le moment était venu de faire disparaître son immonde créatrice, et tant pis s’ils se perdaient ensemble ! La voyant glisser au bord du terrain broussailleux, il avait donc décidé de se précipiter avec elle pour en finir à jamais...

Quelques jours plus tard, Mme Bégonia apportait au commissaire le manuscrit élucidant les faits et qui vaut aujourd’hui une nouvelle gloire à Mme de Vitton. Dans ce drame haletant, elle orchestrait sa chute mortelle tout en révélant l’existence d’un fils, Roméo, conçu avec l’ignoble Brad Tipp il y a une vingtaine d’années, pendant la rédaction de ses premières aventures. En hommage aux deux disparus, Roméo Tipp sera présent cet après-midi pour recevoir la récompense de notre jury littéraire. Une esplanade est dressée à cette intention à l’endroit même de la tragédie du 8 décembre. Venez nombreux sur les berges fatidiques car la rencontre promet d’être frissonnante : M. Tipp fils aurait annoncé son désir de marcher dans les traces de son père et exprimé son envie irrésistible de connaître la fièvre des mêmes exactions…

Attention ! Personne ne connaît encore son visage et la description de sa malheureuse génitrice ne précise que son extrême élégance et un charme absolu ! Donc Mesdames, gare si vous croisez aujourd’hui, sous les ponts ou sur les quais, un individu à l’allure de trop chic type !

mercredi 25 mars 2009

quais (1)

Rendez-vous sur les quais du polar à Lyon ce week-end, 27, 28 et 29 mars! En guise de préambule, voici la première partie d'une fantaisie à frissonner...


"Je vais te tuer…", c’est tout ce qui est écrit sur le petit billet que je viens de dégoter sous le troisième hublot du quai ; enfin c’est tout et c’est beaucoup. Je me glisse dans le halo du lampadaire le plus proche, je lis et je relis… Avec mes manies de transformer tout en roman je pars au quart de tour… Qui est "je" et "je" va tuer qui ?

Bon, je regarde autour de moi… Je suis venue seule… La nuit, on ne distingue pas trop les visages des promeneurs à moins d’être tout près… Pas énormément de monde pour ce 8 décembre ! En fait on est dimanche, les touristes ont commencé à partir ; il y a encore un peu la foule en ville mais ici, entre le Pont Morand et le Parc c’est tranquille. Côté fleuve : les péniches, quelques passerelles et des lueurs dansantes sur l’autre berge. Côté rue : des projections sur le dénivelé de pierres. L’entre-deux est un autre univers ; on se croit dans une longue coursive de paquebot, des plongeurs en combinaison passent en ondulant derrière des hublots colorés, quelques poissons furtifs y viennent aussi faire leurs curieux, libres et pacifiques. Des enfants gravissent les pentes pour narguer ces illusions. Je me suis arrêtée, photo oblige ; j’ai un peu de mal avec les prises de nuit…


Un zoom, et voilà, j’ai repéré le fameux petit bout de papier : un morceau de calepin à spirale, quadrillé 5x5, plié en quatre et glissé dans une encoche entre les pierres, même pas humide du petit grain tombé tout à l’heure donc… pas si vieux… Je tourne sur moi-même, pas rassurée, et je commence à sentir le froid… Non je me laisse aller. J'examine encore le message : confession ? plaisanterie ? jeu de piste ? Allons je suis impressionnée, c’était à prévoir… Le sombre alterne avec les faisceaux des projecteurs et la traîne des lumières de l’Avenue de Grande-Bretagne ; j’avance prudemment, des mômes zigzaguent, des couples profitent… Un grésillement, non ce n’est rien : un passant qui allume une cigarette, il me dépasse… Des rires, une bande en vélo’v, et toujours moi qui gamberge… Stop ! J’y pense… Je reprends le p’tit mot, c’est bizarre cette encre ! On dirait que le trait n’est pas très franc, un peu rouge, oui c’est ça, pas une couleur de stylo ordinaire… DU SANG peut-être ? Me voilà bien ! Je relève les yeux, observe alentour ; dans les broussailles en contrebas sont disséminées des silhouettes lumineuses, éclatantes, et d’autres aussi sont pendues dans un arbre décharné… Je vois bien qu’elles sont des créatures sans chair, des leurres inanimés, mais j’ai peur…



Je frissonne, je vais partir, j’ai toujours mon papier, je veux le jeter, une main sur mon poignet, un corps se colle au mien, je dérape sur le quai humide, nous roulons jusqu’aux pieds d’un de ces fantômes de lumière. Lumière de fête, faites les sots, sautez en vie, vite sombrez, tout s’illumine pour moi, je resplendis… Dans un feu d’artifice d’images je m’unis avec ce type étrange, fusion d’enfer qui enfante un nouveau démon, un héros, Roméo !


à suivre... quai (2)

dimanche 22 mars 2009

hobby

Ma fille raconte, et j'imagine! Je vois ainsi une bande d'étudiantes au coin d'une cour... Sûrement en panne d'inspiration, l'une finit par lancer: "C'est quoi les hobbies de vos parents?" Un petit temps de réflexion...
"Mon père, il fait des sudokus...", avoue Laura. Bon, ça passe, pas de réactions particulières. Deux copines hochent même la tête, elles compatissent: "Chez moi, pareil..." Rien que du normal...
"Ma mère sinon, elle lit, elle dessine, elle écrit et elle fait de la guitare électrique..."
Les regards convergent sur ma chère enfant! Elle n'a pas honte en tout cas! Le dernier mot, quel incongru celui-là, résonne et ranime la conversation...
"Ah! électrique? oh!" Gloussements un brin amusés, peut-être incrédules...
Laura continue: "Oui, et puis... elle a aussi un blog!"
Alors là, d'après ce que je comprends, les filles sont achevées et affichent une mine consternée...
Moi, ça me fait bien rire! Dites, j'en vois souvent des vieux qui sont branchés ou qui sont accros de l'ordi, pas très original de nos jours! Alors pourquoi pas moi, une mère, qui en plus a du temps à revendre?

En attendant, son histoire de "hobby" me fait réfléchir... D'origine évidente, le "hobby horse" désigne en fait le cheval de bois, à bascule, autrefois jouet favori des petits anglais. A l'usage, l'expression a été employée pour signifier n'importe quel jeu préféré des enfants, puis elle s'est appliquée aux passe-temps des adultes. Enfin, reprise en France, elle s'est vue simplifiée, réduite sans doute par facilité, au seul "hobby". Il aurait été plus difficile de s'approprier le "steckenpferd", équivalent allemand du "hobby horse".

Nous avions pourtant notre "violon d'Ingres", expression que je percevais petite comme un "violon dingue". J'avais bien compris qu'il s'agissait d'une occupation choisie par les grands pour leur plaisir, un dérivatif, une détente qu'ils se permettaient en dehors de leur métier. Sans me poser plus de questions sur la dénomination consacrée. J'ai découvert plus tard les peintures de Jean-Auguste-Dominique Ingres et la passion qu'il affichait par ailleurs pour la musique; il qualifiait cet art de "divin" et pratiquait le violon plus qu'occasionnellement et avec talent. Utilisée d'abord chez les artistes pour évoquer une seconde activité dans un autre domaine que leur art habituel, le "violon d'Ingres" désigne maintenant le ou les loisirs de prédilection pour tout un chacun.

Le "dada" français existe aussi! Concentré de l'ancien "dia dia!" des cochers, les très jeunes enfants l'utilisent pour nommer un cheval. Mais il s'agit aussi d'un sujet particulièrement prisé par une personne que l'on peine à stopper quand elle "enfourche" le sien: elle risque alors d'accaparer la conversation et de vous tenir la jambe un moment! Et le dada désigne, comme le hobby, une activité occasionnelle, avec cependant une nuance supplémentaire, un côté maniaque qui le rend obsessionnel ou extravagant, jusqu'à devenir parfois une 'idée" fixe. Il se rapproche de la "marotte" avec le grain de folie qui s'y rattache puisque celle-ci est à l'origine une sorte de sceptre de fantaisie, attribut des bouffons à la cour royale! Cette connotation fantasque n'existe pas dans le hobby ni dans le violon d'Ingres, même si j'avais cru l'y déceler autrefois!

Si les hobbies ou hobbys remplissent désormais tout mon temps, est-ce encore l'appellation qu'il convient d'employer? Car ils supposent en regard une activité principale! Peut-être Laura avait-elle à l'esprit ma participation à la Bib' à dom' comme référence sérieuse, le reste étant passe-temps entre lesquels je papillonne. C'est vrai, j'ai enfin des moments calmes pour lire, je me ressource en dessinant et j'admets que l'écriture confine au dada... Soyez ravis d'échapper aux sons de ma guitare dingue mais je vous associe malgré tout à ma petite folie, ce blog! Tant pis si ça fait un peu "original" ou excentrique, j'assume!

jeudi 19 mars 2009

demain

Dans le même esprit que la Conjugaison pour "demain" créée en atelier d'écriture, voici une seconde contribution à la Semaine de la Langue Française qui s'appuie cette année sur ces dix mots: ailleurs, capteur, clair de Terre, clic, compatible, désirer, génome, pérenne, transformer, vision.


Pourrons-nous arriver à demain en un simple clic, sans effort ? Il me semble qu’il faudra du temps pour accorder nos visions de l’avenir. Le temps d’installer des capteurs susceptibles d’activer nos meilleures énergies, de les transformer en forces pérennes.

Il s'agit de puiser au fond de nous cette richesse potentielle immense, ce trésor constitué de nos génomes particuliers, de nos différences, mais aussi de nos expériences collectives. Il nous appartient de partager ces ressources, de les faire voyager, de les emporter ailleurs en acceptant de recevoir en retour. Étonnés et ravis de nos découvertes, nous serons sûrement amenés à désirer encore plus et toujours mieux.

Si cette quête nous conduit au respect, à la tolérance, jusqu’à devenir tous compatibles, soudés dans le même effort, nous offrirons fièrement à l’univers le plus pur clair de Terre.

mardi 17 mars 2009

profite

Passons vite sur la définition du profit qui, issu du verbe faire, confirme la bonne progression d'une activité... L'avantage obtenu, d'autant plus agréable que parfois inespéré, aubaine en somme, est toujours bon à prendre. Évoquons rapidement l'aspect pécuniaire ou économique de cet enrichissement qui se décline alors en petits profits ou larges bénéfices... Je parlerais plus volontiers des "leçons" profitables et utiles du quotidien et de l'expérience, ou encore, par gourmandise, de profiteroles, autrefois modestes gratifications, devenues petits choux!... Quant au verbe profiter, s'il signifie qu'un être grandit et se développe, d'accord! S'il s'agit de saisir une occasion, les circonstances étant favorables, je prends; cependant, je perçois en même temps comme un risque de réaliser des gains au détriment d'autrui... Ce mauvais profil du profit me convient moins.

Qu'à cela ne tienne!... C'est quand même si bon d'entendre: "Profite!". Conjugué pour vous, c'est un p'tit mot qui passe, et qui repasse, mais vite. Qui me l'a dit déjà? C'est que depuis, il me trotte dans la tête! Cette fois-là j'ai pris cette jolie idée comme un cadeau, une vie. Car cela veut dire quoi sinon user chaque petit bonheur qui se présente, s'amuser d'un moment et de son souvenir. J'y vois quantité de promesses, des hasards et des possibles, des émotions reçues de toutes choses qui nous frôlent, l'oubli d'un reste immense avec ses trucs "bof" ou pas drôles. Mais ce reste fait partie du jeu. Oui, voilà, "profite!"... Si l'on m'incite à prendre, si l'on m'invite, ça me convient, car le temps fuit. Malgré tout ce que j'écris et peut-être tout ce que je veux faire croire, l'avenir me fait peur et les mots me rassurent. Je profite... mais je partage aussi!

dimanche 15 mars 2009

vengeance

(ce qui ajoute un personnage dans ma petite galerie fantaisiste et improbable...)

2025… Cela fait 17 ans que je viens à la BIB faire ma petite permanence du mardi ; jamais je n’ai vu pareille effervescence ! Quelle affaire ! Depuis une semaine c’est la panique à bord, on ne parle plus que de complot, de vol de mots et de livres mutilés… Heureusement, ce matin, l'auteur des faits, le sinistre Géronimo Plume, part se morfondre derrière les barreaux. Qu’il y croupisse ! Dommage que son nom s’étale à la une du " Progressif de Blyon ", il risque d’en retirer du plaisir ! Si son objectif était la célébrité, c’est gagné ! Les boursicoteurs internationaux aux machinations infâmes peuvent se rhabiller ; par son machiavélisme le triste Mister Plume les surpasse !

L’histoire de ce " psychomopathe " mérite d’être contée, malheureusement ! Géronimo s'est toujours targué d’avoir la fibre polygraphe. Adolescent, il s’essayait aux combinaisons de mots mais hélas n’amusait personne, participait aux concours littéraires dont il revenait toujours bredouille, adressait ses épreuves aux maisons d’édition les plus en vue qui ne répondaient jamais, proposait ses essais journalistiques aux feuilles éminentes qui les lui renvoyaient systématiquement… Ses parents, sceptiques face à ces vains efforts, ont réussi à persuader le jeune plumitif de se tourner vers des études scientifiques. Muni d’un diplôme d’ingénieur délivré par l’Ecole PolyNetique de Plulaiseau, Géronimo a par la suite intégré le " Bureau Informatique de Montrechat " et sévi dans cette entreprise blyonnaise pendant un bon quart de siècle. Il y concevait les parcs d’ordinateurs d’associations locales diverses, tout en continuant à exercer sa plume. Ah ! La plume de M. Plume, si maladroite et irrévérencieuse, tous s’en moquaient bien ! Suite à une restructuration de la BIM, Géronimo s’est vu imposer un choix : s’exiler à l’Est ou rechercher en ville une structure nouvelle…

C’est ainsi que grâce à ses compétences informatiques et à son érudition, il s'est fait employer par la Bibliothèque Informatisée Blyonnaise, le plus grand marché de prêt de la région. Un environnement idéal pour cet homme en regard de ses préoccupations et prétentions littéraires ! Mais ses ambitions inassouvies l’ayant rendu avec l’âge très rancunier envers la société des livres, il a résolu de profiter de sa nouvelle situation: il lui fallait s’affirmer et se faire enfin reconnaître. Le monde si insensible à sa prose serait bien obligé, malgré tout, de compter avec son génie et sa malice.

Avant de poursuivre, il faut vous dire qu’à la BIB le système de prêt a sacrément évolué depuis quelques années ; à peine si vous voyez quelques livres entre les écrans d’ordinateurs sagement alignés dans le hall d’accueil. La consultation des collections se fait sur le réseau, ainsi que les abonnements, le choix, la remise, le paiement des amendes… Il suffit d'insérer sa carte universelle. Les livres sélectionnés arrivent directement à votre poste par un système automatisé de distribution entièrement géré par informatique. C’est à ce stade que le diabolique Géronimo Plume est hélas intervenu.

Il y a donc juste une semaine, mardi matin, le bonhomme a mis son projet à exécution. Arrivé tôt dans son box au pied du silo de la BIB, il s’est installé, fier et déterminé, devant son clavier, pour lancer son programme ravageur : celui-ci baptisé secrètement " Échec et mot ", lui permettait d’agir sur le contenu des livres quand ils passaient par l’étape de démagnétisation…

En fin de journée, plusieurs personnes sont revenues à la BIB pour signaler un curieux phénomène à l’ordinateur des réclamations : dans les textes de leurs ouvrages, des mots avaient disparu, comme effacés, envolés. Par recoupement des informations, le synthétiseur de plaintes a vite déterminé qu’il s’agissait du même élément : le mot " jamais " !

Le lendemain mercredi, rebelote ! Cette fois avec le mot " plus ". Dès midi, branle-bas de combat dans les bureaux ! On a envisagé de fermer purement et simplement la bibliothèque. Le directeur, très émotif, pris de court, se demandait quelle attitude adopter devant une catastrophe aussi spectaculaire. Le procureur local a été consulté, puis le ministre de la culture…

Jeudi matin tout un escadron d’enquêteurs s'est présenté à la réception des livres pour connaître rapidement la victime du jour : le mot " pas ". Avec un terme aussi fréquent, autant dire que les livres sont soulagés de leur contenu de façon maintenant insupportable et irrécupérable. Des experts ont donc envahi le bâtiment et travaillé tout le week-end à analyser le système informatique, isolant finalement le virus diabolique broyeur de mots. Il a fallu ensuite toute la journée du lundi pour le neutraliser! Pas difficile d'identifier le coupable : le responsable informatique hilare a avoué le crime la tête haute !

Voilà qu’aujourd’hui donc j’assiste à l’arrestation de Géronimo. Ce dément des mots, " monotté " mais non bâillonné, hurle et invective la foule : "Vengeance ! Je vous maudis tous, mécréants amorphes qui n’avez pas cru en moi !" Quelle sentence subira-t-il pour avoir atteint à la vie des livres ? L’interdiction à perpétuité de lire ou d’écrire ? Il en mourra sans doute, du manque et dans d’atroces souffrances… Ses avocats plaideront-ils la folie ? Lui éliminé désormais, sommes-nous à l’abri d’autres " Plume " du même style aussi ébouriffés du bonnet ? Qui aurait pu imaginer une histoire pareille où les livres ont laissé tant de... mots?

jeudi 12 mars 2009

giboulée

Retour de courses, fin de matinée comme une autre, les bras un peu chargés... La tête encombrée, comme d'habitude quand je marche: des phrases, des petites peines ressassées, des projets, ça se bouscule et me vaut parfois des surprises: une boutique souvent dépassée, une station de métro parfois ratée... Bon mais là, aujourd'hui, les emplettes finies, je rentre à pied... Le ciel aussi est encombré, les nuages sont bas, d'un noir lourd et inquiétant! Je vois les premières gouttes plus que je ne les sens, j'avance un peu; le grain se précise, ce qui me décide à sortir le parapluie, pour une fois j'avais prévu le coup! Le temps de l'ouvrir, en me contorsionnant pour jongler avec mes sacs à provisions, de petites billes de grêle rebondissent légèrement sur le sol, elles font à peine de bruit... Je continue mon chemin, aucun passant ne semble inquiet ou craindre un déluge, moi non plus! D'ailleurs, cela ne dure pas très longtemps; quelques rues plus loin, tout s'arrête et le plafond s'est éclairci. Je me surprends à sourire... Une giboulée... de mars bien sûr! C'est dans l'ordre des choses! Et savez-vous pourquoi je lui fais bonne figure? C'est qu'elle me fait penser au printemps, et le printemps c'est si doux...

Elle me plaît d'autant plus cette giboulée qu'une fois rentrée, débarrassée, séchée, je m'aperçois, en feuilletant quelques recueils, que ce mot, si banal finalement, n'a pas d'origine clairement établie. Tant mieux, je vais pouvoir le tourner et le retourner à loisir... On connaît la cause de cette pluie subite et de courte durée, mêlée parfois de vent, de grêle fine ou de neige: elle est due aux contrastes thermiques qui accompagnent le changement de saison. Mais comment est apparu le mot? Mystère... Ici elle descendrait du gibier, en passant par le gibelet et la gibelotte, ce qui a pu inspirer Bernardin de Saint-Pierre: "Des giboulées de neige volent dans les airs comme des plumes d'oiseaux". on évoque l'ancien français "gibe" qui est une charge, dans le sens de "ruade", et que l'on retrouve dans "regimber". Enfin "oulée" semble proche du suffixe "ole", un diminutif qui allégerait l'aspect brutal de la charge donc de l'averse. Cependant l'usage populaire de la giboulée comme "bordée" ou "volée de coups" conserve une certaine violence! Retenons l'idée de soudaineté comme caractéristique principale de notre prometteuse pluie de mars, autrefois appelée aussi "triboulée".

Décidément le mot me plaît, j'aime à le répéter, il roule tout seul, il est tout rond, même si toute en boule la giboulée traduit la colère du temps. Elle est rafraîchissante et il m'amuse, je l'imagine en charade, facile! Essayez! Sinon écoutez-la sur les carreaux, si ça peut vous bercer, mais il faudra s'endormir vite! Ou bien encore faites-le résonner dans votre tête: vous verrez, les sons se précipitent, changent de place ou d'autres mots s'en mêlent: ils jubilent, bougent et dansent la gigue...

Les beaux jours
Se profilent
Temps d'amours
Mars avril
La promesse
Déroulée
P'tite averse
Giboulée!

lundi 9 mars 2009

hasard

Le jeu de l'amour et du hasard

Sortie théâtre jeudi soir dernier: "Le jeu de l'amour et du hasard", Marivaux remis au goût du jour, au "point" du jour, par le metteur en scène Michel Raskine. Du bon temps, deux heures trente rapides, dialogues clairs et arrangements dynamiques presque jusqu'à la fin. Nous, spectateurs, apprécions déjà le ton de cette comédie où l'on ruse dangereusement avec les sentiments: même si ce fameux jeu est hasardeux, dans le sens où il comporte des risques, nous en maîtrisons l'issue. L'objectif de cette version, clairement annoncé, est que le public redécouvre les mots de Marivaux et ne se laisse pas seulement bercer par les dialogues. Il s'agit pour Michel Raskine de surprendre et de maintenir l'attention par quelques hardis partis pris:

- d'abord celui de proposer un décor simple, manipulé et mis en lumière par deux techniciens dont la présence et les déplacements sont intégrés dans la mise en scène,

- ensuite de faire jouer la pièce par des acteurs très "mûrs" dont l'expérience permet une diction assurée et effectivement convaincante,

- et enfin de donner plus de consistance au personnage de Mario d'habitude perçu comme simple observateur du jeu.

C'est sur ce dernier point que je me pose quelques questions. Michel Raskine incarne lui-même Mario, il "l'anime" devrait-on dire, le montre farceur, extravagant, excentrique, ce qui déclenche automatiquement les rires dans la salle. Les spectateurs adhèrent à cette présentation, ils guettent même les interventions de Mario, les lycéens présents apprécient. Mais... l'interprétation burlesque de Mario ne suffisait-elle pas? Michel Raskine n'a-t-il pas ensuite pris des risques en continuant à jouer son rôle de bouffon jusque dans les intermèdes? Etait-il nécessaire d'en faire autant pour se mettre à la portée du public? Au cours d'un final très long, encore marqué par les exagérations de Mario, la salle ne sait plus ce qu'on attend d'elle: une sage observation de la mise en scène, une participation quelconque, des applaudissements?

Un succès tout de même pour cette version où l'âge des acteurs ne trahit pas le jeu de l'amour conçu par Marivaux, ça plaît!

Le hasard

Mais le hasard au fait? Le mot m'attire... Si on y réfléchit, est-ce que le hasard existe? Bonnes ou mauvaises occasions, réussites et malheurs, gros lots et accidents, tout ce qui arrive ne dépend-il pas de choix effectués en amont? L'écrivain Laure Conan assure: "Rien n'arrive pas hasard. La fortune n'est qu'un mot". Pourquoi faisons-nous un jour une rencontre décisive, pourquoi soudain un coup de foudre ravageur? Comment se retrouve-t-on à tel endroit au moment où il ne le faudrait pas? Beaucoup de scénarios de films ont décrit les concours de circonstances menant à un évènement dramatique: "Les choses de la vie", "Babel"... Combien de citations confondent alors le hasard et le destin, le hasard et l'intervention divine! Cela paraît facile... En revanche, je penserais bien comme Alfred Capus: "Le hasard dans certains cas, c'est la volonté des autres."... Et pour en revenir à l'amour, voici quelques rimes séduisantes, de Paul Géraldy:
"On aime d'abord par hasard,
Par jeu, par curiosité,
Pour avoir dans un regard
Lu des possibilités."

Le risque

Le mot hasard provient de la langue arabe; d'abord jeu ou coup de dés heureux, il finit par signifier une chance et aussi un risque. Un proverbe de même origine énonce que "le hasard est une loi qui voyage incognito"... Le mot "dé", lui, renvoie à des sources latines, au mot "donner": le dé est "chose donnée" pour jouer, le "jeu de dés" est "aléa", et ce qui est "relatif au jeu" est "aléatoire".

Au hasard se mêle donc, évidemment, l'idée d'une certaine prise de risque. Hésitant à faire un choix, on s'en remet au hasard, on joue aux dés, on tire à "pile ou face" ou "à la courte paille", au risque de se voir élu ou de perdre... On peut encore décider d'attendre, ce sera "au petit bonheur la chance".

En cours de dessin, mon professeur me pousse à provoquer le hasard: il faut "oser", me dit-il lorsqu'il s'agit de diluer plus ou moins l'encre de Chine pour obtenir un lavis. Je dois tester, faire l'expérience, couvrir ma feuille, voir ce que cela donne, agir avec audace, utiliser le hasard du geste pour construire. En provoquant le hasard, en prenant des risques, j'apprends aussi, c'est ce que l'on veut m'enseigner. Et au théâtre, Michel Raskine a sûrement raison "d'oser": "Qui ne risque rien n'a rien!"

Une vie de hasard

Et voilà que je ramène cela à la vie, enfin à la mienne: avec quelques regrets je pense n'avoir pas toujours suffisamment "osé"! Bon, tant pis! Les évènements se sont enchaînés pour me conduire ici où je ne suis pas si mal! D'autres rencontres, d'autres choix m'auraient menée ailleurs, mais où? Vivrais-je mieux ou moins bien, qui peut savoir? Il faut continuer, en route pour demain, de toute façon dans une certaine incertitude: "demain, c'est encore le pays du hasard! (Jean-Claude Pirotte)... Et pourquoi ne pas s'amuser avec? Dans mes balades, en continuant à chasser les reflets, j'aurai peut-être l'impression de le maîtriser un peu : "La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard" (John Stuart Mill)... Mais surtout je me souhaite le bonheur de rencontrer encore, par hasard, de jolis mots.
L'avenir n'est pas très organisé finalement, plein de possibles, et de risques! Le hasard, quel bazar!

samedi 7 mars 2009

reproches

Suite au concert Reproches dans un sympathique Peps café, j'ai eu bien envie de mognoter ce p'tit mot-là...

Alors, d'où viennent ces reproches? Eh bien, tout simplement, du mot "prochain".

On reçoit les reproches de son "prochain", de son voisin, de son parent, d'un "proche", comme on peut lui en adresser. Je me "rapproche" de lui, je me mets tout près, pour lui (ra)conter, lui (re)présenter une chose, une action, un comportement dont je le rends responsable. Je peux aller jusqu'à lui en "(re)montrer" et presque lui faire la leçon! Ou bien c'est lui qui m'exprime son mécontentement, qui me désapprouve, me plaçant la raison de sa colère devant les yeux ou exhibant la preuve "sous mon nez".

Ce jugement défavorable énoncé, ces reproches formulés visent à inspirer des regrets, à faire prendre conscience d'une part de responsabilité ou même à obtenir réparation... Souffle donc un petit vent de comptes à rendre!

Mais qui est "irréprochable"? Quant à "se" reprocher des faits ou une conduite, il faut bien dire que la situation se révèle souvent inconfortable et parfois insupportable...

... puis m'est venu cet acrostiche, fantaisie plutôt triste, mais voilà...

          Reste, ses yeux t'accrochent,
          E
coute ses mots qui ont peur,
          P
ardonne-lui, le temps décroche.
          R
anime l'amour dans ton coeur,
          O
ublie et lâche tes reproches,
          C
alme rancunes et colères.
          H
abille sa nuit qui approche,
          E
claire-la toute entière,
          S
erre sa vie qui s'effiloche...

mercredi 4 mars 2009

paris-brest

(Tanguy Viel, auteur du roman "Paris-Brest" paru aux Editions de Minuit, fait partie des invités de la Fête du Livre de Bron qui aura lieu ce week-end, du 6 au 8 mars! A vos agendas, bonnes rencontres et bonnes lectures!)

Distance et dessert

Un soir je découvre Tanguy Viel, au cours d'une émission de télévision, parmi de grands routiers de la littérature, présentant son roman et parlant d'écriture avec une sûreté et une fraîcheur séduisantes. Il m'intéresse; il écrit court, j'aime ça, c'est reposant, je suis lasse des pavés: m'enivrer d'un trait de toute une histoire me comble, comme lorsqu'au cinéma je plonge deux heures dans l'ambiance d'un film. Je suis accrochée aussi par son amour de la Bretagne, sa terre d'enfance, son album personnel d'images, dont il fait le cadre de ses intrigues... Moi qui ai vécu toute mon adolescence entre Côtes d'Armor (du Nord à une époque déjà lointaine) et Finistère, je n'en suis pas ressortie indemne non plus! Je me souviens également de mon exil parisien, volontaire comme celui du nouveau héros de Tanguy Viel et peut-être de l'auteur lui-même, de mes trajets de retour depuis Montparnasse jusqu'au bout du bout de la ligne, long périple quand n'existait pas le TGV! C'est donc bien l'idée d'un éloignement, d'une distance à parcourir, qui me vient à l'esprit en premier lorsque l'écrivain annonce son "Paris-Brest".

Mais le nom évoque aussi, forcément, l'image d'un dessert à base de pâte à choux et de crème au beurre dont j'avoue ne pas raffoler mais qu'il me semble avoir toujours connu. Ce que l'on sait moins c'est que M. Louis Durand, pâtissier de Maisons-Laffitte, créa cette fameuse couronne gourmande en 1910 en voulant symboliser une roue de vélo! Il s'agissait pour lui de rendre hommage à la randonnée cycliste Paris-Brest-Paris née elle-même en 1891! Je découvre aujourd'hui l'histoire de cette épreuve populaire et son esprit qui est principalement celui de la "découverte des autres et de soi à travers l'effort". Cette dimension implique un engagement personnel, une lutte, un défi, ce qui nous ramène aux objectifs poursuivis par le nouveau personnage de Tanguy Viel.

Dessert et défi

Revenons donc à des préoccupations littéraires: on parle bien un peu de pâtisserie dans "Paris-Brest"! Ainsi le narrateur, "Louis" (tiens tiens!), débarque du train en provenance de Paris, ce 20 décembre 2000, date par ailleurs bien ronde... Arrivant à la nouvelle maison familiale, en dehors de la ville et dominant l'océan, "érigée comme un défi bourgeois à la mer millénaire", le jeune homme offre négligemment le dessert à sa mère: "Je suis passé à la boulangerie, j'ai dit. Et lui donnant la boîte rectangle que je tenais dans la main droite, j'ai ajouté: il n'y avait plus que ça, un Paris-Brest."... Bon! Le garçon serait-il prévenant, bien élevé, en harmonie avec sa mère qui désire surtout que tout se passe bien et qui s'acharne à vouloir "reconstituer" la famille? Le problème c'est que dans la main gauche Louis porte aussi sa valise et que cette valise contient cent soixante-quinze pages sulfureuses... sur lesquelles sont écrites des "choses"... "Alors Louis, il paraît que tu écris des choses sur nous?" s'inquiètera sa mère un peu plus tard sans oser montrer sa gêne ni son mépris... "En bien j'espère!" ajoutera la grand-mère, la "vieille dame", une héritière choyée... "Est-ce que tu parles de moi?" tente aussi le frère, le footballeur qui lui au moins a réussi... Seul le père se tait, pourtant acteur d'un scandale passé qui régale encore la sphère brestoise... C'est la même inquiétude envers ces éventuelles "choses" rapportées qu'exprimera également quelques pages plus loin "le fils Kermeur", personnage extérieur à la famille mais essentiel car déclencheur de drames et de prises de conscience, quasiment pivot de l'histoire: ce "gosse odieux" infréquentable, vulgaire rejeton d'une femme de ménage, avec qui il a bien fallu autrefois "composer"!!!

Défi et roman

Louis ramène donc, effectivement, un roman, "son" roman familial, qu'il a construit "à l'anglaise", avec une atmosphère - Brest, le vent et la "transformation incessante des humeurs maritimes" - et aussi "à la française", c'est-à-dire avec beaucoup de chiffres, de l'argent et un héritage... Pour Louis, c'est un roman de réparation, l'expression de son malaise, un règlement de comptes, une réponse vitale à la gifle d'une mère aigre et coincée qui a toujours eu honte de lui, petit intellectuel pas complètement "sec derrière les oreilles". Ces feuillets sont une quête d'identité, un défi personnel, pour soulager son coeur, "effacer le mal", montrer qu'il est capable de s'affirmer seul, refuser d'être un simple "satellite" de sa mère et se libérer de son emprise. Et pour réussir ce défi, il lui fallait mettre de la distance, gagner la capitale et revenir... surtout revenir... quand il serait sûr d'être "assez fort" pour affronter le vent d'Ouest, un billet "Paris-Brest" agité dans la main "en signe de victoire"! Il ne croit plus que "les romans familiaux n'intéressent personne". Tous les gens ne rêvent-ils pas d'écrire "un roman sur leur propre famille, un roman qui en finit avec les veilles de Noël et les parenthèses mal fermées"? Lui il l'a fait, il l'a réussi, ça y est! Alors bien sûr, à coté du dessert traditionnel de bon ton et même un peu bourratif, le roman de Louis est un cadeau empoisonné, une friandise amère, l'absolu témoignage d'une décomposition familiale.

Roman et recette

Louis détaille dans son récit une recette d'un type particulier, celle qu'il a utilisée pour construire son roman familial. Il précise la façon dont il a accommodé les évènements de sa vie pour que le résultat final soit suffisamment attrayant, comme on soigne l'apparence du gâteau que l'on veut appétissant. Il insiste sur la nécessaire mise en scène d'un enterrement, pour faire "plus vrai", ou l'évocation d'un séjour en prison, pour faire "plus romanesque"! Il cherche à susciter des interrogations, aiguiser la curiosité, pimenter l'attente, sans oublier de ménager des pauses et de placer quelques anecdotes pour alléger le parcours miné... Il faut donc du suspense, et pour alimenter ce suspense et lier les ingrédients, il est essentiel d'avoir du style... Celui de Louis, et donc de Tanguy Viel, est original mais demande qu'on s'adapte à son rythme et qu'on joue le jeu. Les phrases sont très longues, pas toujours si fluides, chacune englobe toute une scène, elles en facilitent la représentation mentale et n'autorisent guère la distraction, au risque d'essouffler le lecteur. Les unités courtes, très rares, sont des couperets qui surprennent et participent à la tension, à l'action.

Suspense et style

Dans "L'absolue perfection du crime" et "Insoupçonnable", l'auteur menait déjà ses intrigues tambour battant, dans une atmosphère océanique lourde, changeante, mouvementée, intransigeante; il jouait avec les complots de famille, la course à l'argent et les perversions humaines. Son écriture cinématographique se retrouve ici, à bord de ce "Paris-Brest" intime et à grande vitesse dans lequel on se délecte de petites affaires et de scandales...

dimanche 1 mars 2009

parc (2)

Pour lire la première partie : parc (1)


Objectif mangoustes !


Papa et Sammy se dirigent vers la plaine africaine… Les dames au long cou sont peut-être restées au chaud car Sammy ne les voit pas devant leur très haut bâtiment de bois. En revanche voilà trois watusis qui semblent les attendre à la porte! Papa est obligé de prendre Sammy dans les bras sinon le pauvre ne voit que des cornes. Papa dit que dans leur pays les watusis sont élevés pour le lait comme les vaches chez grand-mère, à la campagne. Sammy aime répéter le nom "watusi", et aussi "zébu"... "Watusi, zyva, zébu, zébulon!" ajoute papa en riant.

Sammy retrouve la terre ferme. Ils entendent tout d'un coup beaucoup de bruit, ce sont les "lémuriens" explique encore papa, mais Sammy les appelle "ses p’tits singes". Là-bas sur l’île , il faut les voir ! Quelle bataille, quelle pagaille! "Vite, vite !". Ils s'agitent dans les arbres, les makis, les varis, ils ont des noms qui rient ! D’ailleurs ils s'amusent, ils sautent d'une branche à l'autre; un moment on ne les distingue presque plus, puis ils réapparaissent et on essaie encore de suivre le noir et blanc de leur pelage.

Quand les coquins s'arrêtent enfin de faire les clowns, Papa et Sammy continuent à marcher le long de l'étang. Il y a beaucoup de flamants roses pas si roses, et le petit garçon n'aime pas les regarder, c'est pas drôle, ils sont beaucoup trop sages ! Papa le met enfin sur ses épaules et Sammy arrive à voir dans les rochers un pélican tranquille mais pas très gracieux. Dans les arbres, de l'autre côté de l'eau, sont suspendus des grands paniers pour les girafes mais elles ne sont pas là non plus. Avant, il y avait aussi des zèbres qui partageaient la plaine avec elles, mais maman a raconté qu'ils sont tombés malades, alors les gens du parc attendent de savoir pourquoi avant d'en prendre de nouveaux. Les crocodiles, eux, sont dans leur maison, il fait trop froid pour qu'ils pataugent dehors dans la mare; les enfants doivent coller le visage aux vitres pour les voir, ces paresseux ! Sammy jette juste un œil, l’année dernière il en a vu plein à la ferme aux crocodiles, sa classe y était allée en car avec les maîtresses, c'était cool, surtout le pique-nique!

Voilà maman avec Anna, elles les ont rattrapés, la petite est sage pour l'instant, mais avec elle on ne sait jamais ! Pourvu qu’elle soit sympa jusqu’aux mangoustes, ce n'est plus très loin. Il faut se frayer un passage dans la foule… Ça sent la barbe à papa et les gaufres, mmm ! Tant pis, Sammy est trop pressé de saluer ses amies. Il passe d’abord devant le porc-épic au museau plutôt mignon mais l'animal est si gros! Sammy ne trouve pas très élégant ce super hérisson géant, avec ses piquants très très longs et si encombrants...

"On arrive, on arrive !" crie Sammy qui se faufile entre les jambes des personnes agglutinées devant la cage vitrée voisine. Enfin il distingue une des mangoustes jaunes au sommet de son monticule de terre, sous une lampe qui donne une lumière un peu rouge ; elle a pris son tour de garde! Le poste est confortable, ça chauffe!




La deuxième mangouste se promène derrière les parois de verre. Il y a de plus en plus de trous dans le terrier, sûrement un vrai labyrinthe ! La sentinelle gronde, on ne l'entend pas mais Sammy voit qu'elle n'a pas l'air content, les flashes des appareils photo l'ont peut-être effrayée! "Maman! Mais arrête ! Tu lui fais peur ! " crie Sammy très fâché. Le couple doré a disparu, Le petit garçon pique une grosse colère ! Ils attendent encore un peu. " On s’en va!", décrète Sammy, " je veux rentrer à la maison ! C’est toujours pareil ! C’est votre faute !"




Papa et maman se regardent… Comme d'habitude, dans quelques minutes Sammy aura oublié sa mauvaise humeur. Ils contourneront les enclos des fauves, s’arrêteront devant le lion toujours à grogner et à faire les cent pas, puis ils rentreront tranquillement. Leur petit révolté retrouvera Winnie, il s'installera dans les bras de Maman pour se reposer et faire un câlin réparateur, Papa baignera Anna... Ils retourneront voir les mangoustes dimanche prochain! ! !


(Pour compléter cette promenade, voici les liens pour obtenir quelques informations sur le Jardin Zoologique de Lyon ou bien naviguer sur le joli site de Timon la mangouste !)