jeudi 12 mars 2009

giboulée

Retour de courses, fin de matinée comme une autre, les bras un peu chargés... La tête encombrée, comme d'habitude quand je marche: des phrases, des petites peines ressassées, des projets, ça se bouscule et me vaut parfois des surprises: une boutique souvent dépassée, une station de métro parfois ratée... Bon mais là, aujourd'hui, les emplettes finies, je rentre à pied... Le ciel aussi est encombré, les nuages sont bas, d'un noir lourd et inquiétant! Je vois les premières gouttes plus que je ne les sens, j'avance un peu; le grain se précise, ce qui me décide à sortir le parapluie, pour une fois j'avais prévu le coup! Le temps de l'ouvrir, en me contorsionnant pour jongler avec mes sacs à provisions, de petites billes de grêle rebondissent légèrement sur le sol, elles font à peine de bruit... Je continue mon chemin, aucun passant ne semble inquiet ou craindre un déluge, moi non plus! D'ailleurs, cela ne dure pas très longtemps; quelques rues plus loin, tout s'arrête et le plafond s'est éclairci. Je me surprends à sourire... Une giboulée... de mars bien sûr! C'est dans l'ordre des choses! Et savez-vous pourquoi je lui fais bonne figure? C'est qu'elle me fait penser au printemps, et le printemps c'est si doux...

Elle me plaît d'autant plus cette giboulée qu'une fois rentrée, débarrassée, séchée, je m'aperçois, en feuilletant quelques recueils, que ce mot, si banal finalement, n'a pas d'origine clairement établie. Tant mieux, je vais pouvoir le tourner et le retourner à loisir... On connaît la cause de cette pluie subite et de courte durée, mêlée parfois de vent, de grêle fine ou de neige: elle est due aux contrastes thermiques qui accompagnent le changement de saison. Mais comment est apparu le mot? Mystère... Ici elle descendrait du gibier, en passant par le gibelet et la gibelotte, ce qui a pu inspirer Bernardin de Saint-Pierre: "Des giboulées de neige volent dans les airs comme des plumes d'oiseaux". on évoque l'ancien français "gibe" qui est une charge, dans le sens de "ruade", et que l'on retrouve dans "regimber". Enfin "oulée" semble proche du suffixe "ole", un diminutif qui allégerait l'aspect brutal de la charge donc de l'averse. Cependant l'usage populaire de la giboulée comme "bordée" ou "volée de coups" conserve une certaine violence! Retenons l'idée de soudaineté comme caractéristique principale de notre prometteuse pluie de mars, autrefois appelée aussi "triboulée".

Décidément le mot me plaît, j'aime à le répéter, il roule tout seul, il est tout rond, même si toute en boule la giboulée traduit la colère du temps. Elle est rafraîchissante et il m'amuse, je l'imagine en charade, facile! Essayez! Sinon écoutez-la sur les carreaux, si ça peut vous bercer, mais il faudra s'endormir vite! Ou bien encore faites-le résonner dans votre tête: vous verrez, les sons se précipitent, changent de place ou d'autres mots s'en mêlent: ils jubilent, bougent et dansent la gigue...

Les beaux jours
Se profilent
Temps d'amours
Mars avril
La promesse
Déroulée
P'tite averse
Giboulée!

2 commentaires:

PtitSeb a dit…

We had some fancy weather in NY in the last couple of weeks. It snowed last week and we had maybe the coldest day of the year. Now it's spring. Anyway. I don't know if they have the word for "giboulee"!

Martine a dit…

That is the question!
I have found only "sudden shower" for "giboulée"... Une bonne petite douche, c'est bien vrai.