lundi 9 mars 2009

hasard

Le jeu de l'amour et du hasard

Sortie théâtre jeudi soir dernier: "Le jeu de l'amour et du hasard", Marivaux remis au goût du jour, au "point" du jour, par le metteur en scène Michel Raskine. Du bon temps, deux heures trente rapides, dialogues clairs et arrangements dynamiques presque jusqu'à la fin. Nous, spectateurs, apprécions déjà le ton de cette comédie où l'on ruse dangereusement avec les sentiments: même si ce fameux jeu est hasardeux, dans le sens où il comporte des risques, nous en maîtrisons l'issue. L'objectif de cette version, clairement annoncé, est que le public redécouvre les mots de Marivaux et ne se laisse pas seulement bercer par les dialogues. Il s'agit pour Michel Raskine de surprendre et de maintenir l'attention par quelques hardis partis pris:

- d'abord celui de proposer un décor simple, manipulé et mis en lumière par deux techniciens dont la présence et les déplacements sont intégrés dans la mise en scène,

- ensuite de faire jouer la pièce par des acteurs très "mûrs" dont l'expérience permet une diction assurée et effectivement convaincante,

- et enfin de donner plus de consistance au personnage de Mario d'habitude perçu comme simple observateur du jeu.

C'est sur ce dernier point que je me pose quelques questions. Michel Raskine incarne lui-même Mario, il "l'anime" devrait-on dire, le montre farceur, extravagant, excentrique, ce qui déclenche automatiquement les rires dans la salle. Les spectateurs adhèrent à cette présentation, ils guettent même les interventions de Mario, les lycéens présents apprécient. Mais... l'interprétation burlesque de Mario ne suffisait-elle pas? Michel Raskine n'a-t-il pas ensuite pris des risques en continuant à jouer son rôle de bouffon jusque dans les intermèdes? Etait-il nécessaire d'en faire autant pour se mettre à la portée du public? Au cours d'un final très long, encore marqué par les exagérations de Mario, la salle ne sait plus ce qu'on attend d'elle: une sage observation de la mise en scène, une participation quelconque, des applaudissements?

Un succès tout de même pour cette version où l'âge des acteurs ne trahit pas le jeu de l'amour conçu par Marivaux, ça plaît!

Le hasard

Mais le hasard au fait? Le mot m'attire... Si on y réfléchit, est-ce que le hasard existe? Bonnes ou mauvaises occasions, réussites et malheurs, gros lots et accidents, tout ce qui arrive ne dépend-il pas de choix effectués en amont? L'écrivain Laure Conan assure: "Rien n'arrive pas hasard. La fortune n'est qu'un mot". Pourquoi faisons-nous un jour une rencontre décisive, pourquoi soudain un coup de foudre ravageur? Comment se retrouve-t-on à tel endroit au moment où il ne le faudrait pas? Beaucoup de scénarios de films ont décrit les concours de circonstances menant à un évènement dramatique: "Les choses de la vie", "Babel"... Combien de citations confondent alors le hasard et le destin, le hasard et l'intervention divine! Cela paraît facile... En revanche, je penserais bien comme Alfred Capus: "Le hasard dans certains cas, c'est la volonté des autres."... Et pour en revenir à l'amour, voici quelques rimes séduisantes, de Paul Géraldy:
"On aime d'abord par hasard,
Par jeu, par curiosité,
Pour avoir dans un regard
Lu des possibilités."

Le risque

Le mot hasard provient de la langue arabe; d'abord jeu ou coup de dés heureux, il finit par signifier une chance et aussi un risque. Un proverbe de même origine énonce que "le hasard est une loi qui voyage incognito"... Le mot "dé", lui, renvoie à des sources latines, au mot "donner": le dé est "chose donnée" pour jouer, le "jeu de dés" est "aléa", et ce qui est "relatif au jeu" est "aléatoire".

Au hasard se mêle donc, évidemment, l'idée d'une certaine prise de risque. Hésitant à faire un choix, on s'en remet au hasard, on joue aux dés, on tire à "pile ou face" ou "à la courte paille", au risque de se voir élu ou de perdre... On peut encore décider d'attendre, ce sera "au petit bonheur la chance".

En cours de dessin, mon professeur me pousse à provoquer le hasard: il faut "oser", me dit-il lorsqu'il s'agit de diluer plus ou moins l'encre de Chine pour obtenir un lavis. Je dois tester, faire l'expérience, couvrir ma feuille, voir ce que cela donne, agir avec audace, utiliser le hasard du geste pour construire. En provoquant le hasard, en prenant des risques, j'apprends aussi, c'est ce que l'on veut m'enseigner. Et au théâtre, Michel Raskine a sûrement raison "d'oser": "Qui ne risque rien n'a rien!"

Une vie de hasard

Et voilà que je ramène cela à la vie, enfin à la mienne: avec quelques regrets je pense n'avoir pas toujours suffisamment "osé"! Bon, tant pis! Les évènements se sont enchaînés pour me conduire ici où je ne suis pas si mal! D'autres rencontres, d'autres choix m'auraient menée ailleurs, mais où? Vivrais-je mieux ou moins bien, qui peut savoir? Il faut continuer, en route pour demain, de toute façon dans une certaine incertitude: "demain, c'est encore le pays du hasard! (Jean-Claude Pirotte)... Et pourquoi ne pas s'amuser avec? Dans mes balades, en continuant à chasser les reflets, j'aurai peut-être l'impression de le maîtriser un peu : "La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard" (John Stuart Mill)... Mais surtout je me souhaite le bonheur de rencontrer encore, par hasard, de jolis mots.
L'avenir n'est pas très organisé finalement, plein de possibles, et de risques! Le hasard, quel bazar!

2 commentaires:

clamarty a dit…

Celui qui a pensé et dit un jour "100% des gagnants ont tenté leur chance" a parfaitement résumé. La fortune sourit aux audacieux. Comment avoir de la chance en restant passif ? La chance n'est pas d'essence divine, c'est bien souvent le prix d'un risque. Et face au hasard, la force c'est de savoir en tirer le meilleur parti. C'est aussi ce qui peut transformer le hasard en chance.

Gisèle a dit…

Cette fois, tu as fait très fort. Encore bravo. Pour ma part, je n'ai pas cette CHANCE de pouvoir m'exprimer aussi bien que toi.