mercredi 4 mars 2009

paris-brest

(Tanguy Viel, auteur du roman "Paris-Brest" paru aux Editions de Minuit, fait partie des invités de la Fête du Livre de Bron qui aura lieu ce week-end, du 6 au 8 mars! A vos agendas, bonnes rencontres et bonnes lectures!)

Distance et dessert

Un soir je découvre Tanguy Viel, au cours d'une émission de télévision, parmi de grands routiers de la littérature, présentant son roman et parlant d'écriture avec une sûreté et une fraîcheur séduisantes. Il m'intéresse; il écrit court, j'aime ça, c'est reposant, je suis lasse des pavés: m'enivrer d'un trait de toute une histoire me comble, comme lorsqu'au cinéma je plonge deux heures dans l'ambiance d'un film. Je suis accrochée aussi par son amour de la Bretagne, sa terre d'enfance, son album personnel d'images, dont il fait le cadre de ses intrigues... Moi qui ai vécu toute mon adolescence entre Côtes d'Armor (du Nord à une époque déjà lointaine) et Finistère, je n'en suis pas ressortie indemne non plus! Je me souviens également de mon exil parisien, volontaire comme celui du nouveau héros de Tanguy Viel et peut-être de l'auteur lui-même, de mes trajets de retour depuis Montparnasse jusqu'au bout du bout de la ligne, long périple quand n'existait pas le TGV! C'est donc bien l'idée d'un éloignement, d'une distance à parcourir, qui me vient à l'esprit en premier lorsque l'écrivain annonce son "Paris-Brest".

Mais le nom évoque aussi, forcément, l'image d'un dessert à base de pâte à choux et de crème au beurre dont j'avoue ne pas raffoler mais qu'il me semble avoir toujours connu. Ce que l'on sait moins c'est que M. Louis Durand, pâtissier de Maisons-Laffitte, créa cette fameuse couronne gourmande en 1910 en voulant symboliser une roue de vélo! Il s'agissait pour lui de rendre hommage à la randonnée cycliste Paris-Brest-Paris née elle-même en 1891! Je découvre aujourd'hui l'histoire de cette épreuve populaire et son esprit qui est principalement celui de la "découverte des autres et de soi à travers l'effort". Cette dimension implique un engagement personnel, une lutte, un défi, ce qui nous ramène aux objectifs poursuivis par le nouveau personnage de Tanguy Viel.

Dessert et défi

Revenons donc à des préoccupations littéraires: on parle bien un peu de pâtisserie dans "Paris-Brest"! Ainsi le narrateur, "Louis" (tiens tiens!), débarque du train en provenance de Paris, ce 20 décembre 2000, date par ailleurs bien ronde... Arrivant à la nouvelle maison familiale, en dehors de la ville et dominant l'océan, "érigée comme un défi bourgeois à la mer millénaire", le jeune homme offre négligemment le dessert à sa mère: "Je suis passé à la boulangerie, j'ai dit. Et lui donnant la boîte rectangle que je tenais dans la main droite, j'ai ajouté: il n'y avait plus que ça, un Paris-Brest."... Bon! Le garçon serait-il prévenant, bien élevé, en harmonie avec sa mère qui désire surtout que tout se passe bien et qui s'acharne à vouloir "reconstituer" la famille? Le problème c'est que dans la main gauche Louis porte aussi sa valise et que cette valise contient cent soixante-quinze pages sulfureuses... sur lesquelles sont écrites des "choses"... "Alors Louis, il paraît que tu écris des choses sur nous?" s'inquiètera sa mère un peu plus tard sans oser montrer sa gêne ni son mépris... "En bien j'espère!" ajoutera la grand-mère, la "vieille dame", une héritière choyée... "Est-ce que tu parles de moi?" tente aussi le frère, le footballeur qui lui au moins a réussi... Seul le père se tait, pourtant acteur d'un scandale passé qui régale encore la sphère brestoise... C'est la même inquiétude envers ces éventuelles "choses" rapportées qu'exprimera également quelques pages plus loin "le fils Kermeur", personnage extérieur à la famille mais essentiel car déclencheur de drames et de prises de conscience, quasiment pivot de l'histoire: ce "gosse odieux" infréquentable, vulgaire rejeton d'une femme de ménage, avec qui il a bien fallu autrefois "composer"!!!

Défi et roman

Louis ramène donc, effectivement, un roman, "son" roman familial, qu'il a construit "à l'anglaise", avec une atmosphère - Brest, le vent et la "transformation incessante des humeurs maritimes" - et aussi "à la française", c'est-à-dire avec beaucoup de chiffres, de l'argent et un héritage... Pour Louis, c'est un roman de réparation, l'expression de son malaise, un règlement de comptes, une réponse vitale à la gifle d'une mère aigre et coincée qui a toujours eu honte de lui, petit intellectuel pas complètement "sec derrière les oreilles". Ces feuillets sont une quête d'identité, un défi personnel, pour soulager son coeur, "effacer le mal", montrer qu'il est capable de s'affirmer seul, refuser d'être un simple "satellite" de sa mère et se libérer de son emprise. Et pour réussir ce défi, il lui fallait mettre de la distance, gagner la capitale et revenir... surtout revenir... quand il serait sûr d'être "assez fort" pour affronter le vent d'Ouest, un billet "Paris-Brest" agité dans la main "en signe de victoire"! Il ne croit plus que "les romans familiaux n'intéressent personne". Tous les gens ne rêvent-ils pas d'écrire "un roman sur leur propre famille, un roman qui en finit avec les veilles de Noël et les parenthèses mal fermées"? Lui il l'a fait, il l'a réussi, ça y est! Alors bien sûr, à coté du dessert traditionnel de bon ton et même un peu bourratif, le roman de Louis est un cadeau empoisonné, une friandise amère, l'absolu témoignage d'une décomposition familiale.

Roman et recette

Louis détaille dans son récit une recette d'un type particulier, celle qu'il a utilisée pour construire son roman familial. Il précise la façon dont il a accommodé les évènements de sa vie pour que le résultat final soit suffisamment attrayant, comme on soigne l'apparence du gâteau que l'on veut appétissant. Il insiste sur la nécessaire mise en scène d'un enterrement, pour faire "plus vrai", ou l'évocation d'un séjour en prison, pour faire "plus romanesque"! Il cherche à susciter des interrogations, aiguiser la curiosité, pimenter l'attente, sans oublier de ménager des pauses et de placer quelques anecdotes pour alléger le parcours miné... Il faut donc du suspense, et pour alimenter ce suspense et lier les ingrédients, il est essentiel d'avoir du style... Celui de Louis, et donc de Tanguy Viel, est original mais demande qu'on s'adapte à son rythme et qu'on joue le jeu. Les phrases sont très longues, pas toujours si fluides, chacune englobe toute une scène, elles en facilitent la représentation mentale et n'autorisent guère la distraction, au risque d'essouffler le lecteur. Les unités courtes, très rares, sont des couperets qui surprennent et participent à la tension, à l'action.

Suspense et style

Dans "L'absolue perfection du crime" et "Insoupçonnable", l'auteur menait déjà ses intrigues tambour battant, dans une atmosphère océanique lourde, changeante, mouvementée, intransigeante; il jouait avec les complots de famille, la course à l'argent et les perversions humaines. Son écriture cinématographique se retrouve ici, à bord de ce "Paris-Brest" intime et à grande vitesse dans lequel on se délecte de petites affaires et de scandales...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

D'accord pour le repos. Cependant, Tanguy Viel est un petit écrivaillon pistonné de partout pour éditer ses médiocrités aux éditions de minuit. Il a de la chance ce garçon de pourvoir bien vivre d'un métier qu'il fait si mal.

Martine a dit…

Eh bien, quelle véhémence! Cependant ce qui vous paraît médiocre peut contenter d'autres lecteurs; il en faut pour tous les goûts n'est-ce pas? Il y a dans la littérature beaucoup de textes que je trouve personnellement illisibles et qui ne me procurent aucun plaisir, mais de là à porter un jugement catégorique sur le talent des auteurs, qui suis-je pour le faire, je n'oserais pas, je les laisse de côté c'est tout. Mais vous au fait, qui êtes-vous?