mercredi 25 mars 2009

quais (1)

Rendez-vous sur les quais du polar à Lyon ce week-end, 27, 28 et 29 mars! En guise de préambule, voici la première partie d'une fantaisie à frissonner...


"Je vais te tuer…", c’est tout ce qui est écrit sur le petit billet que je viens de dégoter sous le troisième hublot du quai ; enfin c’est tout et c’est beaucoup. Je me glisse dans le halo du lampadaire le plus proche, je lis et je relis… Avec mes manies de transformer tout en roman je pars au quart de tour… Qui est "je" et "je" va tuer qui ?

Bon, je regarde autour de moi… Je suis venue seule… La nuit, on ne distingue pas trop les visages des promeneurs à moins d’être tout près… Pas énormément de monde pour ce 8 décembre ! En fait on est dimanche, les touristes ont commencé à partir ; il y a encore un peu la foule en ville mais ici, entre le Pont Morand et le Parc c’est tranquille. Côté fleuve : les péniches, quelques passerelles et des lueurs dansantes sur l’autre berge. Côté rue : des projections sur le dénivelé de pierres. L’entre-deux est un autre univers ; on se croit dans une longue coursive de paquebot, des plongeurs en combinaison passent en ondulant derrière des hublots colorés, quelques poissons furtifs y viennent aussi faire leurs curieux, libres et pacifiques. Des enfants gravissent les pentes pour narguer ces illusions. Je me suis arrêtée, photo oblige ; j’ai un peu de mal avec les prises de nuit…


Un zoom, et voilà, j’ai repéré le fameux petit bout de papier : un morceau de calepin à spirale, quadrillé 5x5, plié en quatre et glissé dans une encoche entre les pierres, même pas humide du petit grain tombé tout à l’heure donc… pas si vieux… Je tourne sur moi-même, pas rassurée, et je commence à sentir le froid… Non je me laisse aller. J'examine encore le message : confession ? plaisanterie ? jeu de piste ? Allons je suis impressionnée, c’était à prévoir… Le sombre alterne avec les faisceaux des projecteurs et la traîne des lumières de l’Avenue de Grande-Bretagne ; j’avance prudemment, des mômes zigzaguent, des couples profitent… Un grésillement, non ce n’est rien : un passant qui allume une cigarette, il me dépasse… Des rires, une bande en vélo’v, et toujours moi qui gamberge… Stop ! J’y pense… Je reprends le p’tit mot, c’est bizarre cette encre ! On dirait que le trait n’est pas très franc, un peu rouge, oui c’est ça, pas une couleur de stylo ordinaire… DU SANG peut-être ? Me voilà bien ! Je relève les yeux, observe alentour ; dans les broussailles en contrebas sont disséminées des silhouettes lumineuses, éclatantes, et d’autres aussi sont pendues dans un arbre décharné… Je vois bien qu’elles sont des créatures sans chair, des leurres inanimés, mais j’ai peur…



Je frissonne, je vais partir, j’ai toujours mon papier, je veux le jeter, une main sur mon poignet, un corps se colle au mien, je dérape sur le quai humide, nous roulons jusqu’aux pieds d’un de ces fantômes de lumière. Lumière de fête, faites les sots, sautez en vie, vite sombrez, tout s’illumine pour moi, je resplendis… Dans un feu d’artifice d’images je m’unis avec ce type étrange, fusion d’enfer qui enfante un nouveau démon, un héros, Roméo !


à suivre... quai (2)

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