mercredi 29 avril 2009

poivron

Sujet futile après les pensées, mais il faut bien continuer...
Voici donc un éloge du poivron...

J'aime les poivrons, de plus en plus! Non seulement pour leur goût, mais aussi pour eux-mêmes, pour leur physique, leur apparence. Hé oui je l'avoue, je me réjouis de les dessiner, et peignant leurs reliefs j'ai l'impression de les connaître mieux, de me les approprier, bien avant de les accommoder...












Le médecin de Christophe Colomb serait à l'origine du nom "poivron", ayant confondu cette nouvelle variété de piment d'Amérique avec des baies de poivrier. Le "poivre-long" n'est autre qu'un piment doux, un fruit dont l'enveloppe renferme de nombreuses graines dans une cavité intérieure creuse et finement cloisonnée. A l'extérieur, sa peau lisse et brillante s'habille de couleurs franches, vert, orange, jaune, rouge, pour les plus fréquentes, selon le degré de mûrissement. Sur ma table, parmi d'autres fruits, mon poivron se contorsionne, cherchant à se faire une place; la lumière joue avec lui, les ombres se complaisent dans ses creux et sur ses bosses... Du poivron sur la planche pour le croque-trait que je suis! Il faudra bien deux ou trois jours avant que je me décide à le considérer comme un légume, à le manger tout cru, à le passer à la casserole, à le poêler, à le rendre complice d'une ratatouille, ou même à l'embrocher... Pour en finir!



Cependant je ne dégusterai plus jamais de poivron sans penser à la photographie de l'Américain Edward Weston qui met en évidence chez ce fruit une sensualité pour le moins inattendue, difficile à copier... Quelle révélation, et quel tremplin original pour l'imaginaire! Voilà une année de dessin qui se termine, déjà, sur une découverte intéressante et savoureuse, à faire regarder la nature d'un autre oeil...

samedi 25 avril 2009

pensées

A Marie-Christine...

Fleurs du souvenir, pétales veloutés,
Bouquet d'images vives,
Souvenirs ensoleillés...

Ce sont des pensées que je veux t'offrir,
Des émotions, des mots,
J'ai besoin de t'écrire!

Pour toi la nature était du bonheur,
Tu me l'as racontée
Avec toutes ses couleurs...

Composant dans ta tête mon jardin,
Tu m'as transmis ton goût,
Tu m'as guidée, si bien!

Toi la discrète, optimiste et souriante,
Comment ne pas t'aimer,
Tu étais une battante!

Tu cherchais le meilleur de tout, de nous,
Attentive et confiante,
Quel vide tout à coup!

Avec toi se meurt notre courage,
Dis pourquoi donc si vite
As-tu tourné la page?

Dans mon jardin je te verrai toujours
Et garde dans mon coeur
Ton empreinte velours...

jeudi 23 avril 2009

miracles

"Le temps des miracles", ce bien joli roman d'Anne-Laure Bondoux, me permet d'annoncer la fête du livre jeunesse de Villeurbanne les 25 et 26 avril prochains... Une nouvelle occasion de lectures et de rencontres!

Navigant sur le site de la fête du livre jeunesse de Villeurbanne, je repère dans le choix des libraires le nom d'Anne-Laure Bondoux... Il me dit quelque chose, j'ai dû rédiger une critique pour un de ses ouvrages au temps de sitartmag, mais je ne m'en souviens pas plus précisément... En tout cas j'en ai gardé une impression chaleureuse. Je chercherai plus tard. Pour l'instant, je suis tentée par son dernier livre qui recueille d'excellents commentaires. Bonne intuition: en effet, je vais en librairie feuilleter les premières pages de ce "temps des miracles" et voilà qu'il m'est impossible de le lâcher... Tout de suite je suis intriguée par le nom plutôt idéal du narrateur, Blaise "Fortune", par un atlas vert précieux qui rassemble le Mont Saint-Michel et Tbilissi, par l'évocation d'un "Terrible Accident" et d'un mystérieux "Matachine". Quels "aléas de l'existence" ont conduit Blaise de Géorgie jusqu'en France? Pourquoi repart-il aujourd'hui sur la trace d'une Gloria à qui il se sent tant redevable de sa bonne "fortune"?

Ainsi j'embarque pour ce voyage (ou devrais-je dire "ces" voyages, fuite et retour?), à la suite de Blaise (ou devrais-je dire Koumaïl?), portée par ses confidences à la première personne, émue par ses rencontres, troublée par Gloria... Qui est vraiment cette femme pour mener Blaise de l'enfance à l'âge adulte en lui enseignant sans relâche tout ce que contient le "barda" de l'existence? Qui est-elle pour lui raconter tant d'histoires au milieu desquelles il y a aussi "son" histoire à lui?



les histoires de Gloria, l'histoire de Blaise

Un beau jour, au coeur du récit, quelqu'un suggère un miracle pour sauver Gloria. "Ça tombe bien" puisque Blaise "est" un miracle: Gloria le lui a assez répété dans ses histoires! Il faut dire qu'avant d'être "citoyen de la République de France, le pays des Droits de l'Homme et de Charles Baudelaire", Blaise n'était ni français, ni rien. Et avant de devenir "fantôme" ou "courant d'air", il était Koumaïl et parlait russe. Quel parcours! C'est que Blaise Fortune a eu de la chance, grâce à Gloria qui lui a appris par exemple la patience: n'y a-t-il pas toujours "des étoiles derrière les nuages"? Gloria Bohème dont le nom s'habille de liberté lui a permis de traverser les frontières. Du Caucase vers la France, elle a accompagné Blaise le plus loin possible, comme promis. La destination, bien claire, ne pouvait que "donner des ailes" à l'adolescent. Et "tatata...", Gloria trouvait aussi les mots pour atténuer les horreurs et dire l'amour, combattre les peurs et expliquer les rêves. Maintenant c'est Blaise qui raconte, il en a besoin, pour reconstituer son existence, sa vérité, enfin. Gloria lui avait donné une version bien sûr, mais à sa façon, avec quelques "arrangements", du genre de ceux qui rendent les choses "plus supportables" et qui permettent de "continuer à vivre", avec l'espoir...



le temps des miracles

Je referme le livre, je sais tout ce que Blaise a voulu partager, ses interrogations, sa douleur, son chagrin, sa confiance, sa quête. Je recherche alors ce roman, du même auteur, que j'avais aimé il y a quelques années. Voilà, c'était en 2004: "La vie comme elle vient"! Et le titre de mon article de l'époque, "La vie est puissante, et l'amour surtout...", qui reprenait une phrase du récit, pourrait encore s'appliquer ici, aujourd'hui.

Sur Internet, je parcours ensuite le site officiel d'Anne-Laure Bondoux ; je découvre aussi celui qu'elle consacre entièrement à son nouveau livre "Le temps des miracles". Elle y convie ceux qui veulent en savoir plus à ouvrir quelques "tiroirs" pour satisfaire leur curiosité: comment a-t-elle conçu et préparé l'histoire de Blaise? Comment a-t-elle travaillé? Comment s'est-elle documentée? Quelle part y a-t-il de réalité, avec quelle dose de fiction? Ainsi le lecteur peut accompagner le jeune héros encore un moment, prolonger son plaisir au-delà du roman, et en profiter à volonté pour apprendre: apprendre sur l'écriture, apprendre sur le monde, sur les hommes.

Déjà sensibilisés en ce début d'année par le film "Welcome", comment ne pas nous sentir encore concernés par l'exil de Koumaïl et ses conditions d'arrivée en France? Roman de partage, appel d'humanité, histoire d'amour, "Le temps des miracles" encourage à découvrir des quêtes semblables et à tenter de comprendre. Il s'adresse évidemment à un large public et les éditions Bayard l'ont bien saisi puisque qu'elles proposent le livre en collection Millézime pour adolescents et parallèlement dans une présentation pour adulte. La seule différence est la couverture: pas de guirlande colorée pour les plus âgés, mais les deux images d'accroche sont la même silhouette solitaire en équilibre précaire sur un tonneau à la dérive... Quelle bonne idée cette double parution! Je me rappelle avoir rencontré plusieurs fois des ouvrages "jeunesse" à la "frontière" des publics, comme "Le chardon tchétchène" de Laurence Binet ou "Les yeux de Rose Andersen" de Xavier-Laurent Petit.


Merci Anne-Laure pour ces impulsions, ces messages d'espoir adressés à tous pour la vie. Vous parlez bien des gens admirables qui nous accompagnent sur quelques portions pénibles de nos routes, des chances extraordinaires qui semblent nées d'interventions bienveillantes, des bonheurs apparus comme par hasard quand on n'y croyait plus. Est arrivé "Le temps des miracles", grâce à beaucoup d'amour!

dimanche 19 avril 2009

prune

Dans ma rue, les prunes, ce n'est pas ce qui manque, elles se ramassent en toute saison! Elles atterrissent sur les pare-brise jusqu'à s'y chevaucher, plus lourdes que des papillons, moins guillerettes que des contredanses, et bien au goût de contraventions. Irritantes, difficiles à avaler, elles restent en travers de la gorge... Des coups au moral! Un choc, comme lorsqu'on vous balance une prune et que celle-ci désigne un projectile ou une balle au même titre qu'un pruneau! Pour le coup, la prune distribuée avec trop de pêche se révèle encore indigeste... Évitez aussi celui qui menace de vous "secouer les prunes" ou de vous "secouer comme un prunier"", c'est qu'il a des reproches sévères à vous adresser!

Et pourquoi ces brunes, vantant leur caractère et leurs idées, affirment-elles ne plus vouloir "compter pour des prunes"? Pourquoi certains se plaignent-ils de travailler "pour des prunes", avec l'air de dire qu'ils se cassent la tête pour pas grand chose? Là, il est facile d'établir l'origine de l'expression: la légende raconte que des Croisés ramenèrent seulement de nouvelles espèces de prunes d'un périple à Damas, retour de voyage décevant et rapport jugé négligeable... Ces espèces furent acclimatées chez nous avec succès, mais les prunes restaient des fruits communs, on s'en souciait comme d'une guigne, elles présentaient aussi peu de valeur que des nèfles! "Donner une prune pour deux oeufs" qualifiait un marché de dupes.

Pourquoi ces connotations de violence et de banalité? Dans l'Antiquité, le prunier éloignait pourtant les mauvais génies; chez les Indiens d'Amérique il symbolise la fécondité et en Chine il est toujours l'image du renouveau. Ses fleurs précoces annoncent le printemps, évoquent la pureté et la jeunesse, et certains en ont fait l'emblème de la résistance à l'oppression. Elles ont aussi inspiré des poètes et des peintres. Les fruits sont eux-mêmes savoureux, dans leurs grandes variétés, dégustés crus, tout frais sous leur pruine, cuisinés à l'orientale, déclinés en tartes, compotes, confitures dites prunelées, ou encore séchés pour obtenir les fameux pruneaux. Attention tout de même lorsque distillés en eau-de-vie, ils vous font encourir le risque "d'avoir une prune", comprenez qu'il ne faut pas en abuser jusqu'à l'ivresse. Vous seriez tentés de flirter parallèlement avec quelques obscénités, de parler vulgairement des testicules de Monsieur ou de traiter certaines jeunes filles légères de "saute-aux-prunes"... Sous prétexte que le fruit du prunier aurait une signification parfois érotique... Il ne faut pas rougir dans ce cas... ou alors y mêler du bleu pour atteindre un violet tirant sur le bordeaux, teinte plutôt classe, voire ecclésiastique!

Notre prune se chante plus joliment dans les comptines, sur l'air d'"Au clair de la lune", croquée goulûment par trois petits lapins bons vivants, ou désignant un compagnon de Messieurs Pomme et Poire dans "Trois petits bonshommes"... Quant à "La Prune" d'Edouard Manet, ce tableau représente une jeune femme elle aussi dans la lune, rêveuse et mélancolique. C'est sur cette note de tendresse que je referme le présent billet dont le seul objectif, certes bien léger, était de cuisiner quelques mots en contant pour des prunes...

vendredi 17 avril 2009

bureau

Panique sur mon bureau... ( fantaisie que je vous écris courte aujourd'hui, à la demande générale!)

La lampe s'incline gentiment au-dessus d'une chemise à soufflets négligemment étalée sur le bureau: "Veux-tu un peu plus de lumière?" propose-t-elle.
- "Oui, merci, ah la la! Mes feuilles sont en pétard!" répond le trieur qui ne s'y retrouve plus. "Il serait temps qu'on s'occupe de mes affaires!
- Nous pouvons peut-être vous dépanner?!" entonnent en chœur le classeur, les pochettes plastique et l'agrafeuse.

- Et moi, et moi, qui pense à moi?!" s'exclame le pot à crayons, "regardez comme je suis sale, ON a encore bavé!"
Et voilà le stylo plume contrit qui s'excuse, il a oublié son capuchon dans la trousse, d'accord, il est trop bavard, il l'avoue... Mais des pleurs viennent couvrir les paroles de cet étourdi...
"Mes lunettes me manquent!" gémit l'étui.
La clé usb ne supporte pas d'entendre une telle plainte et fait comprendre à la vulgaire doudoune à binocles qu'elle est bien plus malheureuse, elle, car on l'a carrément oubliée derrière le dictionnaire, ce gros patapouf qui prend toute la place!

Le téléphone interrompt la dispute et provoque un tremblement de bureau; tous se renfrognent et se tassent dans leur coin. Une main agrippe le combiné, le bloc de post-it perd son supérieur et le crayon à mine s'apprête à prendre du service. Où est la gomme? On cherche la gomme!!! La calculatrice se prépare, au cas où...

Ah! le branle-bas ne dure pas longtemps cette fois mais une rumeur peu réjouissante se répand: sire plumeau a été aperçu sous le bras de la chef de bureau! Aux abris!!

mercredi 15 avril 2009

grue

Gina s'adosse au mur près du hall d'entrée des Galeries. Depuis dix minutes elle attend, elle en a un peu marre. Tout autour ça fume, mais elle non! Elle fait tout bonnement le poireau, et elle s'ennuie... C'est bien le genre de Rémi de la planter là encore une fois, elle aurait dû s'en douter. Quand a-t-il été fiable celui-là?

A part observer les gens, que faire ici? Il y a cette louloute aux trente-six piercings qui parle haut et fort à ce qui paraît être son petit copain tout en cuir et clous. Le SDF habituel déplie son fragile siège en toile et pose un vieux pot de yaourt en guise de sébile. Des ménagères se battent avec les portes du magasin pour faire passer leurs caddies. Des dames en tailleur strict et des hommes en costumes trimbalent leurs mallettes à ordis, tous pressés. Ils se croisent devant le panneau Decaux où alternent le cirque Arlette Grüss et la tête de Laspalès. De l'autre côté de la rue, les garçons de la brasserie installent des tables en terrasse. Il est presque 10 heures; ça fait trente minutes que Gina fait la "jambe de grue"... Cette expression-là, ancêtre du "pied de grue", elle lui plaît bien! Elle l'a lue dans un recueil de "métaphores animalières", rien que ça, comme quoi elle ne lit pas que les "accros du shopping"! Une "jambe de flamant" serait plus élégante car Gina se représente bien les grues: couronnées comme celles du Parc avec leur coiffure punk et leur simili-jabot, elles se plantent en effet souvent sur une patte, oisives, en bordure d'étang... Quelle allure! Ça ne l'étonne pas qu'on ait utilisé autrefois leur nom pour désigner des personnes à l'air trop bête. Mais finalement, grue ou bécasse, c'est ce qu'elle est aujourd'hui, Gina, vraiment niaise d'attendre ainsi un pied par terre et l'autre contre le mur, genou plié, et faisant mine de consulter des notes de cours... Tiens, elle se rappelle aussi que le petit de la grue se nomme un gruon ou un gruau, au choix! Gruau, céréales, farine, grumeau, gâteau... Gina adore s'amuser à associer les mots. Et zut! Cette fois ça lui donne faim!...

Son sac se met à vibrer, le portable! Elle fouille, farfouille, elle trouve:
"Oui?
- Désolé Gina, je peux pas ce matin finalement!
- Je vois!
- Je me débrouille cet après-midi vers 14 heures, ok?
- Impossible, je vais en cours!
- Bon ben je te rappelle?
- C'est ça...
- Je file, à plus!
- Bye!"

C'est tout, cool! Gina a envie de pleurer, elle frissonne, elle a la grulette, la tremblote! De dépit? De chagrin? De rage? Et elle a l'air de quoi!? Grugée, elle a été grugée, trompée par les allures de ce petit dragueur minable et sans parole! Elle rit, un rire nerveux... Elle en reçoit toujours une portion congrue, d'amour, pas suffisante pour la combler; son coeur est un gruyère! Il accueille celui qui veut et on le quitte sans ménagement, à chaque fois c'est pareil, un trou, un vide! Mais quand Gina trouvera-t-elle chaussure à son pied... de grue? Ah, puisque c'est ça, elle va se perdre en achats: un tour chez Sephora pour acheter un lait de corps aux agrumes, celui qu'elle préfère, le plus cher, une razzia de ti-shirts chez Pimkie, le plein de sons à la FNAC, penser à elle, rien qu'à elle! Surtout ne plus se laisser de temps pour imaginer Rémi, elle va broyer, égruger son souvenir!

Et puis non, Gina va rentrer... Rémi ne vaut pas la peine qu'elle jette son argent par les fenêtres. Elle tourne le coin de la Caisse d'Epargne, elle lève la tête vers les échafaudages et aperçoit le duo des grues qui dominent la Tour Oxygène, impressionnantes... De là-haut on doit voir le monde. Et le monde ne se réduit pas à Rémi Gruppetto, musicien de seconde zone. Allez Gina tu en trouveras d'autres! La jeune fille se fraye un passage sous l'abri bus bondé, résignée à y faire encore la jambe de grue, en groupe cette fois, pour attendre son 36!

samedi 11 avril 2009

méthode

Combien de fois ai-je entendu ce mot à l'intérieur d'une question lorsque j'étais maîtresse de CP? En début d'année scolaire, il y avait toujours la même demande, inquiète: "Quelle méthode utilisez-vous pour l'apprentissage de la lecture?" Les réponses étaient clairement attendues, l'une espérée, l'autre crainte, et je devinais les commentaires associés: "Analytique? Du b-a ba, chic! On est bien tombés!" ou "Globale? Du par coeur, aïe aïe aïe! Elle va nous gâcher notre petit!"

Hélas, moi, je regardais les parents avec un air abattu et désolé: "Je ne sais pas, je fais un peu de tout..." J'avais l'impression de m'excuser de ne pouvoir choisir entre l'un ou l'autre des qualificatifs. Ma réponse était vague, forcément insatisfaisante puisque je ne donnais pas la réplique élémentaire souhaitée. L'équivoque m'était préjudiciable mais je ne pouvais prononcer aucun des deux adjectifs qui, tellement galvaudés par les médias, m'auraient classée dans le bon ou le mauvais camp sans autre forme de procès. Alors je me lançais dans les explications, espérant être écoutée, entendue, comprise. Je rassurais sur mon expérience qui m'avait conduite à adopter une certaine stratégie. Il s'agissait de gérer l'apprentissage de la lecture en cherchant quasiment à élucider une énigme, en proposant pour cela à tous les enfants le maximum d'indices; chacun pourrait exploiter tel ou tel indice, selon son aptitude à raisonner et selon son goût, ce qui le mènerait à découvrir la bonne clé. Alors ils pourraient atteindre leur objectif: lire.

Pour rassurer les parents, j'aurais dû citer un nom, un titre de livre, un support connu du style Ratus, Gafi et autres Valentin, Justine ou Dagobert, mais je n'avais même pas cela à leur donner. Au contraire, je l'avoue, je les laissais dans le flou en parlant d'un choix d'albums différent chaque année. Le manuel est un outil contraignant, je trouvais dommage que les enfants le feuillettent à l'avance et arrivent à l'école le matin en connaissant déjà le programme de la journée. Je préférais donc cultiver un certain mystère, provoquer la curiosité, mettre en appétit, donner l'envie et le goût de découvrir. J'ajoutais que, me prenant moi-même souvent au jeu, j'y trouvais également ma motivation, m'enrichissant de ces projets toujours renouvelés et des réactions naturelles de mes apprentis.

Je proposais un parallèle avec l'enseignement de la musique où l'étude des oeuvres et les moments d'écoute alternent avec les leçons de solfège et de rythme, où culture et technique se nourrissent l'une de l'autre, l'ensemble permettant d'apprivoiser au mieux l'instrument que l'on a choisi. Dans l'approche de la langue, je cherchais à montrer aux enfants toutes les facettes, les ressources, les possibilités de l'écrit; en même temps je leur faisais découvrir son articulation. Je voulais qu'ils parviennent à s'approprier la lecture en leur démontrant qu'ils y avaient intérêt et qu'elle deviendrait source de plaisir et de création.


La méthode: un chemin, des moyens

Je découvre aujourd'hui le mot "méthode" dans mon dictionnaire étymologique au milieu d'une famille issue du grec "hodos": chemin, voie, moyen! Dans la même communauté voici l'exode, l'épisode, la période, l'odomètre, l'électrode... Autant d'évocations de voyage, de péripétie en cours de route, de temps ou de mesure d'un trajet, de transmission...

Il me plaît alors de penser que j'ai indiqué le chemin à mes petits élèves et que je les ai aidés à conserver la bonne direction. Il y a eu pour emprunter cette voie des lièvres amateurs de vitesse et avides de victoire, il y a eu des tortues qui se sont attardées à contempler la nature. J'ai procuré à d'autres des véhicules adaptés à leurs goûts et à leurs besoins, j'ai permis de réparer une pièce, j'ai huilé quelques rouages, encouragé parfois à accélérer. Certains ont dû s'arrêter pour se reposer ou se nourrir avant de repartir plus gaillards. L'itinéraire n'avait rien de systématique, inutile de vouloir suivre une logique bornée.

Plutôt qu'à la question évoquée plus haut qui voulait qualifier radicalement la méthode, j'aurais donc préféré répondre à une demande du style: "Pouvez-vous nous décrire le chemin sur lequel vous engagez notre enfant et nous expliquer quels moyens de progression et quels aménagements vous mettrez à sa disposition pour qu'il arrive à bon port?"

D'accord c'est un peu long, mais c'est plus juste.


Un aperçu...

Si cela vous tente de survoler la route, en voilà quelques paysages... Je choisissais donc pour l'année cinq à six documents supports dont je donne quelques titres en exemple:

- un livre de démarrage jusqu'à la Toussaint (Le piano des bois, Moi Milton...),
- un conte de Noël pour novembre et décembre (Le Noël de Salsifi, Lulu et le sapin orphelin...),
- un récit élaboré jusqu'en février (La perle, Minable le pingouin...),
- un magazine avant Pâques(du type Wakou),
- un documentaire (selon les projets en cours) et/ou une bande dessinée (une valeur sûre: Tom-Tom et Nana!) avant d'aborder les grandes vacances.

Au cours d'une semaine, je consacrais deux journées, en général les lundis et jeudis, au travail sur les textes issus de ces supports: observation, réflexion, comparaison. J'insiste sur le fait que je ne demandais pas d'apprendre par coeur; il s'agissait de détailler les mises en pages, d'étudier la ponctuation, de comparer des allures de mots, de repérer des signes, de trouver des similitudes, des différences. Bagage commun au groupe classe, ce travail nous servait de base de données quand le mardi nous recherchions des mots contenant un son particulier. Une fois établie notre liste de mots, nous déterminions ensemble les différentes façons d'écrire le phonème étudié. Bien sûr j'avais une progression de sons; j'avais adopté dès les premières années celle qui est proposée dans les recueils "Lire au CP" (Nathan) en la rendant plus vivante et "dynamique" grâce aux gestes de la méthode Borel-Maisonny. Nous arrivions très vite à associer les sons étudiés pour construire des syllabes et les enfants parvenaient ainsi à saisir le fonctionnement de la langue. Le vendredi était consacré aux révisions de sons et de syllabes, à l'écriture des lettres ou combinaisons de lettres qui traduisaient le son ou les syllabes de la semaine.

Vous constatez forcément que je faisais "un peu de tout", mais dans un univers structuré! Il faut bien comprendre que les enfants n'apprennent pas tous de la même façon. Chacun doit y trouver son compte, sans s'ennuyer! La route empruntée offrait des paysages variés où je voulais que le regard ne reste pas indifférent et que l'attention se trouve sans cesse stimulée. Chacun profitait du voyage à sa façon, la destination bien en perspective, avec ma confiance...

jeudi 9 avril 2009

bourdon

Il y a quelques jours, mon fils gagnait une course de 17 kms nature sur les lieux de son enfance, quel bonheur et quel fierté pour lui! En détaillant ses photos, en revoyant ces lieux où il a grandi, quel pincement au coeur pour nous parents! Et je repense à cette expression suggérée par un ami il n'y a pas si longtemps et qui évoquait le "bourdon"… C'est bien ce que cela me fait, ces choses du passé, ça me donne le "bourdon"... Pas un "cafard" bien noir à se terrer dans un coin, non, pas un trop gros malaise style déprime, mais quand même de quoi s’envoler vers quelques souvenirs, batailler avec… et se retrouver bien mélancolique, rapport au temps qui passe…

Forcément l’envahisseur a bien bourdonné à l’intérieur de ma p’tite tête ! Vrai, il étourdit, il sape le moral. Sans que ça tourne et que ça vire à la folie, la p’tite bête vous charrie vite du blues vers les idées très noires, il faut faire gaffe ! Mais j’ai décidé de réagir, ah mais! Cet insecte aussi gros soit-il, face à mon dictionnaire, ne fait pas le poids. Car j’ai bien l’intention de le mognoter celui-là, sans l’écrabouiller pour autant, et de voir ce qu’il a dans le ventre qui nous rend si peu disposés à le voir côtoyer nos humeurs.

Quelle sorte de bourdon nous rend donc si triste ? … Plusieurs facettes du mot parlent d'un caractère "grave". Insecte, même faux bourdon, il vole avec un vrombissement sourd et grave. Tuyau de cornemuse, cloche du plus gros modèle ou corde de violon du plus gros diamètre, tous trois produisent le son le plus grave.
Lequel nous rend donc la vie si pesante ? Celui qui en imprimerie qualifie un oubli de plusieurs mots, faute grossière, lourde bêtise issue de la "bourde" ?
On ne peut accuser en revanche celui qui, bâton de pèlerin, constitue un appui, un secours. Ni ce point de broderie qui décore et met du relief dans la finition d'un ouvrage. Et chez les Inconnus le Bourdon n’est-il pas un composant indispensable pour provoquer le rire ? Un comble !

Reste que le bourdon de notre expression commune, quelque soit son origine, squatter parasite de nos pensées, nous concerne tous un jour ou l’autre, nous encombre le cerveau de choses tristes, nous surcharge le cœur et nous oppresse un bon moment.
Comment s’impose-t-il, s’immisce-t-il en nous ? Eh bien par les nouvelles contrariantes, de petits évènements du quotidien, des petits échecs ou des ratages ordinaires, quelques évènements incontrôlables, des détails renvoyés par le miroir, des photos, des senteurs… Mal-être bruyant, faux jeton envahissant, heureusement de passage, il gravite autour de nous, arrive à se poser, butine sur notre dos… et nous on rumine !

Facile pour moi de m’en débarrasser aujourd’hui ! Je vérifie que mon animal est bien à sa place entre "bourdigue" et "bourdonnant", ni envolé ni échappé, et … je ferme le livre, d’un coup, c’est tout !

mardi 7 avril 2009

livres

Tu t'es toujours émerveillé
Qu'un seul livre
Te fasse par tous ses mots
Revivre,
Et que cette simple pause
T'enivre
Jusqu'à faire oublier les heures...


Il t'arrive de dévorer
Un roman
Terrible mais tellement beau,
Ardent,
Qu'il te captive et s'impose,
Allant
Jusqu'à te renverser le coeur...


Tu as souvent imaginé
Les émois
Qui troublent fort le héros,
Ou sa foi,
Tes pensées les disposent
En toi,
Images précieuses et précises...


Tu as sûrement éprouvé
L'effroi
D'un thriller à huis clos,
Qui broie,
Où l'auteur, un virtuose,
Te noie
Te trouble, t'embrouille et t'électrise!


Tu as écouté et envié
Des récits,
Parcours d'hommes et idéaux,
Permis
De voyager qui prédisposent
A la vie,
A la tolérance, au respect...


Tu t'es surpris à respirer
Les feuillets
A sentir l'encre des photos,
Satisfait,
Pas de risque d'overdose
Jamais,
Le seul danger c'est d'amasser...


Amasser les rêves, amasser les livres,
Ces tendances tu proclames!
Dans tes émotions nous pouvons te suivre,
Continue ce beau programme!

samedi 4 avril 2009

remodelage

Ma première idée était de parler d’un "renouveau" pour mon p’tit blog et puis non ! Car si le Robert définit bien ce mot comme un regain, une renaissance, le Larousse, lui, évoque une reprise après un "déclin". Et cette dernière idée ne me plaît pas du tout…
Quel mot employer alors pour décrire la transformation de "mon p’tit mot m’a dit" ? Légère transformation croit-on en observant le résultat, car, somme toute, il s’agit d’un simple élargissement de la page ! Mais je vous assure que pour moi c’est le résultat d’un long temps de réflexion et d’exploration ! Et puisque j’ai finalement opté pour changer le modèle sans changer de plateforme, il convient bien de dire que j’ai "remodelé" le site !


"mon p’tit mot m’a dit", les limites du modèle d'origine

En voyant s’accumuler les p'tits mots dans le répertoire en haut de la colonne de gauche, je me suis dit qu’il fallait penser à l’avenir… Je voyais approcher, à grands pas, le seuil des 50 titres… Le bel âge, certes, mais il faut savoir conserver belle apparence n’est-ce pas, enfin au moins continuer à plaire… Les autres gadgets se trouvaient progressivement rejetés de plus en plus bas, comme par exemple l’explication de "mognoter", information pourtant indispensable aux nouveaux arrivants… J’avais aussi dû reléguer ma playlist en bas de page, pas facilement accessible, alors que les copines de country aimaient bien venir y retrouver nos airs de danse! Et il m’était impossible de remettre le gadget en marge à cause de son format débordant sur les textes ! Toutes ces concessions m’ennuyaient. Forcément, l’usage révèle défauts et manques, il aide à définir ce que l’on souhaite vraiment.

Je ne voyais qu'une solution: aérer les pages en adoptant un modèle en trois colonnes. Celle de gauche serait consacrée aux mots et celle de droite accueillerait tous les autres widgets. Comment n’y avais-je pas pensé avant de commencer à mognoter ? A la base Blogger ne propose, c’est vrai, que des modèles avec une seule marge ; sur le coup cela ne m’avait pas paru important. J’avais choisi cette plateforme car je pouvais bénéficier de l’aide d’amis déjà utilisateurs ; de plus, propriété de Google, elle m’offrait un référencement rapide, optimal et des possibilités intéressantes de diffusion.

Voyages sur d’autres plateformes

Que pouvais-je faire maintenant ? Je ne pensais pas trouver de solution du côté de Blogger. J’allais devoir faire preuve d’infidélité et me construire une nouvelle maison ailleurs… Après avoir surfé de blog en blog sur le net pour déterminer ce qui pourrait convenir à mon projet, je me suis arrêtée sur "hautetfort", je me suis inscrite et j’ai même créé "mes p’tits mots m’ont dit", pour voir… Difficile de choisir entre les modèles, tous chics ! Après avoir longuement hésité, j’en ai enfin choisi un, par élimination, avec des encadrés, bien propre, en nuances de gris sur fond blanc… tout en regrettant mon canevas beige du "scribe" de blogger. Sur hautetfort j’avais l’impression d’une vitrine ! Et le résultat m’a horrifiée car un bandeau de pub m’était imposé d’office en en-tête : rédhibitoire pour moi ! Blog aussitôt publié aussitôt fermé ! Ensuite j’ai relu toutes les conditions d’utilisation des divers hébergements en prêtant bien attention aux clauses de publicité. Retour sur Blogger qui décidément s’avérait le plus convenable à mon sens : il est en effet possible d’y placer des réclames mais cela reste un choix de l’utilisateur et non de la plateforme.

Retour sur Blogger

Et mes trois colonnes alors ? J’ai recommencé à surfer… jusqu’à tomber sur Néosphère dont le rédacteur, Blogus, explique dans un langage à ma portée l’existence chez Blogcrowds de modèles sur trois colonnes compatibles avec Blogger. C’est là que j’ai entrevu le bout du tunnel. Mais j’ai bien compris aussi que l’entreprise n’était pas sans risque : très facile lorsqu’on veut lancer un nouveau blog mais dangereuse quand il s’agit de transformer un blog déjà existant.
Aussi ai-je créé un nouveau blog Blogger, " ma p’tite mognoterie ", une sorte de blogtest, en utilisant le nouveau code de modèle en trois colonnes choisi chez Blogcrowds. La manœuvre ayant réussi, j’ai fait des essais sur cette p’tite mognoterie de dépôt ainsi qu’une sauvegarde des 49 messages de "mon p’tit mot m’a dit". J’ai aussi copié sur un fichier word tous les codes de mes gadgets, sous tous les formats.
Au moment du clic décisif qui devait valider le nouveau code du modèle de "mon p’tit mot m’a dit" je savais pouvoir récupérer tout en cas de fausse manipulation.
Et ça a marché… J’ai œuvré comme un chef! Mes archives ont été conservées sur le nouveau "template", le nouveau patron. La plupart des gadgets avaient disparu mais je les ai recopiés petit à petit. J’ai seulement perdu deux fonctionnalités sur les fins de messages, onglet de correction rapide et envoi par mail, mais pas essentielles…


"mon p’tit mot m’a dit", la nouvelle formule

Ainsi remodelé "mon p’tit mot m’a dit" continue sa route… J’aimerais améliorer encore ma mise en page par des encadrés mais je n’ai pas pour l’instant trouvé la manière ; je ne désespère pas, j’ai déjà bien progressé… Là je me remets à écrire…