mercredi 13 mai 2009

plante

(pure détente: bâtir une fantaisie autour d'un mot, en l'occurrence se laisser aller à mognoter une plante et rester libre de s'en éloigner...)

Augustin prend son temps ce matin. Quand il tourne la tête vers la fenêtre, la grise mine du ciel ne l’encourage pas à se précipiter. Il a bien chaud là… Son bras gauche émerge de la couette, sa main tâtonne jusqu’au radio-réveil, c’est déjà un premier élan vers la journée… Ah ben tiens ça tombe bien, "Stairway to Heaven", mots et sons de Page et Plant, bon présage, combien de fois il l’a jouée celle-là ! Augustin se redresse un peu, attrape l’oreiller qui avait glissé à terre, le cale dans son dos, il va lire quelques pages et… "Après, promis Tintin, je me lève !" se persuade-t-il. Il entend des pas, légers, quelqu’un qui s’affaire dans la cuisine, bol et verre qui s’entrechoquent, c’est Clélie, sérieuse…. Elle se débrouille toute seule, rarement besoin de lui rappeler l’heure… Voyons, "Bonzaï facile" : non ! Le jeu de logique du jour : ça va attendre que ses neurones soient en meilleur état ! Plutôt quelques pages de Ken Follett, ce sera très bien ! "Un jour sans fin" un peu décevant, un peu facile, mais Augustin apprécie de retrouver les personnages chaque jour en ce moment, ils le rassurent presque, il s’est habitué à eux…. Clélie annonce légèrement qu’elle s’en va, son père fait toujours exprès de laisser la porte entrouverte, pour qu’elle puisse lui dire au revoir. "Salut la chipie ! A ce soir !"

Voyons quel est le programme aujourd’hui ? Boulot d’abord, et cet après-midi quelques courses : penser à la terre, acheter une ou deux nouvelles plantes, et hop au balcon. Ah, et le dentiste… Il s’en serait bien passé de ces rendez-vous réguliers pour des implants au coût exorbitant. Mais bon, la décision est prise…
Courage ! Augustin s’assied au bord du lit, il est tout nu. Le caleçon d’abord, le t-shirt... Pas de chaussettes, pas de chaussons, il aime le contact du sol sous la plante des pieds ; ça y est, il est levé ! Avant de gagner la cuisine, un détour par le bureau. Lancer l’ordi, indispensable ! Pour ça, il a fait le bon choix : ce télétravail pour la Banque de Développement International était la solution idéale ! La nouvelle implantation du site BDI à Bangkok avait d’abord semblé une tragédie car il ne pouvait laisser Clélie seule à Paris tant que ses études n’étaient pas terminées ! Quand même, il est parfois difficile de se booster le matin ! Allez, il sera plus efficace après un bon café. Un coup d’œil par la fenêtre ! Oh zut ! Qu’est-ce qu’il vient faire là celui-là ? Maudit chat qui va encore pisser sur ses fleurs ! Maudit voisin qui laisse échapper son matou! Augustin, contrarié, claque la porte du placard, pose bruyamment son bol sur la table et s’apprête à y verser son café.

Sonnerie enrouée, quelques tocs… Bon sang, à cette heure, qui donc ? Clélie a ses clés, et puis elle n’oublie jamais rien. Augustin est en caleçon, tant pis ! Il regarde par l’œilleton… Ciel ! Tout d’un coup ça presse, il entrebâille la porte très très nerveusement et il dit très très vite, avant même que la grande blonde esquisse la moindre idée de mot : "Un instant, juste un instant !" Et il file, mais où il est ce peignoir ? ? Ah ça y est…
"Me voilà, excusez-moi, je n’étais guère présentable !"
Devant lui une sacrée belle plante… superbe… formes diaboliques, poitrine généreuse, et des yeux, des yeux… des papillons bleus ! ! !
"Bonjour, je suis désolée, Monsieur… Kaplan… c’est que… je suis votre voisine… Je ne suis pas là depuis très longtemps, je n’ai pas eu le temps encore de… enfin je veux dire… je viens pour… ma chatte !
- Votre chatte ?
- C’est qu’elle a trop envie de sortir, et j’ai oublié de fermer la fenêtre cette nuit; alors, évidemment elle s’est faufilée sur votre balcon…
- Ah oui, bien sûr, mais ce n’est pas grave ; vous voulez la récupérer forcément !
- Je suis vraiment confuse, j’espère que cela ne vous dérange pas…
- Je vous en prie, j’adore les chats... Mais ne restez pas plantée là ! J’étais justement en train de faire du café, ça vous intéresse ?
- Ah mais, pourquoi pas ? Merci !"

Derrière la vitre de la cuisine, lovée dans un bac en attente de plantation, la chatte se laisse aller à de douces rêveries, les yeux étrécis par une douce langueur matinale, caressée par ce soleil qui apparaît enfin entre les nuages, quel bonheur d’avoir encore ce matin accompli sa mission ! Emballez, c’est pesé ! Une nouvelle rencontre, un nouveau plan cœur pour sa maîtresse qui prend le relais, comme d'habitude... La petite entremetteuse a fait son boulot et peut se reposer... Pas pour rien qu’on l’appelle Mitic !

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