vendredi 1 mai 2009

roger-bontemps

(fantaisie pour réhabiliter ce sympathique roger-bontemps découvert dans un dictionnaire de mots perdus !)

Alors là ! Jamais Marylin n’aurait imaginé reconnaître un jour Roger à la télé, surtout filmé dans cet endroit ! Elle zappait depuis un moment, par ennui, et voilà qu'elle reste scotchée devant l’écran de la 3 !

C’est que Marylin n'a pas pas revu Roger depuis leur petite aventure qui date de… Voyons voir… Si sa mémoire est bonne, cela fait sans doute vingt-deux ou peut-être vingt-trois ans ? Ils étaient à l’époque deux jeunes étudiants insouciants parmi d'autres. Pour sortir de leurs livres, quelques-uns s’étaient lancés dans la musique, sans aucune prétention. Marylin en faisait partie. Certains s’étaient tournés vers la comédie… et Roger, lui, avait monté une petite troupe de cirque, où il s'éclatait !

Dès qu’il faisait beau, aux premiers soirs du printemps, les jeunes délaissaient leurs manuels et se retrouvaient tous sur une pelouse du parc. Ils se jouaient leurs mutuelles trouvailles, ils s'essayaient, ils s'amusaient. Marylin était plutôt appliquée… Enfin il faut dire que sa guitare lui demandait beaucoup de travail. Gratter en public, même si celui-ci s’avérait plus que tolérant, lui valait un trac monstrueux, elle avait toujours les mains moites et le corps flageolant avant de commencer. Toujours cette peur de ne pas être à la hauteur ! D'ailleurs cela n'avait pas trop changé depuis! Marylin ressent toujours une angoisse irraisonnée face aux autres. Même sans l’instrument, juste quand il s’agit de parler, la peur s’installe chez elle automatiquement, dès que plusieurs paires d’yeux se posent sur elle.

Donc, à l’époque, quand s’annonçait le tour de Marylin, juste avant de jouer, Roger venait la voir . Il lui sortait une bonne blague, lui décochait une belle grimace à hurler de rire et la jeune fille pouvait démarrer un peu plus légère. Roger, c’était le clown de service, l’amuseur en chef, le pitre… Forcément ils étaient sortis tous les deux seuls quelquefois, balades tendres et joyeuses, un peu de sexe et beaucoup de fous rires, amitié et folie mélangées, extérieurs aux manifs et révolutions étudiantes…. "Mon Bontemps!", se dit Marylin avec nostalgie en se moquant gentiment du patronyme de son ami... Trois ou quatre années de jeunesse nonchalante, quelques saisons de bonheur…

Puis les bandes s’étaient disloquées : le temps, le boulot, les choix de vie… Tous s'étaient quasi perdus de vue. Marylin retrouvait bien quelques visages parfois : celui-ci s’était lancé dans le cinéma, elle lisait son nom avec admiration sur les affiches et ne ratait aucun film ; celle-là naviguait sur de superbes catamarans sponsorisés ; il y avait aussi ce grand reporter et cette critique gastronomique. Un jour elle avait rencontré un petit comédien d'autrefois dans une rue de La Rochelle, artiste itinérant au gré du public et des vacances. Mais la plupart avaient sans doute oublié leurs passions, mecs normaux, nanas ordinaires, comme elle…

Ainsi, de son joyeux ami, Marylin n’avait jamais eu de nouvelle particulière, jusqu’à cet après-midi : elle le remet bien, malgré les années passées, bon pied bon œil évidents, l’embonpoint révélateur de bonne chère, habile tribun politique face à cet hémicirque national attentif à ses mimiques et sensible à son éloquence. Réjoui, gaillard, visiblement comblé par la vie, tel lui apparaît encore aujourd'hui Roger Bontemps !

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