lundi 11 mai 2009

torchère

La méridienne de Juliette Récamier hante toujours les rêves de mon canapé… Sur la toile inachevée de David peinte en 1800 et représentant notre belle dame lyonnaise, sur cette œuvre même qui inspira Magritte, le décor est dépouillé. Avec le lit de repos, un seul autre "accessoire" : une lampe sur pied, élancée, à l’antique, appelée… torchère. Destiné à éclairer, donc utile et source de lumière, l’objet en lui-même est aussi élégant, mais les sonorités de son nom le desservent, le mot sort de la bouche comme une vulgarité, comme craché… Dommage ! Ses origines en "torsade" lui conféraient pourtant un tour sympathique !


Dérivée de "tordre" (tiens ! comme la tarte), la torche consiste à l’origine en une sorte de bouchon de paille, d’osier ou de fil. Mais plus couramment elle désigne un flambeau : celui-ci, après avoir été fait de matière tortillée, évolua en bâton de bois, jusqu’à devenir électrique, et même lampe de poche...
Quant à torcher, s'il permet au départ d’essuyer avec une poignée de paille ou de papier encore tortillés, ou avec un torchon de toile, le mot s’est vite teint d’une certaine familiarité plus ou moins convenable ; je vous en épargne les exemples. Même lorsque torcher signifie construire, utilisant un torchis composé de terre et de paille malaxées, le verbe s’égare et le travail torché finit par être synonyme de gâchis, réalisation bâclée ou torchonnée.


En prononçant le mot torchère on perçoit forcément toutes les nuances populaires, voire vulgaires, des éléments de sa famille, alors qu’il désigne un objet artistique de salon, souvent précieux, à l’ancienne ou design… Comme si cela ne suffisait pas, voilà que je dois réutiliser ce même mot dans la description du paysage de Feyzin, qui n’offre pas vraiment une vision de rêve ! Comme j'empruntais l’autoroute vers le sud il y a quelques jours, un sombre panache de fumée s’élevait au-dessus de la flamme d’une torchère, parmi les cuves de la raffinerie ! Par cette mince et haute cheminée s’effectue le torchage qui permet de brûler les excédents de gaz issus de l’exploitation pétrolière…


Même si le rapprochement paraît osé, leur forme élancée et leur destin à porter haut la flamme valent une dénomination commune à l’objet exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon et à la vilaine construction de Feyzin. Dans le deuxième cas, l’utilisation du mot torchère semble moins incongrue, moins choquante… Je préfère ce qu’il représente dans la première perspective, d'autant que cela me donne l'occasion d'évoquer l'exposition actuelle du MBA où l'on découvre une Juliette Récamier muse et mécène que les vrais Lyonnais connaissaient à peine! Je reste en sortant un peu sur ma faim , mais la visite mérite le détour...

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