jeudi 23 juillet 2009

martinets

(où l'on reparle de Sammy, et donc aussi de promenade et d'animaux... rappelez-vous parc(1), parc(2) et manchot...)

Il est 8h ce jeudi matin: Mamie Ginette attend Sammy car elle doit le garder toute la journée! Elle s’en fait une joie, le petit n’est vraiment pas compliqué et toujours volontaire pour aller se promener. Il aime tant la nature! Il écoute sa grand-mère avec attention quand elle lui confie quelques anecdotes et lui explique mille choses simples sur les plantes et les animaux. S'adressant à un esprit tout neuf et curieux, elle fait mouche à chaque fois. Seulement voilà il faut rester en ville car Mamie Ginette n’a pas de voiture, en fait elle en a peur… Tant qu’elle peut compter sur ses jambes n’est-ce pas, elle continuera à les exploiter un max. Pour aujourd’hui l’emploi du temps est prêt, et les sandwiches aussi bien sûr! Ils prendront la ficelle jusqu’à Fourvière puis feront un tour sur l’esplanade et dans les Jardins du Rosaire; ils gagneront ensuite le Parc des Hauteurs pour pique-niquer et là, surprise, elle proposera à Sammy un baptême d’accrobranche, un premier parcours dans les arbres! Elle savoure déjà son succès…


Mais que font-ils? Son fils devrait déjà avoir déposé le petit! Mamie Ginette s’impatiente… Sûr qu’en arrivant l’enfant grimpera sur la terrasse: il s'amuse toujours des martinets en vol au-dessus de la ville. Sammy semble les envier ces joyeux drilles qui strient le ciel en tout sens, s'interpellent de leurs petits cris incessants, se poursuivent, se regroupent et s’éparpillent pour mieux se retrouver encore; ils ont l’air si heureux, si libres. C’est ce qui a donné l’idée à Mamie Ginette de faire aujourd'hui une petite exploration des pentes sous Fourvière: les Jardins du Rosaire sont un paradis pour les oiseaux, pleins d’abris possibles, d’arbres hospitaliers et de bosquets riches en nourriture. Que d’indices et de traces à rechercher, que de petites enquêtes "nature" passionnantes en perspective!…

Mais d’abord ils auront contemplé la ville depuis l’esplanade: les martinets salueront de nouveau le petit et finiront de le mettre en confiance et de bonne humeur, même s’il est déjà acquis au projet du jour. Souvent on peut aussi observer quelques rapaces descendus des Monts d’Or: à sa dernière visite, Ginette a clairement distingué deux milans noirs. Très haut dans le ciel, ils prenaient les courants et se laissaient planer avant de descendre vers les eaux de confluence, en quête de repas. Ils vérifiaient sans doute leurs repères, situant les corridors de verdure et les parcs, poumons de la ville, qui pourraient leur offrir des haltes après leur pêche. Car les fleuves régalent encore bien ces gourmands qui s’inquiètent moins que les humains de la contamination des poissons par les PCB










Sur le parvis de la basilique Sammy ne pourra pas courser les pigeons, ils ne viennent plus guère s’y aventurer, découragés par les nombreux fils électriques cachés dans les corniches des façades… Du coup le site reste propre. Les pics anti-pigeons étant exclus, les filets et pilules contraceptives ayant été abandonnés depuis longtemps, les responsables de Naturama avaient installé il y a quelque temps, sur une tour de l’édifice, un nid susceptible de tenter un faucon: le prédateur aurait naturellement régulé la population de visiteurs indésirables. Mais la construction altérait l'aspect du bâtiment; de toute façon le rapace qui s’était effectivement aventuré dans le quartier avait préféré la Tour métallique voisine!

En revanche, Sammy pourra peut-être repérer ce rouge-queue noir qui ces matins-ci tourne et s'agite et piaille au-dessus des buissons sud: appelle-t-il ses petits pour les inciter à s’aventurer hors du cocon familial? En descendant quelques allées des Jardins du Rosaire, l’enfant et son guide favori entendront certainement crailler les corneilles; ils rencontreront avec un peu de chance quelques mésanges familières, des rouges-gorges et des troglodytes sautillants, des merles mâles tout noirs au bec jaune et leurs femelles brunes, des pigeons ramiers. Mamie Ginette cherchera en haut des troncs, sur des parties mortes, les ouvertures de nids fabriqués au printemps par les piverts et qui auront été squattés par quelques sittelles torchepots. Elle demandera à Sammy d’imaginer le pic-vert tapant sur les écorces, non seulement pour creuser sa maison, mais aussi pour s'affirmer sur son territoire, et bien sûr pour chercher sur l'arbre son déjeuner de larves. Elle décrira la longue langue de l’oiseau qui peut atteindre les 15 cm, appendice impressionnant qui explore les labyrinthes sous écorce pour dégoter la nourriture et s’enroule ensuite dans une cavité à l’arrière de la tête de l’animal repu…














Oui c’est ça, ils s'en iront là-haut de bonne heure pour bien profiter de cette nature, à portée d’oreilles et d’yeux, dont aucun des deux ne se lasse. Mais que fabriquent donc Sammy et son papa? Elle ne voudrait pas arriver sur la colline aux heures de visites touristiques quand les grappes de vacanciers aux déclics faciles font s’égailler tous les oiseaux…. C’est un autre chant qui retentit là dans l’appartement et qui la fait sursauter; le téléphone insiste… "Allô… Oui… Je comprends…bien sûr… Sammy est invité chez son ami... Ça le tente, forcément, la piscine… Ah, non non pas de souci… C'est ça, je suis libre comme tu dis… Eh bien ce n’est que partie remise… Voilà, je vous embrasse tous les deux, et Anna et sa maman aussi évidemment…"

Mamie Ginette s’apprête à reposer le combiné. Elle se sent soudain bien seule, avec toute cette journée à venir: elle la rêvait si emplie et gaie il y a quelques instants! A présent elle l'appréhende bien vide… Qu’à cela ne tienne, elle compose un numéro qu’elle connaît par cœur! C’est qu’elle aussi, elle a des copines…

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