dimanche 30 août 2009

rentrée (2)


Pour lire l'introduction : rentrée (1)

Où l'on retrouve Margot Bégonia, sa petite-fille Ségolène et le chat Indigo (go), mais aussi la jeune Gina (grue, voeux)...

Ça promet!


"Ah! Vous voilà rentrée Madame Bégonia! Enfin! C'est pas trop tôt dites donc! Vous avez vu l'état de ce hall? Et tout ce que laissent traîner les gens dans les escaliers? Personne ne respecte plus rien de nos jours! Et cette écervelée qui vient d'emménager dans le studio juste au-dessous de chez moi, vous n'imaginez pas, ça piaille tout le temps chez elle! Y'avait déjà la môme du 5e toute en métal, et maintenant on a cette Gina quelque chose, ah c'est pas Lollobrigida! Encore la goutte au nez et ça réceptionne jusqu'à point d'heure! Et la poubelle ici qui a disparu! Et l'ampoule sur mon palier, hein, elle a claqué il y a quinze jours! On n'est plus en sécurité dans cette maison!"

Ça, c'est le vieux Malinois, ce grincheux du 2e, qui agrippe ma patronne alors qu'elle passe juste la porte de la loge. Il a dû la guetter pour se pointer aussi vite. J'en profiterais bien pour sortir... Et j'arrive à me faufiler entre les valises et les trois paires de jambes qui encombrent le paillasson de l'entrée... Zut! Le vieux toqué me coince avec sa savate, du coup Ségolène s'accroupit et me chope aussi sec! Et c'est parti, la voilà qui me cajole, et me caresse, et m'inonde de paroles tout miel: "Que je suis contente de te retrouver, mon Indigo adoré, mon minou préféré, comme tu m'as manqué!" Et tatata, et tatata... C'est qu'elle va vouloir rentrer en grâce auprès de moi. Le balourd en fond continue ses jérémiades... Décidément, ils m'étourdissent! Je gigote un peu sur les genoux de Ségolène qui s'est carrément assise par terre dans le hall et me grattouille le ventre: "Comme je t'aime, allez laisse-toi faire idiot, on va rattraper le temps perdu!" Oh mais pas question qu'elle m'embobine trop vite! Moi, ça fait trois semaines que je tourne en rond et j'ai bien envie de prendre l'air! Trois semaines que le Gaston Goyave m'apporte quotidiennement ses restes, de la popote de célibataire, beurk, et qu'il me serine à chaque fois: "Alors mon vieux? Le chat s'ennuie quand les souris sont au bal! Ah! Ah! C'est la vie! T'inquiète, elles vont bientôt rentrer va!"

Attention! Margot intervient en plein discours du mal embouché: "Écoutez, Monsieur Malinois, je rentre juste là maintenant, je vous promets que tout sera nickel dès demain! Je sais que je vais avoir du boulot; c'est pareil tous les ans!
- M'enfin il faut faire quelque chose, comprenez-vous à la fin, c'est insupportable, tous des incapables! Et le courant d'air qui s'occupait pendant votre absence de rentrer les poubelles, c'est le roi! Vous croyez qu'il aurait eu l'idée de prendre un balai? Pensez-vous! Et c'est pour ça que je paye toutes ces charges? Avec ma pauvre retraite! Ah ça elle n'augmente pas la retraite! Mais faites quelque chose Madame Bégonia!
- Monsieur Malinois, soyez tranquille", essaie de conclure Margot en poussant prestement les bagages, "tout va rentrer dans l'ordre, très vite! Au revoir, au revoir!"
Et elle s'engouffre dans le petit appartement...

Je suis toujours dans les bras de ma petite maîtresse, à me faire peloter. Le bonhomme s'adresse à elle maintenant, grommelle encore, la prend à témoin, fait la girouette et désigne dangereusement de sa canne les plinthes poussiéreuses. Mais Ségolène l'ignore. Alors il se dirige vers l'ascenseur: "Bon! Je me rentre puisque c'est comme ça! Je suis entouré d'indifférents! Mais ne reste pas affalée là toi, à seulement taquiner cette bestiole, ça fait mauvais genre! Heureusement que la rentrée des classes approche! Rentre-toi bien ça dans la tête, petite, on n'a rien sans rien!! Tu verras!" La cabine se referme et la voix bourrue s'estompe... Ségolène soupire...

Moi, la "bestiole" (quelle injure, il ne peut pas m'appeler par mon nom?), j'ai rentré définitivement mes griffes et succombé à la douceur des caresses; je me rends et me laisse ramener dans la loge. A l'intérieur, la chef s'active et râle; décidément c'est contagieux! "Ah vous voilà quand même! Surveille ton matou, j'aère parce que ça sent sacrément le chat ici! Alors il est rentré dans son antre le gros ours? Quel vieux schnock, je débarque à peine, il me met les nerfs! Il faudrait lui rentrer dans le lard, oser le remettre à sa place une bonne fois pour toutes! Ah ça promet!"

Pas d'inquiétude! Margot ira mieux dès qu'elle se sera remise dans le bain, aussitôt qu'elle aura glané quelques nouvelles croustillantes de l'été. Demain, elle fera le tour de tous les locataires rentrés de vacances et elle sonnera chez la fameuse petite Gina, pour se faire une idée... Moi je sais une chose qu'elle ignore encore et qui m'intéresse bigrement! C'est que la nouvelle, hé hé, elle a un chat! De derrière mes jalousies, j'ai bien vu arriver la pauvre bête, avec une tête sympa qui dépassait d'un sac ridicule! Et depuis je l'entends miauler parfois... J'ai hâte d'en savoir plus, et pourquoi pas de le, ou la, rencontrer! Je compte bien sur Madame Bégonia! Vive la rentrée, ça promet un peu plus d'animation pour moi aussi!

samedi 29 août 2009

rentrée (1)


Ah! Mognoter le mot "rentrée"! Une petite vengeance? Non, pas vraiment, car je le prends toujours ce train de la rentrée! Seulement, pendant de nombreuses années l'itinéraire m'était imposé, l'agenda serré par de multiples contraintes, les étapes très organisées, nécessitant même une pré-rentrée. Aujourd'hui, je choisis le voyage, sachant que j'aurai toute liberté pour me poser en cours de route, ou pour prendre des voies de traverse au gré des opportunités ou des envies.

Rentrons dans les détails... L'acteur, lui, fait sa rentrée à n'importe quelle période de l'année. Mais le mot "rentrée" employé seul, à force de signifier la reprise des classes, le retour aux activités après les congés d'été, a fini par désigner cette époque même, début septembre, où il faut remettre un collier, retrouver des habitudes et prendre de bonnes résolutions.

Dans le cas précédent, on a bien le sentiment de rentrer dans le rang! C'est autre chose quand il s'agit de rentrer au pays, au bercail, auprès des siens, après une longue absence; comment ne pas ressentir le pincement au coeur qui l'accompagne? Rentrer dans sa coquille touche à l'intimité et traduit un repli sur soi. Rentrer la tête dans les épaules donne profil bas; il arrive qu'on veuille même disparaître, par crainte du regard des autres ou par honte, rentrer sous terre.

J'en connais qui n'hésitent pas à sortir et à s'exposer aux tentations du monde, et celles-là (!) n'apprécieront pas de rentrer quelquefois bredouille de leurs parties de shopping. Leurs conjoints ravis, eux, à la fin du mois, rentreront pour une fois dans leurs sous...

Voyons, tout cela ne mène pas à un article passionnant! Ce que j'aime plutôt, en fait, c'est rentrer dans la peau de mes personnages de fantaisie, et là je dois leur demander de l'aide... J'irais bien voir ce qui se passe actuellement du côté de l'immeuble où règne Madame Bégonia! Accepterez-vous encore de rentrer dans mon jeu?

à suivre... rentrée (2)

mardi 25 août 2009

Irlande

Verte et accueillante, ainsi m’est apparue l’Irlande dont je viens de parcourir quelques routes. Étroites et rudes celles-ci d’ailleurs! Le code irlandais permet d’avaler les nationales à 100 km/h mais leur état dissuade vite d’en profiter… Et de bons amortisseurs aident à parcourir cette contrée qui donne le sentiment d’être encore comme "préservée". Le mot s'impose lorsqu'on traverse la région du Connemara. Et si les touristes s’avèrent plus nombreux dans les péninsules du Kerry, l'affluence sur ces circuits ne peut certainement pas être comparée à l’engorgement estival de nos côtes françaises.

Reposante cette escapade! Les nuits confortables en B&B (familiaux, propres, calmes) et la nourriture correcte (contre toute attente, vive l’Irish stew!) nous ont permis de profiter pleinement des journées à la découverte des sites, et des soirées à la découverte des villes et de leurs pubs… A ce sujet, si ces nombreux établissements aux enseignes chatoyantes affichent une fréquentation notable, j'ai bien compris qu'il s’agit évidemment pour tous de s’y abriter de la pluie, de se protéger d'une eau dispensée dehors et sans compter par les cieux!!! Ah ça, de l’eau, il y en a! Le temps, aussi doux soit-il, peut être qualifié de "capricieux" ou "changeant", complètement "imprévisible", passant brutalement de l’averse folle au soleil généreux pour se couvrir à nouveau et se jouer ainsi de tous les projets. Force est de constater que l’Irlande est, en conséquence, magnifiquement fleurie, parée de tous ses fuchsias, et qu’elle offre de verts pâturages à de sympathiques moutons qui s’égarent à l’envi. Les couleurs de la nature sont comme "saines" et leurs nuances multiples. Quant aux ciels plombés ou aux horizons masqués de brume, ils confèrent aux paysages des nuances particulières et provoquent des visions presque fantastiques... Mais ces terres n'abritent-elles pas encore quelques légendes originelles?
Séjour humide donc et un soir, à Galway, la pluie a eu raison de cette sculpture éphémère qu’un jeune artiste de rue avait au cours de la journée soigneusement travaillée devant les passants:


Cependant, en hommage à cette eau sans laquelle l’Irlande ne serait pas l’Irlande, pour insister sur sa présence et son influence, pour raconter les ruisseaux et les rivières de ce beau pays, et pour retrouver de jolis souvenirs dans la perspective de l'océan, voici quelques photos choisies:



Je reste très urbaine, mais qu'il est bon par moments de goûter la quiétude des grands espaces et de retrouver ses rêves au bord de l'eau. Pour cette fois, l'Irlande était le bon choix...

mercredi 12 août 2009

partir

(ce p'tit mot pour un film, un roman, et quelques chansons…)

Certes on peut partir du bon pied, parfois comme une flèche et démarrer en trombe. On aime partir en vacances, en voyage, à la conquête de nouveaux territoires; on a simplement décidé de mettre les voiles, ou les bouts. Ça se gâte quand un jour on prévoit de partir en douce ou sans laisser d’adresse, qu'on envisage de fuir, de ficher le camp, de se tirer, de se barrer, de se tailler ou de se débiner! Mais que cache donc ce plan? A-t-on quelque chose à se reprocher pour vouloir s'éclipser ainsi et disparaître de la circulation? N'éprouve-t-on aucun regret? Partir, n'est-ce pas, comme on dit,"mourir un peu"?

Là vous me rétorquez, pour rire, que, dans ce cas, partir les pieds devant, donc mourir pour de vrai, ce serait "partir beaucoup"! (ça, c'est Alphonse Allais qui l'a dit)...

Bon, toujours est-il que partir, ce n’est pas toujours que du bonheur…


"La douleur du partir…"

J’irai, c’est sûr (enfin quand je pourrai!), voir au cinéma ce "Partir" de Catherine Corsini réunissant plusieurs acteurs que j’apprécie, même si j’ai soupé de la bande-annonce et même si je crains le sujet… Voilà un titre bien simple, et brut, qui englobe plusieurs souffrances: la femme souffre d'une décision lourde à prendre, son mari souffre de la voir partir et ne peut pas l'accepter ni le supporter. Yvan Attal en homme possessif, prêt à tout, promet d’être cruel; ses répliques dans les extraits proposés m’impressionnent et me dérangent. Mais y a-t-il un horizon acceptable pour lui, à jamais blessé ? Le drame est annoncé, la situation pour être banale touche trop à l’intime, les émotions sont garanties. Il y a là tant de passion "à en perdre la raison", de quelque côté que l'on regarde, quelque soit l'être que l'on comprend le mieux! Je pense à cette expression : "la douleur du partir"... La faute à Ferrat chantant Aragon…


Partir, séparer…

Le verbe "partir", de famille latine, signifiait à l’origine "accorder les parts d'un ensemble à plusieurs individus", donc partager… Et partager n'est pas toujours facile ! On comprend que cela entraîne parfois du déplaisir et de la souffrance.
Nous utilisons volontiers aujourd’hui le verbe "répartir": répartissons les frais par exemple et indiquons le montant des quotes-parts ! Il peut s'agir aussi de distribuer les rôles, qu'il faut alors "départir" ou attribuer . On peut encore "impartir" un délai à chacun.
Deux individus ayant autrefois "maille à départir" s’engageaient dans une sérieuse querelle: en effet, comment partager entre eux cette maille désignant au Moyen Âge une pièce de monnaie, la plus petite, donc indivisible? A notre époque, ils ont "maille à partir"; les protagonistes du conflit peuvent renoncer, quitter les lieux, ou bien ils se lâchent et ne maîtrisent plus leur humeur, allant jusqu'à "se départir" de leur calme et perdre leur sang-froid!… On pouvait aussi, autrefois, "se partir de quelqu'un ou d'un endroit": maintenant nous partons, tout simplement, quittons un lieu ou nous séparons de l'autre...

Partir, par amour…
L’héroïne du film de Catherine Corsini veut se séparer de son mari, elle décide de partir, pensant ainsi rester sincère; elle ne peut taire sa passion, cacher son amour. Dans le livre "Partir" de Tahar Ben Jelloun, superbe relation de quête qui me rappelle "Le temps des miracles", Azel ne pense qu’à se séparer de la misère ambiante, fuir la pauvreté de Tanger, abandonner son pays, "brûler" le détroit pour atteindre l’Espagne, pour retrouver comme une dignité; il est amoureux de la liberté, il en rêve.
Ainsi le moteur du "partir", qui leur procure tristesse et douleur ainsi qu'à leur entourage, serait l’amour! "C’est par amour que l’on entreprend les choses les plus importantes", dit le poète marocain.
Et cet amour, permet-il de "revenir"? Quand est-ce vraiment possible? A quel prix?


Partir, en chantant…
C'est l'occasion de réécouter la belle voix d'Alain Barrière, et son texte, de circonstance:
"Partir,
Quitter sa ville, son village, sa maison
Quitter sa terre, ses racines, ses chansons
Partir pour un monde meilleur…"


Voici encore les paroles de Robert Charlebois qui célèbre son plaisir de toujours partir, de courir sans but et sans raison, pour découvrir le monde "si grand". Souchon, lui, veut s’échapper de ce monde qu’il juge au contraire "monotone", il se réfugie alors dans "un univers d’ombres imaginaires".
Patrick Fiori écrit un désespoir amoureux plus mystérieux; j'apprécie assez sa poésie et sa séduisante interprétation.
Pour finir avec plus de légèreté et de fantaisie, pourquoi ne pas se repasser le tube des 2Be3, guilleret et confiant, résolument tourné vers l’avenir… Attention, car cet air-là prend la tête, une vraie rengaine! "Partir un jour..."


En ce qui me concerne, je vais changer d’air justement, eh oui je vais repartir, là, quelques jours, obligée de patienter jusqu'au retour pour aller au ciné, tant pis!

mardi 11 août 2009

gougnafier


(Le personnage de Zazie est né au cours d'un atelier d'écriture en novembre 2008.)

Zazie revient de New York, lestée de ses « rêves et carabistouilles » qui ont pris bonne tournure ces derniers mois. Il n’y a plus qu’un titre à trouver pour son recueil d’histoires, enfin pour ce qu’elle espère devenir un vrai livre, car il lui reste aussi à faire le siège des maisons d’édition. Elle s’y attellera dès demain! C’est une autre paire de manches, elle en est bien consciente : peu d’éditeurs acceptent les nouvelles, encore moins quand elles sont françaises et d’un auteur débutant !

Elle aurait pu prévenir Fabrice de son retour… Mais pourquoi risquer de perdre le bénéfice de ces quelques mois d’exil à New York ? L’éloignement avait raisonné ses sentiments. Elle avait beaucoup travaillé, beaucoup écrit, beaucoup réfléchi, s’était fixé des objectifs, une ligne d’avenir, sans lui. Fabrice avait-il pu de son côté repartir d’un bon pied ? Devait-elle s’en soucier ? Mieux valait aujourd’hui ne penser qu’à son manuscrit…

C’est Marylin qui accueille Zazie et l’hébergera bien un moment… Marylin, tendre relation de voisinage qui remonte à son enfance, aînée et confidente de toujours, célibataire endurcie et un peu spéciale, râleuse de génie, petite dame mûre ridiculement accro à sa télé comme ce n’est pas permis ! Toute la journée elles ont évoqué cette année écoulée, commentant les rencontres galantes de Zazie et les nombreuses détresses de Marylin, les inspirations littéraires de l’une et les insomnies télévisuelles de l’autre. Elles ont papoté en déambulant dans le quartier afin que Zazie plante dès aujourd’hui quelques repères ; une crêpe sur le pouce à L’écume avait précédé le retour à proximité de la zappette…

Ce mercredi soir, Zazie reconnaît bien son insupportable amie, affalée sur le canapé ; là voilà qui explore énergiquement les chaînes et ne ménage guère ses commentaires. Elle se fixe enfin sur un programme, mais c’est pour inviter Marylin à la rejoindre : "Tiens ! Toi qui veux visiter le monde de l’édition, c’est pour toi ma belle ! Strip-Tease de circonstance ! "

Et Zazie assiste stupéfaite aux déambulations d’un drôle de type : cigare aux lèvres en tout lieu, d’une suffisance proéminente, l’individu, qui s’avère directeur littéraire, distribue son mépris et bave des sarcasmes autant à domicile qu’en ses bureaux. Il traite ses auteurs comme du bétail et met la honte à sa femme, plutôt blasée, la patronne pourtant, à qui il reconnaît quand même le pouvoir de décision ! Mais comment peut-on supporter un mec pareil, qui s’applique à ce point dans une représentation aussi vulgaire, aussi grotesque ?

" Quel… gougnafier, tu ne trouves pas ? " s’emporte Zazie. " Il s'amuse à mettre les gens mal à l’aise! Dis-moi qu’il joue, dis-moi qu’il force ! Là c’est une auto-caricature, ce n’est pas possible autrement ! "

Marylin exhibe son petit Larousse :"Gougnafier tu dis ? Je ne sais pas si c’est le mot qui convient. Pas sûr que le bonhomme soit un vaurien, je le soupçonne même d’être assez intelligent ! Moi je dirai... agitateur... tiens: un trublion de l'édition!

- Quand même, quel grossier personnage ! Evidemment on ne peut pas juger son travail, mais l’image qu’il donne de lui est catastrophique ! Ne me dis pas qu’on lui peut lui faire confiance ! S’il bafoue sciemment le savoir-vivre et se montre volontairement aussi indélicat, alors c’est le comble de la vanité non ? Je maintiens mon gougnafier, c’est un mot qui me roule dans la gorge et je m’en gargarise…"
Mais Zazie ajoute, désolée : "Seulement, ça me démoralise aussi, si j’en rencontre un comme ça, je ne saurai jamais me défendre et ne dirai que pouic !

- Eh bien ton gougnafier nous aura au moins fait ouvrir le dictionnaire ce soir ! Il nous a bien accroché puisque, tu vois, on a même regardé son show jusqu’au bout ! Allez Zazie, t’inquiète ! Sans les auteurs, donc sans toi, ces éditeurs ne seraient rien ! Alors couve tes rêves et tes carabistouilles et reste confiante ! Prends des forces et dès demain : à l’assaut ! En attendant… Veux-tu quelques nouvelles de Fabrice ? ? "

(lire ici l'article de Buzz...littéraire à propos du reportage diffusé effectivement le mercredi 29 juillet dernier sur France 3)

mercredi 5 août 2009

aquaplanage


(J'hésite et me résous à choisir aquaplanage pour titre de message, suivant ainsi la recommandation de mon dictionnaire. Pas très joli ce mot, trop de "a", mais le déséquilibre convient au sens... L’hydroplanage se rencontre aussi sur quelques pages web. En fait, on comprendrait mieux et plus vite le mot aquaplaning n'est-ce-pas? Qu'on l'affuble d'un n ou de deux, ce danger est connu autant que redouté, et nous avons parfaitement et communément adopté cette dénomination empruntée à l'anglais... Quoiqu’il en soit, si le phénomène est à anticiper, je n’en recommanderais pas l’expérience! Même avec un conducteur hors pair, car faut-il encore que la chance soit du voyage…)


C’est un paysage tranquille qui défile depuis le matin. Marylin réfléchit, prend le temps en patience, reléguée derrière Augustin qui blague pour l'instant à côté de sa fille. Il est toujours à l'aise au volant celui-là. Marylin trouve qu'elle-même a bien dompté sa peur en voiture ces derniers mois! Plus besoin de petite pilule anti-stress avant le départ, pas d’estomac brouillé… A l’arrière de l’auto aujourd’hui elle profite et se sent bien, douce torpeur…

Mais le ciel commence à s’obscurcir; à l’approche de Paris les cumulus se regroupent comme se préparant à l’offensive. L’attaque est fulgurante. Les premières gouttes apparaissent et les suivantes s’agglomèrent, de plus en plus vite et de plus en plus fort. L’averse évolue crescendo, les balles de pluie martèlent les vitres, explosent en rideau sur le pare-brise. Marylin imagine bizarrement un ralenti, elle voit ces taches d’encre de l’enfance, le liquide qui atteint la surface d’une page ou d’un buvard, s’écrase et se diffuse… Une accalmie soudaine, c’est le péage, abri temporaire, silence étrange. Augustin repart, accélère, comment fait-il pour se diriger là-dedans? Comment peut-il gagner tant de vitesse? Un semblant d’angoisse, un serrement inattendu, forcent et crispent le cœur de Marylin. Alors qu’elle se trouvait sereine quelques instants auparavant, si détendue… Les essuie-glaces choquent les vagues sur le pare-brise, ils peinent, ils luttent contre cette énergie qui déferle et s’impose sans vouloir accorder de répit…

Et d’un coup, Marylin a l’impression qu’ils décollent. Elle perçoit nettement le cri de surprise qui accompagne le mouvement de sa nièce Clélie quand elle jette ses deux bras vers l’avant… Et le vaisseau tangue… Curieusement, Marylin ne panique pas. Sa ceinture est bouclée, un bon point, c’est sûr ça la protègera un peu. Car il va y avoir un choc, elle le prévoit, elle sent qu’ils ne pourront y échapper. On n’y voit rien et les autres véhicules ne pourront les éviter, c’est impossible! Tout à l’heure elle a bien vu toutes ces voitures et ces camions qui reprenaient de l’allure. Marylin enroule la tête dans ses bras, comme pour éviter d’avoir trop mal. Car elle sent juste là que quelque chose de grave se passe, ça devait sans doute arriver. Elle est ébahie que ce soit maintenant; une onde de peur la traverse pour son frère et Clélie...

Blackboulée c’est le mot qui lui vient, la voiture joue à la boule que des parois obscures se renvoient sans parvenir à canaliser. Marylin se représente bêtement les couloirs d’un flipper, et puis voilà qu’elle pense à ses clés, à quel étranger ouvrira son appartement puisqu’elle n’a laissé de double à personne, et a-t-elle au moins marqué quelque part qui l’on devait prévenir ?
Il y a des bruits étouffés de tôle. Marylin, toujours enroulée, les yeux ouverts sur son propre corps, veut presque le tonneau, le plus vite possible… Elle se demande de quel côté de l’autoroute ils sont maintenant, dans quel sens, et sa télé, sa télé, comme elle lui manque là, et ses petites affaires, son portable, ils sont dans le sac qui est bien fermé, rien ne s’échappera…

Marylin relève le front car le rythme s’est apaisé, le bruit aussi. Elle fixe l’arrière de la tête d’Augustin. Il pleut toujours mais les gouttes résonnent comme autant d'indices pacifiques à présent. Marylin se concentre sur ce fond de musique irréel, elle regarde un film peut-être... Non, elle a bien conscience qu’Augustin se gare. Pas un mot. Il coupe le contact. Ils sont sur la bande d’arrêt d’urgence. Il ouvre sa portière. Un souffle humide remplit la voiture. Augustin sort, il doit sans doute contourner la voiture, Marylin et Clélie ne bougent pas. Comme il met du temps! Ils ne pourront pas repartir, se dit Marylin, on va venir les chercher. Elle n’ose rien demander, mais aurait-elle la force? Elle a la tête immobile, avec encore les mains sur le crâne; sa paume droite glisse devant sa bouche qu’il lui semble avoir gardée ouverte, béante…

Augustin réapparaît, se réinstalle au volant: "Elle n’aura même pas besoin d’aller au garage" affirme-t-il, soulagé, heureux malgré tout. Et il redémarre, vite fait, comme pour s’assurer que c’est vraiment possible, comme s’ils étaient pressés. Pour se convaincre et réaliser qu’ils peuvent quitter ce coin d’autoroute, tout seuls, comme si rien ne s’était passé. L’air se détend. Dehors, il ne pleut presque plus... "Tu pourras regarder ta télé ce soir Marylin!"