mardi 11 août 2009

gougnafier


(Le personnage de Zazie est né au cours d'un atelier d'écriture en novembre 2008.)

Zazie revient de New York, lestée de ses « rêves et carabistouilles » qui ont pris bonne tournure ces derniers mois. Il n’y a plus qu’un titre à trouver pour son recueil d’histoires, enfin pour ce qu’elle espère devenir un vrai livre, car il lui reste aussi à faire le siège des maisons d’édition. Elle s’y attellera dès demain! C’est une autre paire de manches, elle en est bien consciente : peu d’éditeurs acceptent les nouvelles, encore moins quand elles sont françaises et d’un auteur débutant !

Elle aurait pu prévenir Fabrice de son retour… Mais pourquoi risquer de perdre le bénéfice de ces quelques mois d’exil à New York ? L’éloignement avait raisonné ses sentiments. Elle avait beaucoup travaillé, beaucoup écrit, beaucoup réfléchi, s’était fixé des objectifs, une ligne d’avenir, sans lui. Fabrice avait-il pu de son côté repartir d’un bon pied ? Devait-elle s’en soucier ? Mieux valait aujourd’hui ne penser qu’à son manuscrit…

C’est Marylin qui accueille Zazie et l’hébergera bien un moment… Marylin, tendre relation de voisinage qui remonte à son enfance, aînée et confidente de toujours, célibataire endurcie et un peu spéciale, râleuse de génie, petite dame mûre ridiculement accro à sa télé comme ce n’est pas permis ! Toute la journée elles ont évoqué cette année écoulée, commentant les rencontres galantes de Zazie et les nombreuses détresses de Marylin, les inspirations littéraires de l’une et les insomnies télévisuelles de l’autre. Elles ont papoté en déambulant dans le quartier afin que Zazie plante dès aujourd’hui quelques repères ; une crêpe sur le pouce à L’écume avait précédé le retour à proximité de la zappette…

Ce mercredi soir, Zazie reconnaît bien son insupportable amie, affalée sur le canapé ; là voilà qui explore énergiquement les chaînes et ne ménage guère ses commentaires. Elle se fixe enfin sur un programme, mais c’est pour inviter Marylin à la rejoindre : "Tiens ! Toi qui veux visiter le monde de l’édition, c’est pour toi ma belle ! Strip-Tease de circonstance ! "

Et Zazie assiste stupéfaite aux déambulations d’un drôle de type : cigare aux lèvres en tout lieu, d’une suffisance proéminente, l’individu, qui s’avère directeur littéraire, distribue son mépris et bave des sarcasmes autant à domicile qu’en ses bureaux. Il traite ses auteurs comme du bétail et met la honte à sa femme, plutôt blasée, la patronne pourtant, à qui il reconnaît quand même le pouvoir de décision ! Mais comment peut-on supporter un mec pareil, qui s’applique à ce point dans une représentation aussi vulgaire, aussi grotesque ?

" Quel… gougnafier, tu ne trouves pas ? " s’emporte Zazie. " Il s'amuse à mettre les gens mal à l’aise! Dis-moi qu’il joue, dis-moi qu’il force ! Là c’est une auto-caricature, ce n’est pas possible autrement ! "

Marylin exhibe son petit Larousse :"Gougnafier tu dis ? Je ne sais pas si c’est le mot qui convient. Pas sûr que le bonhomme soit un vaurien, je le soupçonne même d’être assez intelligent ! Moi je dirai... agitateur... tiens: un trublion de l'édition!

- Quand même, quel grossier personnage ! Evidemment on ne peut pas juger son travail, mais l’image qu’il donne de lui est catastrophique ! Ne me dis pas qu’on lui peut lui faire confiance ! S’il bafoue sciemment le savoir-vivre et se montre volontairement aussi indélicat, alors c’est le comble de la vanité non ? Je maintiens mon gougnafier, c’est un mot qui me roule dans la gorge et je m’en gargarise…"
Mais Zazie ajoute, désolée : "Seulement, ça me démoralise aussi, si j’en rencontre un comme ça, je ne saurai jamais me défendre et ne dirai que pouic !

- Eh bien ton gougnafier nous aura au moins fait ouvrir le dictionnaire ce soir ! Il nous a bien accroché puisque, tu vois, on a même regardé son show jusqu’au bout ! Allez Zazie, t’inquiète ! Sans les auteurs, donc sans toi, ces éditeurs ne seraient rien ! Alors couve tes rêves et tes carabistouilles et reste confiante ! Prends des forces et dès demain : à l’assaut ! En attendant… Veux-tu quelques nouvelles de Fabrice ? ? "

(lire ici l'article de Buzz...littéraire à propos du reportage diffusé effectivement le mercredi 29 juillet dernier sur France 3)

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