dimanche 30 août 2009

rentrée (2)


Pour lire l'introduction : rentrée (1)

Où l'on retrouve Margot Bégonia, sa petite-fille Ségolène et le chat Indigo (go), mais aussi la jeune Gina (grue, voeux)...

Ça promet!


"Ah! Vous voilà rentrée Madame Bégonia! Enfin! C'est pas trop tôt dites donc! Vous avez vu l'état de ce hall? Et tout ce que laissent traîner les gens dans les escaliers? Personne ne respecte plus rien de nos jours! Et cette écervelée qui vient d'emménager dans le studio juste au-dessous de chez moi, vous n'imaginez pas, ça piaille tout le temps chez elle! Y'avait déjà la môme du 5e toute en métal, et maintenant on a cette Gina quelque chose, ah c'est pas Lollobrigida! Encore la goutte au nez et ça réceptionne jusqu'à point d'heure! Et la poubelle ici qui a disparu! Et l'ampoule sur mon palier, hein, elle a claqué il y a quinze jours! On n'est plus en sécurité dans cette maison!"

Ça, c'est le vieux Malinois, ce grincheux du 2e, qui agrippe ma patronne alors qu'elle passe juste la porte de la loge. Il a dû la guetter pour se pointer aussi vite. J'en profiterais bien pour sortir... Et j'arrive à me faufiler entre les valises et les trois paires de jambes qui encombrent le paillasson de l'entrée... Zut! Le vieux toqué me coince avec sa savate, du coup Ségolène s'accroupit et me chope aussi sec! Et c'est parti, la voilà qui me cajole, et me caresse, et m'inonde de paroles tout miel: "Que je suis contente de te retrouver, mon Indigo adoré, mon minou préféré, comme tu m'as manqué!" Et tatata, et tatata... C'est qu'elle va vouloir rentrer en grâce auprès de moi. Le balourd en fond continue ses jérémiades... Décidément, ils m'étourdissent! Je gigote un peu sur les genoux de Ségolène qui s'est carrément assise par terre dans le hall et me grattouille le ventre: "Comme je t'aime, allez laisse-toi faire idiot, on va rattraper le temps perdu!" Oh mais pas question qu'elle m'embobine trop vite! Moi, ça fait trois semaines que je tourne en rond et j'ai bien envie de prendre l'air! Trois semaines que le Gaston Goyave m'apporte quotidiennement ses restes, de la popote de célibataire, beurk, et qu'il me serine à chaque fois: "Alors mon vieux? Le chat s'ennuie quand les souris sont au bal! Ah! Ah! C'est la vie! T'inquiète, elles vont bientôt rentrer va!"

Attention! Margot intervient en plein discours du mal embouché: "Écoutez, Monsieur Malinois, je rentre juste là maintenant, je vous promets que tout sera nickel dès demain! Je sais que je vais avoir du boulot; c'est pareil tous les ans!
- M'enfin il faut faire quelque chose, comprenez-vous à la fin, c'est insupportable, tous des incapables! Et le courant d'air qui s'occupait pendant votre absence de rentrer les poubelles, c'est le roi! Vous croyez qu'il aurait eu l'idée de prendre un balai? Pensez-vous! Et c'est pour ça que je paye toutes ces charges? Avec ma pauvre retraite! Ah ça elle n'augmente pas la retraite! Mais faites quelque chose Madame Bégonia!
- Monsieur Malinois, soyez tranquille", essaie de conclure Margot en poussant prestement les bagages, "tout va rentrer dans l'ordre, très vite! Au revoir, au revoir!"
Et elle s'engouffre dans le petit appartement...

Je suis toujours dans les bras de ma petite maîtresse, à me faire peloter. Le bonhomme s'adresse à elle maintenant, grommelle encore, la prend à témoin, fait la girouette et désigne dangereusement de sa canne les plinthes poussiéreuses. Mais Ségolène l'ignore. Alors il se dirige vers l'ascenseur: "Bon! Je me rentre puisque c'est comme ça! Je suis entouré d'indifférents! Mais ne reste pas affalée là toi, à seulement taquiner cette bestiole, ça fait mauvais genre! Heureusement que la rentrée des classes approche! Rentre-toi bien ça dans la tête, petite, on n'a rien sans rien!! Tu verras!" La cabine se referme et la voix bourrue s'estompe... Ségolène soupire...

Moi, la "bestiole" (quelle injure, il ne peut pas m'appeler par mon nom?), j'ai rentré définitivement mes griffes et succombé à la douceur des caresses; je me rends et me laisse ramener dans la loge. A l'intérieur, la chef s'active et râle; décidément c'est contagieux! "Ah vous voilà quand même! Surveille ton matou, j'aère parce que ça sent sacrément le chat ici! Alors il est rentré dans son antre le gros ours? Quel vieux schnock, je débarque à peine, il me met les nerfs! Il faudrait lui rentrer dans le lard, oser le remettre à sa place une bonne fois pour toutes! Ah ça promet!"

Pas d'inquiétude! Margot ira mieux dès qu'elle se sera remise dans le bain, aussitôt qu'elle aura glané quelques nouvelles croustillantes de l'été. Demain, elle fera le tour de tous les locataires rentrés de vacances et elle sonnera chez la fameuse petite Gina, pour se faire une idée... Moi je sais une chose qu'elle ignore encore et qui m'intéresse bigrement! C'est que la nouvelle, hé hé, elle a un chat! De derrière mes jalousies, j'ai bien vu arriver la pauvre bête, avec une tête sympa qui dépassait d'un sac ridicule! Et depuis je l'entends miauler parfois... J'ai hâte d'en savoir plus, et pourquoi pas de le, ou la, rencontrer! Je compte bien sur Madame Bégonia! Vive la rentrée, ça promet un peu plus d'animation pour moi aussi!

Aucun commentaire: