lundi 28 septembre 2009

pinces

[conversation téléphonique entre Sammy et Mamie Ginette ( parc(1), parc(2), manchot, martinets)]

- Allô?
- Mamie! Mamie! Tu ne me croiras jamais!!
- Ah c'est toi Sammy! Mais qu'est-ce qui se passe? Tu es à la maison? Je vous croyais à la Tête d'Or cet après-midi!
- Il pleuvait beaucoup tu sais, on n'est pas restés longtemps dehors! Devine ce qu'on a vu là-bas!
- Tes petites mangoustes bien sûr!
- Oui mais quoi d'autre? Dépêche-toi parce que là je suis tout nu, Maman fait le bain d'Anna et ça va être mon tour bientôt!
- Mais raccroche vite garnement! Tu vas te faire disputer, et moi aussi! Tu me rappelleras après ta toilette!
- Non non, cherche d'abord... Dis-moi ce qu'il y avait au Parc!

- Un nouvel animal?
- Ben non, pas vraiment, mais c'est la première fois que je le rencontrais moi!
- Une grosse bestiole?
- Pas trop! Tu pourrais la mettre dans une de tes boîtes à glace. J'aurais bien voulu la toucher mais j'avais un peu peur quand même!
- Un peu peur? Alors il s'agit d'une créature redoutable!! Et elle n'était pas enfermée?
- Non, pas la peine! Elle n'est pas dangereuse mais je crois qu'elle aurait pu me faire mal avec ses longues longues pinces!
- Avec des pinces, un animal du zoo??? Alors là c'est une colle! Ils auraient mis les scorpions dans une vitrine... Des crabes peut-être, juste au bord du lac?
- Presque presque Mamie! Essaye encore!
- Ça ne peut pas être un homard, le homard vit dans la mer... Oh! Je donne ma langue au chat!
- C'était... C'était... une écrevisse!

- Allons bon, une écrevisse? Vous êtes allés tout près de l'eau?
- Non non, on allait vers la roseraie; on venait juste de passer la grande grille d'entrée. Il n'y avait personne. Tous les oiseaux étaient sur les allées ou sur les pelouses, c'étaient les rois du Parc aujourd'hui et ils en profitaient bien. Nous, heureusement qu'on avait les bottes! De loin Maman a remarqué quelque chose en plein milieu de la route, et Papa pensait à une limace. Mais en approchant, il a dit "ça alors, c'est quoi ce truc?"...
- Qu'est-ce qu'elle faisait là la pauvre? Super endroit pour se faire écrabouiller!
- Elle retournait vers le lac en tout cas. Elle avait encore du chemin! Moi je croyais les écrevisses toutes rouges. Mais la carapace est plutôt gris rose...
- C'est une fois cuites qu'elles deviennent rouge vif... Et alors, vous l'avez aidée?
- Ben non, personne n'osait la prendre. Papa a baissé son parapluie, il l'a retourné devant elle pour essayer de la faire grimper dedans, mais elle n'a pas voulu. En plus quand il s'est penché, l'écrevisse a levé ses pinces en l'air comme pour le menacer, elle avait vraiment l'air très très méchant. On aurait dit qu'elle allait lui cracher à la figure! On a bien rigolé. En fait, elle avait peur de nous, elle voulait sûrement se défendre!
- Sûrement! Et vous l'avez laissée là, la miss écrevisse, à danser sous la pluie?
- Oui mais on aurait dû la remettre dans le lac tu sais! On est partis et je n'arrêtais pas de me retourner. Quand on a été très loin, je la voyais encore parce que forcément elle n'avançait pas vite! Un corbeau a commencé à tourner autour d'elle et s'est mis d'abord à la piquer, puis il l'a prise et emportée sur l'herbe...

- Mon Dieu, quel repas de fête pour lui!
- J'aurais dû être plus courageux! Et Papa regrette de ne pas l'avoir soulevée à la main pour la reconduire! Il a du chagrin maintenant, vrai, je te jure!
- Il ne pensait pas que ça finirait mal pour elle, et aussi vite! Mais effectivement c'était à prévoir! C'est la vie!
- Peut-être mais c'est pas juste!
- Tu auras quelque chose à raconter quand ta maîtresse demandera qui mange quoi ou qui est mangé par qui!
- Maman m'a dit que l'écrevisse avalait plein de choses au fond du lac, des petites plantes et des larves, et elle, quand elle est dans l'eau elle se fait attraper par des gros poissons ou des hérons par exemple.
- Voilà, ça fait une chaîne. Ta maman n'avait pas son appareil photo?
- Non, elle l'avait oublié... Mais on a regardé des images sur internet en revenant... Papa a même trouvé une vidéo avec un chat et une écrevisse qui se tournent autour... Bon j'y vais Mamie parce que j'ai froid! T'en avais déjà vu des écrevisses toi?
- En liberté, je ne m'en souviens plus. Mais j'achète parfois des sauces ou des bisques aux écrevisses, c'est bon! Allez, va vite te réchauffer, mon Sammy!
- Quand même c'est triste! Bisou Mamie, mais je voulais te dire, moi j'en goûterai jamais jamais des écrevisses!!

vendredi 25 septembre 2009

bleu

(Quelqu'un parle à quelqu'une: "Si tu étais...")

Si tu étais une couleur,
Tu serais forcément le bleu,
Ce bleu que tu aimes porter,
Qui envahit jusqu'à tes yeux.
Certains s'y sont déjà noyés.

Ils s'étaient élancés sans peur.
Qu'espéraient donc ces amoureux?
Voulaient-ils trop prendre de toi?
D'un monde espéré délicieux,
Furent-ils surpris par le cœur froid?

Ils n'ont pas trouvé le bonheur
Et auraient dû regarder mieux.
Tu es comme la mer hélas,
Ou comme l'horizon et les cieux,
Brusque, changeante, fragile espace.

Toujours en conflit intérieur,
De tempérament capricieux,
Tu joues de ta mélancolie,
Abîmant les hommes à ton jeu.
Ils s'y laissent aller, quelle folie!

Si tu étais une couleur,
Tu serais forcément le bleu,
Ce bleu que tu aimes porter,
Que tu assortis à tes yeux,
Tes yeux où je vais me noyer...

mardi 22 septembre 2009

estampes

Vous souvenez-vous dans quel endroit j'avais croqué "La fillette aux osselets"? C'était au Musée des Moulages, ancienne usine textile rénovée, vaste et sobre espace à l'entrée discrète, qui réunit à des fins pédagogiques un grand nombre de copies d'œuvres d'art. Annexe de l'Université Lyon 2, cet entrepôt original constitue un précieux terrain de formation pour les étudiants mais c'est aussi une mine de modèles pour les crayonnages d'amateurs. Il règne en ce lieu une atmosphère magique; il suffit pour la percevoir de déambuler parmi les moulages abîmés, reproductions fragiles de sculptures antiques. D'un jour à l'autre, selon les besoins, les pièces peuvent être déplacées, échangées avec d'autres: le parcours réserve donc toujours des surprises. Le Musée accueille, tout au long de l'année, divers évènements culturels (projections, concerts, lectures, conférences...) et aussi, régulièrement, des expositions d'art contemporain. C'est ainsi que ce week-end je décide d'y retourner, à l'occasion d'une rétrospective Milshtein intitulée: "du bois gravé à la digigraphie"...


Les visiteurs sont nombreux ce samedi, sans doute guidés par le programme des Journées du Patrimoine; en tout cas je n'en avais jamais vu autant! Et cet homme tranquille assis derrière la table de documentation, n'est-ce pas... Zwy Milshtein? Mais si!... Cette rencontre inattendue promet une re-découverte passionnante de mon cher Musée. A 75 ans, l'artiste d'origine moldave, au prénom mystérieux, peintre et surtout graveur, aime à l'évidence frôler son public car il se lève bientôt pour l'accompagner parmi ses œuvres et les moulages hospitaliers. Il répond de bonne grâce aux questions, suit le regard des personnes et commente son travail avec un accent sympathique. Moi je suis d'abord étonnée, pas encore séduite, par les immenses panneaux disposés sur les murs, déroulés ou suspendus dans les allées, noirs et blancs, ou colorés, encombrés parfois de détails fantastiques, naïfs ou mutins. Je fais néanmoins avec curiosité le tour de l'étrange galerie, m'amusant à rechercher en même temps les nouvelles places de mes sculptures favorites. Je voyage ainsi dans un catalogue d'estampes, un monde d'impressions, résultats de techniques diverses de gravures. Se déploie devant moi l'éventail historique du travail passionné de Milshtein. Voici des tailles-douces, des lithographies, des eaux-fortes et bien sûr d'imposantes digigraphies, ces images numériques que notre homme compose depuis quelques années en collaboration avec la marque Epson... Quel humour grinçant, quel foisonnement d'idées, noires ou burlesques, à travers des jeux de tons et de mots ou des perspectives diaboliques! Je suis conquise finalement, épatée par la quantité des créations exposées, gagnée par l'émotion qui s'en dégage. Est-ce la présence de leurs sages voisins de plâtre qui en facilite et favorise l'approche? Et dire que l'auteur évolue parmi nous comme un être ordinaire!



J'ai tant envie d'en apprendre plus! J'irais bien visiter l'atelier de Milshtein, pas si loin, à Gleizé, près de Villefranche-sur-Saône... Mais pour l'instant je me sens bien ici, rue Rachais, conviée à cette heureuse réunion de famille, entre moulages et estampes, au pays des reproductions et des empreintes... Je suis sûre d'avoir encore mille détails à découvrir. Venez! Entrée libre et dépaysement garanti!

jeudi 17 septembre 2009

courbatue

Aïe aïe aïe ! Est-ce bien raisonnable d’avoir troqué cette année mes cours de guitare contre un abonnement dans une salle de sport? Aïe aïe aïe ! Ce matin c’est si dur de se lever! Je suis rendue, rompue, fourbue, moulue et vermoulue. "Courbatue" en somme, lasse par tout le corps et par tous les membres. Ou dois-je dire "courbaturée", avec une syllabe de plus pour vous paraître encore plus abattue et raplapla, saturée de douleur? Non, j’exagère! Il faut bien que j'aggrave un peu pour alimenter mon article !

En fait les deux mots, courbatue et courbaturée, signifient la même chose. Et si je privilégie le plus court en le choisissant pour titre, c'est parce qu'il sonne plus doux à mes oreilles... Il se trouve qu'il est aussi le plus ancien…

Courbattu, l'original, nous ramène en effet au XVe siècle. Il serait une déformation de court-battu, mot composé correspondant lui-même à la contraction d'une expression bien connue :"battu à bras raccourcis". Cette locution imagée, encore utilisée de nos jours, évoque l’attitude de l’agresseur qui, retroussant ses manches, ses "bras" de chemise donc, s’apprête à sauter sur son adversaire : on l’imagine décidé à infliger des coups violents, une bonne raclée, jusqu’à faire courber l’échine de l'ennemi. Gare! Ballotté ainsi d'attaque en bataille, courbattu a fini par y laisser un t!

Au XVIe siècle apparaît le mot courbature. Il désigne d’abord, dans le vocabulaire vétérinaire, une affection du cheval, conséquence d’un effort prolongé et qui se caractérise par une raideur dans les muscles des membres et par des troubles respiratoires. Par extension, la courbature devient chez l’homme cette lassitude accompagnée de douleurs musculaires qui se manifeste après un exercice physique intense, une longue immobilité ou à l’occasion d’une maladie.
Puis naît courbaturer, verbe transitif peu employé dans le sens de "donner des courbatures" et que l’on compose avec l'auxiliaire être plus souvent qu'avec l'auxiliaire avoir.

Puisque mes faiblesses d'aujourd'hui sont le résultat d'affrontements personnels et volontaires avec mon propre corps, je les assume et m'avoue sans honte courbatue... ou courbaturée! Quelle importance finalement? Ça passera... A force d’exercice et d’entraînement, en l'occurrence de bodybalance et de bodypump, mes muscles finiront bien par se débrouiller pour éliminer sagement et de mieux en mieux les toxines indélicates. Belles paroles… J'entends les conseils, oui oui, je bois beaucoup d'eau, et je m'étire, c'est compris dans le programme. Souhaitez-moi seulement de tenir bon, et rendez-vous dans quelques semaines pour voir où j'en suis ; d’ici là, je tente de maintenir le cap! Objectif: la forme!

lundi 14 septembre 2009

rendez-vous (2)


Pour lire la première partie : rendez-vous (1)

Sujet: Re: Re: Rendez-vous
Date: 04/09/09 14:10:03

Excuse-moi, Marylin! Tout à l'heure, je n'avais pas vu le temps passer. Je devais aller chercher Sammy à l'école, alors je me suis affolée et j'ai vite cliqué pour envoyer le mail, sans penser que tu t'inquièterais...

Effectivement tout va bien! Mais quelle aventure! J'en étais au moment où mon individu, au musée, ayant ramassé le polar de Simenon, s'était mis à balbutier. Forcément, il essayait de comprendre, et moi, très ennuyée, percevant son embarras, j'ai voulu essayer de répondre, pour le rassurer, pour me rassurer: "En fait, oui, j'ai trouvé... dans le livre... un mot... qui m'a intriguée! Je suis désolée..."

Mais lui m'écoutait à peine et semblait perdu dans ses réflexions. Enfin, il s'est exclamé, très fort, trop fort: "Bien sûr, vous m'auriez parlé, vous ne pouviez pas être Simone!"
J'avais déjà quelques minutes auparavant attiré l'attention de l'employée du musée mais là, elle nous a fusillés du regard. C'est alors que le son d'une voix féminine, haute et décidée, nous a fait tourner les têtes vers le fond de la salle où, près de la toile d'Orsel, une fringante vieille dame était apparue: "Simone, c'est moi!"

Il y a eu un grand silence... Puis l'homme a soupiré, il avait l'air soulagé. "Simone" a esquissé un sourire. Et moi, j'aurais voulu disparaître sous terre. La surveillante s'approchait, sans doute pour nous sermonner, alors j'ai doucement suggéré de sortir dans le jardin du Musée pour parler plus à l'aise. Et le couple m'a suivie: lui, il avait glissé délicatement son bras sous celui de la dame et elle se laissait guider. Dehors où il faisait très bon nous nous sommes assis sous le Démocrite de Delhomme. J'ai raconté comment j'étais tombée par hasard sur le ticket perdu. Puis l'auteur du fameux message a enchaîné tout naturellement...

Simone était sa belle-soeur, la femme de son frère perdu de vue depuis quarante-huit années exactement. Une douloureuse querelle avait divisé autrefois les deux héritiers de la fortune familiale; les garçons s'étaient fâchés, et lui-même, le cadet, Edmond De Brume, avait abandonné sa part. Par dépit, ou par défi, il s'était enfui. Jeune peintre prometteur, passionné de sculpture, il avait dû mettre de côté ses ambitions artistiques pour exercer toutes sortes de petits métiers et ainsi survivre. Enfin fixé au Japon, il y avait enseigné le français pendant de nombreuses années. Veuf depuis peu, sans enfant, tourmenté par les souvenirs, il était revenu à Lyon et espérait une réconciliation.

Lundi dernier, il avait appelé chez son frère et c'est Simone qui lui avait répondu: son mari étant bien malade et très faible, également miné par les regrets, elle craignait que le choc s'avère pour lui insupportable. Mais elle voulait bien qu'ils s'entretiennent pour préparer les retrouvailles. Elle pouvait se libérer vendredi, qu'il choisisse le lieu et l'heure! Edmond, qui avait visité le matin même le Musée des Beaux-Arts, proposa de s'y retrouver, le 4 septembre donc, à 10h15. Il précisa l'Odalisque car cette sculpture, dont il adorait les formes et la sérénité, l'avait profondément impressionné. Il aurait Le Progrès sous le bras pour que Simone soit assurée de le reconnaître. Machinalement il avait griffonné les données du rendez-vous sur un ticket récupéré au fond de sa poche...

Depuis lundi, il avait tué le temps, parcouru les quartiers de son enfance; il s'était réfugié dans les bibliothèques pour se laisser aller dans quelques histoires, d'autres histoires. Il s'était plongé notamment dans plusieurs polars, "L'assassin" entre autres dont il avait marqué une page avec un papier qu'il avait sous la main... Continuant sa lecture il n'y avait plus songé et ce n'est que le soir, rentré à l'hôtel, qu'il s'était rendu compte de ce petit oubli...

Un petit oubli qui m'a valu une jolie rencontre, tu ne trouves pas, Marylou? J'ai remercié Monsieur De Brume de m'avoir si gentiment confié ces explications si personnelles; je me suis excusée, le plus sincèrement possible, d'avoir troublé le déroulement de leurs vies à tous les deux. Je recommençais à être confuse, et c'est elle qui m'a rassurée cette fois. Ils allaient sûrement pleurer beaucoup sur le passé, raviver des plaies anciennes; elle voulait considérer l'épisode de ce matin comme un rebondissement amusant offert par le hasard et qu'ils évoqueraient plus tard avec le sourire. Sa voix était si douce, j'avais presque envie de pleurer...

Résultat des courses: je suis invitée à prendre le thé chez les De Brume, rue de l'Abbaye d'Ainay, dimanche après-midi! Le projet de Simone et Edmond paraît bien délicat mais j'ai confiance, je suis sûre que les deux frères parviendront à faire la paix, enfin j'ai hâte d'avoir des infos...

Voilà, maintenant, tu sais tout! Et moi, je suis face à un cruel dilemme: à ton avis, pour ce thé dans les beaux quartiers, est-ce que je peux mettre un tailleur pantalon ou faut-il que je sorte mon unique petite robe noire ?
Bises,
Ginette

jeudi 10 septembre 2009

beurrier

(... à l'occasion des Tupiniers du Vieux-Lyon, marché qui se déroulera samedi 12 et dimanche 13 septembre...)

Je vous présente ici un objet que je suis fière de posséder et qui excite le désir de tous ceux qui franchissent le seuil de ma cuisine: mon beurrier "à eau"! C'est le deuxième du nom chez moi! Le précédent, auquel j'étais déjà très attachée, m'avait été offert par une amie habitant l'Isère; hélas une malencontreuse manipulation en brisa l'indispensable couvercle. Sous le choc de cette perte cruelle, j'ai cherché pendant des mois et des saisons une poterie du même type, chez les artisans, dans les boutiques et dans les foires, surtout en Bretagne puisqu'on m'avait affirmé qu'il s'agissait d'un beurrier "breton". Finalement, c'est à Rânes, cité de Normandie profonde, au détour d'un vide-grenier, que j'ai acquis celui-ci, pour la somme extravagante de 2 euros!



Quel en est le principe?
Eh bien, ce beurrier en terre comporte deux parties:
- le fond, récipient cylindrique dans lequel on verse un peu d'eau fraîche, à renouveler tous les deux ou trois jours et qui peut être additionnée d'une pincée de sel,
- le couvercle, également récipient, ajouré, que l'on retourne pour y tasser le beurre.
Lorsque le couvercle est en place, le beurre se trouve immergé, isolé de l'air, gardé à température ambiante sans qu'il risque de rancir.
Ainsi, au petit-déjeuner, moi qui suis de la génération tartine, je n'ai plus ni rancœur ni rancune contre celui ou celle qui aurait oublié de sortir le beurre du réfrigérateur la veille au soir!
Mon beurre apparaît à son avantage à tout moment, toujours bon pour le service!

Je continue à fréquenter les brocantes et visite toujours, à l'occasion, les ateliers de poterie, attirée particulièrement par toute sorte de bocal culinaire qui ressemble à mon beurrier fétiche. Je soulève délicatement les couvercles qui se révèlent le plus souvent simples cloches. Bien sûr je ne manquerai pas, samedi prochain ou dimanche, dans le quartier du Vieux-Lyon, le marché des Tupiniers. Cette exposition-vente, annuelle, qui doit son nom aux potiers d'autrefois, fabricants de pots ou tupins, accueille des céramistes de Rhône-Alpes mais aussi d'autres régions, de France, d'Italie, d'Allemagne ou d'Autriche. La cuvée 2009 promet d'être animée puisque parallèlement aux productions traditionnelles, une place importante sera accordée cette année à la "Terre musicale".

Et si je tombe par hasard ce week-end sur un beurrier à eau, est-ce que je résisterai? Je sais qu'on peut en trouver, en cherchant bien... aussi sur Internet. Des sites et des blogs en proposent, fabriqués dans le Gard (Poteries d'Aspères), dans le Berry (Terres des Etangs), à Oléron (Au Tour de la Terre), en Alsace (Grès de Betschdorf), et même au Canada (Porcelaine Weilbrenner Lebeau, Tinterre, Marie-France Carrière). Bon, comptez de 25 à 32 euros la pièce...

Vraiment très mignons tous ces modèles! A côté d'eux mon beurrier, certes de la même famille, aussi original et efficace, fait dans le rustique... Je l'aime pour ça : pour son vécu et sa simplicité... Et surtout, bien sûr, parce que tout le monde me l'envie!

lundi 7 septembre 2009

rendez-vous (1)

fantaisie sous prétexte d'une correspondance, par mail,
entre Ginette (martinets)

Sujet: Qu'en penses-tu?
Date: 03/09/2009 20:30:11

Coucou Marylou,

Alors cette rentrée? Tu les sens comment tes nouveaux monstres? Avez-vous des consignes pour la grippe? Donne-moi vite des nouvelles! Mais quand tu peux évidemment car j'imagine bien que tu as du travail...

Moi ça va, j'ai repris mardi après-midi la permanence à la bibliothèque. Nous avons surtout papoté en échangeant les petites aventures estivales. Un peu dur de se remettre dans le coup! Mais je voulais te raconter quelque chose... Figure-toi que j'ai fait provision de livres à porter chez la lectrice dont je m'occupe grâce à la Bib' à Dom'. Eh bien dans un des romans que je viens d'emprunter pour elle, précisément dans "L'assassin" de Simenon dont elle est une inconditionnelle, j'ai trouvé une sorte de message griffonné sur un ticket du MBA: "Odalisque 4 sept. 10h15 Le Progrès". C'est bizarre, tu ne trouves pas? Les ouvrages sont toujours feuilletés quand on les rend alors je suppose que le papier a été laissé dans celui-là au cours d'une consultation sur place. C'est bien mystérieux, j'adore! Qu'en penses-tu?

A partir de demain je me charge de faire déjeuner mon petit Sammy les jours d'école. Je penserai bien à toi qui dois recommencer à te lever tôt! En attendant peut-être auras-tu le temps ce soir, pour te distraire, de jeter un oeil à ces "esprits criminels" que tu idolâtres?
Bises,
Ginette


Sujet: Re: Qu'en penses-tu?
Date: 03/09/09 22:15:46

Salut Ginette,

Merci de tes encouragements! Là je suis complètement vannée, je vais fermer la boutique! Ta trouvaille ça doit être un rancart près du marbre de Pradier non? Tu comptes en faire quoi de ce billet?
A +, bises,
Marylin


Sujet: Rendez-vous
Date:04/09/09 11:17:20

Bien pensé Marylou! J'avais comme toi interprété le message comme un rendez-vous... Après avoir tergiversé toute la nuit, je me suis décidée ce matin! Tu me connais je suis trop curieuse, alors à 10 heures pile j'étais aux Terreaux, devant le Musée! Aussitôt entrée (t'ai-je dit avoir acheté une carte d'abonnement?), je suis descendue à la salle des sculptures. Il y avait une dame pour surveiller et deux ou trois personnes à flâner, c'est tout! Un bonheur cet espace! J'étais déjà venue là observer La Tentation de Saint-Antoine, un Rodin qui avait retenu alors toute mon attention, mais aujourd'hui je n'avais d'yeux que pour l'Odalisque bien sûr. J'ai été scotchée: elle était vraiment fabuleuse avec cette lumière concentrée sur elle, la faisant paraître si réelle, et cet éclat que lui donnaient en fond les couleurs du tableau d'Orsel. Excitée comme un pou, je me suis assise sur un banc d'où je pouvais suffisamment étudier le profil de son visage, au-dessus de la courbe sensuelle de son dos. J'ai sorti mon carnet de croquis et j'ai fait semblant de m'appliquer...

Je n'ai pas attendu longtemps pour avoir la confirmation que nous avions bien décodé le fameux message! Un homme est arrivé avec Le Progrès sous le bras, alors tu penses je n'en menais pas large! Il affichait un âge disons respectable, 70 ou 75 ans? Le visage empreint d'un certain charme mais marqué, creusé par le temps. Sans lunettes, peut-être coquet? Grand, mince, chemise ouverte, blouson léger, pantalon beige tombant impeccablement sur des chaussures de ville confortables, pas le look touriste, plutôt celui d'un vieux prof. Bref, après avoir descendu les quelques marches au seuil de la salle, il est passé près de moi, il a paru hésiter, puis il a contourné l'Odalisque et s'est posé sur un autre banc, restant dans mon champ de vision. Je continuais à dessiner et lui jetais des petits coups d'oeil de temps en temps. Soudain j'ai senti comme une sueur, froide, qui gagnait peu à peu toute la surface de ma peau; mes doigts devenaient moites et alors mon crayon m'a échappé! Dans ma maladresse à vouloir le récupérer, voilà que mon bloc de feuilles a aussi atterri par terre, puis mon sac dont la chute a provoqué une avalanche de bruits incongrus et un écho épouvantable! L'homme, resté jusqu'à présent assis droit comme un piquet, s'est précipité vers moi, proposant de m'aider, me frôlant même, pour rassembler mes affaires éparpillées... Je te jure, j'étais dans mes petits souliers! Nos regards se sont évidemment croisés, lequel de nous était le plus empoté? Tout d'un coup, brandissant le livre de bibliothèque, il s'est redressé, l'air stupéfait, incrédule. Et il m'a soufflé, tout bas, haletant: "Ainsi... vous avez trouvé... l'assassin... c'est moi...


Sujet: Re: Rendez-vous
Date: 04/09/09 12:00:32

Je suis de passage vite fait à la maison pour imprimer une fiche de travail oubliée ce matin, et je découvre ton mail! Tu as eu un sacré culot dis donc! Quand même, tu m'inquiètes! Puisque tu es revenue saine et sauve chez toi, je suppose que tout va bien, mais je t'en supplie dis vite ce qui s'est passé ensuite! Sinon je t'appelle ce soir!
Bye!
Marylin

à suivre... rendez-vous (2)

jeudi 3 septembre 2009

turlupinade

Ce soir, le candidat hésite: entre deux petits mots sa mémoire balance! Ce serait dommage de se tromper maintenant, alors qu'il peut atteindre le palier des 2500 euros! Clairement, la situation tracasse notre Arnaud. Il y a un choix à faire, une décision à prendre. Le doute submerge le jeune chanteur, l'heure est grave, enfin toutes proportions gardées bien entendu. Ah mais décidément ça le... turlupine, finit-il par avouer. Mot cadeau pour l'animateur, Nagui l'espiègle, qui l'attrape au bond bien sûr! C'est que le verbe prête à sourire avec ses syllabes qui déconcertent et amusent à la fois: il est bien hardi celui-là de commencer par ce qui ressemble à une turlutte pour finir dans un argot évocateur. Néanmoins nul aujourd'hui ne le trouve ridicule, et même, curieusement, nos hommes sur la scène s'élancent dans un échange de mots rares à cette heure, tels "chafouin", "belliqueux" et autres "billevesées", juste pour le plaisir de les prononcer...

Ouf! J'ai eu peur! Le dialogue aurait pu déraper, dégénérer en quelques turlupinades justement, comprenez des plaisanteries faciles et d'un goût douteux comme celles que commettait au XVIIème siècle un certain Turlupin. De fait, il s'agissait là d'un surnom, celui d'un acteur, Henri Legrand, qui dans les farces populaires interprétait régulièrement le rôle du valet à l'allure débraillée et aux propos équivoques.

Le verbe turlupiner n'est plus employé de nos jours dans le sens de "faire des pitreries". Aux oubliettes aussi les turlupinages qui consistaient à dire ou à écrire gratuitement toutes sortes de grossièretés. En revanche, une personne peut de nos jours s'acharner sur une autre, la turlupiner à souhait, s'en moquer, l'asticoter ou la contrarier. Une seule idée parvient aussi, très souvent, à turlupiner quelqu'un, c'est-à-dire qu'elle le préoccupe jusqu'à l'agacement. Le doute l'envahit, le travaille et le tracasse... C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui pour Arnaud. Peu sûr de ses paroles, face à un dilemme, il optera finalement pour une solution judicieuse, se garantissant un pactole minimum.

Même si les mots présentent des similitudes, les turlupinades ne consistaient sans doute qu'en facéties grotesques et ne pouvaient se confondre avec des "entourloupes". Plus graves qu'un simple jeu, celles-ci correspondent à des mauvais tours, à des manoeuvres louches et trompeuses; elles sous-entendent la machination, l'escroquerie et le mensonge. Méfiance donc, car même dans une "entourloupette" on court le risque d'être roulé dans la farine, mené en bateau, dindonné ou embobeliné!

Tiens, j'y pense, en ce moment, les médias nous bassinent, nous inquiètent et nous turlupinent avec cette pandémie de grippe, jusqu'à diviser bon nombre d'entre nous. Alors de quoi s'agit-il vraiment? D'un virus diabolique ou d'une vaste entourloupe?