mardi 22 septembre 2009

estampes

Vous souvenez-vous dans quel endroit j'avais croqué "La fillette aux osselets"? C'était au Musée des Moulages, ancienne usine textile rénovée, vaste et sobre espace à l'entrée discrète, qui réunit à des fins pédagogiques un grand nombre de copies d'œuvres d'art. Annexe de l'Université Lyon 2, cet entrepôt original constitue un précieux terrain de formation pour les étudiants mais c'est aussi une mine de modèles pour les crayonnages d'amateurs. Il règne en ce lieu une atmosphère magique; il suffit pour la percevoir de déambuler parmi les moulages abîmés, reproductions fragiles de sculptures antiques. D'un jour à l'autre, selon les besoins, les pièces peuvent être déplacées, échangées avec d'autres: le parcours réserve donc toujours des surprises. Le Musée accueille, tout au long de l'année, divers évènements culturels (projections, concerts, lectures, conférences...) et aussi, régulièrement, des expositions d'art contemporain. C'est ainsi que ce week-end je décide d'y retourner, à l'occasion d'une rétrospective Milshtein intitulée: "du bois gravé à la digigraphie"...


Les visiteurs sont nombreux ce samedi, sans doute guidés par le programme des Journées du Patrimoine; en tout cas je n'en avais jamais vu autant! Et cet homme tranquille assis derrière la table de documentation, n'est-ce pas... Zwy Milshtein? Mais si!... Cette rencontre inattendue promet une re-découverte passionnante de mon cher Musée. A 75 ans, l'artiste d'origine moldave, au prénom mystérieux, peintre et surtout graveur, aime à l'évidence frôler son public car il se lève bientôt pour l'accompagner parmi ses œuvres et les moulages hospitaliers. Il répond de bonne grâce aux questions, suit le regard des personnes et commente son travail avec un accent sympathique. Moi je suis d'abord étonnée, pas encore séduite, par les immenses panneaux disposés sur les murs, déroulés ou suspendus dans les allées, noirs et blancs, ou colorés, encombrés parfois de détails fantastiques, naïfs ou mutins. Je fais néanmoins avec curiosité le tour de l'étrange galerie, m'amusant à rechercher en même temps les nouvelles places de mes sculptures favorites. Je voyage ainsi dans un catalogue d'estampes, un monde d'impressions, résultats de techniques diverses de gravures. Se déploie devant moi l'éventail historique du travail passionné de Milshtein. Voici des tailles-douces, des lithographies, des eaux-fortes et bien sûr d'imposantes digigraphies, ces images numériques que notre homme compose depuis quelques années en collaboration avec la marque Epson... Quel humour grinçant, quel foisonnement d'idées, noires ou burlesques, à travers des jeux de tons et de mots ou des perspectives diaboliques! Je suis conquise finalement, épatée par la quantité des créations exposées, gagnée par l'émotion qui s'en dégage. Est-ce la présence de leurs sages voisins de plâtre qui en facilite et favorise l'approche? Et dire que l'auteur évolue parmi nous comme un être ordinaire!



J'ai tant envie d'en apprendre plus! J'irais bien visiter l'atelier de Milshtein, pas si loin, à Gleizé, près de Villefranche-sur-Saône... Mais pour l'instant je me sens bien ici, rue Rachais, conviée à cette heureuse réunion de famille, entre moulages et estampes, au pays des reproductions et des empreintes... Je suis sûre d'avoir encore mille détails à découvrir. Venez! Entrée libre et dépaysement garanti!

Aucun commentaire: