samedi 24 octobre 2009

p'tit mot en pause
pour quelques jours
je prends le temps
de mettre à jour
pas mal de choses

lectures, dessins,
et p'tit ménage
aussi le temps
d'un court voyage
et je reviens

à bientôt

lundi 19 octobre 2009

cadeau


Qu’on se le dise : cette semaine est bleue, dédiée aux personnes âgées. Je regrette qu'on n'en fasse pas plus ample publicité. Ainsi votre commune, votre arrondissement, organisent ces jours-ci, du 19 au 25 octobre, un certain nombre de manifestations dont l’objectif est de mettre en évidence les actions menées toute l’année pour vaincre l’isolement de nos aînés. Le thème de cette édition 2009 met l’accent sur la communication entre toutes les générations : pour vivre ensemble nos âges et nos cultures, restons connectés ! L’idée de « connexion » permet d’insister sur l’importance des réseaux de relations, sur la nécessité de préserver les liens sociaux. "La Bib' à Dom'" ici, à Lyon, est un exemple d'association qui s'attache justement à entretenir ces liens grâce au portage/partage des livres.


Quant à moi, à l'occasion de cette semaine bleue, je souhaitais publier ce texte "cadeau", cette émotion... (Merci Marcelle, pour m’avoir offert votre histoire et autorisée à prendre en photo ce joli tableau!…)



«Vous aimez ce tableau Martine? C’est que moi aussi je l’aime beaucoup! Et vous savez… Il a une histoire!

Il y a tant d’années déjà… Mon mari voulait me faire un cadeau d’anniversaire. Il m’a demandé ce qui me plairait; moi, j’avais envie d’une petite table roulante, vous voyez, une sorte de desserte… Alors il m’a emmenée chez un antiquaire qu’il avait repéré, en espérant que je trouverais là, peut-être, mon bonheur. A peine entrée dans la boutique, quand j’ai vu ces enfants, j’ai été conquise, tout de suite. Et j’ai dit à mon mari : « Comme ils sont beaux… Voilà! C’est ce tableau que tu peux m’offrir! »

Mais quand il a transmis mon choix au marchand, celui-ci lui a répondu que ce n’était pas possible, qu’il pouvait lui demander n’importe quoi d’autre, mais que cet objet-là n’était pas à vendre… Quelle déception! J’ai fait le tour du magasin, comme une âme en peine, rien d’autre ne m’intéressait. Et Joseph! Il était bien malheureux, il désirait tant me faire plaisir! Enfin, le commerçant est revenu vers moi, il a soupiré et dit: « Vous le voulez vraiment ce tableau, ça se lit dans vos yeux! Alors d’accord! ».

Et depuis ils sont avec moi ; vous comprenez, ces enfants, si beaux, tellement… nature, moi qui n’ai pas pu en avoir et qui suis bien seule maintenant, ils me tiennent compagnie… »

vendredi 16 octobre 2009

lecture




Désormais, en parcourant le Musée des Beaux-Arts, je prêterai au tableau de Fantin-Latour une attention nouvelle, sans me contenter de la seule impression sévère qu’il me faisait jusqu’alors. Impossible à présent d’ignorer la «re-lecture» photographique et résolument contemporaine conçue pour la Biennale par l’artiste malaisien Hoy Cheong Wong. Quel choc en découvrant cette dernière interprétation ! Je juxtapose les images et essaie de comprendre… En quoi sont-elles semblables? Y a-t-il tant de différences? Puis-je dissiper le malaise? Que faut-il retenir?












Même décor, même espace, même calme ambiant. Deux femmes aux robes longues et sombres. L’une lit, face à nous, concentrée, la tête reposant légèrement sur la main libre; l’autre, de profil, au premier plan, écoute sans doute, à moins qu’elle ne soit… ailleurs…

Les dossiers des chaises apparaissent sur le cliché plus ouvragés, le pied du vase plus fin, le motif de la nappe plus serré, sans géométrie flagrante ; ces indices témoignent-ils d’une plus grande aisance, d’une tendance à la fragilité, d’une sorte de désordre nouveau?
Le livre d’aujourd’hui, à la couverture rigide, s’étale, plus grand de savoirs accumulés, si lourd et encombrant qu’il faut maintenant le poser sur la table.

Évidemment, plus que ces changements dans le décor, ce sont bien sûr les voiles qui surprennent sur la photographie, ces tissus épais qui cachent les visages et les chevelures des deux femmes. Cette trop réelle actualité me dérange… Mais finalement, sur la peinture ancienne, les deux figures acceptent nos regards et nous n'y voyons pas pour autant d'expression particulière; leurs émotions sont toutes intériorisées, naturellement voilées... L'œil nettement ouvert de l'auditrice contemporaine appréhende presque plus fièrement le monde qu'on lui rapporte ou les histoires qu'on lui raconte; son regard se dirige résolument vers l'horizon... Il y a comme une contradiction qui me déstabilise.

Sur chacune des représentations, les femmes se tiennent dans les mêmes postures un peu rigides, et dans chaque scène s'accommodent d'une certaine distance. La relation entre celle qui lit et celle qui reçoit n’est au fond pas différente, à quelque époque que ce soit. Le récit offert emporte les unes et les autres, dirait-on, dans un espace intime particulier, réservé: entre les livres et les femmes, n'existe-t-il pas effectivement « une affinité secrète » (Laure Adler)? Par-delà les apparences, au-delà de ces habits qui font oublier le sujet-titre du tableau original, je retiens donc ce pouvoir immense de la lecture, cette permission d'évasion qui perdure, intemporelle... et qui me rassure.

lundi 12 octobre 2009

madeleine

Lorsqu'il est commun, ce nom aux sonorités mélodieuses évoque un célèbre petit gâteau dodu. Mais lorsqu'on lui donne sa majuscule, alors il désigne la sainte, honorée par de multiples toponymes, inspiratrice d'oeuvres d'art; il devient le prénom de femmes que l'on chante et que l'on aime... Elles sont si nombreuses, ces « madeleines » et ces « Madeleine », que je choisis d’en faire ici une courte sélection tout à fait personnelle !


D’abord j’aime la friandise moelleuse, cette madeleine maison ou, encore mieux, de Commercy, qu’il est souvent bon d’assurer en réserve pour les petits creux du matin (clin d’œil à ma fille…).


Ce doux délice ne réveille pas toujours chez moi mes souvenirs de goûters d’enfance, comme la fameuse madeleine de Proust, mais il est vrai que son côté coquillage ou son allure petit bateau chatouille la mémoire et encourage l’imaginaire…

C’est plutôt le nom propre qui ravive en moi quelques images… J’étais très attachée petite à une maison que possédait mon père: elle se trouvait dans un village normand très coquet, Tessé-la-Madeleine, qui a hélas fusionné depuis avec une station voisine plus prestigieuse.

A cette même époque, années 60, Jacques Brel espérait Madeleine, «tellement jolie, tellement tout ça»; je l'ai mieux écouté et apprécié plus tard… Je retrouve aujourd’hui le texte de la chanson dans un joli roman bretonnant d’Amanda Sthers: son personnage Rémi Kerguikou l'entonne dans un karaoké devant une Madeleine un peu triste qui, hélas, pense à un autre, un nommé Castellot, tellement tout beau. Voilà d’ailleurs une petite histoire émouvante, bien tendre à déguster, pas mélo pour autant, je veux dire qu'elle ne fait quand même pas pleurer son lecteur à chaudes larmes, comme une madeleine...

Alors si cela vous tente... Bonne lecture! Ou bon appétit!

mercredi 7 octobre 2009

avenir

100ème message!!! Déjà 100 p'tits mots!!!

Je fredonne souvent la chanson "Au bord de l'eau" et je cherche depuis plusieurs semaines à construire une histoire autour. Le caractère de Fabrice (Veille), me semblait correspondre au profil du personnage évoqué par Gérald de Palmas. Ce personnage, on le rencontre d'ailleurs fréquemment dans ses textes, il est à la dérive, son passé et ses rêves ne le laissent pas en paix, il paraît toujours en quête d'identité et d'amour. Pour Fabrice, il y a de l'espoir; l'avenir prend corps grâce à Zazie déjà mise en scène ici et .


Il lui a donné rendez-vous ce matin, sur le port… Il a quelques minutes d’avance. Le soleil n’arrive pas encore à traverser la couette épaisse et grise que forment les nuages, le ciel est ainsi plombé, l'air déjà lourd. Des goélands, dont les cris vrillent l'espace, planent au-dessus de la vase... Une mouette à l'allure de capitaine du port, perchée sur un mât, scrute l'horizon au-delà du môle. Une odeur d’essence se mêle à celle de la marée. Fabrice décide de marcher jusqu’au bout de la jetée, il se sent fébrile et voilà qu’il frissonne : la nuit a été trop courte, il a encore des accords de violon dans la tête, un goût de bière au fond de la gorge, le corps flou… La brise poisseuse ne lui fait pas trop de bien, et il sent monter cette peur qu'il connaît bien... ce dépit de lui-même. Il se trouve si empoté, si timide: tiens, comme le temps ici, jamais vraiment décidé à s’affirmer. Il ne trouvera pas les mots, il va bafouiller c’est sûr. De toute façon, le peu qu’il arrive à prononcer ne correspond jamais à ce qu’il ressent vraiment.

Timide oui, et même renfermé, c’est ce qu’il est, ce qu'on a toujours dit de lui. Sur les bulletins scolaires il y avait aussi : effacé, réservé. Un prof qui prenait son silence pour une révolte l’avait une fois traité de marginal. Alors qu’il était tout sauf rebelle, seulement un fils parfait qu’on avait choyé, dorloté, dont on avait préservé l'enfance de tous les manques, entouré l'adolescence par une intendance confortable. Il avait grandi dans un cocon familial irréprochable où nulle personnalité ne peut se construire vraiment. A 18 ans pourtant, le bac en poche, il était parti en ville, pour voir! Et le tourbillon, un semblant de liberté, lui avait plu... Fabrice s’était d'un coup, tout entier, offert au monde, se grisant des humeurs urbaines et de quelques paradis faciles. Il acceptait des boulots sans horaire raisonnable, barman, coursier... Mais c'était encore un être à part, solitaire, souvent perdu dans ses pensées, ailleurs. Les parents avaient laissé faire, curieusement, sans doute parce qu'il leur restait la petite Sophie à la maison. Fabrice revenait les voir, à dates forcées, et alors ses sentiments bataillaient ; d’abord heureux de les retrouver, il se mettait vite à étouffer, il lui fallait repartir…

Il avait aussi tenté quelques voyages, son argent y passait. Après avoir visité quelques contrées exotiques, des déserts de toutes sortes, des cités époustouflantes de tentations et de promesses, un jour il avait posé son sac ici, au Connemara. Alors qu’il aurait dû haïr ces paysages sauvages et humides si semblables à ses souvenirs d’enfance, il s’y était étrangement senti bien. Dans un pub, l'été dernier, il avait croisé Zazie; elle venait chaque année passer quelque temps chez un oncle installé à Clifden, elle lui avait servi de guide. Pendant toutes ces heures passées ensemble, au bord de la mer, elle respectait ses silences. Envoûté, éperdu de bonheur, il aurait quand même dû lui confier son amour mais n’avait pas osé. Depuis, impossible de l'oublier! Elle peuplait toutes ses pensées. Ils avaient échangé ces derniers mois quelques mails, insignifiants ; il savait juste qu'elle séjournait à New York et s'essayait à l'écriture. Lui, de son côté, avait travaillé, travaillé, repris son quotidien trépidant. En juillet elle était rentrée en France discrètement, il avait tenté de la joindre plusieurs fois à Paris, conversations brèves, échanges formatés, désirs latents ... Bousculant ses réticences, et grâce à son amie Marylin, il l'avait enfin persuadée: ils se retrouveraient ici, dans ce pays magnifique...

Enfin un coin de ciel bleu au-dessus des terres... Et voilà Zazie qui descend le chemin, près de la cale encombrée; elle essaie de contrôler ses cheveux qui jouent de son élan et du vent. Elle l’aperçoit. Ils sont vraiment seuls sur le port mais elle l’appelle comme si elle prenait du plaisir à lancer son prénom. Ils s’approchent l’un de l’autre, il pose une main sur le bracelet qu’elle porte au poignet, un cadeau. Elle, elle lui effleure la joue, doucement, et dit sur un ton charmant, un peu coquin : « Tu es toujours aussi beau, avec ton air ténébreux… ! » Son rire l’enchante, gomme les semaines de délire et les reproches qu’il se fait. Il ne dit rien, il lui prend la main maintenant, il l'emmène. Ils embarqueront tout à l'heure pour Inishbofin. Ils se régaleront là-bas des paysages de l’île, en feront le tour au gré de leurs rires, se poursuivront comme des gamins jusqu’au bord des falaises, contempleront le spectacle de l’océan à perte de vue.
Elle comprendra ses gestes qui parleront de tendresse et d’amour mieux que des phrases... Aujourd'hui, cette fille, cette vie, l'appelle. Il la persuadera qu'ils sont faits pour regarder ensemble jusqu'au bout de leurs envies, vers l'avenir.

dimanche 4 octobre 2009

quotidien

La Xe Biennale de Lyon, dédiée à l’Art Contemporain propose cette année de mettre en évidence le "quotidien" de nos existences, de le rendre "spectaculaire" et visible par tous: ce que nous vivons au jour le jour ne constitue-t-il pas le fondement de l’inspiration artistique…














D'accord! Je comprends l’idée mais hélas ne ressors ni convaincue ni emballée de l’exposition froide du MAC où la multiplication des écrans m'a gênée et accablée. Même les fleurs fraîches du "Jardin en mouvement" de Lee Mingwei me sont apparues factices. Les petites télés sensées nous apprendre à regarder la réalité de nos vies d’ici et d’ailleurs, les trop grands espaces supposés traduire des vies intimes, toute cette mise en scène a sabordé mon optimisme habituel.


A cette grosse artillerie, je préfère l’évocation simple de petits bonheurs ordinaires, "ces petits bonheurs quotidiens dont on se lasse, dont il faut être privé pour apprécier la valeur"(René Ouvrard): il y en a eu, il s’en produit encore, qui nous font chaud au cœur, à la mémoire, et nous aident à vivre… Des écrivains parviennent à les traduire en mots, à nous faire prendre conscience de ces émotions inattendues, de ces gestes improvisés, des habitudes installées dont la répétition rassure.












Certains photographes aussi saisissent la vie ordinaire, comme le faisait avec talent Willy Ronis qui vient de disparaître. Cet artiste, cet "humaniste" et "maître de la lumière", témoignait de scènes populaires, savait reconnaître les instants de beauté unique et "capter" leur magie ; il pouvait aussi profiter des opportunités et composer ses images. Je suis sûre que peut encore se concevoir une telle représentation du quotidien qui le rendrait plus supportable.


Le quotidien s’habille du meilleur et du pire et "le plus souvent c’est moi qui le vis…" (Ridan)... Nous sommes tous les acteurs obligés d'un même spectacle que les artistes contemporains peuvent certes glorifier. Mais si nous continuons à jouer, et puisque le jeu peut se révéler agressif, il faut bien qu’il recèle quelques délicatesses essentielles, ce que prouvent simplement quelques flashs.

jeudi 1 octobre 2009

givrée

Givrée... à l'extérieur...

A quoi ou à qui se rapporte donc ici cet adjectif ? Qu'est-ce que renferme ce petit roman à l'illustration de couverture si désuète et peu attrayante? Car ce n'est pas la vision de cet antique frigo compact, et bleu (!), dans un intérieur cuisine style années 60, sol lino et chaise en formica, qui va m'encourager à choisir ce livre-là. Le titre qualifierait-il la jeune ménagère modèle qui caresse d'une main possessive son cher "American Freezer"? Serait-elle un peu spéciale, fofolle ou légèrement allumée? A voir! Le résumé annonce un parallèle probable entre ses soucis sexuels et une invasion de frigos!... Je suis tentée... J'achète!


Givrée... à l'intérieur...

Pas de regret car le divertissement s'avère rafraîchissant... Sur fond de rapports électroménagers burlesques et, hélas, justes, Alain Monnier conte ici une jolie histoire d'amour, nourrie de communications ratées, hasards et quiproquos... Voici comment, en même temps qu'elle devient une Vedette, Marie Boyer, jeune célibataire, trentenaire (et, il faut bien le dire, un peu "réservée" au lit, pour ne pas dire frigide... une "French Cold Girl"), finit par découvrir un certain art de vivre, avec les plaisirs sensuels qui en découlent. Un peu comme si un jour, par erreur, à la terrasse d'un café où elle tuerait le temps, on offrait à la jeune femme un verre "givré": d'abord hésitante, elle se déciderait enfin à poser les lèvres sur les bords sucrés...

Les ingrédients du cocktail littéraire se devinent aisément: l'auteur part d'une situation banale (en l'occurrence la livraison d'un indispensable réfrigérateur) et laisse son imagination broder les réactions des protagonistes. Les curieuses décisions de son héroïne provoquent un déferlement de frigos inutiles. Des situations incongrues s'enchaînent qu'elle pourrait vivre comme autant de drames, mais non! Si la spirale est infernale, l'intrigue se déroule sans violence et le dénouement se révèle tendre et optimiste. Les phrases courtes donnent le rythme; impossible pour le lecteur de lâcher le morceau, d'autant qu'il est souvent pris à témoin et se sent ainsi considéré, choyé...


Givrée... trop cool!

Peinture moderne, satire sociale, comédie amoureuse, Givrée se lit comme on regarde un film d'animation, se déguste comme un dessert fourré d'une pulpe agréable, s'avale comme une boisson fraîche en période de canicule. A savourer en poche, sur une aire de repos bienvenue, quand on n'en peut plus des embouteillages littéraires de saison...