mercredi 7 octobre 2009

avenir

100ème message!!! Déjà 100 p'tits mots!!!

Je fredonne souvent la chanson "Au bord de l'eau" et je cherche depuis plusieurs semaines à construire une histoire autour. Le caractère de Fabrice (Veille), me semblait correspondre au profil du personnage évoqué par Gérald de Palmas. Ce personnage, on le rencontre d'ailleurs fréquemment dans ses textes, il est à la dérive, son passé et ses rêves ne le laissent pas en paix, il paraît toujours en quête d'identité et d'amour. Pour Fabrice, il y a de l'espoir; l'avenir prend corps grâce à Zazie déjà mise en scène ici et .


Il lui a donné rendez-vous ce matin, sur le port… Il a quelques minutes d’avance. Le soleil n’arrive pas encore à traverser la couette épaisse et grise que forment les nuages, le ciel est ainsi plombé, l'air déjà lourd. Des goélands, dont les cris vrillent l'espace, planent au-dessus de la vase... Une mouette à l'allure de capitaine du port, perchée sur un mât, scrute l'horizon au-delà du môle. Une odeur d’essence se mêle à celle de la marée. Fabrice décide de marcher jusqu’au bout de la jetée, il se sent fébrile et voilà qu’il frissonne : la nuit a été trop courte, il a encore des accords de violon dans la tête, un goût de bière au fond de la gorge, le corps flou… La brise poisseuse ne lui fait pas trop de bien, et il sent monter cette peur qu'il connaît bien... ce dépit de lui-même. Il se trouve si empoté, si timide: tiens, comme le temps ici, jamais vraiment décidé à s’affirmer. Il ne trouvera pas les mots, il va bafouiller c’est sûr. De toute façon, le peu qu’il arrive à prononcer ne correspond jamais à ce qu’il ressent vraiment.

Timide oui, et même renfermé, c’est ce qu’il est, ce qu'on a toujours dit de lui. Sur les bulletins scolaires il y avait aussi : effacé, réservé. Un prof qui prenait son silence pour une révolte l’avait une fois traité de marginal. Alors qu’il était tout sauf rebelle, seulement un fils parfait qu’on avait choyé, dorloté, dont on avait préservé l'enfance de tous les manques, entouré l'adolescence par une intendance confortable. Il avait grandi dans un cocon familial irréprochable où nulle personnalité ne peut se construire vraiment. A 18 ans pourtant, le bac en poche, il était parti en ville, pour voir! Et le tourbillon, un semblant de liberté, lui avait plu... Fabrice s’était d'un coup, tout entier, offert au monde, se grisant des humeurs urbaines et de quelques paradis faciles. Il acceptait des boulots sans horaire raisonnable, barman, coursier... Mais c'était encore un être à part, solitaire, souvent perdu dans ses pensées, ailleurs. Les parents avaient laissé faire, curieusement, sans doute parce qu'il leur restait la petite Sophie à la maison. Fabrice revenait les voir, à dates forcées, et alors ses sentiments bataillaient ; d’abord heureux de les retrouver, il se mettait vite à étouffer, il lui fallait repartir…

Il avait aussi tenté quelques voyages, son argent y passait. Après avoir visité quelques contrées exotiques, des déserts de toutes sortes, des cités époustouflantes de tentations et de promesses, un jour il avait posé son sac ici, au Connemara. Alors qu’il aurait dû haïr ces paysages sauvages et humides si semblables à ses souvenirs d’enfance, il s’y était étrangement senti bien. Dans un pub, l'été dernier, il avait croisé Zazie; elle venait chaque année passer quelque temps chez un oncle installé à Clifden, elle lui avait servi de guide. Pendant toutes ces heures passées ensemble, au bord de la mer, elle respectait ses silences. Envoûté, éperdu de bonheur, il aurait quand même dû lui confier son amour mais n’avait pas osé. Depuis, impossible de l'oublier! Elle peuplait toutes ses pensées. Ils avaient échangé ces derniers mois quelques mails, insignifiants ; il savait juste qu'elle séjournait à New York et s'essayait à l'écriture. Lui, de son côté, avait travaillé, travaillé, repris son quotidien trépidant. En juillet elle était rentrée en France discrètement, il avait tenté de la joindre plusieurs fois à Paris, conversations brèves, échanges formatés, désirs latents ... Bousculant ses réticences, et grâce à son amie Marylin, il l'avait enfin persuadée: ils se retrouveraient ici, dans ce pays magnifique...

Enfin un coin de ciel bleu au-dessus des terres... Et voilà Zazie qui descend le chemin, près de la cale encombrée; elle essaie de contrôler ses cheveux qui jouent de son élan et du vent. Elle l’aperçoit. Ils sont vraiment seuls sur le port mais elle l’appelle comme si elle prenait du plaisir à lancer son prénom. Ils s’approchent l’un de l’autre, il pose une main sur le bracelet qu’elle porte au poignet, un cadeau. Elle, elle lui effleure la joue, doucement, et dit sur un ton charmant, un peu coquin : « Tu es toujours aussi beau, avec ton air ténébreux… ! » Son rire l’enchante, gomme les semaines de délire et les reproches qu’il se fait. Il ne dit rien, il lui prend la main maintenant, il l'emmène. Ils embarqueront tout à l'heure pour Inishbofin. Ils se régaleront là-bas des paysages de l’île, en feront le tour au gré de leurs rires, se poursuivront comme des gamins jusqu’au bord des falaises, contempleront le spectacle de l’océan à perte de vue.
Elle comprendra ses gestes qui parleront de tendresse et d’amour mieux que des phrases... Aujourd'hui, cette fille, cette vie, l'appelle. Il la persuadera qu'ils sont faits pour regarder ensemble jusqu'au bout de leurs envies, vers l'avenir.

2 commentaires:

DOMI a dit…

pour le 100 eme champagne pour tout le monde

Martine a dit…

Bonne idée ! Quelques cyber-flûtes alors! Tchin-tchin !