vendredi 16 octobre 2009

lecture




Désormais, en parcourant le Musée des Beaux-Arts, je prêterai au tableau de Fantin-Latour une attention nouvelle, sans me contenter de la seule impression sévère qu’il me faisait jusqu’alors. Impossible à présent d’ignorer la «re-lecture» photographique et résolument contemporaine conçue pour la Biennale par l’artiste malaisien Hoy Cheong Wong. Quel choc en découvrant cette dernière interprétation ! Je juxtapose les images et essaie de comprendre… En quoi sont-elles semblables? Y a-t-il tant de différences? Puis-je dissiper le malaise? Que faut-il retenir?












Même décor, même espace, même calme ambiant. Deux femmes aux robes longues et sombres. L’une lit, face à nous, concentrée, la tête reposant légèrement sur la main libre; l’autre, de profil, au premier plan, écoute sans doute, à moins qu’elle ne soit… ailleurs…

Les dossiers des chaises apparaissent sur le cliché plus ouvragés, le pied du vase plus fin, le motif de la nappe plus serré, sans géométrie flagrante ; ces indices témoignent-ils d’une plus grande aisance, d’une tendance à la fragilité, d’une sorte de désordre nouveau?
Le livre d’aujourd’hui, à la couverture rigide, s’étale, plus grand de savoirs accumulés, si lourd et encombrant qu’il faut maintenant le poser sur la table.

Évidemment, plus que ces changements dans le décor, ce sont bien sûr les voiles qui surprennent sur la photographie, ces tissus épais qui cachent les visages et les chevelures des deux femmes. Cette trop réelle actualité me dérange… Mais finalement, sur la peinture ancienne, les deux figures acceptent nos regards et nous n'y voyons pas pour autant d'expression particulière; leurs émotions sont toutes intériorisées, naturellement voilées... L'œil nettement ouvert de l'auditrice contemporaine appréhende presque plus fièrement le monde qu'on lui rapporte ou les histoires qu'on lui raconte; son regard se dirige résolument vers l'horizon... Il y a comme une contradiction qui me déstabilise.

Sur chacune des représentations, les femmes se tiennent dans les mêmes postures un peu rigides, et dans chaque scène s'accommodent d'une certaine distance. La relation entre celle qui lit et celle qui reçoit n’est au fond pas différente, à quelque époque que ce soit. Le récit offert emporte les unes et les autres, dirait-on, dans un espace intime particulier, réservé: entre les livres et les femmes, n'existe-t-il pas effectivement « une affinité secrète » (Laure Adler)? Par-delà les apparences, au-delà de ces habits qui font oublier le sujet-titre du tableau original, je retiens donc ce pouvoir immense de la lecture, cette permission d'évasion qui perdure, intemporelle... et qui me rassure.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je trouve le deuxième tableau absolument gratuit et signe d'une provoc plus que désuète, dépassée, démodée,obsolète, banale pour tout dire ; mais ce n'est que mon opinion et je la partage.
et puis (sans rapport) je préfère malais à malaisien: "le sortilège malais" de Somerset Maugham, ça a quand même plus de "gueule" que "le sortilège malaisien", non ?
Bon, sans rancune, Martine, là je m'amuse un peu !

Martine a dit…

Ouh la! Du coup tu m'as fait peur, j'avais choisi "malaisien" sans me poser de question... Je suis allée voir... Donc, l'adjectif "malais" renvoie aux Malais (le peuple) qui ne vivent pas seulement en Malaisie, et l'adjectif "malaisien" renvoie plus particulièrement à la Malaisie (le pays). Alors Hoy Cheong Wong étant né et habitant la Malaisie, ça va.
Concernant sa photo eh bien je ne l'apprécie pas particulièrement, mais elle m'aura fait un peu mieux regarder le Fantin-Latour.
En tout cas, merci de ton commentaire,j'aime bien causer...