vendredi 20 novembre 2009

pic

Rappelez-vous ce que j'avais promis à la fin de chats ! On retrouve donc ici Indigo, dans la loge de Margot Bégonia ( go, rentrée(2) ), mais on aura aussi des nouvelles de Gina (grue, voeux)...

***

-  Ah ! Gaston tu tombes à pic, tu n’as pas vu l’Indigo par hasard ? Je ne le vois nulle part ici, je me demande quand est-ce qu’il a pu s’échapper !

Moi, je suis réveillé forcément, le voisin appuie toujours sur la sonnette comme si Margot était sourde comme un pot ; et je l’entends, elle, qui grommelle maintenant en le faisant entrer ; j’imagine qu’elle en profite pour jeter un coup d’œil dans le hall, à droite, à gauche. Puis la porte couine, claque, et la patronne se met à gronder…

- C’est pas vrai ça !

- Je n’ai pas remarqué ne serait-ce que le bout de la queue de ton matou, et ta Ségo va te sonner les cloches s’il s’est encore fait la belle !

- C’est terrible hein, depuis que cette Gina a emménagé, il est devenu complètement fou, intenable ! Combien de fois est-ce que je l’ai retrouvé sur le palier du 1er, à miauler et à tourner en rond sur le paillasson de la petite?

- Ben tu m’étonnes, il n’est pas idiot tu sais, il s’ennuie, il cherche la compagnie, il sait que la jeune fille n’est pas toute seule et ça le travaille !

Hé hé, pourquoi n’aurais-je pas le droit moi aussi de conter fleurette, comme lui, Gaston, quand il vient voir Margot ? S’il croit que je ne comprends pas son manège ! Et voilà qu’il continue sur un ton mi-miel, mi-coquin...

- Et tu sais comment elle s’appelle sa chatte, toi qui te piques d’être toujours bien renseignée ?

- Je ne m’en souviens plus…  Silhouette, girouette, pirouette, un truc comme ça ! Mais on s’en fiche ! Je suis sur ma machine depuis au moins deux heures à couper, à coudre, à piquer ; Indigo était pourtant bien là quand j’ai commencé ! Même que j’ai dû le houspiller, il était prêt à sauter dans le panier de pique-nique, non mais tu te rends compte, il nous aurait bien piqué le pâté, ce chameau, je le connais !

Ça c’est sûr, ça sentait drôlement bon ! Tant pis pour moi ! Mais elle aurait pu faire attention : quand elle a planqué le morceau, j’ai reçu le couvercle de la boîte sur le nez, alors forcément j’ai décampé sans demander mon reste et je me suis planqué !

- Je monte voir si tu veux !

- Merci, Gaston ! Attention si tu rencontres le vieux Malinois ! Il m’a téléphoné tôt ce matin, je ne sais quelle mouche l’avait encore piqué ! Je lui ai dit que j’étais de congé et il a menacé d’appeler le syndic : trop de tapage dans la maison comme d’habitude, et aujourd’hui trop de bruit dehors ! Ben je lui ai dit oui mais qu’est-ce que j’y peux s’ils attaquent le trottoir au marteau piqueur, il faut bien qu’ils creusent pour les travaux du gaz…  Tu sais ça sentait fort hier, même que lui aussi s’était plaint ! Enfin bref, si tu le vois ce grincheux, ne t’y frotte pas, surtout dis que tu n’as pas le temps !

- T’inquiète ! A moi il ne dit jamais rien, tu verrais sa trombine quand il me croise ! Il croit comme je bosse au bar que je me pique le nez à longueur de journée, alors il joue toujours au dégoûté, au Môssieur … Ah ! Je suis du bas étage, de la gnognotte, tu penses si ça me fait marrer ! Alors pour rire je gonfle les pecs, je le regarde bien droit, style gros dur, et ça lui fait peur !

- Ah j’imagine ; vas-y alors, je voudrais récupérer ce maudit chat avant qu’on parte. Moi je vais mettre un peu d'ordre dans la loge !

Encore la porte, qui grince derrière Gaston, et j’ai de nouveau Margot dans mon champ de vision... Je la vois hé hé mais elle ne s’en doute pas !! Elle est de retour près de sa table toute encombrée, elle éteint sa vieille Singer Starlet que je déteste, tasse ses tissus, range en vrac ses ciseaux, bobines et canettes dans le fourre-tout à couture et peste en se piquant sur une aiguille qui traîne. Oh la ! Elle approche, elle va vouloir tout rentrer dans l’armoire ! Ça y est, elle s’est aperçue qu’elle en a laissé l’un des montants entrebaîllé, elle se doute déjà de ce qu’elle va découvrir à l’intérieur. Gaaarde à moi ! Un courant d’air me souffle les poils, une rafale de lumière me vrille les yeux que j'étire en amande pour avoir l’air de rien, j’ai juste les oreilles qui pointent malgré moi... Hélas, je n'ai pas le temps de lui faire le moindre ronron de bienvenue…

- Ouste ! Et puis quoi encore !

Dommage, j’aurais bien repiqué un roupillon sur les serviettes moelleuses, mais bon elle m’éjecte manu militari et j’essaie d’accompagner le mouvement, j’ai chaud aux fesses.

- Au piquet mon ami !

Je me réfugie sous le radiateur… Elle case son bazar sur une étagère, repousse les deux battants de l’armoire et tourne la clé… Voilà le père Goyave qui rapplique, il re-sonne (aïe mes tympans !), ouvre la porte, écarte les bras, l'air vraiment désolé...

- Chou blanc, ma reine !

- C’est bon je l’ai trouvé ! Il était là ! Attends, Gaston, je rajoute ma piquette dans le panier, ne fais pas cette tête-là, je ne vais quand même pas nous prendre un grand cru ! On part dès que Ségolène arrive ! Dis donc tu ne t’es pas coiffé ce matin, je n’avais pas remarqué ça tout à l’heure, et te voilà encore fichu comme l’as de pique, heureusement que je ne suis pas regardante hein !

Je trouve aussi que Gaston se laisse aller dès qu’il ne va pas au boulot ; il a une tenue plutôt classe quand il part au « Pic’Assiett’ », le snack où il bosse: chemise rayée dans le bon sens, cravate mince, gilet smart et pantalon droit. Mais quand il est de repos, c’est béret de travers, jean troué et bretelles moulantes… Oh oh, voilà du monde, branle-bas de porte et de combat !

- Bonjour Grand-mère ! claironne Ségolène. Je viens de voir Gina dans le couloir, tu te rends compte, elle s’en va voir son ami Oscar à Londres, quelle chance elle a, Notting Hill, Piccadilly, Big Ben, j’ai tout ça dans mon livre d’anglais… Elle demande si on peut garder son chat la semaine prochaine, dis c’est possible ?  Moi je veux bien m’en occuper …

Ah, voilà qui est  intéressant, je me redresse et ose le bout du museau entre plinthe et ourlet de rideau… J’ai le droit de suggérer que je suis d’accord, non?

- Le garder ? ronchonne Margot, ben on peut monter lui donner à manger si elle veut à sa bête mais c’est une chatte, alors la prendre ici, avec ton Indigo qui est un peu chaud, ça craint ! Il vaut mieux pas.

Zut alors, n’importe quoi ! Comme si je ne savais pas me tenir ! Gina apparaît à son tour derrière Ségolène. Gina est très grande et très jolie, et j’ai déjà vu son fameux Oscar par la fenêtre. Il est venu pendant les petites vacances, il la serre tout le temps très fort, c'est un géant à la peau toute noire qui me fait toujours un signe, sympa, je l’aime bien, alors je lui réponds en me frottant contre la vitre…

- Ça sera très bien Madame Bégonia si vous allez la voir et la nourrir ! Ce sera comme ça vous arrange. Je passerai vous donner les clés demain et toutes les provisions pour Picouette. Vraiment je vous remercie beaucoup.

Picouette… Je rêve ! ! ! Je transpire tout d’un coup, je suis sous les tropiques ! Quel prénom délicieux et prometteur ! La pauvrette, la doucette, elle va se sentir si seule ! Je trouverai bien un moyen de… Quels merveilleux jours en perspective !

- Allez c’est pas tout ça, en route Gaston ! Quand faut y aller..! A l’assaut de… c’est quoi le nom déjà ? Les rochers du Pic Froid ? Non, Py Froid ! A plus tard Gina ! Et toi ma chérie, à ce soir ! Fais-toi une salade ce midi, avec du thon si tu veux, y'en a dans le placard, du Saupiquet, le meilleur. Et je t’ai pris un DVD, ça devrait te plaire, le Pic de Dante !

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