mercredi 16 décembre 2009

façades

Si je décide de les mognoter aujourd’hui, ces « façades », c’est pour me soulager de l’une, source de tracas, mais surtout pour en évoquer une autre heureusement plus attachante…

Ces mois derniers, j’ai beaucoup progressé sur la question du ravalement de mon immeuble ; hélas je me suis préoccupée du dossier à mes dépens, une poignée de copropriétaires aigris ayant focalisé sur moi une colère insensée à l'occasion des travaux. Notre façade est maintenant bien blanche, bien propre, mais l'ambiance qui règne derrière me fait éprouver aujourd'hui plus que de l'amertume ; ça donne l'envie de fuir... Ce que je fais depuis quelque temps, autant de fois que je peux…

Par bonheur, les occasions d'aller voir ailleurs et de se changer les idées ne manquent pas... Pour dessiner par exemple. La semaine dernière justement, un cours était programmé à Bourg-en Bresse ; ce fut un après-midi délicieux qui m’a permis de retrouver un peu de sérénité.

Au musée du monastère royal de Brou, l’exposition était pourtant dotée d’un titre inquiétant : « apprendre à regarder la mort comme un soleil ». La présentation saisissante consacrée à Zoran Music (1909-2005) retrace en effet une vie d'artiste très particulière, celle d’un «voyageur silencieux», profondément marqué par son enfermement à Dachau : « Il a traversé l’épouvante et la vie l’avait quitté mais il était peintre et la peinture l’a tiré du profond de cette nuit de l’âme qui le tenait à l’écart du monde » (Charles Juliet). Trop impressionnée par la force des toiles exprimant la déportation, j’ai choisi de m’arrêter plutôt devant une « Façade à Venise » : charmé par les brumes et les mystères de cette ville, c’est là que Zoran Music s’était établi après l'horreur, y trouvant sans doute une forme de paix. Cette vue particulièrement, intemporelle, avec ses différents plans et ses personnages, certains qui observent et d'autres qui passent, suggère qu’il existe une vie apparente et un ailleurs, elle laisse deviner quelque intrigue et  toutes sortes de voyages possibles… Un peu de mystère et du travail, tout ce dont j’avais besoin !

De retour à la maison, j’ai arrangé mon croquis…

… Un pastel bien sûr assez plat, trop sage, très loin de traduire toute la lumière, la discrétion et la délicatesse de l’œuvre de Zoran Music… Mon dessin a une valeur toute personnelle, il est le souvenir d’une découverte, d’un moment privilégié qui rattrape tout. Accessoirement, il m’aura permis de me réconcilier, sinon avec mes voisins, au moins avec un p’tit mot assez irritant !

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