samedi 5 décembre 2009

fenêtre

(J'essaie souvent de relier mes histoires en faisant se croiser leurs personnages. Aujourd'hui c’est clairement mon principal objectif ; merci Marylin…)

Décidément, sa télé, son ordi, ces fenêtres soi-disant ouvertes sur le monde la saoulent et l’étouffent… Alors Marylin se lève, repousse vivement sa chaise et se dirige vers la baie vitrée...

Quelle chance elle a ! Cette vue, au-dessus des immeubles et par-delà la ville, ce spectacle quasi magique, l’apaise toujours, elle n’en profite sûrement pas assez. « Toi toi mon toit », fredonne-t-elle en essayant de se détendre un peu… Ce paradis, c’est son luxe personnel. Si haut au-dessus du tumulte, il y a cette forme surprenante de désert, tout en creux, pics et bosses. Ces terrasses et ces toitures, de si calme apparence, cachent pourtant un drôle de jeu ! Dessous se développent tant de bonheurs et de violences, combien de communions et de drames ? Et tous ces gens qui vivent si près les uns des autres et malgré cela s’ignorent et se supportent à peine...

Il y avait Liane dans ce monde étrange. Quelle tristesse… Liane habitait ici, tout près, dans cette maison : jeune fille discrète, polie, dont personne ne soupçonnait ni le désarroi ni ce qu’il faut bien appeler la folie ! Cette pauvre enfant n’a pas trouvé d’autre solution que de se perdre… Pourquoi n’avait-on pas pu, pas su, l’aider ? Parce que chacun est déjà suffisamment occupé à survivre en livrant ses propres batailles?

Alors Marylin pense qu’elle doit faire attention à son amie Mariette qu’elle consolait encore hier au téléphone, Mariette si sensible, si tendre, prête à fondre pour tous les hommes qu’elle croise, Mariette qui fantasme sous les regards de ces mâles et gobe chacune de leurs promesses. Ah ! Quelle proie facile! Ils se moquent bien d’elle !

Pour ce qui touche aux amours, mine de rien, Marylin ressemble un peu à  Mariette ; elle aussi se fait du cinéma, s’imagine des rencontres et des amants. Elle succombe parfois à des sourires charmeurs, consent quelques étreintes. Mais elle évite les serments et sait résister à la tentation de projets communs. Seule la pensée de Roger Bontemps, enfin celui d'autrefois, pourrait lui inspirer quelques regrets…

En revanche Augustin son frère est un faible ! Voilà qu'une voisine semble avoir sérieusement mis le grappin sur lui ; d’après ce que raconte Clélie, la nièce de Marylin, il passe maintenant beaucoup de temps de l'autre côté du palier, avec une grande blonde, une belle plante aux yeux bleus, sympa paraît-il mais plutôt du genre à… collectionner des trophées.

Clélie n’en souffre pas, heureusement ; elle bosse dur pour un bureau d’études situé dans l’immeuble des Rigo. Elle y aurait rencontré "quelqu’un"… Mais Marylin ne pose pas de questions ; le jour où Clélie voudra se confier, elle sera là pour l’écouter…

Quand Marylin ne va pas bien ou qu’elle a de la peine c’est vers Ginette qu’elle se tourne, mais sa vieille copine s’active tellement, toujours par monts et par vaux, entre ses petits-enfants et ses multiples activités, que c’est tout juste s’il ne faut pas la réserver deux mois à l’avance. Son autre précieuse confidente, Zazie, lui manque aussi aujourd'hui : elle l'avait hébergée quelque temps à son retour d'Amérique puis la jeune fille est partie rejoindre son gentil Fabrice. Marylin se vante d'avoir bien facilité leurs retrouvailles ! Le couple élabore même des plans pour l’avenir ! Ah cette Zazie, si pétillante, si rayonnante, qui pourrait être sa fille !

En parlant de rayons, ceux du soleil arrivent par larges coups de pinceau, profitant du moindre écart des nuages pour colorer la ville. Tant mieux ! Ils pénètrent dans la pièce et réchauffent le cœur de Marylin. Son regard se porte au loin où les collines se laissent admirer, fières de leurs belles teintes d’automne. Puis ses yeux se ferment... Elle serait si bien à la mer… Ses doigts touchent le verre de la fenêtre, s’y promènent comme ils dessineraient des formes au hasard sur le sable. Elle enveloppe à présent de ses mains le bas de son visage, et sa tête oscille de droite et de gauche... Marylin se laisse bercer, se laisse aller, elle entend presque un clapotis de vagues, des cliquetis de drisses, et maintenant les appels insistants de goélands bavards…

Non, ce qui résonne là ce sont des coups de sonnette répétés à la porte de l’appartement. La rêveuse émerge, toute engourdie, toute ensuquée comme dirait Clélie. En ouvrant les yeux, Marylin remarque sur les carreaux de superbes traces que la lumière rend encore plus nettes... Elle soupire. En allant répondre aux sommations du visiteur inattendu, elle pense qu’elle va devoir absolument faire ses vitres, ça urge…

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