samedi 19 décembre 2009

gamines

"gamines", petit roman pétillant, largement autobiographique, de Sylvie Testud, vient d’être adapté au cinéma par Eléonore Faucher. C’est l’histoire d’une quête, la quête d’un père…

A Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, une maman d’origine italienne élève seule, et plutôt bien, ses trois filles : Corinne, l’ainée, la "commandante", Georgette, la benjamine, le simple "troufion", et Sybille la cadette, garçon manqué et casse-cou. Sybille n’a pas la langue dans sa poche, elle a du caractère, de la personnalité. Toujours à vouloir s’affirmer, se défendre…. Sybille est blonde, la seule blonde du clan, alors elle en entend !… Un jour, elle découvre et subtilise une photo, la photo de leur père, celui qu’à la maison on ne nomme pas, dont on craint la venue. Elle s’aperçoit alors qu’elle "lui" doit la couleur de ses cheveux ; plus tard elle saura qu’"Il" est un artiste, un peintre ! Elle, justement, elle aime aussi tellement dessiner ! Mais qui est "Il" vraiment ? Pourquoi ne leur explique-t-on rien ? La fillette couve sa photo ; et la vie continue …. Des années plus tard, Sybille respire la réussite ; actrice, elle apparaît en tête d’affiche, vit à Paris. De retour dans sa ville natale pour une fête familiale, elle croise enfin l’homme de la photo…

"Chacun cherche un père", affirme Marcel Rufo qui invite dans son essai à accepter l'idée que "nul ne saurait se passer d’une instance paternelle". Chaque enfant tente d’harmoniser les différents registres d’un père qui "est toujours une mosaïque d’images mêlant réel et imaginaire". Il s'agit d'équilibrer ces représentations... Sybille parvient à prendre sa place dans le monde malgré l’absence physique de son père ; elle sait qu’ "Il" existe, elle peut se l’imaginer grâce à la photo dérobée, puis en rassemblant peu à peu des paroles et des indices. Tour à tour, elle l’idéalise ou le rejette. Malgré le flou, les questions sans réponses, le poids des non-dits, elle "échappe à la confusion" grâce à la protection d’un "parrain" à l’autorité nécessaire, Salvatore dans le film, le "sauveur", dans le rôle du père symbolique.

Sybille s’en sort aussi par la force du groupe qu’elle forme avec ses sœurs ; les "gamines" aiment prendre des décisions en "réunion" pour faire front ensemble. Des liens étroits se tissent entre elles durant l’enfance et perdurent. Sybille est également portée par la "famille", fière, qui distribue beaucoup d’amour et la soutient, même dans son désir d'indépendance. Ainsi elle peut grandir.

Deux temps se succèdent dans le roman, se répondent dans le film : un moment d’enfance autour de la découverte de la fameuse photo, une page adulte autour de "la" rencontre, de "la" confrontation. L’écriture alerte de Sylvie Testud, ses phrases courtes, donnaient déjà un style très cinématographique à son histoire. Un scénario livré sur un plateau à Eléonore Faucher qui s’est ainsi concentrée sur la direction des acteurs ; ses "gamines" petites, très drôles, jouent juste, emportées par une jeune Sybille (Zoé Duthion) délicieusement délurée et impertinente. Les mines de Georgette (Roxane Monnier) sont irrésistibles. Plus âgées, autour de Sybille/Sylvie Testud elle-même, le trio spontané et émouvant ravit par une évidente complicité.

A lire, à voir pour les douces saveurs d’enfance et de tendresse familiale, pour l'humour, pour l’intérêt d’une quête vitale, si commune et singulière à la fois. En sortant de la séance, on garde le film au cœur et un léger refrain italien dans la tête. Pour l’héroïne, l’histoire n’est sans doute pas non plus terminée… Car, comme le dit encore Rufo, "nul n’en finit jamais avec son père…"

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