mercredi 27 janvier 2010

férir

A l'occasion d'un chassé-croisé, ce jeu de lettres que j'adore, aux grilles parfois diaboliques, j’ai rencontré il y a quelques jours ce vieux verbe auquel il me fallait trouver un équivalent…

Je vous entends d’ici murmurer : « Facile... C’est bien connu : sans coup férir... ». Oui, forcément! J'ai moi aussi pensé, immédiatement, à cette expression, la seule qui conserve tel quel notre infinitif tombé en désuétude. Et capituler sans coup férir, c’est se rendre sans opposer de résistance, sans se battre, sans porter de coup, sans "frapper"… Et voilà ! J'avais la signification de mon p'tit mot, qui me procurait en même temps le synonyme convenable, donc la solution pour une ligne de mon problème.

Mais décidant de creuser un peu, j'ai découvert que "férir" s'employait beaucoup à l'époque médiévale pour décrire le chevalier, au tournoi ou en guerre, qui, prêt à en découdre, s'évertuait à pourfendre ses adversaires à grands coups de lance ou d’épée, perçait les cottes et les corps, perforait l'ennemi en somme sans compter. Prompt à ferrailler, respecté pourvu qu’il fière (quelle curieuse conjugaison !), le combattant frappait de taille et d’estoc, blessait, tuait. Auréolé de gloire, on l’imagine bien, ce conquérant, usant de son charme de vainqueur, férant aisément la châtelaine émerveillée : aucune difficulté pour toucher au coeur la spectatrice de ses exploits. Tragique histoire passionnelle où la superbe dame, après le coup de foudre, éperdument éprise de son héros, férue du preux écuyer, rongée de désir mais ne pouvant décemment succomber aux avances du prétendant, irait jusqu'à se férir à mort en plongeant fatalement quelque poignard en son corps inassouvi ! Mais je m'emporte…

Tout cela pour expliquer l’origine de " féru(e)", participe passé rejeton de férir et qui en constitue une autre trace, celle-ci ayant discrètement et vaillamment résisté aux temps. Pour souligner une attirance, proche de la fascination, qui porte vers une personnalité, on emploie plutôt "fan" me semble-t-il...  Et l'adjectif féru permet d'évoquer un profond intérêt personnel pour une idée, pour un domaine ou une activité. Je connais des férus d’astronomie, d’histoire, de généalogie, de cinéma, de poésie, toujours à l’affût de nouveaux éléments qui alimentent leur passion. Des collectionneurs, des accros, des mordus, qui compilent les documents sur leur sujet de prédilection. Et celui-ci dépasse souvent le simple loisir, le passe-temps ou le hobby.

De quoi suis-je moi-même férue ? De tout et de rien… Je papillonne entre diverses occupations, je suis fière de toutes mes petites passions mais aucune d’elles ne sort du lot, nulle ne prédomine et toutes suivent le gré de mes humeurs. Je ne suis donc pas vraiment "frappée", de quoi que ce soit, et pour l'instant retourne tranquillement croiser mes mots infernaux...

vendredi 22 janvier 2010

vertige

Nous débutons souvent les ateliers d’écriture en élaborant des listes... Les premiers exercices avaient paru rébarbatifs et contraignants pour certains étudiants, d'autres les trouvaient rassurants… Mais, dans tous les cas, les listes se sont révélées, à l’usage, "vertigineuses" (Umberto Eco l’avait bien dit !)… Essayez ! Vous verrez, elles font perdre la tête ; l'esprit se met à tourbillonner jusqu’à emprunter des itinéraires imprévisibles. Car les « choses » s’enchaînent, chaque élément rajouté ouvre de nouveaux horizons qui suggèrent encore des exemples, et ça n’en finit pas… Quelle folie, et quel plaisir ! Ainsi les énumérations, inventaires, nomenclatures, relevés et autres répertoires ont curieusement le pouvoir de débloquer une inspiration qui ferait temporairement défaut : autant de situations idéales pour redonner confiance aux écrivains en herbe que nous sommes…

Mais j’ai eu peur cette fois quand notre professeur a proposé d’établir un catalogue des jeux de notre enfance… Je n'étais pas la seule à m'inquiéter : il y avait comme une rumeur, un émoi, des regards en points d’interrogation, des grimaces… Mon stylo restait suspendu et inutile au-dessus de la feuille. Je me trouvais, comment dire, désappointée. Mécontente de devoir sonder une histoire personnelle quand je redouble d’efforts pour essayer de m’en sortir. Mais il fallait bien jouer le jeu, évidemment, alors j’ai essayé de combattre la panique…

Par où commencer ? Voyons, curieusement les premiers objets que j'ai notés étaient les vélos (et j’en ai eu plusieurs, avec les petites roues puis sans), ma patinette (on ne disait pas trottinette à l’époque) et les voitures (à pédales) ; puis je me suis revue sauter à la corde (en faisant vinaigre) et à l'élastique (tendu entre deux joueuses à hauteur des chevilles, autour de la taille, sous les aisselles !) ; on dessinait aussi des marelles (et on allait jusqu’au ciel en poussant la boîte de cirage) ; on jonglait avec des balles en mousse dure (en l’air ou sur le mur), on lançait des anneaux (en visant des espèces de piquets sur une croix en plastique) ; et parfois on faisait des tournois de boules (en se battant pour avoir le cochonnet).

Hé oui ces activités, toutes d'extérieur, je pouvais les pratiquer facilement puisque je fréquentais la cour de l’école (des filles) sept jours sur sept : j’habitais là ! Sur la terre battue (tant pis pour les genoux), on jouait au loup, à cache-cache, à chat perché, à 1, 2, 3, soleil, aux gendarmes et aux voleurs (version gamines) ; on faisait des relais à saute-mouton, des rondes, des parties de clins d’œil ou encore des chandelles. Dans le jardin mitoyen, il y avait une balançoire, un portique où l’on s’amusait à cochon pendu, un bac à sable. Avec les copines, on s’attribuait des rôles de coiffeuses, d’infirmières ou de marchandes ; on sortait la dînette, on s’imaginait mamans avec des baigneurs et des poupées qu’on ne se lassait pas de nourrir au biberon (magique), de soigner, d'habiller, de consoler, de promener dans des landaus bringuebalants. On construisait de bric et de broc des abris de branches et de tissus pour être chez nous (il est aussi arrivé qu’on y cache un oiseau blessé). Quelquefois, on se risquait à jouer aux fantômes.

A la maison, les occupations étaient plus calmes, cubes, jeux de société, cartes (pour la bataille ou les 7 familles, le menteur ou les réussites), lotos et mémorys, dominos, dames, petits chevaux, nain jaune, sans oublier les oies (avec le terrible puits), le mikado (diabolique), le monopoly (interminable)… Toute seule, je m’exerçais sur un piano miniature aux touches colorées (en reproduisant inlassablement au clair de la lune), et je grattais sérieusement une petite guitare en imitant mon grand frère (mon idole). J'usais les crayons Caran d'Ache à copier les modèles des albums de coloriage et je dévorais les livres des bibliothèques rose, verte, rouge et or, spirale…

Mais ce que j’aimais par-dessus tout et ce qui nous occupait le plus sagement, ce dont j’ai le souvenir le plus net, ça reste d’avoir joué à la maîtresse ! Et le jeu a traversé les années (pour devenir une réalité... mon avenir étant tracé depuis le berceau ! ). Quel bonheur d’investir la classe de ma mère, son bureau, son fauteuil, son estrade, son tableau, d’interroger des élèves en celluloïd bien alignés, de corriger leurs cahiers improvisés, et de punir quelques cancres dociles dont il fallait bien ensuite faire les lignes…

Voilà qu’en évoquant toutes ces scènes d’autrefois, je repensais aux camarades, cousines, parents, qui partageaient mes jeux, et aussi aux autres décors de mon enfance, lieux de visite ou de passage. Puis il s'est fait comme une mise à jour de cette satanée mémoire : les listes de mes collègues d’atelier m'ont rappelé les noms d'une quantité d'activités que j’avais laissées « au coin ». Nous avons passé un bon moment à comparer nos expériences, les loisirs des petites filles et ce qui avait occupé les garçons...  Alors finalement cette séance d’écriture ne fut pas si difficile et le regard vers le passé pas si douloureux : j’ai pu rédiger Vinaigre en mélangeant un soupçon de réalité, sans doute déformée par le temps, avec une dose d'imaginaire… Et en rentrant chez moi j’ai sorti la boîte à chaussures qui contient toutes mes photos anciennes au bord dentelé… Dont celle-ci, tendre et joyeuse image à l'aube des années 60 :


Où me précipitera la prochaine liste ? ?

mardi 19 janvier 2010

invincible

Impossible d’ignorer la sortie du nouveau film de Clint Eastwood… Ces deux semaines de battage publicitaire en France étaient-elles nécessaires ? Inutiles pour les Lyonnais en tout cas, car le réalisateur les avait tous définitivement conquis lors de son passage en ville, en octobre 2009, à l’occasion du premier festival Lumière. L’extrait très "sportif" d'Invictus projeté lors de la dernière soirée avait pourtant fait craindre le pire.

Mais non, heureusement, pour goûter l'ouvrage, le spectateur n’a pas besoin de nourrir une passion particulière pour le rugby n’y d’en connaître les règles. Et si les scènes des matchs s’avèrent impressionnantes, disons percutantes, il faut comprendre que nous sommes en Afrique du Sud, en 1995, avec les Springboks, équipe composée presque entièrement de blancs, et que l'évolution de leur jeu est exemplaire : c'est le support délibérément choisi, voulu par le nouveau dirigeant noir Nelson Mandela, pour exposer concrètement ses idées pacifistes, avec l'objectif de transmettre ses valeurs et de convaincre. Invictus rend en fait hommage à cet être d'exception.

L’interprétation magistrale, puissante et tranquille de Morgan Freeman et la composition dynamique du film nous font ressortir de la séance avec un sentiment d’optimisme assez réjouissant en ces temps difficiles : de quoi reprendre confiance dans les capacités humaines à gérer les conflits, de quoi faire renaître un immense espoir. Il s’agit de retenir la leçon : l'homme doit se considérer comme « le maître de son propre destin », se donner la volonté et les moyens de triompher. Car il peut puiser au fond de lui-même les ressources nécessaires pour survivre : une espérance, une force, une énergie qu'il s'efforce ensuite de partager, et d'utiliser au service des autres. C'est ainsi qu'il obtient ses victoires.

Mandela a tenu le coup, aussi meurtri soit-il ; sorti de l'horreur, il ne s'est pas laissé aller à la haine envers ses bourreaux, il s'est armé d'une seule confiance inflexible, décidé à œuvrer pour la réconciliation et le dialogue entre les peuples, obstiné, résolu, inébranlable, jusqu’à se sentir invincible. Invictus est le titre donné en 1900 par Arthur Quiller-Couch à un poème de résistance écrit par William Ernest Henley en 1875 : ces lignes que se récitait Mandela pendant ses années de prison l’aidèrent à surmonter et dépasser la solitude et toutes les difficultés.

Un poème à lire, à retenir, court, clair !
Un film à voir, efficace et superbe : Invictus transporte d’émotion, joue de nos attentes, sans user de violences, sans manquer non plus de faire sourire, et rire aussi.
Un sujet passionnément humain, dans la lignée de Gran Torino, traité avec une imposante maîtrise technique !
Un vrai bon moment, empli de vrais bons sentiments, mais pourquoi pas, s’ils tendent à nous redonner du courage ?

(« L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. » Jean Jaurès, discours à la jeunesse, 1903)

samedi 16 janvier 2010

garderie (2)

Pour lire la première partie : garderie (1)

Mariette, dans la file, écoute les conversations, il n’y a que ça à faire, entre toutes ces dames qui s’avouent comme elle bien lasses. Les satisfaites racontent leurs exploits et quelques rancunières ressassent leurs déconvenues. Ça avance assez vite heureusement ; derrière, de nouvelles arrivantes s’agglutinent. Mariette essaie de réfléchir, se repasse le film de la journée pour tenter de se rappeler où elle a pu laisser son fameux ticket… Elle tend l’oreille et scrute le guichet au cas où l’une des femmes précédentes aurait aussi perdu son petit papier, et voir ce qui se passe, mais non. Toutes ces sages et parfaites épouses ont su faire attention. Tiens celle-là est gâtée, elle part avec son « namourrr », un bon gros toutou charmant à qui elle se dépêche de confier « les courses »… Et celle-ci, mmm…, retrouve un beau spécimen d’armoire à muscles, elle ne doit pas s’ennuyer ! En revanche, celui qui se fait emporter maintenant a des bajoues de pitbull et paraît au moins aussi aimable…

C’est enfin le tour de Mariette et l’hôtesse tend la main pour recevoir le bon d’échange.
« C’est que je n’arrive pas à le retrouver, j’ai bien cherché partout, j’ai dû le laisser tomber…
- C’est bien dommage, chère madame !
- Enfin, vous comprenez, ce n’est pas très pratique non plus ce bout de feuille volante !
- Certes mais je n’y peux rien !
- Je vais vous donner des détails ! Comment il est habillé, ses mensurations… De quoi avez-vous besoin ?
- Désolée, si je n’ai pas votre ticket je ne peux pas appeler votre…
- Igor, il s’appelle Igor!
- Sans doute ! Mais il y a peut-être d’autres « Igor » Madame, et je ne peux pas me permettre de faire une erreur ! Patientez de ce côté jusqu’à la fermeture, vous verrez bien ce qui reste. »
Les dames suivantes, qui trépignent, sont bien d’accord, hochent la tête et en rajoutent : « Non mais, elle nous en fait perdre un temps celle-là, c’est pas tout ça, nous on veut rentrer à la maison, allez, qu’elle se pousse ! ».

Mariette s’écarte et longe la vitre qui isole du tumulte les divers salons de la garderie pour hommes. Elle essaie de discerner Igor parmi les quelques mâles restants, installés ici devant les consoles, allongés là-bas sur les fauteuils relaxants, abandonnés à des mains expertes dans l’espace coiffure, ou encore juchés sur les appareils de remise en forme... A tous les coups il est occupé dans les salles annexes à dieu sait quelle activité… Elle se demande quelle sorte de divertissement il a bien pu solliciter et s’en veut d’avoir oublié de spécifier ce matin à la réceptionniste quels loisirs lui étaient interdits. C’est qu’il est fragile Igor !

Pauvre Mariette, elle bouillonne intérieurement de crainte et de jalousie. Et si une sale bonne femme lui avait volé son ticket pendant qu’elle faisait ses achats ? Et si la mécréante était déjà venue réclamer son Igor ? Enfer et damnation ! Mais bien sûr ! Elle se souvient ! Il s’agit sûrement de cette vieille dondon, toute en fourrure et breloques, cheveux platine et sûrement liftée, qui l’a frôlée chez Perl’ et Diam’ ! Elle avait laissé tomber sa bague bling bling sur les sacs de Mariette et, en la récupérant, avait dû repérer le petit bon prometteur… Igor, si faible, subjugué par la poitrine outrageusement déployée de cette voleuse, n’a forcément rien trouvé à redire au moment de se faire embarquer !

Il n’y a plus personne maintenant devant le guichet ; l’hôtesse baisse les lumières et se prépare à partir. Elle vérifie sur ses écrans de contrôle qu’il ne reste plus aucun homme dans les différentes pièces de la garderie… Mariette est déconfite, penaude…

Une annonce retentit, annonçant la fermeture définitive des portes du centre commercial, puis une sonnerie, stridente !

Mariette s’agite…

Elle ouvre les yeux, ne sait plus trop où elle se trouve. Il fait nuit, il y a juste une lueur, l’écran du radio-réveil, et l’alarme qui n’en finit pas… Mariette tâtonne, le sifflement s’arrête enfin. Une main vient lui caresser doucement le ventre et l’attire… Igor, Igor… son nouvel amant si tendre, qu’elle ne partagerait pour rien au monde…
« Dis, Miette, faut se lever, c’est le grand jour ! Je t’emmène alors ? Tu me laisses à l’entrée des Galeries et tu passes me reprendre quand t’as fini, c’est bien ça ? »

( Juste un rêve alors, ou une vision ?… Une garderie pour hommes a effectivement été proposée la semaine dernière, à l’occasion des premiers jours de soldes, par un centre commercial de région parisienne. L’idée n’est même pas originale puisque déjà mise en pratique à Hambourg, à Londres aussi, il y a quelques années, avec un accueil et des résultats mitigés… A méditer ! )

mercredi 13 janvier 2010

garderie (1)

( Vous vous souvenez de Mariette ?...)

Mariette est épuisée ! Lessivée ! Elle transpire, même en ayant ôté sa doudoune qu’elle a réussi à compresser dans un de ses immenses sacs spécial soldes, archi bourrés et super voyants. Maudits cabas qu’elle traîne à présent comme des boulets… Elle s’arrête au détour des Galeries Lavolette, pose son barda par terre et se met en quête DU ticket. Mais où a-t-elle bien pu le fourrer, bon sang de bonsoir ?

De son fourre-tout en bandoulière, où tout est bien trop serré entre nous soit dit, elle sort et feuillette porte-cartes, agenda et répertoire, soulève l’étui à lunettes, les clés et le paquet de mouchoirs, ouvre enfin la pochette secrète… Rien ! Au fond des poches de son jean ? Non. Peut-être dans celles du manteau ? Ah là, l’opération s’avère délicate : Mariette fouille dans ses paquets, écarte laborieusement ses extravagantes emplettes qui s’éparpillent au sol et elle finit par extirper le blouson… dans lequel elle ne trouve toujours pas le petit carton salvateur. En retassant le tout, en vrac, elle se fait la leçon et ronchonne, car ça l’embête cette histoire de reçu. L’hôtesse l’a prévenue pourtant, en lui débitant par cœur son discours tout en recommandations : « Madame, conservez précieusement votre preuve de dépôt ; en cas de perte, nous ne pouvons pas vous assurer la restitution de votre bien, alors si vous y tenez…». Mariette se traite de sotte, tête-en-l’air, nulle… Puis se ressaisit. Allons, avec un peu de baratin et en soignant la description, elle parviendra bien à récupérer son Igor.

Mariette saisit les volumineux emballages aux flancs bouffis ; l’euphorie matinale a complètement disparu et la jeune femme est fâchée. Cette virée d'aujourd'hui, elle l’a minutieusement préparée, depuis très très longtemps : repérages chez Dubol, Talton, Glurps, Patdef, Kipai, Chéro, Lanacel, et les autres, sans compter les heures passées sur Internet pour étudier les rabais promis par les différentes enseignes… Cette année, en plus, elle s’y est prise suffisamment tôt pour obtenir une place à la garderie, offre valable pour la première journée de soldes ! Alors toutes les chances étaient vraiment de son côté ! Ça ne va pas capoter maintenant ?

Mariette avance comme elle peut dans le long couloir où se croisent les clients ; le bruit de la foule est monstrueux, soûlant. Ça grouille dans un sens, et dans l’autre ; il en vient tant en face qu’il ne faut surtout pas s’arrêter de fendre le flot, sinon c’est foutu. Un pied devant l’autre coûte que coûte ; elle accroche quelqu’un qui râle, heurte une poussette dont l’occupant se met à brailler. Elle s’engouffre derrière une ado encore plus chargée qui vient de pousser une porte… « Pardon, pardon… Merci ! »… Enfin, elle aperçoit la sortie du centre commercial et vise le comptoir d’accès à la poupommière. Et zut ! Accourues ensemble en ce lieu aux aurores, pour abandonner leurs compagnons et s’éparpiller ensuite joyeusement, toutes les dames s'y retrouvent de nouveau, harassées et dégoulinantes, quelques minutes avant la fermeture : ça se bouscule et il y a une sacrée queue !

 Mariette, résignée, prend place docilement dans la file…

à suivre… garderie (2)

vendredi 8 janvier 2010

neige

Jeux de « g »

Ce matin, les toits de la ville, vus de ma fenêtre, offrent un paysage nouveau, rare, magique ; je me réveille dans un environnement de conte de fée, avec d’immenses et douces impressions qui remontent de l’enfance…

« g », la neige, « j », le jeu

J’imagine l’excitation des petits lyonnais en ce jour de janvier si prometteur… Tous, sans exception, sont largement prêts à temps pour partir à l’école ; à peine dehors, les plus jeunes s’agitent dans les poussettes pour qu’on les en libère, les plus âgés songent avec ravissement aux bonshommes qu’ils vont pouvoir construire avec les copains, dans la cour puis au jardin public… En espérant que les adultes ne stopperont pas leur élan ! Chic, les concierges n’ont pas encore trop salé devant les portes. Il y a de quoi faire, génial ! Les flocons dansent devant les yeux, autour des bonnets, se sauvent comme des papillons, s’accrochent aux écharpes. Les mômes débordent d’énergie et veulent profiter du terrain de jeu encore moelleux. Les joues sont déjà rouges, les mains se tendent, attrapent, touchent, malaxent ! Quelques affreux jojos modèlent leurs boules de neige, puis les jettent sur une cible improvisée, un malheureux pigeon fait l’affaire ; attention danger, des mégères les disputent, alors ils rangent leurs projectiles, et quand l’orage est passé, ils recommencent. Les joyeux sans-gênes ! Ah jamais ils n’oublieront ces moments qui prolongent avantageusement les fêtes…

Oui mais quand on est beaucoup plus grand, la journée s’annonce moins goûteuse. Surtout que peu à peu, la neige vire en gadoue grise et le jeu devient guerre.

« g », la galère

Les autos garées le long du trottoir ont toutes adopté le même déguisement, une cape épaisse et blanche. Les vélo’vs se morfondent, inutiles et abandonnés. C’est encore à pied qu’on risque le moins. Mais ils peuvent bien s’amuser, les gones, les gamins de la Guillotière, sur Garibaldi ou à Gratte-Ciel, en revanche pour tous ceux qui, coûte que coûte, doivent aller travailler, respecter une heure de rendez-vous, ou faire les courses, ce ne sera pas un régal ! Les passants progressent lentement, agrippent parfois un poteau pour se rattraper ou la gabardine d’un collègue de galère. Ils ont beau avoir des godillots doublés ou des godasses de circonstance, des anoraks gonflés de duvet (gare aux gorilles !), des gants de laine, ils ont les orteils et tout le corps glacé. Et ça glisse. Il faut avancer avec précaution, regarder devant ses pieds, à gauche à droite. En voilà un qui dégringole, et un autre, on ne compte plus les gamelles et les gadins… Heureusement rien de grave, c’est reparti, et la situation délie au moins les langues…Certains qui étaient partis plutôt guillerets et motivés sont maintenant agacés par les difficultés, on comprend. Des piétons excédés lâchent quelques mots grossiers, frisant le vulgaire. Ce soir au retour, les gouttières dégoulineront et les gosses séviront encore, ces garnements qui ne pensent qu'à la rigolade…

Neige, quel joli mot, qui commence comme une naissance et continue comme un jeu. Dans ma tête défilent des images enchantées et cotonneuses mais aussi des représentations de scènes urbaines banales, plus ou moins burlesques. Pas évident la neige en ville ! Certains jouent, d’autres dégustent !

mercredi 6 janvier 2010

spleen

Tristesse passagère, habituel bourdon, petite dépression post-fêtes... C'était à prévoir! Comme d'habitude, j'erre dans le creux de la vague, à la recherche d'un nouveau souffle !… J'hésite entre parler de blues ou de spleen. Finalement j'écarte le premier mot, trop musical pour cette fois. Et le spleen a un accent si poétique! Cette mélancolie d'origine anglaise désigne pourtant l'excès d'une humeur particulière, "splénique", produite par la rate, l'inquiétante bile noire !! C'est ça, je me fais un peu trop de bile... Je n'arrive pas en ce moment à me dilater franchement la rate et je me la cuisine plutôt au court-bouillon, mais je gère!


Il y a des jours comme ça
Désagréables
Quand dans ma tête
Toutes les idées se noient

Il y a des nuits aussi
Interminables
Le temps s’arrête
Aggravant tous les soucis

Tout m’apparaît chagrin
Insurmontable
Plus rien ne va
Aucun élan pas de faim

Mon cœur cogne et s’affole
Incontrôlable
Trop de tracas
Je suis épuisée, toute molle

A quoi sert d’être là
Si négligeable
Qui puis-je croire
Et a-t-on besoin de moi

Quel projet quel défi
Bien raisonnables
Ou quelles gloires
Pourraient me garder en vie

Je suis d'une humeur de chien
Inconsolable
Et tout à coup
Voilà qu’un espoir revient

Gris et noirs disparaissent
Sombres coupables
L’air est plus doux
Je suis mieux je me redresse

Il y a des jours comme ça
Si redoutables
Si creux si longs
Mais à force eh bien je vois

Que mes peines sont toujours
Accommodables
Et qu’elles s’en vont
Après leurs maudits p'tits tours

vendredi 1 janvier 2010

barques

Ainsi nous abordons ensemble la nouvelle année ! Et vous êtes donc prêts, comme moi, à accomplir encore de "délicieux voyages, embarqué sur un mot"... (Honoré de Balzac)


Alors je nous souhaite un vent léger, des sourires à échanger, plein d'amour à recevoir et à donner, des découvertes à partager, et des projets, beaucoup de projets...






Je voulais commencer 2010 avec un mot qui me plaise : une barque, pourquoi pas ? J'ai toujours apprécié les barques au moment de photographier des paysages, elles en constituent des détails reposants et si romantiques...




Il y a quelques jours, j'ai été attirée par la couverture d'un livre de poche : la photo et le reflet d'une barque le long d'un cours d'eau perdu, dans une atmosphère parme, humide. Cela me rappelait beaucoup quelques images et souvenirs personnels... Le roman de Kate Morton, Les brumes de Riverton, raconte l'évolution d'une famille anglaise au début du XXe siècle. Drames, secrets, jalousies, je n'ai pas été déçue, tous les ingrédients étaient réunis pour rendre la lecture captivante.




Récemment encore, au Musée Paul Dini de Villefranche-sur Saône, en visitant l'exposition temporaire consacrée aux paysagistes de la région entre 1830 et 1910, j'ai choisi comme modèle cette toile d'Adolphe Appian dont le premier plan m'offrait une belle embarcation de pêcheur.


Je sais, le temps qui passe réserve souvent des surprises, de toutes sortes, mais je reste résolument optimiste... J'espère tout simplement ressentir, au cours de l'année qui vient, suffisamment de petites émotions pour rendre le quotidien passionnant, considérer la vie chaque jour "comme une barque dans l'herbe du matin" (François Bott), avec la promesse toujours renouvelée d'une jolie promenade...