mercredi 27 janvier 2010

férir

A l'occasion d'un chassé-croisé, ce jeu de lettres que j'adore, aux grilles parfois diaboliques, j’ai rencontré il y a quelques jours ce vieux verbe auquel il me fallait trouver un équivalent…

Je vous entends d’ici murmurer : « Facile... C’est bien connu : sans coup férir... ». Oui, forcément! J'ai moi aussi pensé, immédiatement, à cette expression, la seule qui conserve tel quel notre infinitif tombé en désuétude. Et capituler sans coup férir, c’est se rendre sans opposer de résistance, sans se battre, sans porter de coup, sans "frapper"… Et voilà ! J'avais la signification de mon p'tit mot, qui me procurait en même temps le synonyme convenable, donc la solution pour une ligne de mon problème.

Mais décidant de creuser un peu, j'ai découvert que "férir" s'employait beaucoup à l'époque médiévale pour décrire le chevalier, au tournoi ou en guerre, qui, prêt à en découdre, s'évertuait à pourfendre ses adversaires à grands coups de lance ou d’épée, perçait les cottes et les corps, perforait l'ennemi en somme sans compter. Prompt à ferrailler, respecté pourvu qu’il fière (quelle curieuse conjugaison !), le combattant frappait de taille et d’estoc, blessait, tuait. Auréolé de gloire, on l’imagine bien, ce conquérant, usant de son charme de vainqueur, férant aisément la châtelaine émerveillée : aucune difficulté pour toucher au coeur la spectatrice de ses exploits. Tragique histoire passionnelle où la superbe dame, après le coup de foudre, éperdument éprise de son héros, férue du preux écuyer, rongée de désir mais ne pouvant décemment succomber aux avances du prétendant, irait jusqu'à se férir à mort en plongeant fatalement quelque poignard en son corps inassouvi ! Mais je m'emporte…

Tout cela pour expliquer l’origine de " féru(e)", participe passé rejeton de férir et qui en constitue une autre trace, celle-ci ayant discrètement et vaillamment résisté aux temps. Pour souligner une attirance, proche de la fascination, qui porte vers une personnalité, on emploie plutôt "fan" me semble-t-il...  Et l'adjectif féru permet d'évoquer un profond intérêt personnel pour une idée, pour un domaine ou une activité. Je connais des férus d’astronomie, d’histoire, de généalogie, de cinéma, de poésie, toujours à l’affût de nouveaux éléments qui alimentent leur passion. Des collectionneurs, des accros, des mordus, qui compilent les documents sur leur sujet de prédilection. Et celui-ci dépasse souvent le simple loisir, le passe-temps ou le hobby.

De quoi suis-je moi-même férue ? De tout et de rien… Je papillonne entre diverses occupations, je suis fière de toutes mes petites passions mais aucune d’elles ne sort du lot, nulle ne prédomine et toutes suivent le gré de mes humeurs. Je ne suis donc pas vraiment "frappée", de quoi que ce soit, et pour l'instant retourne tranquillement croiser mes mots infernaux...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

bravo pour l'article du jour...
et, en plus, fero est hyperintéressant en latin: il est vachement irrégulier aussi au niveau conjugaison
Anonymus

Accent Grave a dit…

« Ceux qui veulent écrire, sont en général des lecteurs férus et voraces ».

Accent Grave

Martine a dit…

Merci de votre intérêt, à tous les deux!
J'ai été une lectrice vorace, et j'avalais tout ce qui me tombait sous la main. Aujourd'hui je me suis calmée, suis-je un peu plus dispersée, un peu plus difficile? Mais j'ai toujours eu envie d'écrire, et ce désir augmente on dirait; les gourmandises passées ont dû laisser des traces!