mercredi 13 janvier 2010

garderie (1)

( Vous vous souvenez de Mariette ?...)

Mariette est épuisée ! Lessivée ! Elle transpire, même en ayant ôté sa doudoune qu’elle a réussi à compresser dans un de ses immenses sacs spécial soldes, archi bourrés et super voyants. Maudits cabas qu’elle traîne à présent comme des boulets… Elle s’arrête au détour des Galeries Lavolette, pose son barda par terre et se met en quête DU ticket. Mais où a-t-elle bien pu le fourrer, bon sang de bonsoir ?

De son fourre-tout en bandoulière, où tout est bien trop serré entre nous soit dit, elle sort et feuillette porte-cartes, agenda et répertoire, soulève l’étui à lunettes, les clés et le paquet de mouchoirs, ouvre enfin la pochette secrète… Rien ! Au fond des poches de son jean ? Non. Peut-être dans celles du manteau ? Ah là, l’opération s’avère délicate : Mariette fouille dans ses paquets, écarte laborieusement ses extravagantes emplettes qui s’éparpillent au sol et elle finit par extirper le blouson… dans lequel elle ne trouve toujours pas le petit carton salvateur. En retassant le tout, en vrac, elle se fait la leçon et ronchonne, car ça l’embête cette histoire de reçu. L’hôtesse l’a prévenue pourtant, en lui débitant par cœur son discours tout en recommandations : « Madame, conservez précieusement votre preuve de dépôt ; en cas de perte, nous ne pouvons pas vous assurer la restitution de votre bien, alors si vous y tenez…». Mariette se traite de sotte, tête-en-l’air, nulle… Puis se ressaisit. Allons, avec un peu de baratin et en soignant la description, elle parviendra bien à récupérer son Igor.

Mariette saisit les volumineux emballages aux flancs bouffis ; l’euphorie matinale a complètement disparu et la jeune femme est fâchée. Cette virée d'aujourd'hui, elle l’a minutieusement préparée, depuis très très longtemps : repérages chez Dubol, Talton, Glurps, Patdef, Kipai, Chéro, Lanacel, et les autres, sans compter les heures passées sur Internet pour étudier les rabais promis par les différentes enseignes… Cette année, en plus, elle s’y est prise suffisamment tôt pour obtenir une place à la garderie, offre valable pour la première journée de soldes ! Alors toutes les chances étaient vraiment de son côté ! Ça ne va pas capoter maintenant ?

Mariette avance comme elle peut dans le long couloir où se croisent les clients ; le bruit de la foule est monstrueux, soûlant. Ça grouille dans un sens, et dans l’autre ; il en vient tant en face qu’il ne faut surtout pas s’arrêter de fendre le flot, sinon c’est foutu. Un pied devant l’autre coûte que coûte ; elle accroche quelqu’un qui râle, heurte une poussette dont l’occupant se met à brailler. Elle s’engouffre derrière une ado encore plus chargée qui vient de pousser une porte… « Pardon, pardon… Merci ! »… Enfin, elle aperçoit la sortie du centre commercial et vise le comptoir d’accès à la poupommière. Et zut ! Accourues ensemble en ce lieu aux aurores, pour abandonner leurs compagnons et s’éparpiller ensuite joyeusement, toutes les dames s'y retrouvent de nouveau, harassées et dégoulinantes, quelques minutes avant la fermeture : ça se bouscule et il y a une sacrée queue !

 Mariette, résignée, prend place docilement dans la file…

à suivre… garderie (2)

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