mercredi 24 février 2010

babouin

Certains se sont bien léchés les badigoinces en lisant le précédent article sur le chocolat ! Tant mieux car cela m'offre une excellente transition. Il se trouve que je souhaite justement parler de babines et évoquer celles, plutôt remarquables, du babouin. Le pauvre ! Ses lèvres proéminentes auxquelles il doit son nom lui confèrent une drôle de bobine, en plus d'une allure que l'on peut juger amusante ou grotesque, au point que les hommes s'y réfèrent pour des comparaisons souvent dédaigneuses ou méprisantes...

Les babines, et donc le babouin, font partie d'une série de mots construits sur des onomatopées dans lesquelles se répètent les b ; la reprise de cette consonne suggère des notions d'arrondi et de mouvement des lèvres. La racine "bab", à l'origine du babil et du babillage, est issue du langage enfantin et rappelle les efforts de nos bambins dans leurs premières tentatives de bavardages, bégaiements ou balbutiements. Sur la même base se sont aussi formées les babioles qui désignent des objets de valeur négligeable ; et en changeant de voyelle, on obtient des bibelots et autres articles de bimbeloterie. Le "bob" est plus gonflé et impressionnant : ne raconte-t-on pas des bobards en embellissant une réalité quelconque aux seules fins d'embobiner un public plus ou moins crédule ? Ne fait-on pas la bombe ou bombance, jusqu'à ce que pète la sous-ventrière ? Avec de telles origines et de telles connotations, mon p'tit mot d'aujourd'hui a décidément le profil idéal pour être galvaudé...

Sinon, savez-vous que le babouin désigne seulement UNE espèce de singe cynocéphale parmi d'autres et que toutes ces espèces sont regroupées sous la dénomination générique et curieuse de "papions" ?

Je retrouve mon animal lors d'une visite au Musée Africain où je m'attarde à dessiner une statuette de babouin porteur de coupe, témoin de rites religieux chez les Baoulé de Côte d'Ivoire. Le fait est que, tout en croyant en un Dieu unique, les hommes de ce peuple invoquent leurs ancêtres mais aussi de nombreux génies qui assurent la communication entre le ciel et la terre. Les paysans Baoulé vénèrent donc toute une série de divinités agraires ou forestières représentées par des figures appelées Aboya, mi-humaines mi-animales, dans lesquelles on reconnaît le plus souvent un singe cynocéphale. Celui-ci incarne la force, une puissance dévastatrice que l'on redoute au village ; il est toujours sculpté de la même façon, longue gueule en avant, mâchoires massives, dents saillantes, et dans la même position, debout, jambes fléchies, portant entre ses mains une coupe dans laquelle le responsable du culte dépose les offrandes. Il s'agit de protéger la communauté contre les mauvais esprits et de préserver les récoltes...



De quoi redorer son blason et rendre au babouin un peu de génie ; sacré animal !


Mais trêve de bla-bla, je dois finir mon papier, arrêter de jouer la babillarde et suspendre le boniment... pour cette fois !

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