samedi 27 mars 2010

souvenir

Discussion, sur messagerie instantanée, entre Marylin et Ginette (Gigi)... et au sujet d' After Life...

Marylin : Coucou Ginette !

Gigi : Salut Marylou !

Marylin : Ça va ?

Gigi : Oui oui, et toi ? Tu profites du we ?

Marylin : Je me mets à jour sur l'ordi et apès je vais essayer de m'en désintoxiquer, promis ! Fait beau, alors je vais courir et m'occuper des plantes !

Gigi : Bravo !

Marylin : Ta sortie à l’Opéra c’était comment ?

Gigi : Gé-nial !

Marylin : Moderne ?

Gigi : Surprenant : de la musique, du théâtre, du chant, les sous-titres (enfin les sur-titres pour nous, ils étaient affichés tout en haut, au-dessus de la scène et de l'orchestre), des projections, une mise en scène impec !

Marylin : Ça parlait de quoi ?

Gigi : Oh la ! De morts, de souvenirs et d’éternité !

Marylin : Réjouissant dis donc :(

Gigi : Comme tu dis, mais ça fait partie des choses qui me plaisent, brasser le passé, entendre des tranches de vie ; ça donne à réfléchir ! Je t’envoie le lien, attends, deux secondes...

Marylin : Ok !

Gigi : C’est un pdf : regarde les pages 8 à 13, l’argument et les personnages, ça te donnera une idée !
...

Marylin : J’ai lu ! En fait, une équipe de personnes, décédées elles depuis longtemps, accueille des "nouveaux" morts dans une espèce de gare, et les aide à trier leurs souvenirs de vie pour qu'ils n'en gardent qu’un, le meilleur ou le plus déterminant, à emporter comme pièce unique, en vidéo, dans l’éternité !  C’est ça ?

Gigi : Tout juste : on assiste en direct et en musique aux recherches intimes de trois personnages en transit, mais on en suit aussi trois autres grâce à des séquences filmées, du type interviews reportages. Tout ça en alternance. Donc malgré la tristesse du sujet, l'ensemble est presque... disons... dynamique !

Marylin : Dis donc, il y en a une, jeune, qui n’arrive pas à trouver son bagage !

Gigi : En fait, elle ne « veut » pas, elle renie sa vie complètement, les images dans sa tête sont trop douloureuses ! Et elle n'a pas le droit d'emmener de rêve, alors à la fin, ne pouvant entamer l'infini voyage, elle intègre l’équipe d’encadrement...

Marylin : Elle devient "réceptionniste" en quelque sorte ! Rigolo !

Gigi : Mmm ! Il y a aussi ce vieil homme indécis : il juge que son existence a été plus que banale, si ordinaire qu'elle ne mérite pas qu’on en garde la moindre trace.

Marylin : Je le comprends ! J’aurais du mal à trouver du sensationnel dans ma vie moi aussi ! Quoique ?... Je crois que je voudrais seulement continuer à profiter de mon paysage en toits ! Tiens, le plus cool ce serait que j'embarque le film de ce que je vois d’ici, de mon mirador, j’adore !

Gigi : Ah je t’imagine bien en pleine contemplation, devant ta fenêtre ! Ça ressemblerait à un écran de veille ton truc en somme ! ! !

Marylin : Et toi, tu y as pensé sûrement, à TON souvenir ?

Gigi : Evidemment, j'ai bien cogité ! Sans compter qu'à la fin du spectacle on déroule une toile face à nous et aux acteurs : on se retrouve "tous" assis dans le même sens… A croire que nous sommes "tous" dans la même situation, l'attente du grand départ (ça fait froid dans le dos hein ?)… Mais je crois que je ne suis pas prête pour l’éternité tu vois, parce que j’ai tellement de scènes qui me trottent dans la mémoire, tellement de beaux souvenirs et tellement de gens adorables autour de moi que ce serait une épreuve diabolique pour moi d'oublier quasiment tout, et volontairement en plus ! Quelle galère de devoir choisir un seul instant ! Je ne me représente pas cette sorte de gare comme un purgatoire, mais comme l’enfer. Je serais effectivement bien contente qu’on m’aide à fouiller !

Marylin : Pour un coup d’essai, l’Opéra, c'était plutôt positif alors ?

Gigi : Ça oui ! Mais je réfléchirai à la longueur du prochain spectacle ; là ça allait, une heure trois quarts, mais je ne me vois pas quatre plombes dans cette coque noire, à la dure ! Avec l’âge je deviens difficile !

Marylin : Bon je te laisse la vieille, je vais me faire le tour du Parc !

Gigi : Courageuse ! Allez, go !

Marylin : Et si je meurs sous l’effort, pas de souci puisque j’ai déjà sélectionné mon souvenir, moi, pour mon éternité !!!

Gigi : Adieu :) Mais j'opterai peut-être, quand l'heure viendra, pour un moment passé en ta compagnie, ma chère copine !

Marylin : Alors à +, ici ou... ailleurs...

( pour compléter, éventuellement:

mardi 23 mars 2010

miroirs

Mots en mi... Pour la démission des miroirs !

Les miroirs m’obsèdent… Je dois reconnaître que ces objets ordinaires, qui paraissent inévitables et ont traversé les temps si vaillamment, se révèlent sources formidables d’inspiration : en atelier d’écriture, ils font ravage et conduisent à de nombreuses gammes originales ! Chez moi aussi, ils titillent la mémoire et mon clavier, aujourd’hui encore, la preuve !  Mais là y’en a vraiment marre ! J’ai l’impression qu’ils s’amusent de moi tant ils parviennent maintenant à s’immiscer à mon insu dans ce que j’écris et jusque dans les dessins. Ils finissent par m’exaspérer ! Je ne peux plus les encadrer, ils me portent à la mélancolie, me minent le moral, me donnent la migraine.

Je suis décidée à déjouer ici le misérable complot de ces indiscrets oppresseurs que je soupçonne d’être atteints d’une diabolique misanthropie. Je vais leur arranger le portrait, miner enfin leurs effets, les humilier, convaincre de leur arrogance, dans le but de réduire au minimum leur rôle dans nos destinées ! Et si mes ennemis au tain vitreux ne veulent signer aucun compromis, alors je n’aurai de cesse qu’ils soient mis au rencart, au ban de notre société ! Au mitard !…

Ces vulgaires miroirs espèrent nous doubler avec leurs rendus trompeurs et éphémères : ne vous laissez pas faire ! Regardez-les mieux, essayez de travers, et même si ça vous rase ! Ils ne sont en fait que des demi-portions, des moitiés gelées de choses indéfinissables ! Comme à beaucoup d’autres mots en mi, l’essentiel ne leur fait-il pas défaut ? On souhaiterait toujours qu’il y ait plus de temps dans une "minute", on voudrait bien redonner leurs extrémités aux "mitaines", la vue aux "mirauds", savourer la croûte avec la "mie", donner de la consistance aux "mirages", accorder la richesse aux "miséreux", du bonheur aux "milliardaires", quelques centimètres ou neurones supplémentaires au "minus", constater plus de naturel chez la "mijaurée", de souplesse chez le "militaire," de jugeote chez le "ministre"… Pour mieux comprendre le "mime", on lui rendrait même parfois la parole !

Eh bien, j’affirme qu’à nos mi-roirs, il manque l’empathie, l’humanité, la vie !

Et s’ils comptent sauver leur mise et faire amis amis, en promettant temporairement juste un peu plus de courtoisie ou de complaisance, je suggère de ne faire preuve d’aucune miséricorde. Face à leurs minauderies, moi je demeurerai inflexible et ferai pendant quelque temps semblant de pas les voir, histoire de leur prouver qu’ils ne me sont pas indispensables. Qu’ils fassent donc l’expérience d’être vides, de se trouver inutiles et bêtes. Gare à celui qui refusera de faire preuve enfin d'humilité, je devrai recourir à la solution extrême et briserai la maudite et minable glace !

Je vous laisse, je dois sortir, juste le temps de vérifier que j'ai bonne mine…

vendredi 19 mars 2010

Denise

Aïe aïe aïe ! Aujourd’hui je gagne une année ! Alors pour marquer l’occasion, voici un article un peu spécial. Un anniversaire, c’est idéal pour évoquer une mère, non ? Et même si cela représente pour moi un exercice très délicat, je vais vous parler de Denise…

Cela me fait bizarre de l’appeler ainsi, par ce deuxième prénom qu’elle préférait au premier : Marie… Maman, donc, est née en 1915, partie en 2004. Elle avait plus de quarante ans quand elle m’a mise au monde, mais ce n’est pas pour cela qu’elle n’était devenue avec le temps ni mon amie ni ma complice. Ce n’est pas très facile de traduire mes sentiments pour elle et nos relations. Quels mots choisir ? J’ai craint longtemps de paraître inconvenante, injuste, ou pas assez tendre. Autant je suis parvenue à équilibrer l’hommage à mon père, Pierre, autant, la concernant, je crains de ne pas en être capable… J’essaie pourtant depuis un moment.

Dans mon village d’enfance, autour des années 60, ma mère, maîtresse et directrice de l’école publique, régnait sur la population des filles. Dans son métier elle était efficace et fière du pourcentage de réussite de ses ouailles au certificat d’études… Elle cultivait son statut, tenait sa réputation ; elle s’affirmait dans une carrière qu’elle avait délibérément choisie autrefois en quittant les terres familiales pour intégrer l’Ecole Normale. Mais ses élèves la jugeaient vraiment sévère et cela rejaillissait sur moi : j’avais l’impression d’être tenue à l’écart et on ne me faisait guère de confidences. Elle, de son côté, se montrait exigeante envers moi ; je devais récolter les meilleures notes ! Et quand j’atterris ensuite au collège, elle allait jusqu’à rédiger certains devoirs à ma place pour être sûre du résultat ! Avait-elle si peu confiance en moi ? A la maison aussi, d’ailleurs, toute initiative de ma part était bannie, notamment… en cuisine !

Chez nous, ma mère était une ménagère très performante, autoritaire, toujours active, affairée, guère disponible et peu portée aux démonstrations sentimentales ; je ne l’ai jamais vu esquisser quelque caresse à mon père et elle n’avait guère de gestes affectueux pour moi non plus. Un jour où j’avais dû lui paraître particulièrement insolente, elle s’est emportée et m’a raconté ses accouchements, elle en pleurait de s’en souvenir ; cela ressemblait à des reproches. J’avais une douzaine d’années et sur le coup je n’ai pas compris pourquoi elle semblait m’en vouloir ni mesuré combien elle avait été réellement meurtrie ! Après cela je n’ai jamais pu lui demander quoi que ce soit, ni à l’adolescence, ni plus tard au cours de ma vie de femme ou lorsque que je suis devenue mère à mon tour. J’aurais tant aimé qu’elle soit plus présente, qu’elle me conseille, qu’elle soit pour moi un recours, mais ce n’était pas possible, les phrases qu’elles tentaient se révélaient vagues ou malencontreuses… Enfin, de quoi puis-je me plaindre ? J’ai grandi dans un cocon douillet et confortable, cela aurait dû suffire …

Mes parents avaient fait un mariage de raison, une seconde alliance pour Denise, une cohabitation sans amour ; il me semble avoir perçu ce manque très tôt. Ils restaient ensemble pour son grand fils à elle, pour moi, pour la convenance. Mon père, c’était son devoir, assurait le fonctionnement général de la maison, veillait à ce que nous ne manquions matériellement de rien, et ma mère conservait grâce à lui une certaine position sociale. Quand il est tombé malade, au cours des années 90, elle n’a plus trouvé l’énergie pour vivre encore à ses côtés ; depuis le temps qu’elle ne le supportait plus, son courage l’a abandonnée. Tout ce qui avait rapport avec lui, ou avec son passé effectivement mystérieux, s’avérait désormais indécent pour elle. Lorsqu’il fut parti pour de bon, elle reporta sa rancœur, non sur moi, mais sur d’autres… perdant toute mesure.

Ma mère tenait à son apparence, soignait son corps, s’intéressait aux événements du monde, aux livres, mais se rongeait à l’intérieur. Ce n’est pas le cancer qui l’a emportée ; il s’était déclaré tardivement et elle l’avait surmonté. Mais elle était aigrie par la vie, les souffrances, les détresses, l’insatisfaction, minée par les rêves d’indépendance qu’elle n’avait pas pu complètement exprimer ni réaliser. Elle pouvait se montrer arrogante, elle voulait qu’on la plaigne de ce qu’elle avait enduré. Elle se renfermait sur ses souvenirs et sur ses certitudes, se complaisait à ressasser ses insatisfactions, gonflait ainsi ses rancunes et, ne sachant plus faire la part des choses, s’avérait de plus en plus… « maladroite », surtout envers nous, sa famille. Elle s’est éteinte par lassitude.

Les années passent… Je la comprends mieux cette Denise qui fut une jeune femme ambitieuse d’entre deux guerres, obligée à confronter envies et réalité, qui a finalement enfoui quelques secrets, peut-être étouffé des passions, et tant souffert de ses frustrations. Je la connaissais si peu finalement. J’excuse sa froideur, je ne la juge plus ; je suis simplement triste que sa vie pourtant si riche n’ait pas abouti à lui apporter tout le bonheur qu’elle espérait. Qui peut dire si j’arriverai à mieux supporter l’âge et les temps ? J’en doute… Je deviendrai peut-être « maladroite » moi aussi avec mon entourage ! Ce qui me fait peur c’est de ne pas m’en rendre compte alors et qu’on risque de m'en tenir rigueur…

jeudi 18 mars 2010

pieds

Pour faire les pieds... avec, en tête, Le Chat Botté de Thomas Fersen...

***

Le jour, je m’appelle Jules Marin…



Le jour, je suis donc un simple Jules, efficace et discret compagnon d’une petite commerçante de province, et qui ne semble vivre qu’à travers elle. On dirait que je m’attache à rester dans son sillage, dans son ombre ; tout le monde constate que je lui obéis au doigt et à l’œil, que je la suis pas à pas. Adèle a dû me choisir en tenant compte de mon apparence et de mon allure ! Je passe partout, bien propre, ni laid, ni beau, tout sauf remarquable, impossible à convoiter, présentable sans risque. Dans la boutique, je représente pourtant l’élément mâle indispensable, pratique, la botte secrète que l’on sort quand il faut dynamiser la vente. La patronne m’appelle en dernier recours pour convaincre l’indécise à qui je donne mon avis. D’une voix sirupeuse, apaisante, encourageante, mais sûre et virile à point, je me répands en compliments sur un pied plat rendu « gracieux », des semelles compensées si « confortables », un talon qui « affine vraiment » le mollet, un bout pointu qui assure un certain « style », une bride qui « relève merveilleusement » ce modèle classique… Puis je m’efface, je réintègre ma boîte, pardon ma place, derrière la caisse, où je finaliserai la transaction quelques minutes plus tard et gratifierai la cliente d’un ultime sourire. Les affaires se portent bien, un peu grâce à moi tout de même ; les jours s’écoulent dans une répétition tranquille et le défilé quasi permanent de dames plus ou moins affriolantes ; l’équilibre se maintient dans notre magasin, ouvert tout le jour et justement appelé « Aux pieds Marin » !


Cependant je m’y ennuie…


La nuit, c’est autre chose… depuis cette fois où, par hasard ou désœuvrement, j’essayai cette sandale féminine à pompon dont la languette rose et si douce procura à mon cou-de-pied une sensation formidable. Du coup j’enfilai la paire ; je me revois déambuler dans la réserve en prenant des poses devant le miroir ébahi ! Le soir j’avais emporté ma sensuelle trouvaille à l’appartement et attendu jusqu’au dimanche suivant… Lorsque ce jour-là Adèle partit à la messe, dont elle était une fidèle, je lui empruntai un dessous combiné assorti et me chaussai des voluptueux souliers. Mon reflet fut une révélation. De week-end en week-end, j’ai ensuite travaillé ma tenue jusqu’à un résultat plus que satisfaisant à mes yeux, résolu à me pimenter un peu l’existence. Adèle faisait peu de cas de nos nuits depuis belle lurette, nos partages et ébats nocturnes s’étaient réduits et espacés jusqu’au néant total, aussi je partis bientôt chaque soir à l’aventure, bien tranquillement. Le poker devenant à la mode, j’ai quand même prétexté l’ouverture d’un nouveau club au bout de la presqu’île pour m’évader sans qu’Adèle ait le moindre soupçon. La nuit, désormais, je parcours la confluence en devenir, entrouvrant mon imperméable pour exhiber mes atours coquins devant les passants intéressés, et il y en a ! A ceux qui m’accostent, je révèle mon nom de gloire, Rose Langue, en hommage à la mule couleur tendre qui un jour m’avait ouvert au plaisir. Je m’exhibe et les suis… La nuit, vous avez compris, je prends mon pied ! 
 

lundi 15 mars 2010

vols (2)

(pour relire la première partie, c'est ici !)

Robin risque un œil sur le côté... A ce moment il y a comme un glissement feutré ; un essaim converge vers les fenêtres donnant sur le tarmac. Que se passe-t-il ? Tous les regards se dirigent vers les pistes. Il y a tout un aréopage de têtes blanches et costumes de cérémonie près d’un avion flambant neuf qui finit de se positionner en douceur sur ses marques. Quel bel appareil, pas énorme, une centaine de places à tout casser, splendide, immaculé, souligné d’un seul et sobre liséré rouge qui souligne ses flancs. Près de la porte d’accès au compartiment passagers et sur la dérive se déploie le même oiseau-livre ; et ce logo est accompagné d’un titre de compagnie étrange : ALivrouv’Air ! ALA !

« Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » laisse échapper Robin, éberlué.
La voisine s’agite : « C’est mon vol ! Une grande première ! » assure-t-elle. Et, remarquant la mine interrogative de l’homme, elle lui explique qu’il s’agit d’un voyage inaugural pour un projet assez particulier : à bord d’un avion de cette firme, les passagers bénéficieront systématiquement d’une lecture à haute voix durant le temps du trajet !
« Bien mieux que la télé, non ? J’ai gagné une place à la dernière minute.
- Ah mais moi aussi je le crains !
- Eh bien allons-y !
- Qu’est-ce qui se lit aujourd’hui, vous le savez ?
- "Le Petit Prince", évidemment ! »

Robin se décompose… confiez-vous au hasard ! ?

« Et bien sûr, Monsieur, vous serez aux premières loges, en toute sécurité pour en profiter ! Sympa, non ? » énonce fermement la jolie dame en exhibant sa carte de police. « Ne cherchez pas à vous enfuir, mes collègues vous cernent, regardez ! Restez tranquille, ça vaut mieux ! Permettez, juste une petite palpation… »
Le vide autour d’eux, un cordon de molosses, et, derrière, une masse contenue et figée. On confirme au même moment l’embarquement immédiat sur le vol spécial ALA451. La femme touche, très minutieusement… C’est que pour dégoter un livre nain, il faut s’appliquer ! Elle s’attarde… Robin apprécie moyennement. Elle lui assure qu’ils sont sur sa trace depuis plusieurs jours. Il n’est qu’un as minable de la cambriole, il n’aurait pas dû se spécialiser dans les œuvres d’art, la spécialité c’est l’ennemi de la discrétion, et patati… Les yeux de Robin sillonnent alentour, en vain, il est pris au piège !
Les mains importunes s’attardent sur sa poitrine, côté cœur, entrouvrent le blouson, s’y infiltrent, et la fliquette brandit l’écrin qu’elle ouvre précautionneusement. Voilà ! L’exemplaire unique d’un « Petit Prince » en édition miniature, reliure dorée, la pièce maîtresse d’un illustre collectionneur, prêtée à Lyon le temps d’une exposition !

« Ton dernier vol, Robin ! Le Petit Prince ne t’aura pas porté chance et dans l’avion on va te raconter son aventure, en prime, sans que tu fasses un effort ! Ensuite, pour déchiffrer la fin de ton histoire, au 36, pas besoin de loupe ! On embarque ! »

( clins d'œil bien sûr à mon association préférée, la Bib' à Dom', ainsi qu'à l'exposition minuscules ! )

vendredi 12 mars 2010

mélancolie

( Avec l’hiver de dame et ce qui suit, il me sera impossible de passer pour une rigolote ! )

Mars en mois, cette année,
Déroule ses mi-jours
Tout en mélancolie.
Par le temps contrarié
Il revêt tour à tour
Cape blanche manteau gris

Dis printemps,
On t’attend !

Mars en moi, cette année,
Colore de demi-teintes,
Et tout en nostalgie,
Les envies, les pensées.
Mon énergie est feinte
Et mon cœur assombri.

Dis printemps,
Tu viens quand ?

Est-ce le temps qu’il fait
Qui me porte au chagrin ?
Est-ce le temps qui passe,
Tous ces ans cumulés,
Ou l'avenir incertain,
Qui font que je me lasse ?

Dis printemps,
Sois sympa !
Je t’attends !
Dépêche-toi !
Tu viens quand ?
Un, deux, trois...

mardi 9 mars 2010

vols (1)


(fantaisie, où se mêlent livres et vols...)

« Un précieux petit prince récupéré hier à Saint-Exupéry où l’on célébrait, par coïncidence, la naissance d’une compagnie plutôt originale ! »

La veille…

Quelle grisaille ! Aucune annulation n’est annoncée, cependant Robin sait qu’on n’est jamais sûr de rien avec ces avions ! Encore une bonne heure à poireauter avant d’embarquer ! Attendre, il faut toujours attendre dans un aéroport ! Bizarre, tiens, ce numéro de vol : ALA 451… ALA ? C’est vrai qu’il n’a pas demandé d’explication : il était trop heureux de bénéficier d’une place, un désistement de dernière minute, dans le premier engin en partance pour la capitale ! Une aubaine puisqu’il lui faut dégager au plus vite ! A la radio, ce matin, Robin a écouté son horoscope : faites preuve d’imagination au travail, soyez optimiste et confiez-vous au hasard… Nulle allusion à quelque échec ou mauvaise surprise, que du bon ! D’ailleurs il s’est déjà bien débrouillé tout à l’heure au Musée, crocheter la vitrine s’est révélé un jeu d’enfant ! Le relieur qu’il envisage de démarcher à Paris sera complètement satisfait…

Robin reste un bon moment campé là, jambes écartées, fier, calme (pourquoi serait-il inquiet ?), le regard attentif en direction du dehors. La visibilité semble suffisante pour le trafic ; assez loin là-bas il aperçoit un camion citerne sur sa bande de circulation, une remorque à bagages aux wagonnets qui se tortillent, quelques silhouettes fluos qui agitent les bras… Robin respire, profondément, il se sent bien. « La fortune en poche mon garçon ! » se dit-il en passant la main droite sous son blouson, au niveau du cœur…

Enfin il se bouge, frôle quelques valises, navigue entre les banquettes et s’arrête près d’une jeune femme plongée dans ses mots croisés : « Il n’y a personne ? Ça vous embête si je m’assois là ? » fait-il en désignant le siège voisin. Elle lève la tête, plutôt mignonne, esquisse un sourire, plutôt sympathique, rattrape un bout de manche qui s’est aventuré sur la place libre. « Je vous en prie, pas de problème ! ». Robin fait glisser son sac à dos jusqu’à terre et s’affale entre les deux accoudoirs. « Vous attendez pour Paris ? Londres ? Tombouctou ? » Il s’amuse à paraître complètement allumé ! Elle hausse les épaules et replonge le nez dans ses cases. Il se tait ! S’il rajoute quelque chose elle pourrait aller se poser plus loin, ce serait dommage ! Certes, Robin ne doit pas se faire remarquer ; mais quel risque y a-t-il à choisir un joli voisinage ?…

Ils se trouvent comme sous une couette ronronnante de sons, autour d’eux les conversations se diluent dans une musique lénifiante ; ça parle pour tuer le temps, rares sont ceux qui parviennent à se concentrer sur un livre. Quelques-uns font les cent pas et leurs regards papillonnent, à l’affût d’un uniforme rassurant d’activité, d’une info qui les concerne, de quoi calmer leur impatience ; ils guettent une annonce, se créent de fausses alertes. C’est comme ça les halls d’aéroport, remplis de corps pleins d’espoir, en devenir ! « De cœurs aussi ! » pense Robin en risquant un œil sur le côté…

à suivre... vols (2)

samedi 6 mars 2010

haltères

(des infos sportives, quelques mois après les premières courbatures...)

Pour mieux supporter les choses, on dit qu’il faut chercher à les connaître et s’efforcer de les comprendre… C’est pourquoi, à l’aube d’une matinée en salle de sport, au saut du lit, ne me sentant pas vraiment courageuse ni motivée, je décide d’entamer une petite investigation en rapport avec ces terribles haltères, compagnons d'exercices que je trouve souvent un peu... lourds !

Tiens tiens ! Dans mon dictionnaire étymologique, devinez qui côtoie l’haltérophile ! ? Eh bien voilà : d’abord la sauterelle, gracieux insecte bondissant, et aussi le saltimbanque, saute-en-banc acrobate et bateleur à l'occasion ! Intéressant ! Les trois individus se trouvent curieusement réunis sous le verbe saillir, dérivés d’une même racine signifiant sauter. Les haltères ( de genre masculin, soit dit en passant ) que nous utilisons en gymnastique étaient en effet initialement préconisés aussi pour la danse et… le saut.

Ma curiosité se voit décidément récompensée et d’autres mots de cette famille m’entraînent à quelques divagations… J’imagine ainsi les muscles saillants qui feront mon charme après toutes les heures de cours et qui seront le résultat évident de mes efforts. Je les exhiberai ensuite, prometteuse et menaçante, devant le premier goujat au regard torve ou salace qui aura la mauvaise idée ou l’envie déraisonnable de m’insulter ou de m’assaillir. Ah ! Ah ! Je m’amuserai bien en voyant l’ennemi  tressaillir en face de moi, j’exulterai ! Non vraiment, je dois  m’accrocher, persister, pas question de penser un instant à résilier mon abonnement…

Mon alarme ! Je sursaute, c’est bientôt l’heure ! J'ai juste le temps d’engouffrer un léger petit-déjeuner, car je ne vais quand même pas sauter un repas pour seulement boucler un article avant de partir… Ensuite, bye, mon sac est prêt, à l’attaque, ou plutôt : à l'assaut ! Je serai tout à l’heure la première en piste pour prendre les poids !

mardi 2 mars 2010

liberté

Le film Liberté m'incite à relire l'histoire du "tapis d'Esma" : dans cette légende, on raconte que si les Tziganes voyagent sans cesse, c’est qu’ils cherchent encore et toujours la fameuse tenture d'harmonie derrière laquelle ils découvriront des terres nouvelles. Cette quête donne un sens à leur vie. Roms, Manouches ou Gitans parcourent ainsi les routes, transportant l’univers grâce à leurs instruments et revendiquant inlassablement leur liberté.

Mais la vie de ces nomades n’est pas si fabuleuse… Le scénario de Tony Gatlif nous transporte dans une commune du Rhône où une famille tzigane s’installe pour la saison des vendanges. Certains "gadjé" tolèrent les gitans, réclament même leur musique, les emploient, les reconnaissent ; P’tit Claude, un gamin français échappé on ne sait d'où, hésite entre la chaleur d’une maison et l’univers fascinant des roulottes. Cependant beaucoup de villageois ont peur de ces bohémiens, si différents, si dérangeants. Et puis nous sommes en 1943 et le régime de Vichy ordonne qu’ils se sédentarisent, sous peine d’être internés, déportés. Le groupe tzigane est tiraillé… Au village, le maire et l’institutrice les aident un moment à faire face aux pressions de tous bords, aux dangers ; les gitans ne se plaignent pas, restent un moment, repartent, résistent autant qu’ils peuvent…

L’histoire est inspirée d’une terrible réalité. Malgré son propos, si grave, et les drames suggérés, Tony Gatlif compose un film tendre, alerte et souvent joyeux ; il veut tant faire partager son amour pour le peuple tzigane, son peuple. Il  réussit même à nous entraîner dans quelques petites folies endiablées qui atténuent un moment la violence des silences ! Le réalisateur choisit de privilégier la vie, le mouvement : jeux de balanciers, rythme des corps, cadences et danses, un temps qui passe... On ne peut que se laisser porter par ce joli souffle de Liberté et en apprécier la musique, superbe.