mardi 23 mars 2010

miroirs

Mots en mi... Pour la démission des miroirs !

Les miroirs m’obsèdent… Je dois reconnaître que ces objets ordinaires, qui paraissent inévitables et ont traversé les temps si vaillamment, se révèlent sources formidables d’inspiration : en atelier d’écriture, ils font ravage et conduisent à de nombreuses gammes originales ! Chez moi aussi, ils titillent la mémoire et mon clavier, aujourd’hui encore, la preuve !  Mais là y’en a vraiment marre ! J’ai l’impression qu’ils s’amusent de moi tant ils parviennent maintenant à s’immiscer à mon insu dans ce que j’écris et jusque dans les dessins. Ils finissent par m’exaspérer ! Je ne peux plus les encadrer, ils me portent à la mélancolie, me minent le moral, me donnent la migraine.

Je suis décidée à déjouer ici le misérable complot de ces indiscrets oppresseurs que je soupçonne d’être atteints d’une diabolique misanthropie. Je vais leur arranger le portrait, miner enfin leurs effets, les humilier, convaincre de leur arrogance, dans le but de réduire au minimum leur rôle dans nos destinées ! Et si mes ennemis au tain vitreux ne veulent signer aucun compromis, alors je n’aurai de cesse qu’ils soient mis au rencart, au ban de notre société ! Au mitard !…

Ces vulgaires miroirs espèrent nous doubler avec leurs rendus trompeurs et éphémères : ne vous laissez pas faire ! Regardez-les mieux, essayez de travers, et même si ça vous rase ! Ils ne sont en fait que des demi-portions, des moitiés gelées de choses indéfinissables ! Comme à beaucoup d’autres mots en mi, l’essentiel ne leur fait-il pas défaut ? On souhaiterait toujours qu’il y ait plus de temps dans une "minute", on voudrait bien redonner leurs extrémités aux "mitaines", la vue aux "mirauds", savourer la croûte avec la "mie", donner de la consistance aux "mirages", accorder la richesse aux "miséreux", du bonheur aux "milliardaires", quelques centimètres ou neurones supplémentaires au "minus", constater plus de naturel chez la "mijaurée", de souplesse chez le "militaire," de jugeote chez le "ministre"… Pour mieux comprendre le "mime", on lui rendrait même parfois la parole !

Eh bien, j’affirme qu’à nos mi-roirs, il manque l’empathie, l’humanité, la vie !

Et s’ils comptent sauver leur mise et faire amis amis, en promettant temporairement juste un peu plus de courtoisie ou de complaisance, je suggère de ne faire preuve d’aucune miséricorde. Face à leurs minauderies, moi je demeurerai inflexible et ferai pendant quelque temps semblant de pas les voir, histoire de leur prouver qu’ils ne me sont pas indispensables. Qu’ils fassent donc l’expérience d’être vides, de se trouver inutiles et bêtes. Gare à celui qui refusera de faire preuve enfin d'humilité, je devrai recourir à la solution extrême et briserai la maudite et minable glace !

Je vous laisse, je dois sortir, juste le temps de vérifier que j'ai bonne mine…

3 commentaires:

Accent Grave a dit…

Un miroir, ce n'est qu'une vitre ratée. D'ailleurs ils ne savent pas réfléchir, tout comme le haut-parleur qui retransmet votre voix que vous ne reconnaissez pas, il ignore tout de la réalité.

Lors de votre prochaine balade en voiture, jetez un coup d'oeil au rétroviseur, vous verrez, tout est à l'envers!

Accent Grave

Martine a dit…

A l'envers et pas sens dessus dessous heureusement... En fait j'allais répondre que les miroirs avaient de quoi nous "délatéraliser", mais voilà ce mot-là n'existe pas et je suis arrivée sur le site du dictionnaire des verbes qui manquent...
http://dictionnairedesverbesquimanquent.kamboo.com/2009/12/
... que j'ai trouvé sympa.
Alors merci Accent Grave!

Accent Grave a dit…

Très intéressant ce dictionnaire des verbes qui n'existent pas. J'ai l'impression d'assister à la naissance de nouveaux mots. On dirait une salle d'acouchement.

Accent Grave