mardi 9 mars 2010

vols (1)


(fantaisie, où se mêlent livres et vols...)

« Un précieux petit prince récupéré hier à Saint-Exupéry où l’on célébrait, par coïncidence, la naissance d’une compagnie plutôt originale ! »

La veille…

Quelle grisaille ! Aucune annulation n’est annoncée, cependant Robin sait qu’on n’est jamais sûr de rien avec ces avions ! Encore une bonne heure à poireauter avant d’embarquer ! Attendre, il faut toujours attendre dans un aéroport ! Bizarre, tiens, ce numéro de vol : ALA 451… ALA ? C’est vrai qu’il n’a pas demandé d’explication : il était trop heureux de bénéficier d’une place, un désistement de dernière minute, dans le premier engin en partance pour la capitale ! Une aubaine puisqu’il lui faut dégager au plus vite ! A la radio, ce matin, Robin a écouté son horoscope : faites preuve d’imagination au travail, soyez optimiste et confiez-vous au hasard… Nulle allusion à quelque échec ou mauvaise surprise, que du bon ! D’ailleurs il s’est déjà bien débrouillé tout à l’heure au Musée, crocheter la vitrine s’est révélé un jeu d’enfant ! Le relieur qu’il envisage de démarcher à Paris sera complètement satisfait…

Robin reste un bon moment campé là, jambes écartées, fier, calme (pourquoi serait-il inquiet ?), le regard attentif en direction du dehors. La visibilité semble suffisante pour le trafic ; assez loin là-bas il aperçoit un camion citerne sur sa bande de circulation, une remorque à bagages aux wagonnets qui se tortillent, quelques silhouettes fluos qui agitent les bras… Robin respire, profondément, il se sent bien. « La fortune en poche mon garçon ! » se dit-il en passant la main droite sous son blouson, au niveau du cœur…

Enfin il se bouge, frôle quelques valises, navigue entre les banquettes et s’arrête près d’une jeune femme plongée dans ses mots croisés : « Il n’y a personne ? Ça vous embête si je m’assois là ? » fait-il en désignant le siège voisin. Elle lève la tête, plutôt mignonne, esquisse un sourire, plutôt sympathique, rattrape un bout de manche qui s’est aventuré sur la place libre. « Je vous en prie, pas de problème ! ». Robin fait glisser son sac à dos jusqu’à terre et s’affale entre les deux accoudoirs. « Vous attendez pour Paris ? Londres ? Tombouctou ? » Il s’amuse à paraître complètement allumé ! Elle hausse les épaules et replonge le nez dans ses cases. Il se tait ! S’il rajoute quelque chose elle pourrait aller se poser plus loin, ce serait dommage ! Certes, Robin ne doit pas se faire remarquer ; mais quel risque y a-t-il à choisir un joli voisinage ?…

Ils se trouvent comme sous une couette ronronnante de sons, autour d’eux les conversations se diluent dans une musique lénifiante ; ça parle pour tuer le temps, rares sont ceux qui parviennent à se concentrer sur un livre. Quelques-uns font les cent pas et leurs regards papillonnent, à l’affût d’un uniforme rassurant d’activité, d’une info qui les concerne, de quoi calmer leur impatience ; ils guettent une annonce, se créent de fausses alertes. C’est comme ça les halls d’aéroport, remplis de corps pleins d’espoir, en devenir ! « De cœurs aussi ! » pense Robin en risquant un œil sur le côté…

à suivre... vols (2)

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