lundi 26 avril 2010

dégonflé

Voici une brève qui se veut bourrée de tics (de langage), donc écrite en français qui se cause ( et qui se téléphone ) !

Allo ? T’es où ?… Moi ça va, la pêche !… Ah ! Ok !… Cool ! Trop d’la balle, dis donc !… A part ça ?... Mince ! C’est pas vrai ?… Quoi ?… Ah ! Ben quelque part, c’est pas faux !… Ouais, c’est clair, j’ai pas besoin d’un décodeur !… En fait, grosso modo, tu flippes, là ?… Forcément ! Tu m’étonnes !… Et concrètement, tu veux quoi ?… Arrête ! T’exagère ! Y a pas l’feu, si ?…  Bon, j'arrive, j'mets le turbo !... D’accord, compte sur moi !… J’te jure ! Y’a pas d’souci, j’assure, je gère !… Hein ? Non j’me la pète pas !… Il te gave, ce nase ? Alors t’inquiète ! J’t’explique : s’il te prend  vraiment trop la tête, je l’impacte, direct… Comme il va baliser ! J’serai mort de rire !… Ça y est, j’t’ai en visuel !…

Salut ! T’as vu si j’ai speedé ! (bisou bisou) Oh ! là dis donc, y a un blème, grave ! Ton givré, le v'là qui rapplique ! Vise un peu ses tablettes ! Eh ! Moi j’me casse,  y a ma mother qui me bippe ! Bye ! A+ ! On s’appelle ?

mercredi 21 avril 2010

volcan

N’étant pas du tout spécialiste en sciences de la Terre, je ne pourrais pas discourir sur l’actualité, ça, c’est sûr ! Comme tout le monde, j'essaie de glaner sur internet des informations concernant l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll, et les chroniques de notre-planete.info me semblent plutôt claires.

Je ne veux donc pas parler de ce phénomène-là. J'ai choisi le mot volcan aujourd'hui simplement parce qu'il a réveillé un agréable souvenir d’école, un moment magique vécu il y a quelques années avec mes petits élèves de CP, un souffle d’émotion partagée…

« Pour les petits curieux de nature »

Dans l’article méthode, je décrivais les moyens proposés dans ma classe pour que les enfants avancent le plus efficacement possible sur le chemin de l’apprentissage de la lecture. J’évoquais notamment les différents documents utilisés au cours de l'année, en tant que supports, afin que la route empruntée offre « des paysages variés » et que « l’attention se trouve sans cesse stimulée ». Il fallait absolument éveiller la curiosité, donner le désir de résoudre quelques énigmes, offrir la possibilité de trouver des pistes et des réponses dans les livres. 

Entre février et Pâques, j’avais pris l’habitude de concentrer nos activités autour d’un magazine dédié aux « petits curieux de nature », un Wakou de saison, que les parents acceptaient de se procurer ou dont l’école avait financé l’achat. Cette publication structurée et sérieuse, offrant des reportages variés et des illustrations ou photos de qualité, correspondant tout à fait aux centres d’intérêt de mes petits apprentis, allait forcément leur donner de quoi enrichir ou préciser leurs connaissances, les faire observer, réfléchir et lire.

« Feu et cendre »

En mars 2003, le numéro de printemps comportait comme d’habitude des dossiers passionnants sur les animaux, mais surtout quatre pages intitulées « feu et cendre » qui m’avaient semblé à première vue difficiles à exploiter. Cependant, en les parcourant avec les enfants, en détaillant les images, en tenant compte de tout ce qu’ils avaient pu déjà entendre ou de tout ce qu’ils avaient recherché à la maison ou en bibliothèque sur le sujet, je me suis rendue compte que la complexité du phénomène le rendait également mystérieux, démesuré, fantastique, donc à leurs yeux passionnant à étudier. Les étincelles étaient dans les pupilles, le pari fut gagné cette fois encore au-delà de ce que j’avais espéré. 

Comme toujours, suivant une démarche pédagogique ordinaire, il fallait imaginer une trace écrite qui rendrait compte de notre travail : ce fut un dessin que je demandais de compléter. Tous les élèves ont ainsi reçu le même schéma de départ et chacun l’a colorié à sa convenance mais au même rythme : nous avons ensemble fait bouillir la marmite profondément dans le sol, puis le magma s’est faufilé entre les doigts dans les cheminées naturelles avant de jaillir à la surface de la Terre…  Projections de couleurs, lave compacte en traînées sombres sur les flancs du volcan, panaches hauts et gris de fumée… La séance fut suivie d'un placement d'étiquettes plus scolaire mais la mise en couleur, vivante et gestuelle, collective et individuelle à la fois, avait constitué une expérience dynamique inattendue dont il ne me reste hélas que cette photocopie en noir et blanc :


Ma vie de maîtresse d’école s'est nourrie de ce genre d’épisodes, et voilà ces p’tits bonheurs passés, endormis, qui remontent de temps en temps à la surface de ma mémoire...

dimanche 18 avril 2010

concupiscent


Quel curieux assemblage ! Une sorte d'association fortuite de syllabes qui rend l'adjectif  fort intéressant à mognoter ! Voilà d'ailleurs ce qu'en disait Francis Blanche : "Concupiscent : ce n’est pas un mot, c’est un rébus". Ça c’est sûr, la tentation est forte de moquer le tout, si péjoratif, et de le décomposer à la manière d'une charade, en quelques définitions triviales…

Rien qu’à le prononcer, le pauvre, il donne des sensations assez particulières, pas vraiment gouleyantes, mêlant grandiloquence et vulgarité. La bouche commence par s’arrondir, les sons se cognent au palais, puis les lèvres s’étirent, la langue titille les dents, s’y colle en sifflant, et enfin l'air se cabre, tentant une fuite par le nez. L’ensemble résonne comme une insulte, un rejet hautain, l’affirmation d’une espèce de dégoût. Mais, faut-il l’avouer, ce mot, on s’amuse bien à le dire, on se plaît à le murmurer… Il y en a comme ça que l’on mâche avec volupté...

Le TLFi mentionne le verbe concupiscer qui signifiait « éprouver de la concupiscence », et celle-ci nous aide encore à traduire une sorte d’attirance immodérée de l’homme pour les biens terrestres et les plaisirs sensuels. On trouve aussi dans les répertoires l’adjectif désuet concupiscible qui qualifie la tendance à vouloir posséder mais aussi l’intention d’éveiller l'envie. Toute cette branche de la famille du désir semble impliquée dans une sale affaire, soupçonnée de penchants fâcheux et interdits… Si la convoitise rime avec gourmandise et demeure pardonnable, si la regrettable cupidité éloigne tout au plus la sympathie, la concupiscence, elle, frise l’indécence ; elle suggère une jouissance sexuelle déraisonnable, et on la juge coupable.

Et pourtant, en quoi consiste le péché de l’individu au regard concupiscent ? N’a-t-il pas tout bonnement de l’appétit ? Il convoite ardemment quelque chose ou quelqu’un, il recherche son plaisir. Il est peut-être stupide, il a sans doute l’esprit mal placé, mais que souhaite-t-il d’autre qu’assouvir un besoin naturel ? Naturel, eh oui, le désir d’un tel personnage est très vif ou trop ardent, mais naturel…

A tous ceux qui hésitent à utiliser l’adjectif concupiscent à cause de ses divisions grossières et de sa signification trop offensante, j’ai très envie de proposer un adjectif plus sensuel, que diriez-vous de "désirardent" ? On parlerait aussi de "désirardence", de "désirdescence"... et dans les cas extrêmes de "délirdescence"… Entre nous, vous avez remarqué comme on peut prendre du plaisir à effeuiller le vocabulaire puis à le rhabiller décemment ?

jeudi 15 avril 2010

rumeur


Je décrivais Marylin, il n’y a pas si longtemps, devant son écran, en train de réfléchir aux buzz, ces infos d’origine douteuse qui sillonnent les réseaux à vitesse grand web, gagnant force détails au passage, et qui, en principe, dégénèrent rapidement… Justement, ces temps-ci, il y en a des rumeurs sur la toile, et certaines, très bien entretenues, persistent et s'obstinent à faire des vagues !  J'ai cherché, à cette occasion, une définition pour les rumeurs et celle que je préfère les présente comme des "bruits colportés" ! L'image est intéressante : des "on-dit" trimbalés par le cou, quitte à ce qu'ils s'étouffent. Et lorsqu'ils subsistent, est-ce que ce ne sont pas les personnes concernées qui finissent étranglées ? Tristes scénarios, certes, mais ça existe, et ça excite !

Cependant ne comptez pas sur moi pour ajouter un écho aux quelques histoires sulfureuses qui circulent, non, moi j’ai choisi de vous parler d'un pétard mouillé, d’une rumeur bénigne… Bénigne, quoique ? N’avez-vous pas entendu dire la semaine dernière qu’on voulait nous changer les règles du Scrabble ? ? ? La nouvelle aurait pu, si elle avait été confirmée, provoquer quelques ulcères chez les puristes, non ?

La cause du buzz semble être cette opération marketing organisée par la firme Mattel, société qui détient les droits du jeu dans le monde (sauf aux USA et au Canada où règne Hasbro) : Mattel prévoit en effet de lancer bientôt une nouvelle déclinaison du Scrabble, appelée Trickster ( en français : escroc... tout un programme !). Cette version comportera des règles particulières, autorisant entre autres l’utilisation des noms propres ou de marques, ou encore la possibilité de prendre ou donner des lettres aux adversaires. Il s’agit, d’après les concepteurs, de donner au Scrabble "une nouvelle dimension", de le rendre plus populaire, moins compliqué, et d’attirer les jeunes…  L’info révolutionnaire s’est retrouvée brute sur le net, brinqueballée sans ménagement. A cette communication mal organisée dès la source, faisant croire à un remplacement imminent du Scrabble traditionnel, s'est ajoutée une sorte d’inertie chez les journalistes qui pensaient sans doute que le jeu n’en valait pas la chandelle...

Heureusement l'agitation n’a pas duré ; de toute façon, en France, l’intérêt de la foule était ailleurs… Ayant entendu la nouvelle le 7 avril à la radio où la journaliste avait curieusement évoqué une nouvelle version "délire" du Scrabble, j’ai eu évidemment le réflexe google. L’information relayée effectivement ici et , s’est trouvée tempérée dès le lendemain par une poignée d’articles rassurants : pas de panique ! Les règles du jeu traditionnel resteront inchangées

Ainsi il n’y a pas eu profanation ! Ouf ! C’est que le Scrabble chez moi, comme dans tant d'autres foyers, constitue une valeur traditionnelle et fondamentale, une activité respectée et intouchable. Que de souvenirs d'affrontements au-dessus du plateau, de cogitations nerveuses derrière les chevalets, avec le dictionnaire pour arbitre. Et le sketch de Pierre Palmade, drôlement juste, témoigne que nous sommes nombreux à avoir vécu de tels moments. Quelques-uns, pour soulager les tensions, se sont tournés, à une époque, vers le Duplicate, mais cette option-là, d'ailleurs aujourd'hui impossible à renouveler, ne s’éloignait guère des règles essentielles...

La petite brise sur le net m’a donné envie de retrouver l'origine de ce fameux Scrabble et d'en  revisiter l’histoire... Saviez-vous que l’idée initiale date de 1931 ? A New York, l’architecte Alfred Mosher Butts (1899-1993), qui vient de perdre son emploi suite à la crise économique, s’occupe à concevoir un jeu qui allie réflexion et hasard. Il invente le Lexico qui se joue sans plateau ; on marque des points selon la longueur des mots formés mais avec déjà des bonus en rapport avec la fréquence dans le langage courant des lettres utilisées. Toutes les demandes de brevets lui sont refusées.
C’est en 1938 que Butts, s’inspirant des mots croisés si populaires, associe au jeu un plateau de 15 cases sur 15 ; le Lexico devient Criss-Crosswords. Impossible encore d'en obtenir le brevet et la fabrication reste artisanale.
En 1948, un homme d'affaires, James Brunot, s’entend avec Butts ; il simplifie les règles, modifie la disposition des cases primées sur le plateau et dépose le nouveau nom : Scrabble. L’engouement pour cette mouture se répand ; des mordus organisent quelques campagnes promotionnelles. Brunot ne pouvant plus répondre à la demande donne la licence en 1953 à un grand fabricant de jeux nord-américain et vend ses droits en 1968 à Spear & Sons pour le reste du monde… Spear & Sons, qui a été racheté par le leader Mattel en 1994…
Mattel et Hasbro ont proposé bien des variantes, tentatives commerciales plus ou moins réussies, dont les durées de vie se sont avérées plus ou moins longues, mais le Scrabble classique tient toujours sa place… Encore une fois il ne s'est pas laissé faire!

Bon ! Je m'en vais récupérer la partie engagée ce matin avec mon ordinateur, au niveau le plus ridicule pour avoir une petite chance de gagner... Quand même, j'imagine une compétition de Scrabble Trickster où je pourrais, en volant les lettres de mon voisin, compléter un FA providentiel et afficher mon nom... Chevalet vidé, j'exploserais le score ! Je serais un bon coup : on peut rêver ! 

samedi 10 avril 2010

collectionneur (2)

(Si vous avez manqué le premier épisode, il est ici !)

M’dame n’était vraiment pas farouche et n’avait pas hésité à traverser la haie d’outils impeccablement alignés derrière la porte de la maisonnette. Au fond, elle découvrit l'atelier du proprio, son refuge. Un portrait en cours posé sur un chevalet, des silhouettes achevées sur des toiles bien rangées le long des parois, "tiens donc, beaucoup de dames !" avait-elle constaté... Quelle surprise encore quand il lui avait montré sa collection de porte-plumes et de pinceaux, ses encres et ses aquarelles... Par une large baie inattendue, elle avait admiré la vue : une prairie, du gazon impeccable, quelques parcelles fleuries, elles aussi très ordonnées, "mes collections de roses" avait-il précisé, précédant l’orée d’un joli bois… Bien sûr, elle avait été charmée, et il faut bien le dire, excitée, par l’endroit et surtout l’originalité du bonhomme.

Il l’avait laissé partir, sans rien tenter, persuadée qu’elle reviendrait. Ça n’avait pas loupé : le lendemain, le coupé avait passé le portail à l’heure de l’apéritif ; avant le café il l’avait sauvagement basculée dans un coin du cabanon, sur un sofa rustique qui en avait sans doute vu d’autres… Elle avait a-do-ré et trouvé le tout hyper cool !

Hélas elle l'avait embringué par la suite dans quelques virées à la ville qui lui laissaient toujours un goût amer : il avait compris qu’elle exhibait son fermier comme la dernière trouvaille branchée, son jouet. Ce qui finissait par l’exaspérer ; là, elle inversait trop les rôles.

Ah forcément, il regretterait le joli corps et les frissons qu’il aimait faire naître et sentir sur la peau douce et parfumée de la gourgandine. Ça le changeait de ces gamines rustaudes qu’il devait aller chasser à l’autre bout du département ; elles étaient fades mais faciles, trop contentes de goûter à l’aventure, à quelques plaisirs secrets, piquants, sous les caresses d’un homme mûr … Non, ce n’était pas à cette citadine de conduire le jeu, il devait rester le maître ; le délai de pose avait expiré, il allait terminer le dessin, valider son dessein à lui, son destin à elle.

Il avait décidé… Il entra dans le cabanon, balaya du regard la collection d’outils pour choisir le plus adapté, le mieux aiguisé, pour mener à bien son projet, prépara également la bêche pour la future parcelle et se fraya un passage jusqu’au coin de l’artiste. Il s’installa devant un petit bureau et prit ce qui ressemblait à un carnet de croquis ; il se mit à le feuilleter, prononça à voix haute quelques prénoms avec tendresse, Samantha, Jacqueline, Audrey, Georgette (ah ! Georgette !) qui évoquaient tant de délicats souvenirs… Il caressa enfin une page à peine entamée et sélectionna dans la collection du plumier une sergent major toute neuve ; à l’encre de Chine, il traça alors des belles lettres, pleines et déliées, décrivant la nouvelle variété de roses dont il allait bientôt agrémenter son parc. Une écriture qui scellait le sort de la dernière amante : une pièce qui enrichirait certainement sa collection la plus spéciale... 

Quand il entendit le ronronnement du coupé sport, il couvrit amoureusement la page d'un buvard, rangea calmement le cahier et se dit qu’il devrait bien songer après coup à faire disparaître la voiture !

mardi 6 avril 2010

collectionneur (1)


L’homme qui marchait là de long en large, devant son cabanon, au fond d’une cour encombrée d’une collection de vieilles machines agricoles et largement investie par quelques volailles bavardes, l’homme donc paraissait soucieux. Il frappait rageusement la boue tous les cinq ou six pas, provoquant un affolement supplémentaire chez les bêtes. Au moment de changer de direction, il levait les bras au ciel qu’il semblait vouloir prendre à témoin. Parfois il soulevait sa casquette usagée ; d’une main il l’agitait nerveusement comme s’il tenait un responsable, des doigts libres il grattait son crâne lisse avant d’y revisser sa coiffure. Soudain il s’arrêta, planta les deux bottes dans le sol spongieux, tortilla les bouts de ses moustaches broussailleuses. Il avait décidé…

Il se sentait incapable de suivre plus longtemps les exigences de cette femme savante aux allures mondaines et bien trop urbaine. Il faudrait qu’il fasse encore des efforts, qu’il s’habille comme ceci, qu’il lise cela, qu’il l’accompagne par-ci, la conduise par là, et qu’à l’occasion il la saute mais à sa convenance à elle. Non, vraiment, il s’agissait d’en finir ! Tant pis ! Il complèterait la page de la donzelle et passerait à la suivante… Il écrirait la conclusion déjà prévue, et incontournable de toute façon, mais il aurait apprécié de prolonger le jeu cette fois, car la poupée le sortait quand même de son ordinaire…

Tout avait si bien commencé ! Il se rappelait leur rencontre, il y avait à peine un mois. Cet après-midi-là, tout offert au soleil, au volant de son tracteur, il revenait du Grand-Champ qu’il avait sillonné depuis l’aube. Elle avait garé son coupé, à cheval sur herbe et bitume, au ras du fossé : panne d’essence, batterie du portable à plat, oubli du chargeur,  la totale ! L’étourdie avait sorti le grand jeu pour l’embobiner : "Vous tombez à pic, s'il vous plaît, monsieur... Je ne sais même pas où je suis, enfin j’ai pris la route sur un coup de tête, alors me voilà drôlement embêtée, et perdue en plus…". Hmmm ! Lui aussi avait trouvé que cela tombait à pic… Justement il comptait repartir le soir même pour dégoter une… Enfin, bref, il l’avait conduite à la station service du bourg, puis ramenée avec un plein jerrican jusqu’à sa voiture. Bien sûr, il lui avait proposé de venir à la ferme, pour téléphoner, prévenir, se rafraîchir. La suite avait été très romantique. Elle s’était extasiée devant l'habitation restaurée, "trop classe!", avait gloussé en contemplant le poulailler, "trop drôle!", puis elle avait voulu visiter le cabanon, "trop mignon!". Ben voyons !

Alors, sur un ton faussement timide, il lui avait murmuré : "N’allez pas vous moquer M’dame, j’y ai un p’tit jardin secret !"…

à suivre : collectionneur (2)

dimanche 4 avril 2010

verbe

Le verbe est un nom, alors comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ? Que désigne-t-il donc ? Et en quoi ce qu'il représente est-il utile, et peut-être indispensable ?

Le Verbe, en tant que nom propre, touche au divin. Sans sa majuscule et dans un sens un peu vieilli, il revêt aussi une dimension universelle et fédératrice : il correspond à la « parole », au langage en somme,  à ces suites organisées de mots, prononcés ou même écrits, qui traduisent la pensée, la verbalisent, et permettent aux humains d’échanger leurs idées.

De cette signification générale touchant au discours, il subsiste quelques expressions se rapportant au ton de la voix ou à la façon de s’exprimer : tel orateur a « le verbe haut » parce qu’il parle fort, avec autorité ; s’il déclame son texte avec esprit et fougue, on lui trouve une verve incroyable ! Certains mots dérivés s'utilisent encore quelquefois et d'autres se perdent : ainsi le bavard, si verbeux, désole avec son lourd verbalisme, exaspère et saoule avec son abondant verbiage, sa verbosité, voire sa démente verbigération !

Le verbe que nous connaissons le mieux, ou plutôt que nous devons souvent reconnaître, désigne en grammaire un mot particulier dans une proposition où il exprime « qu’une personne ou une chose existe, dans tel ou tel état, faisant telle ou telle action ». Le verbe est réellement le noyau de la phrase simple. Je me souviens des efforts demandés à mes petits élèves de CE1 pour qu’ils parviennent à le repérer. Premier travail d’analyse indispensable, pénible pour beaucoup, plus facile pour l’enfant déjà familiarisé avec la langue écrite mais surtout à qui on aura donné depuis longtemps les moyens de s’exercer à la langue orale…

La chasse au verbe réserve bien des surprises : ses humeurs et terminaisons sont changeantes et il choisit ses costumes en fonction des modes, du temps, des personnes. Une fois identifié, il faut, si l'on veut conjuguer avec lui, trouver de  quel groupe il fait partie, comme si c’était vital, et souvent définir sa forme. On le rencontre parfois impersonnel, passif, réfléchi. Dans ce qui l'environne, on traque son sujet avec qui il a conclu un accord, on pêche un adverbe qui le précise, on isole ses compléments : car tout s’articule autour de lui !

Les verbes sont essentiels et structurent nos énoncés. Nous en possédons un catalogue imposant que le  rassurant Bescherelle nous aide heureusement à organiser ! Que ferions-nous donc sans eux ? D'autant qu'un seul de ces mots si particuliers vaut souvent mieux qu'un long discours : quelle lassante déclaration serait plus efficace que de dire simplement "je t'aime" ? C'est aussi le constat irréfutable du délicieux dictionnaire des verbes qui manquent : un verbe unique peut suffire et remplacer avantageusement un laïus soporifique…

Et que vivent les verbes ! Je devrais, quant à moi, les "mognoter" plus fréquemment ! 

jeudi 1 avril 2010

avril

Dictons, poissons, en avril tout est bon !

En Avril...
ne te fais pas de Bile
enlève tes faux Cils
essaie d'être plus Docile
faut qu'tu t'Épiles
ne te découvre pas d'un Fil
opte pour le Grill
oublie ce qui t'Horripile
c'est ta fête, Imbécile
sous le soleil tu Jubiles
achète du rouge, du bon, un Kil
embrasse toutes les Lucile
lâche un peu ton Mobile
ne te regarde pas le Nombril
qu'est-ce qui t'Obnubile ?
montre ton meilleur Profil
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rends-toi Utile
la maison faut qu'tu Ventiles
appelle ton copain Smith, Will
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me dis pas qu't'es Zoophile ?