dimanche 18 avril 2010

concupiscent


Quel curieux assemblage ! Une sorte d'association fortuite de syllabes qui rend l'adjectif  fort intéressant à mognoter ! Voilà d'ailleurs ce qu'en disait Francis Blanche : "Concupiscent : ce n’est pas un mot, c’est un rébus". Ça c’est sûr, la tentation est forte de moquer le tout, si péjoratif, et de le décomposer à la manière d'une charade, en quelques définitions triviales…

Rien qu’à le prononcer, le pauvre, il donne des sensations assez particulières, pas vraiment gouleyantes, mêlant grandiloquence et vulgarité. La bouche commence par s’arrondir, les sons se cognent au palais, puis les lèvres s’étirent, la langue titille les dents, s’y colle en sifflant, et enfin l'air se cabre, tentant une fuite par le nez. L’ensemble résonne comme une insulte, un rejet hautain, l’affirmation d’une espèce de dégoût. Mais, faut-il l’avouer, ce mot, on s’amuse bien à le dire, on se plaît à le murmurer… Il y en a comme ça que l’on mâche avec volupté...

Le TLFi mentionne le verbe concupiscer qui signifiait « éprouver de la concupiscence », et celle-ci nous aide encore à traduire une sorte d’attirance immodérée de l’homme pour les biens terrestres et les plaisirs sensuels. On trouve aussi dans les répertoires l’adjectif désuet concupiscible qui qualifie la tendance à vouloir posséder mais aussi l’intention d’éveiller l'envie. Toute cette branche de la famille du désir semble impliquée dans une sale affaire, soupçonnée de penchants fâcheux et interdits… Si la convoitise rime avec gourmandise et demeure pardonnable, si la regrettable cupidité éloigne tout au plus la sympathie, la concupiscence, elle, frise l’indécence ; elle suggère une jouissance sexuelle déraisonnable, et on la juge coupable.

Et pourtant, en quoi consiste le péché de l’individu au regard concupiscent ? N’a-t-il pas tout bonnement de l’appétit ? Il convoite ardemment quelque chose ou quelqu’un, il recherche son plaisir. Il est peut-être stupide, il a sans doute l’esprit mal placé, mais que souhaite-t-il d’autre qu’assouvir un besoin naturel ? Naturel, eh oui, le désir d’un tel personnage est très vif ou trop ardent, mais naturel…

A tous ceux qui hésitent à utiliser l’adjectif concupiscent à cause de ses divisions grossières et de sa signification trop offensante, j’ai très envie de proposer un adjectif plus sensuel, que diriez-vous de "désirardent" ? On parlerait aussi de "désirardence", de "désirdescence"... et dans les cas extrêmes de "délirdescence"… Entre nous, vous avez remarqué comme on peut prendre du plaisir à effeuiller le vocabulaire puis à le rhabiller décemment ?

2 commentaires:

Accent Grave a dit…

Malgré tout, il faut dire le mot car s'il n'est jamais prononcé, il mourra, c'est comme pour notre prénom!

Accent Grave

Martine a dit…

C'est vrai, à défaut d'être utilisé, un mot peut disparaître. L'usage fait son choix. Beaucoup d'amoureux des mots essaient de sauver ceux qu'on dits perdus, ils en remplissent des livres bien sympathiques. Les termes obsolètes, comme des pièces d'antiquité, sont mis en vitrines, mais bien condamnés.

Cependant les prénoms peuvent eux bénéficier d'un phénomène de mode, s'oublier et rebondir, à la faveur d'une quelconque actualité. Ils ont peut-être plus d'espoir que les autres !