dimanche 30 mai 2010

canard

fantaisie à la sauce aigre douce

"Sordide agression ce matin à la cité Seniors des Etangs où une nonagénaire a été frappée sauvagement alors qu’elle venait à peine d’investir son nouveau logement. L’auteur de cet acte non dénué de barbarie a été appréhendé sur le fait et doit s’expliquer en ce moment même dans les bureaux du commissariat central ..." (lecanardfertois.fr, 30 mai 2010, 12h10)
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Le petit homme à l’allure rustique et, il faut bien le dire, à la mine plutôt inoffensive, s’approche, se penche au-dessus du bureau et murmure à l’officier, comme en confidence :
Monsieur, je m’appelle Saturnin ; je suis né en 1966… Alors bien sûr, vous imaginez… vous comprenez…?
Le policier répond haut et fort, sur un ton méprisant :
Pas très bien, non, il va falloir me donner quelques détails, j’en ai bien peur !
Puis il se lève d’un bloc, contourne le meuble et vient appuyer fermement sur les épaules de l’individu menotté, obligeant celui-ci à s’asseoir. Du regard enfin, il congédie le gardien qui vient de libérer les mains de son drôle de "client", s’installe sur une autre chaise en face de celui-ci et gronde :
J’écoute !

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Ça ne vous dit rien Les Aventures de Saturnin ? Non ? Je vous aurais cru assez vieux pourtant ! C’était une série télé pour les mômes, sur l’ORTF comme on disait à l’époque, à la fin des années 60 ! La chanson du générique, allons ça va vous dire quelque chose, je crois que ça finissait par : "...plus vous le connaîtrez, Et plus vous l’aimerez, Votre ami Saturnin ! …" . Mes frères et sœurs, cinq ils étaient déjà avant que j'arrive, eh bien ils l’adoraient ce caneton ! Un héros ! Quand je suis né, aucun des parents n’avait réfléchi sur mon prénom, parce que j’étais pas vraiment le bienvenu, alors un frangin a proposé : "Pourquoi pas Saturnin ?"… Et voilà comment on décide d’une vie, c’est tout bête ! Enfin, tout le monde a trouvé ça mignon, et moi forcément, sur le coup ça m’a pas gêné. C’est après, à l’école, que ça s’est gâté !

Car en grandissant, je ne suis devenu ni malin, ni fier, ni batailleur ! Par rapport aux autres poussins de la famille, moi, le dernier Delamare, je ne me montrais pas bien brillant, le vilain petit canard quoi ! Les grands disaient que j’étais l’exception qui confirme la règle, un enfant du Bon Dieu qui ressemblait vraiment, cette fois, à un canard sauvage, un imbécile en somme… Mais qu’est-ce que j’y pouvais ? Tout me rentrait par une oreille et sortait par l’autre. En classe, quand on me mettait au coin, et j’étais souvent puni, les copains se déchaînaient : "Saturnin au coin, coin-coin...". Puis ils me canardaient avec des boulettes de papier dès que la maîtresse avait le dos tourné. Dans la cour, ils me suivaient en tortillant des fesses et en écrasant bruyamment le sol de la plante des pieds, plof plof. A la piscine, combien de fois j’ai été poussé à la baille ! ! ! "Tu dois aimer les bains, Saturnin !". Manque de bol, j’étais doué nulle part, en musique non plus je ne faisais rien de bon, que des couacs, que des fausses notes, et j’entendais les gredins scander : "Delamare fait des canards". J’ai toujours été pris pour un débile, Monsieur, et personne m’a appris à me défendre !

Je suis pas allé plus loin que le collège vous savez, mais ces années-là ont été l'enfer. Surtout une prof, une vieille fille, qui en avait toujours après moi. Le pire c’est qu’elle faisait justement chez elle collection de canards ; on racontait qu’elle en avait de toutes sortes, en images ou sculptés, en bois, en plastique, en porcelaine, de toutes les tailles et de tous les pays… Et moi, Saturnin Delamare, je l’obsédais, j’étais en chair et en os le jouet, le gadget, qu’elle ne pouvait pas se payer ; ah, si elle avait pu me garder, m’empailler. En même temps le fait que je pige rien la rendait folle. Je suis devenu la cible à tous les cours. Je me souviens quand elle m’appelait au tableau : "Voyons ce que peut nous réciter aujourd’hui notre petit caneton sans cervelle, mon petit canard boiteux préféré…". Ah ça ! Elle n’avait pas de pitié !

Plus tard, j’ai fait des tas de petits boulots. J’ai jamais rien réalisé qui casse trois pattes à un canard mais j’ai bien bossé ; coursier, manœuvre, jardinier, j’ai tout accepté, par tous les temps, canicule ou froid de… chien. Pour me changer les idées, je fréquentais les fêtes communales, les bals, j’avais envie de m’amuser, c’est normal hein ! Seulement quand les gars de l’orchestre me voyaient, comme par hasard ils lançaient la danse des canards: "En l’honneur de Saturnin ici présent !" hurlaient-ils dans leur micro ! Les filles ? N’en parlons pas, toujours à cancaner elles aussi, dans mon dos ! J’ai quand même réussi à me marier avec une demoiselle Kahn, un comble ! Mais c’est la seule qui a voulu de moi. Elle me donnait des ailes, sans blague ! Nous nous aimions, je vous le jure, c’était partagé, ne me dites pas comme tous ces poivrots du quartier, des jaloux, que j’étais seulement son sex-toy favori !

J’ai pris ce travail dans la résidence des seniors parce que figurez-vous, ma p’tite cane a fini par s’envoler , pour toujours je veux dire, et je ne voulais plus rester dans la maison qui avait été notre nid douillet pendant un sacré bon bout de temps. J’habite maintenant aux Etangs, je rends service, je bricole, il y a de quoi faire et j’oublie que je suis si seul. Ah, Monsieur l’Inspecteur, comment vous dire... Quand cette vieille est arrivée ce matin, je l’ai reconnue tout de suite, même toute racornie, dans son éternel chemisier à col vert, et lorsque je l'ai aidée à défaire ses bagages, elle a fini aussi par me resituer. Dans ses malles, il y avait bien sûr toute sa collection de volatiles, non seulement des canards décoratifs mais aussi des dizaines de boîtes de conserve : rien que des foies gras ! J'étais dégoûté ! Je n'ai pas supporté quand elle s’est approchée de moi en disant de son horrible voix toujours aussi nasillarde et autoritaire : "J’ai  toujours su  que je te retrouverais mon p’tit canard !". Elle n’avait pas le droit de dire ça ! Y’a que ma p’tite Kahn qui pouvait m’appeler son p’tit canard ! Alors j’ai pris le premier de ses bibelots adorés et je lui en ai flanqué un bon coup !

Alors vous comprenez, Monsieur l’Inspecteur, vous comprenez ? C’était pour lui clouer le bec !

mercredi 26 mai 2010

corps


En naviguant parmi quelques liens oubliés, je retrouve cet exercice d’écriture proposé sur Télérama.fr en 2008 : « Votre corps en six mots » . A l’époque, j’avais sans doute préféré d’autres contraintes… En fait, ce n’est pas si simple de faire court, à moins bien sûr d’écrire n’importe quoi.

Allez, je tente le coup aujourd’hui !

Essayez, vous aussi, mais faites-le avant de consulter tous les autoportraits publiés sur le site : plus de 1900 corps exposés en commentaires et réduits à quelques mots, ça peut influencer, ou se révéler indigeste et fortement décourager... Si vous tenez malgré tout à puiser quelque inspiration par l'exemple, je vous conseille de visiter plutôt la sélection effectuée par les auteurs du projet ! Quant à moi...


En guise de contribution, voici offert
mon corps en ligne, au choix :

Tyran trop préoccupé de son apparence...

Insatiable, épuisant, possessif, encombrant, quel boulet !

Toujours un truc qui va pas ! !

Du tracas pour pas grand chose !

Femme, un mètre soixante, cinquante kilos :)

Pas bien grosse, ni trop maigre...

Dans l'ensemble, ça peut aller…

Encore passable, pouvu que ça dure :(

Et la tête, et la tête ? 
Frange, yeux bleus et petites oreilles…

A part ça, faut l'avouer :
Rien qui sorte de l'ordinaire !

samedi 22 mai 2010

hoir


Drôle d’héritage : tel est l’incipit imposé par un récent concours de nouvelles ! Alors là, l’inspiration me fait cruellement défaut… Je devrais imaginer un nouveau scénario rocambolesque, suffisamment original, où les héros, à la lecture d’un testament surprenant, se découvriraient les bénéficiaires d’un legs peu banal ? Difficile d'innover en la matière !

Réduite à prospecter dans mes dictionnaires autour de cet "héritage" encombrant , je tombe par hasard sur un curieux synonyme : la désuète hoirie

Celle-ci désigne également, figurez-vous, l’ensemble des biens compris dans une succession et appartenant de ce fait à un ou plusieurs hoirs, ou héritiers !

Hoir ! Ça, c’est un drôle de mot ! Nom commun, de genre masculin, on le trouve seulement dans quelques ouvrages de vieux français ou dans certaines formules d’actes notariés. Il est à l’origine de patronymes assez répandus. Amusant ! Pensez donc, tous ces L’Hoir, tous héritiers, au moins de nom, faute de bénéficier d'autres richesses ! Ils pourraient bien s’endormir sur trop de fortune, comme des loirs…
L’hoir est mâle ou femelle. Il n’y a d’ "hoire" nulle part : en revanche, je découvre la savoureuse expression "hoir de quenouille" désignant une heureuse héritière… Tout un programme !
N’entendez-vous pas cet hoir tonner plutôt comme un verbe, avec un air hautain et sombre, visant à faire choir ? Il me prend d’ailleurs d’en tenter la conjugaison : supposons qu’il existe bien dans notre Bescherelle et signifie « hériter », on dirait alors qu’un tel « a hu » de quelques bijoux, on évoquerait une fortune « hue » d’un oncle d’Amérique… On « hoirait » ou on « herrait » de ses parents…

Décidément ce drôle d’héritage, contrainte peu engageante au départ, finit par me plaire. Je pense sérieusement que la prochaine fantaisie pourrait bien être une histoire d’hoir

dimanche 16 mai 2010

faille (2)


(Pour comprendre ce qui suit, il est nécessaire d'avoir lu le message précédent, faille (1), récit du rêve auquel tout le texte fait référence.)

la réalité...

De l'eau... Une cascade… Une douche ! Voilà, c’est ce bruit qui fait émerger Augustin d’une sorte de vision cotonneuse indéfinissable… Il est à l’hôtel, oui, bien sûr, et le voisin se lave juste là de l’autre côté du lit, derrière la mince cloison… Quelle douloureuse impression, comme s’il refaisait surface après un plongeon risqué, ou une bonne cuite. Les sons, un temps estompés, se révèlent soudain insupportables, résonnent dans son crâne, accompagnés d’une sorte d’angoisse… Peu à peu, Augustin recolle  à la réalité, au décor, aux objets qui l’entourent, la valise, son téléphone, ses vêtements en vrac sur l’unique fauteuil. Trop épuisé hier soir, il n’avait même pas dîné, il se souvient être rentré, au radar, s’être déshabillé dans la pénombre et jeté sur le lit !  La lumière du jour inonde à présent la chambre et ses yeux se posent sur le tableau accroché au-dessus du minuscule bureau : le château des Eyguières, dans toute sa splendeur nouvelle… Les Eyguières, son territoire d’autrefois, la friche de son enfance…

Alors là, tout lui revient d’un bloc : le rêve en entier ! Il revoit tout, d’un coup, clairement, l’ensemble et les morceaux, dans l’ordre et dans le désordre. Ça lui fait souvent ça d’ailleurs : au réveil, des images précises, et quelques heures après il a tout oublié. Comme d’habitude aussi, il se rend compte que le scénario nocturne s’est nourri des détails de la journée précédente, de ses actes et de ses mots, de ses diverses rencontres, en les combinant étrangement dans un ensemble abracadabrant… aujourd’hui encore, ça ferait un régal pour son psy !

Oui, il s’est bien assis au bord d’une fontaine, mais c’était sur la place du village, après avoir rendu visite à sa mère. Il avait alors besoin de faire le point, de se remettre, de se laisser aller à quelques larmes avant de reprendre le cours ordinaire des choses. Sa maman l’avait à peine reconnu, elle était si calme, si absente. Il lui avait beaucoup parlé, comme il le faisait toujours, lui rappelant quelques scènes d’autrefois pour tenter d’éveiller en elle les souvenirs. Peine perdue,  les portes de sa mémoire étaient cadenassées, sa maman en avait égaré les clés sans plus trouver la force d'aller les dénicher. Il espérait à chaque rencontre déceler une faille dans le mur qui la séparait du monde, du passé et du présent, provoquer une lueur d’intérêt, sentir même une infime connivence ; or, maintenant, elle reconnaissait rarement même Augustin ou Marylin, ses propres enfants… Hier donc, mère et fils s’étaient longuement promenés dans le jardin de la maison de retraite, un espace coquet où déambulaient au ralenti les pensionnaires, accompagnés ou non des soignants en blouse blanche, ou s’aidant de leurs cannes, goûtant le soleil printanier.

Pourquoi dans son rêve Augustin a-t-il transporté tous ces gens dans le parc des Eyguières ? Sans doute à cause de ce tableau qui chavire les poussières d’enfance : autrefois ce n’était qu’une brousse, ouverte à tous vents, abandonnée. La propriété tout en coins, recoins et passages, riche d’odeurs, du tendre au nauséabond, constituait le champ de leurs escapades, de leurs prospections secrètes de gamins intrépides ;  Augustin, sa sœur et la bande, aventuriers ou détectives, inventaient des trésors à découvrir, des enquêtes à mener, des indices à trouver, des otages à délivrer ; que de scénarios compliqués étaient nés dans leurs imaginations foisonnantes, rien qu'en parcourant le fouillis de cette nature toute offerte à leurs jeux. Augustin n’a pas remonté l’allée du château depuis belle lurette ; si la demeure, restaurée, ressemble aujourd’hui vraiment à cette photo, là, qui le nargue, ça vaut peut-être le coup d’aller y jeter un coup d’œil…

Une heure plus tard, Augustin se retrouve devant le portail ouvragé aux pans cadenassés, démesurément haut, encadré par deux piliers immenses aux pierres décapées… Entrée interdite… Il longe la haie touffue, qui n’est plus sauvage, doublée d’un grillage entretenu et serré. Quel désarroi ! Le passé n'est plus, et le présent inaccessible ; pas la peine de faire le tour, il n’y aura sûrement pas de faille… 

mercredi 12 mai 2010

faille (1)


le rêve...


Un portail aux pans cadenassés, démesurément haut, encadré par deux piliers de pierre, immenses… Entrée interdite…

Je longe la haie touffue, sauvage, doublée d’un grillage si mal entretenu que je suis sûr de trouver une faille.
Faille, faille, il y a toujours une faille !
Marche interminable, et déterminée aussi.
Je distingue enfin un passage ; d’autres ont déjà dû s’y faufiler, quelques pressions sur le fil de fer puis les branches, et les broussailles s’ouvrent en tunnel.

Vue sur le parc, à 180°, l’impression d’être dans un jeu vidéo ; je balaie le paysage, automnal, humide. Au loin la demeure abandonnée, volets fermés, lierre envahissant, toiture béante. Entre elle et moi, un domaine rendu à la nature, fontaine et quelques statues émergeant de ce qui fut sans doute autrefois un jardin ouvragé. Quelques bancs aussi, écaillés, ici et là.

Un bruit, soudain, derrière moi ; sans doute un animal dans les feuilles, simplement, qui me fait sursauter et me retourner. Quand mon regard revient vers la maison, les marches et les allées grouillent de monde, silhouettes courbées et blouses blanches ; les fenêtres de la maison s’ouvrent maintenant à un soleil printanier.

Et moi je viens m’asseoir sur le bord du bassin où je goûte le son de l’eau…

à suivre... la réalité... qui peut avoir fait ce rêve ?... faille (2)

samedi 8 mai 2010

métro


Qui refuserait qu’on lui raconte des histoires, qu'on lui parle d’amour ou de rencontres ? Dominique Simonnet en est persuadé : "Nous désirons tous qu’on nous offre un peu de rêve…". Du rêve ? Mais s’il le croit vraiment, alors quelle idée de situer son roman "en quatorze lignes" dans les souterrains parisiens ! Certes le métro constitue un décor idéal pour imaginer toutes sortes de rencontres, mais comment l’auteur peut-il espérer nous attendrir en choisissant un tel terrain d’investigations, aussi mouvementé, odorant, et qui ressemble souvent à une jungle oppressante ?

Eh bien, tout simplement, en admettant que les gens se parlent et osent…

Ainsi durant cette heure de pointe particulière, nous entraînant vers une station, sur quelque quai, dans un couloir ou à l’intérieur d’une rame, Dominique Simonnet nous fait partager de délicieux moments suspendus, de regards en conversations, entre lesquels il établit même des passerelles. Et pour le lecteur, cette heure passe bien vite ; le livre se parcourt d’une traite avec des changements de ligne effectués tout en douceur. C’est qu’il s’en passe des choses dans le métro ! La preuve est apportée ici par de pétillants échantillons d'aventures émouvantes et volontairement optimistes. Ces récits régalent par leur vie, leur rythme, leurs correspondances. Les histoires se mêlent et se nourrissent les unes les autres. Les rêves se déroulent, les pensées s’égarent, des destins se jouent, se croisent, par hasard, par bonheur. Des espoirs se forment ; des amours se profilent, des liens se tissent, qui sait ? Peut-être durables… Pourquoi ne pas y croire ?… Arrivée au bout du voyage, au terme de ma lecture, je suis revenue en arrière, ici et là, pour retrouver quelques-uns des nombreux personnages auxquels je m’étais attachée  : un garçon encombré d’un bouquet de lys, cet Africain confiant accroché à son billet, la vieille dame aux douloureux souvenirs, le pauvre Monsieur Gris, la jeune violoniste ou la lectrice de Stendhal…

Si Dominique Simonnet a parié qu'il ravivrait en nous un élan du cœur vers les autres, une forme de curiosité envers ceux qui nous entourent, c’est gagné. Il me semble que son écriture présente ne peut qu'encourager chacun à sortir de sa bulle. Même si d’ordinaire, prendre le métro ne représente pas une partie de plaisir ! Reconnaissons qu’actuellement les milliers d’individus pressés qui s’y projettent à chaque heure de chaque jour s’appliquent à s’ignorer ; le passager  s'isole, aspire essentiellement à ne pas être remarqué ; il veut qu'on lui fiche la paix. Les gens ont peur d’être abordés, agressés, freinés, retardés, et économisent donc leurs sourires et leurs politesses. N’est-il donc pas temps de faire un effort ?

J’ai déjà imaginé une rencontre agréable et prometteuse dans le métro lyonnais entre deux héros de fantaisie, Gina et Oscar. Dans ma ville nous avons seulement quatre lignes, définies en quatre lettres, mais la situation est la même… Il faut oser... Il y a quelques jours, je racontais chez moi une conversation entamée dans une rame, vers Grange Blanche, avec un petit garçon et ses parents, inconnus assis près de moi le temps d'un trajet : grâce à l'enfant qui jouait aux devinettes, nous avions fini par discuter ensemble, tout simplement, des animaux du Parc et de nos promenades respectives… Entendant cette histoire ma fille, très branchée, m’a conseillé un lien : "Le site te plaira sûrement, ce sont des portraits de gens, tu vas voir, c’est court, c’est sympa !". Depuis, je visite régulièrement L’inconnu du métro (il s'agit là encore du métro parisien). Même si ce blog fait trop "le buzz" et s’alourdit de nombreux commentaires que je boude désormais, je reste fidèle aux petites chroniques si aimables qui se suffisent amplement. Bon courage Marie Dinkle, gardez votre fraîcheur, tenez bon ! Vous nous donnez, comme Dominique Simonnet, envie de regarder autrement toutes les personnes côtoyées à un moment ou à un autre, où que ce soit d’ailleurs.

Je sens dans l’air, et sous la terre, comme un frémissement d’humanité, pas vous ? Alors rendez-vous demain, par exemple dans le métro…

mardi 4 mai 2010

voiles


(... union fictive entre deux voiles, puisque coexistent féminin et masculin...)

En ce temps-là, les Voile faisaient la une, ils étaient remarquables ; en discuter devint à la mode, "dans le vent" comme aimaient conclure les commères pour alléger polémique et atmosphère… Voici l'histoire, révélée dans  presque tous les sens, de ces mariés uniques !

Pourquoi les trouvait-on originaux ? Eh bien parce qu’elle et lui formaient une paire peu ordinaire et improbable : leurs genres se contrariaient fortement et les faisaient paraître trop mal assortis. Mais les couples ne s’enrichissent-ils pas de leurs différences qui les rendent ainsi complémentaires ?

D'un parent papillon, elle avait hérité l'apparence légère et transparente, une grande liberté de ton et d’envies, aimant s’offrir au soleil, goûter la nature et parcourir le monde. Souple et tissée de sensibilité et de force, elle se montrait capable de s’adapter à l’air du temps, déployant ses charmes ou se repliant, au besoin, discrètement. Elle savait imprimer par une simple caresse une espèce d’énergie essentielle. Elle mettait sur la voie, poussait à la découverte. Elle était aventureuse, Voile vivante, sociable et sensuelle…

Lui, en revanche, comme guidé par de sombres obligations, ou miné par de lourds secrets, douleurs d’enfance ou plaies de l’existence difficiles à dévoiler, affichait un masque perpétuel  d’indifférence austère. On avait toujours l'impression de parler à un mur. Il semblait avoir volontairement tiré devant ses yeux un épais rideau destiné à le préserver du reste du  monde : peur de se livrer ou méfiance ? protection ou rempart ? Ce Voile opaque, cachottier et hautain, exagérait quand même ! Sa sauvage détermination à ignorer l'entourage aveuglait parfois son raisonnement, le rendant fort antipathique ; rien que sa présence en devenait oppressante.

Nul ne sait comment elle et lui s’étaient rencontrés, ni où : sur quel bateau, dans quel palais ? Ce qui est sûr, c’est qu'ils s'aimaient ; seule cette Dame-là avait pu soulever un coin du Voile mystérieux et malgré tout si fragile.  Hélas, vouée à une vie éphémère, elle entama un jour son ultime voyage, trop tôt : lui ne fut plus, alors, qu’un Voile de larmes.