samedi 8 mai 2010

métro


Qui refuserait qu’on lui raconte des histoires, qu'on lui parle d’amour ou de rencontres ? Dominique Simonnet en est persuadé : "Nous désirons tous qu’on nous offre un peu de rêve…". Du rêve ? Mais s’il le croit vraiment, alors quelle idée de situer son roman "en quatorze lignes" dans les souterrains parisiens ! Certes le métro constitue un décor idéal pour imaginer toutes sortes de rencontres, mais comment l’auteur peut-il espérer nous attendrir en choisissant un tel terrain d’investigations, aussi mouvementé, odorant, et qui ressemble souvent à une jungle oppressante ?

Eh bien, tout simplement, en admettant que les gens se parlent et osent…

Ainsi durant cette heure de pointe particulière, nous entraînant vers une station, sur quelque quai, dans un couloir ou à l’intérieur d’une rame, Dominique Simonnet nous fait partager de délicieux moments suspendus, de regards en conversations, entre lesquels il établit même des passerelles. Et pour le lecteur, cette heure passe bien vite ; le livre se parcourt d’une traite avec des changements de ligne effectués tout en douceur. C’est qu’il s’en passe des choses dans le métro ! La preuve est apportée ici par de pétillants échantillons d'aventures émouvantes et volontairement optimistes. Ces récits régalent par leur vie, leur rythme, leurs correspondances. Les histoires se mêlent et se nourrissent les unes les autres. Les rêves se déroulent, les pensées s’égarent, des destins se jouent, se croisent, par hasard, par bonheur. Des espoirs se forment ; des amours se profilent, des liens se tissent, qui sait ? Peut-être durables… Pourquoi ne pas y croire ?… Arrivée au bout du voyage, au terme de ma lecture, je suis revenue en arrière, ici et là, pour retrouver quelques-uns des nombreux personnages auxquels je m’étais attachée  : un garçon encombré d’un bouquet de lys, cet Africain confiant accroché à son billet, la vieille dame aux douloureux souvenirs, le pauvre Monsieur Gris, la jeune violoniste ou la lectrice de Stendhal…

Si Dominique Simonnet a parié qu'il ravivrait en nous un élan du cœur vers les autres, une forme de curiosité envers ceux qui nous entourent, c’est gagné. Il me semble que son écriture présente ne peut qu'encourager chacun à sortir de sa bulle. Même si d’ordinaire, prendre le métro ne représente pas une partie de plaisir ! Reconnaissons qu’actuellement les milliers d’individus pressés qui s’y projettent à chaque heure de chaque jour s’appliquent à s’ignorer ; le passager  s'isole, aspire essentiellement à ne pas être remarqué ; il veut qu'on lui fiche la paix. Les gens ont peur d’être abordés, agressés, freinés, retardés, et économisent donc leurs sourires et leurs politesses. N’est-il donc pas temps de faire un effort ?

J’ai déjà imaginé une rencontre agréable et prometteuse dans le métro lyonnais entre deux héros de fantaisie, Gina et Oscar. Dans ma ville nous avons seulement quatre lignes, définies en quatre lettres, mais la situation est la même… Il faut oser... Il y a quelques jours, je racontais chez moi une conversation entamée dans une rame, vers Grange Blanche, avec un petit garçon et ses parents, inconnus assis près de moi le temps d'un trajet : grâce à l'enfant qui jouait aux devinettes, nous avions fini par discuter ensemble, tout simplement, des animaux du Parc et de nos promenades respectives… Entendant cette histoire ma fille, très branchée, m’a conseillé un lien : "Le site te plaira sûrement, ce sont des portraits de gens, tu vas voir, c’est court, c’est sympa !". Depuis, je visite régulièrement L’inconnu du métro (il s'agit là encore du métro parisien). Même si ce blog fait trop "le buzz" et s’alourdit de nombreux commentaires que je boude désormais, je reste fidèle aux petites chroniques si aimables qui se suffisent amplement. Bon courage Marie Dinkle, gardez votre fraîcheur, tenez bon ! Vous nous donnez, comme Dominique Simonnet, envie de regarder autrement toutes les personnes côtoyées à un moment ou à un autre, où que ce soit d’ailleurs.

Je sens dans l’air, et sous la terre, comme un frémissement d’humanité, pas vous ? Alors rendez-vous demain, par exemple dans le métro…

Aucun commentaire: