mardi 4 mai 2010

voiles


(... union fictive entre deux voiles, puisque coexistent féminin et masculin...)

En ce temps-là, les Voile faisaient la une, ils étaient remarquables ; en discuter devint à la mode, "dans le vent" comme aimaient conclure les commères pour alléger polémique et atmosphère… Voici l'histoire, révélée dans  presque tous les sens, de ces mariés uniques !

Pourquoi les trouvait-on originaux ? Eh bien parce qu’elle et lui formaient une paire peu ordinaire et improbable : leurs genres se contrariaient fortement et les faisaient paraître trop mal assortis. Mais les couples ne s’enrichissent-ils pas de leurs différences qui les rendent ainsi complémentaires ?

D'un parent papillon, elle avait hérité l'apparence légère et transparente, une grande liberté de ton et d’envies, aimant s’offrir au soleil, goûter la nature et parcourir le monde. Souple et tissée de sensibilité et de force, elle se montrait capable de s’adapter à l’air du temps, déployant ses charmes ou se repliant, au besoin, discrètement. Elle savait imprimer par une simple caresse une espèce d’énergie essentielle. Elle mettait sur la voie, poussait à la découverte. Elle était aventureuse, Voile vivante, sociable et sensuelle…

Lui, en revanche, comme guidé par de sombres obligations, ou miné par de lourds secrets, douleurs d’enfance ou plaies de l’existence difficiles à dévoiler, affichait un masque perpétuel  d’indifférence austère. On avait toujours l'impression de parler à un mur. Il semblait avoir volontairement tiré devant ses yeux un épais rideau destiné à le préserver du reste du  monde : peur de se livrer ou méfiance ? protection ou rempart ? Ce Voile opaque, cachottier et hautain, exagérait quand même ! Sa sauvage détermination à ignorer l'entourage aveuglait parfois son raisonnement, le rendant fort antipathique ; rien que sa présence en devenait oppressante.

Nul ne sait comment elle et lui s’étaient rencontrés, ni où : sur quel bateau, dans quel palais ? Ce qui est sûr, c’est qu'ils s'aimaient ; seule cette Dame-là avait pu soulever un coin du Voile mystérieux et malgré tout si fragile.  Hélas, vouée à une vie éphémère, elle entama un jour son ultime voyage, trop tôt : lui ne fut plus, alors, qu’un Voile de larmes.

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