mercredi 30 juin 2010

paresse


Tiens, un p’tit mot qui se laisse aller ! Il convient parfaitement ces jours-ci puisque je me laisse vivre ! (J'allais écrire "dévivre", mais non, ça sonne triste et de toute façon le verbe n'existe pas ! Disons "dériver" alors, ça fait vacances ! ...)

Le beau temps ralentit ma cadence ; le soleil, la chaleur encouragent chez moi une oisiveté qui me rabat le caquet et tourne aujourd’hui en langueur. Le courant d’air que j’entretiens fait voleter les pages de mes livres, les idées en sortent bien, plus d'une même, mais restent indomptables : elles s’agitent nonchalamment et nulle ne se décide à prendre consistance… L’inspiration engourdie réclame une sieste. Le ballon se dégonfle (c'est d'actualité!). Je me sens vaseuse, une vraie loque. Ce n’est pas de la  fainéantise, non, on dirait plutôt un relâchement, une faiblesse, une pénible et coupable mollesse.

Mais, puisqu'il faut toujours positiver, l'entre deux fenêtres dans lequel je m’affale pour lire ou tenter d'écrire m’offre aussi une divine brise, si bénéfique que certains instants touchent à la volupté !  Allons, il faut l'avouer, n'est-elle pas géniale cette saison qui  vous autorise au simple appareil et vous donne des frissons délicieux  à même la peau sous les plus discrets frôlements d'air  (provoqués quand même !)? Alors je ne vais pas maudire l’heureuse canicule, mais continuer à me languir bien gentiment. Oui, c'est ça, m’abandonner au cours du temps et à son agréable caresse !

Dans la famille de cette célèbre paresse, mots parents et cousins ne se bousculent pas  pour en protéger la définition ; chacun de nous peut ainsi l'adopter, à l'aise, et l'adapter à sa convenance. Je me l'approprie quelque temps si vous voulez bien, me la jouant donc tantôt mollesse, tantôt caresse. Je vais errer ces jours-ci entre plaindre ma peine et me la couler douce. A bientôt, au prochain sursaut d’énergie !

vendredi 25 juin 2010

fable

Dans la classe, près du radiateur,
Gone à la mine pâle, rêveur,
Il végétait.
Le maître le trouvait bien sage,
Intégré dans le paysage,
Et l’oubliait.
Or il advint qu'un jour pourtant,
Bien malgré lui, le pauvre enfant
Fut très surpris.
Voilà qu’au détour d’une page
Un mot évoqua une image !
Folle magie !
Il continua alors, en douce,
A feuilleter tout le Larousse,
Yeux ébahis,
Puis siffla la bibliothèque.
A tous les autres clouant le bec,
Seul, il apprit.
Cette épatante découverte,
Inespérée et tardive certes,
Changea sa vie.
Depuis, ne pensant plus qu’aux livres,
D’histoires et de contes il s’enivre,
Comblé, ravi.
Il se voit à l’assaut du monde,
Les mots, le plaisir, l’inondent.
Il a envie
D'apprendre ! Il aime bien sentir
Tout cet espoir, tout l’avenir,
Qui s’offrent à lui.
Encore maintenant, au collège
Près du radiateur est son siège,
Mais plus hardi,
Il lève la main, fait le fier,
Il n’est plus question, ça c’est clair,
Qu’on l’oublie.

Alors d’insister rien ne sert,
Convenez-en ! Un jour, il s’avère
Qu’on devine
Des mots l’intérêt, le besoin,
Et la lecture arrive à point,
A vie, copine !


(Curieusement ce petit exercice a débuté en relisant par hasard la fable de La Fontaine Le lion et le rat, texte très présent dans les manuels du cours élémentaire, ce qui m'a rappelé quelques années d'école. Et le rat, bien sûr, me fait penser immanquablement aux bibliothèques, et à Firmin...)

mardi 22 juin 2010

illusions

un scénario…

De cette salle où l’on projette L’Illusionniste, chacun sort avec une petite mélancolie au cœur . Ce joli film d’animation repose sur un scénario original de Jacques Tati ; le cinéaste l’avait écrit à la fin des années 50 et le jugeait à l’époque trop "sérieux" pour être réalisé, sans doute aussi trop "personnel". Dans l'adaptation de Sylvain Chomet, le personnage principal, Tatischeff, ressemble clairement à son créateur. Et l’histoire se goûte comme un conte, tout en suggestions visuelles et musicales, ponctué seulement par quelques paroles essentielles.  Mais d’où provient cette sensation de tendre-amer ? Et pourquoi Jacques Tati avait-il choisi pour son héros une carrière d’illusionniste ?

Il était une fois, donc, un simple prestidigitateur de cabaret, d'allure ordinaire, plutôt bonhomme, nommé Tatischeff ; habile de ses mains, forcément, il excelle dans l'art de faire apparaître des cartes, disparaître des cigarettes, il escamote quelques foulards, use tant et plus de canne et de chapeau ,  et bien sûr ne se présente jamais sans son lapin blanc. Un peu bedonnant ce lapin, un peu vieillissant ce maître. Un  maître qui sent bien le monde, les techniques, les spectacles, évoluer autour de lui, jusqu'à lui échapper… Le public se ravit du progrès, des nouveaux sons qui assaillent les scènes, refusant désormais qu’on le prenne pour un ramassis de « cloches » prêtes à gober n'importe quoi. Les tours de magie traditionnels ne font plus recette et confinent au folklore ;  il faut du neuf, suivre la mode. Tatischeff essaie de s’adapter, accepte les plus lointains voyages, dans les contrées les plus reculées, mais… "A Paris comme ailleurs… Passe le temps, Passe l’artiste…" ! 

Et le pauvre homme en arrive ainsi à perdre toutes ses illusions sur l’avenir de son métier. Alors, à la faveur d’une rencontre avec la jeune servante d’une auberge perdue, il s'amuse à créer pour elle d’autres sortes d’illusions, quelques petits bonheurs, pour que brillent des lueurs émerveillées dans les yeux de l’adolescente ; il finit par la prendre sous son aile. Ils feront ensemble un bout de chemin, au prix, pour lui,  de nombreux sacrifices. Mais "la vie est un manège" et Alice elle-même devra prendre un jour son envol, de son côté… "Roulez jeunesse !"

Nul artiste ne peut se transformer en magicien du temps,  ce temps qui joue en quelque sorte ses propres tours !

Deux destins se croisent dans L’Illusionniste, qui n’en parle pas moins de solitude en plus de ces heures, ces jours, ces années qui s’écoulent inexorablement… Thèmes tristes, si… adultes, évoqués ici de façon très pudique, et sobre. Quant à moi, charmée, j’avoue me laisser prendre justement par cette économie d’effets ou de bruits, par la connivence entre images et musique, par toute la magie d’un dessin animé agréablement classique…

la vie…

Comme lorsqu’au spectacle nous acceptons d’être abusés par quelques démonstrations de passe-passe, en complices implicites, ne nous berçons-nous pas aussi, au quotidien, volontairement, de séduisantes chimères ? Faire bonne figure, s'habiller chic, mentir pour rendre une vérité plus douce, voir le bon côté  des choses... Et si survivre, pour chacun d’entre nous, dépendait justement de notre capacité à préserver quelques fantasmes, à croire en la réalisation de quelques rêves, à donner ou garder quelques illusions ?

jeudi 17 juin 2010

naissances


Le petit livre est resté longtemps sur l’étagère. Des récits d’enfantements : les émotions de huit femmes, habituées de l’écriture, qui savent trouver les mots pour dire… Oui je les ai laissées patienter. J’ai toujours eu peur de ce genre de confessions intimes, parfois dérangeantes, dans lesquelles je risquais de trop me retrouver. J'aime être surprise par mes lectures. Que pouvait m’apprendre celle-ci ? Or, il y a quelques jours je feuillette le recueil par hasard,  je lis une nouvelle, puis deux, en désordre, je me laisse prendre par ces histoires particulières d'espoirs et d'impatiences, je comprends l'angoisse, les douleurs, le soulagement, je  partage les doutes, je souris aussi… Enfin je découvre la postface, une confidence : en paroles humbles, un médecin, un homme, avoue se sentir encore exclu de ces moments mystérieux, décisifs et uniques que constituent les naissances... Alors qu'il a pourtant fait l’expérience de devenir père, alors que son métier lui fait quotidiennement « emprunter le chemin des mères » ! Et malgré cela, il ne se lasse pas d'aider celles-ci à donner la vie.

Quelques recherches autour de la précédente anthologie me conduisent à un autre ouvrage,  le même titre, un roman cette fois, de Pierre Péju. Lui aussi parle en tant qu'homme, au nom des hommes et pour eux, cherchant justement à dire de quelle façon ceux-ci "voient surgir d'autres êtres humains" . Ne sont-ils pas condamnés à seulement "tourner autour" de ces étranges "précipitations" que sont les naissances ?  Et l'écrivain tente, avec des mots, de "distinguer" l'essentiel qui leur échappe. Mais attention, il nous propose ici trois visions de naissances très particulières et poignantes : l'une se déroule dans l'horreur et aborde la disparition, une autre évoque le drame, la mort ; seule la dernière correspond à une mise au monde à la fois "routinière" et éblouissante. L'auteur , en observateur attentif et amoureux de la vie, écrit avec une magnifique sensibilité et cette lecture inattendue me bouleverse profondément.

Mes naissances...

Alors je vais conclure plus légèrement; je ne peux en effet que penser à mes propres naissances. Il paraît que je suis venue au monde de façon calamiteuse (d'après ce que m'en a dit ma mère, Denise) alors évidemment j'ai eu très peur en attendant un petit premier... Finalement  mes grossesses furent banales et mes accouchements encore plus ordinaires ; il n'empêche que sont ainsi venus au monde les trois bébés les plus beaux de la Terre, trois chances. Toutes violences effacées, les images m’en reviennent souvent, fortes, chaleureuses, comiques aussi. Des instantanés colorés de chaque arrivée, un peu de jaune sur cette peau qui la rend lisse et belle, de l’écarlate et du mauve sur ce corps-ci qui par contraste fait paraître livide le teint d’un papa épuisé, une lumière douce au-dessus d’une poupée fragile, des bulles sonores, ouatées, un air de java bleue et cette chanson dont nous ne nous lassions pas, un certain matin, d'entonner le  refrain :   "Le jour s'est levé, Sur une étrange idée"… Évènements indissociables, juxtaposés dans ma mémoire, sans pour autant qu’ils se mélangent ni se confondent. Je porte ces souvenirs et les savoure chacun, ensemble, toujours :  je suis une maman toute bête.

Ainsi je pense
A mes naissances
Comme à de précieux instants,
Uniques et doux.
C'est vrai qu'elles m'ont donné
D'étranges idées :
Trois beaux enfants,
Qui forment un tout.

dimanche 13 juin 2010

revanche


Deux mots et un conte...

Quand parle-t-on de revanche plutôt que de vengeance ? Quelle nuance distingue ces deux mots de même famille ?

La revanche consiste à « rendre la pareille » pour une chose que l’on a reçue. Celui qui aide peut demander qu'on lui renvoie l'ascenseur : il agit "à charge de revanche". Cependant on réclame plus souvent celle-ci après l'expérience d'un échec. Dans le domaine du jeu ou celui du sport, le mot désigne même la seconde partie, la reprise sollicitée par le perdant, un mouvement en sens inverse, une deuxième chance, et suggère qu'il y ait en quelque sorte une possibilité d'échange, une réciprocité.

La vengeance va plus loin, elle permet de dédommager d'un outrage en envisageant une compensation qui soit une réelle punition pour l'offenseur, parce que l'on considère avoir été injustement humilié, insulté ou trahi!

Je viens de retrouver, il y a quelques jours, dans un vieux journal d'école, une adaptation d’un conte breton où l'on parle de revanche… Le héros, Guidou, humble fermier, après avoir dû nourrir son seigneur maintes fois, sans pouvoir refuser, aspire à être convié à son tour, au moins une fois, à la table du maître. Celui-ci  n’ayant jamais envisagé un acte réciproque, se montre pour le moins récalcitrant… Guidou s'entête et insiste, trouvant mérité que l'autre lui accorde une contrepartie ! Pour autant, il ne crie pas vengeance. Simplement, parce qu'il estime que la réplique serait normale, et plutôt juste, il revendique, sans colère, sans violence, que le seigneur fasse un effort pour l'inviter. Défendant en quelque sorte son honneur, Guidou demande une revanche ! Et il la prend, sans que le seigneur soit taxé d'une peine ou frappé de sanction ! La réparation morale qu'il obtient, le sentiment d'un équilibre rétabli, suffisent à satisfaire le paysan. On ne peut dire qu'il tire vengeance. L'existence ou non du châtiment pour l'offenseur, là semble donc bien résider la nuance entre nos deux mots assurément proches.

Je vous laisse découvrir ici les détails de La revanche de Guidou à travers la version dialoguée que j'avais écrite dans les années 70 pour un spectacle de marionnettes. Elle s'inspire largement  du texte original et savoureux proposé par Per-Jakez Helias dans les Contes Bretons du Sabot à Feu. Le  récit s'adresse bien sûr à tous les âges, pour peu qu'on aime les histoires… J'espère que vous y prendrez du plaisir !

(A lire aussi : le p'tit mot vengeance, si ça vous dit !)

mercredi 9 juin 2010

maintien


Le week-end dernier, quelques bénévoles de la Bib' à Dom' représentaient l'association à l’occasion d’un forum de quartier organisé autour du « maintien » à domicile. De nombreux services, de nombreuses initiatives, se développent en effet pour répondre aux besoins des personnes âgées dépendantes, afin qu’elles continuent, malgré leurs difficultés, à vivre chez elles.  Elles peuvent souvent, désormais, choisir de rester dans leurs meubles plus longtemps, dans leur domaine, dans un cadre familier et stimulant.

Le mot « maintien » donne-t-il une idée de la diversité des aides proposées, traduit-il suffisamment toutes les  directions dans lesquelles sont déployés les efforts dès qu'il faut envisager, assurer, aménager le quotidien de nos aînés ?

Le dictionnaire définit le « maintien » comme l’action de maintenir… Certes ! L’image est parlante, il est facile d’imaginer une personne en guidant une autre, la tenant par la main, l’assurant d’une présence concrète, physique, réconfortante. Nous nous représentons leurs allures, plutôt lentes mais progressives, l'une, celle de l'aidant, patiente, protectrice, et celle du senior, forcément précautionneuse. A domicile, le maintien consiste à « accompagner » la personne âgée, en venant chez elle lui dispenser les soins nécessaires, en l'assistant dans les tâches de la vie courante, ces gestes du quotidien qu’elle ne peut plus accomplir seule. Pas simple, car il est sans doute des moments dont on se résout difficilement à partager l’intimité. Il s'agit de garantir parallèlement un maximum de sécurité concernant l’environnement de notre aîné et ses déplacements, sans omettre de lui proposer, et c'est essentiel, tout ce qui pourrait lui convenir, visites, échanges, afin d’éviter son isolement.

Ainsi, ayant préservé ses repères, continuant à communiquer avec l’extérieur et gardant l’accès à la culture, il éprouve le sentiment de conserver sa place au sein de l’immeuble, au sein du quartier, il peut affirmer sa personnalité, une certaine position sociale, une existence fière, et se renvoyer à lui-même une image positive…

Permettre aux grands seniors de rester chez eux constitue une mission complexe et génère mille démarches particulières, nécessairement adaptées aux besoins et envies de chacun. Certains ne souhaitent pas en bénéficier, si déterminés dans leur solitude qu’ils vont jusqu’à rejeter toutes formes d'aides et parfois leurs familles… Mais nous devons persister dans les efforts d’information, tenter par tous les moyens de les persuader d’un mieux-vivre avec le soutien du monde qui les entoure. Il est important de tous les considérer comme des acteurs de la société; eux sont susceptibles de nous apporter leur expérience et nous pouvons, nous, leur donner les moyens de toujours se projeter dans l’avenir.

Nos actions se veulent dynamiques et dynamisantes … Convaincre qu’il y a encore tant de choses possibles, à faire, à apprendre, à transmettre, encore du temps dont il faut profiter, encore des tonnes de livres à dévorer ou à écouter par exemple. Alors, plus que des « maintiens », car ce mot peut  aussi évoquer quelques postures ou situations figées, je proposerais bien des « Projets à Domicile »…

jeudi 3 juin 2010

solitude


Un son régulier lui parvient, et le silence autour. Peut-elle ouvrir les yeux ? Quand elle était petite, il fallait compter jusqu’à 100. Alors elle compte… 99, 100, au rythme du bip tout près. Ses paupières clignent. Il y a peu de lumière, juste une veilleuse sans doute. Elle se sent bien ; les douleurs se seraient envolées ? Elle est dans sa position favorite, repliée sur le côté et n’ose pas bouger. Il lui semble distinguer une ombre sur le mur, furtive, alors elle murmure : « Y a quelqu’un ? »… Son léger souffle reste sans réponse ; et toujours ce bip... Encore un effort : « C’est toi Léon » ?  Non, voyons, il est parti depuis tant d’années. Adèle ? Sarah ? « Mes filles, comme je vous aime ! ». Personne décidément, et le temps s’étire… Paisible, elle rembobine dans sa tête un peu de vie, mais bientôt se sent si lasse… Elle aurait bien voulu qu’on lui tienne une main, à cet instant, car voilà, soudain, tout son corps se relâche… Dans une chambre, juste un bip qui s’affole…

(Ceci correspond à une contrainte d'écriture proposée récemment en concours, la mini-nouvelle d'environ 1000 signes devant inclure la question "Y a quelqu'un ?" à n'importe quel endroit du texte.)