mardi 22 juin 2010

illusions

un scénario…

De cette salle où l’on projette L’Illusionniste, chacun sort avec une petite mélancolie au cœur . Ce joli film d’animation repose sur un scénario original de Jacques Tati ; le cinéaste l’avait écrit à la fin des années 50 et le jugeait à l’époque trop "sérieux" pour être réalisé, sans doute aussi trop "personnel". Dans l'adaptation de Sylvain Chomet, le personnage principal, Tatischeff, ressemble clairement à son créateur. Et l’histoire se goûte comme un conte, tout en suggestions visuelles et musicales, ponctué seulement par quelques paroles essentielles.  Mais d’où provient cette sensation de tendre-amer ? Et pourquoi Jacques Tati avait-il choisi pour son héros une carrière d’illusionniste ?

Il était une fois, donc, un simple prestidigitateur de cabaret, d'allure ordinaire, plutôt bonhomme, nommé Tatischeff ; habile de ses mains, forcément, il excelle dans l'art de faire apparaître des cartes, disparaître des cigarettes, il escamote quelques foulards, use tant et plus de canne et de chapeau ,  et bien sûr ne se présente jamais sans son lapin blanc. Un peu bedonnant ce lapin, un peu vieillissant ce maître. Un  maître qui sent bien le monde, les techniques, les spectacles, évoluer autour de lui, jusqu'à lui échapper… Le public se ravit du progrès, des nouveaux sons qui assaillent les scènes, refusant désormais qu’on le prenne pour un ramassis de « cloches » prêtes à gober n'importe quoi. Les tours de magie traditionnels ne font plus recette et confinent au folklore ;  il faut du neuf, suivre la mode. Tatischeff essaie de s’adapter, accepte les plus lointains voyages, dans les contrées les plus reculées, mais… "A Paris comme ailleurs… Passe le temps, Passe l’artiste…" ! 

Et le pauvre homme en arrive ainsi à perdre toutes ses illusions sur l’avenir de son métier. Alors, à la faveur d’une rencontre avec la jeune servante d’une auberge perdue, il s'amuse à créer pour elle d’autres sortes d’illusions, quelques petits bonheurs, pour que brillent des lueurs émerveillées dans les yeux de l’adolescente ; il finit par la prendre sous son aile. Ils feront ensemble un bout de chemin, au prix, pour lui,  de nombreux sacrifices. Mais "la vie est un manège" et Alice elle-même devra prendre un jour son envol, de son côté… "Roulez jeunesse !"

Nul artiste ne peut se transformer en magicien du temps,  ce temps qui joue en quelque sorte ses propres tours !

Deux destins se croisent dans L’Illusionniste, qui n’en parle pas moins de solitude en plus de ces heures, ces jours, ces années qui s’écoulent inexorablement… Thèmes tristes, si… adultes, évoqués ici de façon très pudique, et sobre. Quant à moi, charmée, j’avoue me laisser prendre justement par cette économie d’effets ou de bruits, par la connivence entre images et musique, par toute la magie d’un dessin animé agréablement classique…

la vie…

Comme lorsqu’au spectacle nous acceptons d’être abusés par quelques démonstrations de passe-passe, en complices implicites, ne nous berçons-nous pas aussi, au quotidien, volontairement, de séduisantes chimères ? Faire bonne figure, s'habiller chic, mentir pour rendre une vérité plus douce, voir le bon côté  des choses... Et si survivre, pour chacun d’entre nous, dépendait justement de notre capacité à préserver quelques fantasmes, à croire en la réalisation de quelques rêves, à donner ou garder quelques illusions ?

1 commentaire:

Accent Grave a dit…

C'est une belle histoire!

Accent Grave