jeudi 17 juin 2010

naissances


Le petit livre est resté longtemps sur l’étagère. Des récits d’enfantements : les émotions de huit femmes, habituées de l’écriture, qui savent trouver les mots pour dire… Oui je les ai laissées patienter. J’ai toujours eu peur de ce genre de confessions intimes, parfois dérangeantes, dans lesquelles je risquais de trop me retrouver. J'aime être surprise par mes lectures. Que pouvait m’apprendre celle-ci ? Or, il y a quelques jours je feuillette le recueil par hasard,  je lis une nouvelle, puis deux, en désordre, je me laisse prendre par ces histoires particulières d'espoirs et d'impatiences, je comprends l'angoisse, les douleurs, le soulagement, je  partage les doutes, je souris aussi… Enfin je découvre la postface, une confidence : en paroles humbles, un médecin, un homme, avoue se sentir encore exclu de ces moments mystérieux, décisifs et uniques que constituent les naissances... Alors qu'il a pourtant fait l’expérience de devenir père, alors que son métier lui fait quotidiennement « emprunter le chemin des mères » ! Et malgré cela, il ne se lasse pas d'aider celles-ci à donner la vie.

Quelques recherches autour de la précédente anthologie me conduisent à un autre ouvrage,  le même titre, un roman cette fois, de Pierre Péju. Lui aussi parle en tant qu'homme, au nom des hommes et pour eux, cherchant justement à dire de quelle façon ceux-ci "voient surgir d'autres êtres humains" . Ne sont-ils pas condamnés à seulement "tourner autour" de ces étranges "précipitations" que sont les naissances ?  Et l'écrivain tente, avec des mots, de "distinguer" l'essentiel qui leur échappe. Mais attention, il nous propose ici trois visions de naissances très particulières et poignantes : l'une se déroule dans l'horreur et aborde la disparition, une autre évoque le drame, la mort ; seule la dernière correspond à une mise au monde à la fois "routinière" et éblouissante. L'auteur , en observateur attentif et amoureux de la vie, écrit avec une magnifique sensibilité et cette lecture inattendue me bouleverse profondément.

Mes naissances...

Alors je vais conclure plus légèrement; je ne peux en effet que penser à mes propres naissances. Il paraît que je suis venue au monde de façon calamiteuse (d'après ce que m'en a dit ma mère, Denise) alors évidemment j'ai eu très peur en attendant un petit premier... Finalement  mes grossesses furent banales et mes accouchements encore plus ordinaires ; il n'empêche que sont ainsi venus au monde les trois bébés les plus beaux de la Terre, trois chances. Toutes violences effacées, les images m’en reviennent souvent, fortes, chaleureuses, comiques aussi. Des instantanés colorés de chaque arrivée, un peu de jaune sur cette peau qui la rend lisse et belle, de l’écarlate et du mauve sur ce corps-ci qui par contraste fait paraître livide le teint d’un papa épuisé, une lumière douce au-dessus d’une poupée fragile, des bulles sonores, ouatées, un air de java bleue et cette chanson dont nous ne nous lassions pas, un certain matin, d'entonner le  refrain :   "Le jour s'est levé, Sur une étrange idée"… Évènements indissociables, juxtaposés dans ma mémoire, sans pour autant qu’ils se mélangent ni se confondent. Je porte ces souvenirs et les savoure chacun, ensemble, toujours :  je suis une maman toute bête.

Ainsi je pense
A mes naissances
Comme à de précieux instants,
Uniques et doux.
C'est vrai qu'elles m'ont donné
D'étranges idées :
Trois beaux enfants,
Qui forment un tout.

3 commentaires:

PtitSeb a dit…

"Les plus beaux de la Terre", c'est un peu beaucoup parce qu'on a pas vu toute la Terre. Mais les plus beaux de la France c'est tout a fait jouable, meme si Yohann Gourcuff et Richard Berry ont aussi ete des enfants tres beaux.

Anonyme a dit…

Magnifique!Merci.
Tu ravives de précieux souvenirs au gré de tes évocations.
R de la V

Martine a dit…

De précieux souvenirs, oui; mais que le temps a passé vite depuis, avec ce beau monde...

Non Seb, tu ne me convaincs pas, je continue à penser que vous avez été les plus beaux de la Terre, et même de notre galaxie ! Tu ne peux pas raisonner une mère.