samedi 31 juillet 2010

canicule


On étouffe dehors ! Les murs ayant emmagasiné la chaleur, il fait lourd aussi à l’intérieur… De retour à l’appartement, une fois la porte refermée sans trop de bruit, elle a vite filé jusqu'à mi-couloir, jeté sac et sandales, celles-ci claquant l’une après l’autre - zut ! - sur la plinthe, abandonné la petite robe de dessus et les petits cotons de dessous, chacun joyeusement balancé du bout d’un pied ou d’une main, puis s’est précipitée dans la douche dont elle songe à tirer le rideau un peu trop tard - re-zut !... Enfin elle s’abandonne au déferlement des gouttes, se tournant et se retournant, s'offrant, pile, face, un long, long, très long moment.

A regret, elle appuie maintenant sur le robinet et chantonne tout bas, pour rire : "attention,  je sors !" Une empreinte se forme sur le tapis, une autre ; une agréable sensation de fraîcheur gagne toute la surface de son corps. Par la porte entrouverte sur la pièce voisine, elle distingue la vision reposante de son lit dont elle a pensé à lisser le drap ce matin ; pour ça il ne faut jamais compter sur César qui n'a cette fois même pas touché aux volets. Enfin, grâce à lui,  il règne dans cette chambre une attirante pénombre… Mais là, toute nue, elle se sent si bien ; elle se prélasse entre brume d’eau et courant d’air… Elle voudrait pour toujours sur sa peau ce voile léger, invisible et tout en plaisir ; quelques perles, à leur aise sans doute, prennent le temps de glisser tout au long de son dos, et parviennent à la faire frissonner. Alors elle prend elle aussi son temps, se grimace et se surprend dans le miroir. Voyons, ce qu’il lui renvoie lui convient presque ; de profil , la tête légèrement inclinée sur l'épaule, comme ça, elle serait même plutôt jolie, non ?

Forcément, ses pensées roulent de sa silhouette à César : il est sûrement rentré puisqu’elle entend une rumeur depuis le salon, un ronflement de voix, toujours cette télé !… Et qu’est-ce qu’il en dirait, tiens, si elle se pointait, là, tout de suite, entre lui et son écran maudit, et si elle se pavanait ainsi, enjôleuse, lui faisant le coup d’une pose lascive ? La trouverait-il seulement douce au regard, ou bien appétissante, exceptionnelle apparition en 3D, est-ce qu’il se lèverait ou tendrait seulement la main ; lui viendrait-il une "bonne" idée ?…

Pourquoi pas ?

Alors elle longe le couloir, à petits pas d’éponge sur le parquet, la tête déjà pleine de délices ;  abordant  la ligne de partage, au seuil du salon, elle se penche doucement pour d’abord, discrètement, risquer un œil…

Mais affalé de tout son long, César dort, balayé par les lueurs changeantes de son écran, ajoutant ses soupirs aux commentaires, en fond, à propos d'une énième arrivée sur le Tour de France… César à qui un petit bonheur est en train d’échapper, le pauvre ! Alors elle esquisse un sourire, tendre ; elle le connaît son César, et, lui accordant cette récupération, repart vers la chambre en jouant à remettre ses pieds dans leurs traces. La fièvre un peu coquine est retombée… Elle lui racontera, ce soir…  Mais là, elle aussi, va s’accorder une petite sieste…

lundi 26 juillet 2010

dégustation

( à Pommard : rencontre avec le vin, Dali, Picasso... )

En sortant de la galerie du Château de Pommard, je sens des larmes me monter aux yeux ; d’avoir contemplé toute cette beauté me donne envie de pleurer… Est-ce bien raisonnable d’être émue à ce point ? Mais je ne m’attendais pas à ce choc, au cœur de la région bourguignonne, alors que ce domaine a plutôt construit sa réputation autour de la production viticole, une autre forme d’art sans doute…

Depuis notre arrivée en ce lieu, que d’agréables surprises décidément. D’abord, nos hôtes sont souriants, aimables ; une projection sobre, économe en paroles et gouleyante en images, présente la propriété et survole le parcours exceptionnel de son vin, vantant les ceps profondément ancrés dans une terre riche jusqu’au breuvage servi et apprécié sur les tables les plus prestigieuses. Puis la visite guidée concrétise la leçon : on contemple l’horizon des vignes, on descend dans les caves, on avance sous les voûtes entre les tonneaux de chêne, on longe les murs de bouteilles empilées dans lesquelles reposent et se concentrent les récoltes des années passées… Enfin, notre accompagnateur propose une dégustation comparative, initiation sommaire certes mais efficace et qui permet à la novice que je suis de saisir quelques différences d’aspect, d’odeur, d’attachement au palais... Cette halte prépare-t-elle le terrain aux larmes évoquées et qui, à ce moment-là, sont encore à venir ?... Peut-être ! Cependant, les découvertes ne font que commencer...

Ainsi, après cet "apéritif", nous dirigeons-nous vers  une salle transformée en Musée de la Vigne et abritant un vieux pressoir ; bon, classique ! Mais voilà qu’en traversant la cour, bordée de gigantesques fûts décorés, nous croisons en son centre deux sculptures de Salvador Dali ! Acquises par le propriétaire, La Licorne ainsi que Saint-Georges Terrassant Le Dragon trônent ici,  pour le moins inattendus ; on discerne même un troisième bronze, hébergé pour quelques mois en terrasse, et qui représente un énorme escargot ailé et surmonté d’un ange. Symbole du "temps paresseux", curieux escargot de Bourgogne !

Enfin, nous abordons la galerie d’exposition, la vraie raison pour laquelle j’ai choisi de venir ici alors que d’autres exploitations aux noms tout aussi prestigieux auraient bien pu faire l’affaire ! Mais, n’est-ce pas, l’affiche proposant cette rencontre avec Picasso, au Château de Pommard, représentait une trop grande tentation !

Ah ça je ne suis pas déçue ! Incroyable ! Dans cette pièce, en rez-de-cour, les dessins, lithographies, sérigraphies, bénéficient d’une juste lumière, d’un encadrement soigné, d’une élégante mise en valeur sur fond de belles pierres. Les larges pièces de soie attirent l'œil  grâce à leurs coloris éclatants. Je suis moins sensible d’habitude aux céramiques, mais, ici, leurs abris et supports en colonnes transparentes délimitent un parcours à l’effet magique. Je retrouve les thèmes chers au peintre, chevaux et jeux de cape, mouvements des corps, visages décalés et bustes de femmes ; je remarque particulièrement le regard tendre et rêveur d’une "Maternité au rideau rouge" et surtout, surtout, la mise en scène d’un repas d’enfants ; c’est justement cette œuvre qu’un couple de touristes est en train d’acquérir… Car tous ces trésors, mais oui, sont à vendre ! ! ! Impossible de photographier quoi que ce soit dans cette caverne d’essentiels,  pas moyen de sauver des images de cette réunion unique ; de toute façon je n’aurais sans doute pas su dompter les reflets, alors sans regret ! Pour en conserver quelque trace, je peux néanmoins croquer mon dessin préféré dont ni le catalogue ni la vidéo ne font hélas mention. Voici donc ce crayonnage, qui me fera office de souvenir :


(Lors de l'exposition des Traits Modernes, à la Bibliothèque de la Part-Dieu au printemps 2010, c’est un élément d'une linogravure signée Picasso et intitulée "Après la pique" qui avait retenu mon attention : j'avais  repris à la craie les têtes choisies, et le moment s’était avéré délicieux, comme aujourd’hui.)

Je n’en reviens pas de la quantité des œuvres attribuées à Picasso, de la diversité des outils et des techniques qu’il expérimentait jusqu'à les maîtriser parfaitement ; autrefois je n’avais pas conscience de cette richesse et de l’évolution de sa peinture. Petit à petit, à force d’observer ses multiples productions, j’en perçois de plus en plus toute la tendresse et la précision ; à force de crayonner, comme sous son contrôle, et de m’attacher à plus de détails, je goûte vraiment ces occasions qui se transforment en réels bonheurs. Je progresse quand il s’agit de le comprendre et, parallèlement, ce que je vois me touche de plus en plus profondément… Il ne faut juger d’aucun artiste sur quelques exemples, les plus diffusés, les plus sensationnels ! Il s’agit de chercher à en connaître le parcours et toutes les facettes pour l’apprécier à sa juste mesure ; ainsi, sans aller jusqu’à aimer, on peut au moins s’accorder à reconnaître un talent, voire un génie…

Superbe étape de vacances, si belles heures pour moi, petits plaisirs en tous sens, accumulés en si peu de temps et qui montent à la tête. Dégustation par les papilles, par les yeux, par le cœur, soleil à l’intérieur. Saveurs inoubliables... et liens à conserver !

mardi 20 juillet 2010

passeur

Un homme disparaît ; mais quel homme ! Et quel parcours, quelle classe ! Tout est déjà écrit, partout, sur lui, sur sa vie ; je n’apprendrai rien à personne et ne désire que partager une émotion commune. Dit-on jamais assez ce que les autres nous apportent ? Lui me donnait toujours envie de le regarder, de le lire ou de l’écouter. Je le trouvais beau et j’étais sensible à sa voix, j’avais l’impression qu’il était quelqu’un de bien. Un charmeur discret qui savait choisir les mots et le ton autant pour jouer, faire sourire ou grincer, que pour transmettre ses plaisirs de rencontres et de voyages. Voici l’expression, relevée dans un article de presse de 2004, qui me semble traduire au mieux ce qu’était Bernard Giraudeau : un "passeur de rêves"…

Les définitions ordinaires pour tout passeur nous offrent facilement le décor qui refléterait  nos vies. Ne sommes-nous pas tous à un moment dans la même embarcation ?  Prenez cet être particulier qui conduit le bateau afin de le guider à travers des flots mal connus de la plupart  d'entre nous ; il montre le  meilleur chemin,  négocie les mauvaises passes. Il sait. Tenant compte de son expérience, il explique aux passagers les éléments, le gros temps, leur laisse toujours deviner l’horizon. Un "passeur de rêves" nous accompagne de cette façon, quotidiennement, nous insufflant sa confiance ; il nous aide à discerner de belles choses au-delà des soucis, alimente nos imaginations, notre vision de l’avenir.

Quel rôle magnifique tenait donc cet acteur, réalisateur, marin et écrivain de surcroît, inscrit mine de rien dans notre paysage familier, son discours s’enrichissant sans cesse de nouveaux départs et de nécessaires retours !

Parallèlement, l’homme exprime, humblement, qu'il se sent ici-bas "de passage", nous incitant à considérer que nous aussi, comme lui, sommes investis du rôle de passeur....  Chacun reçoit en effet des autres et de ce qu'il observe, profite des informations extérieures, les intègre et  les complète éventuellement selon ses moyens : impensable vraiment, ensuite, de les garder pour soi ! Il s'agit de les "faire passer", forces remodelées, comme neuves, pour qu’elles évoluent et grandissent encore. Ce serait le sens de nos existences.

C’était en tout cas le sens de Sa vie, ce qui le gardait assoiffé de connaissances et rendait son regard si pétillant, accrocheur. Cher Giraudeau, à revoir, à relire ; de quoi méditer ! Nos objectifs, nos rêves : devenir passeurs à son image, à notre mesure, et qu'il soit fier de nous…

mercredi 14 juillet 2010

castor

Balade sur le site de l’île du Beurre, et conte…

Vous ne connaissez peut-être pas ce tout petit territoire au nom curieux : l’île du Beurre... Hors des sentiers battus, ce havre de verdure se situe sur le flanc droit du Rhône, au sud de Vienne et à hauteur de Condrieu, au pied des vignobles prestigieux des Côtes-Rôties.


En journée l’étape est reposante, il suffit d'un léger détour depuis l’Autoroute du Soleil ! A moins que, résidant à proximité, vous puissiez vous y rendre le soir, aux heures favorables pour observer les habitants les plus surprenants du site : les castors… Ce sont eux qui, désignés autrefois en langue celtique par le terme "beber", ont inspiré le nom de l’île. Il existe de nombreux  autres endroits en France, surtout des rivières, dont les appellations en "bièvre" ou "beuvron" témoignent d'une occupation ancienne par les castors... Mais ici, entre le cours du Rhône et ses bras secondaires, appelés lônes, dont la formation fut provoquée par d'anciennes crues du fleuve, la prolifération de plantes aquatiques ainsi que la présence d’aulnes, de peupliers et de saules à l’écorce tendre ont encouragé ces rongeurs à conserver la place.











Le site naturel, protégé, auquel le promeneur ne peut accéder mais qu'il peut seulement scruter, constitue ainsi un réservoir de nourriture et un refuge pour de nombreux mammifères, parmi lesquels des ragondins et des castors, mais aussi pour les oiseaux, par exemple des hérons ou encore des martins-pêcheurs.
















Pour profiter des concerts d’oiseaux ou de grenouilles, pour admirer libellules et demoiselles, pour guetter les activités de l’île, on peut se promener à la fraîche sous les arbres, en bordure des lônes, ou patienter avec ses jumelles derrière quelques affûts et dans plusieurs cabanes aménagées en observatoires.


Enfin, en poussant jusqu’à la digue longeant le Rhône, il est facile d'apercevoir quelques autres résidents du fleuve, dont certaines mouettes qui se rêvent sans doute gardiennes du site…















Il s'agit maintenant de compléter la balade par un bon pique-nique ou un goûter surprise, de quoi compenser la déception des enfants au cas où même les ragondins, qui sortent parfois en journée, contrairement aux castors, n'aient pas daigné montrer le moindre bout de museau... A moins d'opter pour une veillée autour d'un conte, et je ne peux m'empêcher de penser à ce Castor, tant apprécié par mes petits élèves d'autrefois, héros sympathique de La perle, un récit de Helme Heine...

Mais tout de même, vous avouerez, c'est un comble de se déplacer le plus souvent pour du beurre !

samedi 10 juillet 2010

rue

Je porte des livres à Andrée depuis deux ans ; à l’occasion de ma dernière visite, qui correspondait à son quatre-vingt-sixième anniversaire, j’ai joint un petit cadeau assez particulier. J’attendais depuis plusieurs jours, avec impatience, le moment de lui offrir.

Andrée ne sort plus beaucoup de chez elle, plus assez, elle aimait tant autrefois parcourir sa ville et rencontrer du monde. Ça lui manque de ne plus pouvoir aller vers les autres et elle adore quand on vient la voir. Ainsi je suis reçue toujours très chaleureusement. Je sais que mes livres lui procurent du bon temps lorsqu’elle est seule. La lecture lui donne toujours du plaisir et le sentiment d’être active et dans le coup, bien mieux que la télévision. Nous parlons de tout, de nos familles d'aujourd'hui, des années passées, et je profite largement des nombreuses histoires qu’elle me raconte sur Lyon où elle est née, sur les traditions locales, perdues ou retrouvées ; nous bavardons aussi d’actualité, d’une évolution de la société qui la laisse comme désemparée, de médecine, de musique, de peinture, d’écriture ou de poésie… Ah ! la poésie !

Depuis quelque temps, Andrée me confie que les souvenirs bouillonnent dans sa tête ; beaucoup  remontent de l’enfance, au détriment de sa mémoire immédiate. Elle me cite des faits précis, les dates, les noms, tout lui réapparaît si clairement ! Mais un jour, il y a plusieurs semaines, elle m'a déclaré qu'une chose parvenait à l'obséder, une phrase… En repensant à la rue de l'Ordre, aujourd'hui rebaptisée rue Antoine Charial , où elle habitait enfant, lui sont revenus des mots, le début d’un poème… Mais impossible de se remémorer la suite de la poésie, ni son auteur. Andrée se rappelle si bien pourtant toutes les autres récitations apprises à l’école primaire, entre 1932 et 1938, avec ses maîtresses "formidables". Elle m’a alors dicté ce qui lui trottait dans l'esprit en me demandant de faire quelques recherches, au cas où…

C’est une rue étroite bordée d’humbles maisons 
Dont la pluie a marqué de lèpre les façades…

J’ai commencé par interroger Google, en proposant comme indice l’ensemble du texte, puis j’ai saisi les mots-clés, sans succès. J’ai parcouru aussi de nombreux sites de poésie… J’ai consulté mes propres livres et des manuels scolaires d’autrefois : j’en possède encore qui appartenaient à ma mère, Denise, qui fut institutrice… Bredouille... Enfin, je l'avoue, j’ai renoncé…

Mais Andrée me reparlait à chaque entretien de ces vers, et comptait tellement sur moi !

Alors j’ai appelé au secours mes "personnes ressources" comme je les appelle, lecteurs à haute voix de la Bib’ à Dom’, des connaisseurs, amateurs de littérature et notamment de poésie. L’un d’eux s’est pris au jeu au point de s'avouer par la suite très "énervé" de ne pas voir aboutir ses démarches.  Et c'est lui qui,  quelque temps plus tard, me suggéra cette idée décisive : "Pourquoi ne poserais-tu pas la question au guichet du savoir ?"… Bon sang, c’est bien sûr, j’aurais pu y penser plus tôt, j’ai le le lien dans la marge du blog qui me crève les yeux tous les jours ! Merci Bruno !

Le guichet du savoir est un service en ligne offert par la Bibliothèque Municipale de Lyon. Après l’inscription, gratuite, on peut poser toutes sortes de questions, sur tous les sujets. Les bibliothécaires s’engagent à répondre en quelques jours. La recherche concernant les lignes que je leur ai soumises leur a demandé moins de vingt-quatre heures ! Je ne vous décris pas ma joie lorsque j’ai découvert leur réponse, me régalant à l’avance de ma prochaine visite chez Andrée !

Le message du guichet du savoir m’orientait vers le silo de la Bibliothèque de la Part Dieu afin d’y consulter une Anthologie des poètes français contemporains par G. Walch, ou les Poèmes d’Amour d’André Rivoire, parmi lesquels je trouverais la Petite Rue correspondant à ma demande. Ces livres, disponibles pour le premier au silo moderne, et pour le second au fonds ancien car édité en 1909, ne peuvent pas être empruntés… J’ai donc pris connaissance sur place des vers d'André Rivoire, né dans la région, à Vienne, et qui fit ses études à Lyon : ses mots émouvants et simples décrivent toutes les formes de l'amour sur une musique juste et tendre loin d'être démodée... Puis je me suis attardée à recopier les strophes qui m’intéressaient.

Voilà donc ce que j’apportais il y a quelques jours à ma lectrice, une Petite Rue imprimée sur un beau papier paille. Andrée n’en croyait pas ses yeux, redécouvrant doucement la poésie, s’arrêtant plusieurs fois pour commenter l’ambiance de cette rue, la comparant à l’image gardée de la sienne, jalonnant sa lecture de nouveaux souvenirs… En complément, je lui ai aussi donné copie d’une Sagesse,  seul poème d’André Rivoire déniché sur internet.

L'évocation d'une rue populaire d’autrefois, un joli texte et beaucoup d’émotion, poésie et mémoire, plaisirs de recevoir et d’offrir : des p’tits bonheurs d'aujourd'hui...

jeudi 8 juillet 2010

racines

« Mais vous êtes d’où ?… »

Quand on me pose cette question, je me trouve toujours bien embarrassée ; comme je tarde à répondre, la personne ajoute souvent quelque chose comme : « Avec un nom comme le vôtre, laissez-moi deviner… Vous venez sûrement de la région d’Albi ? ou Rodez ? »… Un inspecteur du permis de conduire, il y a très longtemps, m’assura aussi, fièrement, connaître un château Falgayrac dans le Lot… J’ai prétendu l’ignorer, et je fus recalée… Sans relation de cause à effet bien sûr mais échec inoubliable !

En règle générale, je finis par me « justifier », enfin par expliquer mes hésitations ; quelle réponse pourrait être satisfaisante pour mes interlocuteurs, ou pour moi ? Voyons, tout le monde est bien de quelque part… Ce quelque part correspond habituellement, il me semble, à la région où l’on a vu le jour, une terre à laquelle on se sent donc appartenir, où l’on est sûr de pouvoir se ressourcer. Encore faut-il entretenir le lien, arroser les racines… Moi, je suis née en Normandie, mais j’en suis restée éloignée si longtemps que je ne parviens pas à revendiquer le bocage ornais comme étant mon pays. C’est joli pourtant, et j’aime y retourner de temps en temps ! Mes parents se sont hélas beaucoup appliqués à fuir leurs familles respectives et j’ai mis du temps avant de me rendre compte qu’un point d'ancrage pourrait un jour me manquer…

Donc au lieu de boucler le sujet en un mot, je finis par développer, invariablement : "Après mon enfance normande, nous sommes partis en Bretagne où j’ai passé toute mon adolescence, superbe, le bord de la mer, au nord, au sud. Puis ce fut la ville, la grande, Paris, un émerveillement pour moi ; ensuite la banlieue ouest, sympa, des berceaux pour mes petits et l’apogée de ma carrière… Enfin  les circonstances m’ont amenée à Lyon, un peu malgré moi, mais j’ai réussi à m’y bâtir un univers."

J’ai d'ailleurs dans l’idée que le tour de France est terminé, mais qui sait ?

Alors je suis Normande d'origine, ok… Pourtant je me considère aussi un peu Bretonne, Parisienne, et Lyonnaise aussi… Mais pas Languedocienne, je n’ai jamais fait que passer dans le Tarn, le Cantal, le Lot ou l’Aveyron où mon patronyme est effectivement répandu… Georges Falgayrac a seulement reconnu mon père et lui a donné son nom, mais ils n’avaient pas de relation biologique. Dommage, ça m’aurait plu de me découvrir des ancêtres propriétaires d’un "domaine (AC) où règnent les fougères (FALGAY)" et dont j’aurais essayé de me rapprocher…

Disons que je me sens d’un peu tous les endroits où j’ai vécu ; des liens profonds me rattachent à chacun d’eux, des souvenirs délicieux, des êtres disparus, des amitiés, des amours, des paysages, le travail aussi, des émotions, des regrets. Je n’arrive pas à choisir entre toutes ces périodes importantes d’une vie.

J’aime tous ces lieux où j’ai pris racine un moment, qui m’ont adoptée et laissée partir, qui me rendent riche d’un parcours personnel, unique… Je n’ai pas de château dans le Midi mais j’ai plein de maisons dans le cœur, et peut-être y est-il à chaque fois resté un peu de moi ! C’est présomptueux, soit, mais la pensée est agréable...

mardi 6 juillet 2010

chute

... Où l'on retrouve Ginette ( martinets, rendez-vous(1), rendez-vous(2), pinces, souvenir ) pour le premier épisode d'une nouvelle saison d'aventures !! Une amie la recontacte ici, histoire de prendre des nouvelles, au seuil des vacances...

Alors Ginette, plus de gym, plus d’écriture, plus rien ? Tu es contente de ton année, dis-moi, t’as appris quoi finalement ? Prête à faire un gala de muscu, à nous pondre un roman ?

Tu ne me trouveras pas encore une carrure d'athlète, hélas ! En revanche je n’ai plus peur d’écrire ! Pas de projet consistant, mais je fais des progrès…

Vous avez bien fêté la fin des cours ? Tu n'avais pas parlé d'un repas au resto ?

Si si, et justement, à cette occasion, puisque tu parles de gala, je me suis bien donnée en spectacle !

Comment ça ?

Eh bien on est allés au Pic’Assiett’, tu connais ! Bon, ça fait cantine, mais au moins c'est tranquille ! On occupait quasiment toute la salle : tu vois comment elle est disposée ? Gaston avait juste enlevé la table et les chaises les plus proches du bar pour descendre des bouteilles dans sa cave, il attendait une livraison …

Ah oui, Gaston ! Tu sais que je le rencontre souvent devant la loge du 38, je crois qu’il fricote avec la mère Bégonia !

En tout cas, lui se souviendra de moi, à vie, je te le dis ! Pas parce que j’ai trop bu ou trop chanté hein ! Non, simplement j’ai eu la drôle d’idée de vouloir aller aux toilettes avant de partir !

Et alors ?

Je devais filer assez vite figure-toi, car j’avais promis de passer chercher Sammy.  En fait je dois le garder ce soir et l’emmener demain en balade… Donc je me lève de table la première, juste après la glace, renonçant au café, et je me dirige vers la porte du couloir qui mène aux lavabos ; si tu te rappelles, elle est juste entre le passe-plats et le comptoir…

Oui oui, je situe bien !

Alors je me presse un peu, je croise le regard de Gaston derrière son bar , je ne sais pas pourquoi je souris en lui faisant machinalement un signe de tête pour lui indiquer où je vais… Alors là, je le vois qui ouvre la bouche, il voulait sans doute me prévenir, pour que je fasse attention, mais il n'a pas eu le temps parce qu'après… C’est allé très vite !

Très vite ?

Les autres m’ont raconté ensuite que j’avais disparu d’un coup, engloutie, volatilisée, gobée ! C’est que, pour aller à la cave, Gaston avait relevé une espèce de trappe en la gardant calée par une simple perche . Et moi, toute fière et emportée par mon élan, je n’ai rien vu, ni le trou, ni l’escalier, rien ! J’ai mis un pied dans le vide, ne me demande pas lequel, et le reste a suivi. J’ai roulé, tourneboulé, rebondi sur les marches ; je me souviens pourtant avoir entrevu des clayettes, des planches, des caisses, perçu nettement des effluves de vin et de bière, puis atterri lourdement sur une sorte de plate-forme, tourné la tête vers le haut, distingué en pied plusieurs personnes dont une, affolée, qui commençait à dévaler les marches, une dizaine au moins je te jure : espérait-elle récupérer mes morceaux ? A ce moment-là, j'ai pensé qu'il fallait absolument me redresser toute seule et vite, leur parler, dire n'importe quoi pour les rassurer. De fait je ne sentais pas encore mes futures bosses, j'avais mal aux cuisses tout au plus ; je me suis assise, en agitant les mains en l’air et précipitant quelques mots : « Tout va bien, je n’ai rien !». Total : j’en ai fait pleurer quelques-uns de peur et obtenu un supplément spécial de glace, sur le front !  Tu imagines les excuses de Gaston ! Ah ils m'ont  tous bien chouchoutée, pendant au moins deux heures, et je reçois maintenant un texto toutes les cinq minutes pour me demander comment je vais...

Quelle histoire ! Je voudrais bien admirer ta tête ! Mais la bonne nouvelle, c’est que tu es saine et sauve, pour le coup !


Ça sert, la forme ! Et pour ce qui est de la nouvelle, elle peut être bonne, comme tu dis ! Car si on la juge sur la chute, je ne pouvais pas faire mieux !