samedi 31 juillet 2010

canicule


On étouffe dehors ! Les murs ayant emmagasiné la chaleur, il fait lourd aussi à l’intérieur… De retour à l’appartement, une fois la porte refermée sans trop de bruit, elle a vite filé jusqu'à mi-couloir, jeté sac et sandales, celles-ci claquant l’une après l’autre - zut ! - sur la plinthe, abandonné la petite robe de dessus et les petits cotons de dessous, chacun joyeusement balancé du bout d’un pied ou d’une main, puis s’est précipitée dans la douche dont elle songe à tirer le rideau un peu trop tard - re-zut !... Enfin elle s’abandonne au déferlement des gouttes, se tournant et se retournant, s'offrant, pile, face, un long, long, très long moment.

A regret, elle appuie maintenant sur le robinet et chantonne tout bas, pour rire : "attention,  je sors !" Une empreinte se forme sur le tapis, une autre ; une agréable sensation de fraîcheur gagne toute la surface de son corps. Par la porte entrouverte sur la pièce voisine, elle distingue la vision reposante de son lit dont elle a pensé à lisser le drap ce matin ; pour ça il ne faut jamais compter sur César qui n'a cette fois même pas touché aux volets. Enfin, grâce à lui,  il règne dans cette chambre une attirante pénombre… Mais là, toute nue, elle se sent si bien ; elle se prélasse entre brume d’eau et courant d’air… Elle voudrait pour toujours sur sa peau ce voile léger, invisible et tout en plaisir ; quelques perles, à leur aise sans doute, prennent le temps de glisser tout au long de son dos, et parviennent à la faire frissonner. Alors elle prend elle aussi son temps, se grimace et se surprend dans le miroir. Voyons, ce qu’il lui renvoie lui convient presque ; de profil , la tête légèrement inclinée sur l'épaule, comme ça, elle serait même plutôt jolie, non ?

Forcément, ses pensées roulent de sa silhouette à César : il est sûrement rentré puisqu’elle entend une rumeur depuis le salon, un ronflement de voix, toujours cette télé !… Et qu’est-ce qu’il en dirait, tiens, si elle se pointait, là, tout de suite, entre lui et son écran maudit, et si elle se pavanait ainsi, enjôleuse, lui faisant le coup d’une pose lascive ? La trouverait-il seulement douce au regard, ou bien appétissante, exceptionnelle apparition en 3D, est-ce qu’il se lèverait ou tendrait seulement la main ; lui viendrait-il une "bonne" idée ?…

Pourquoi pas ?

Alors elle longe le couloir, à petits pas d’éponge sur le parquet, la tête déjà pleine de délices ;  abordant  la ligne de partage, au seuil du salon, elle se penche doucement pour d’abord, discrètement, risquer un œil…

Mais affalé de tout son long, César dort, balayé par les lueurs changeantes de son écran, ajoutant ses soupirs aux commentaires, en fond, à propos d'une énième arrivée sur le Tour de France… César à qui un petit bonheur est en train d’échapper, le pauvre ! Alors elle esquisse un sourire, tendre ; elle le connaît son César, et, lui accordant cette récupération, repart vers la chambre en jouant à remettre ses pieds dans leurs traces. La fièvre un peu coquine est retombée… Elle lui racontera, ce soir…  Mais là, elle aussi, va s’accorder une petite sieste…

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